Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Pologne : les premiers enseignements d'une révolution politique en marche

· Inprecor n° 105, 6 juillet 1981 · p. 38-47 · 9 509 mots

Pologne Stalinisme URSS et Russie Syndicalisme

Résolution adoptée par le Comité exécutif de la IVe Internationale lors de sa session de mai 1981

En Pologne, les développements du mouvement de masse, à partir de uillet 1980, constituent l'expérience la plus large de montée de la révolution politique dans un Etat ouvrier bureaucratisé. Ils sont un des exemples les plus amples de mobilisation ouvrière à l'échelle mondiale.

IVe Internationale se doit de tirer, au-delà des considérations conjoncturelles, les premiers enseignements théoriques, stratégiques et politiques de cette expérience.

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C 'EST une révolution politique anti-

bureaucratique qui a commencé en Pologne, c'est-à-dire la lutte pour l'avènement de la démocratie socialiste qui éliminera les obstacles que la dictature a érigés sur la voie du socialisme. La question du pouvoir se trouve d'ores et déjà posée dans les faits. Tout l'atteste: l'amplification quasi ininterrompue du mouvement de masse, l'auto-organisation des travailleurs d'entreprise, puis celle des paysans pauvres, celle des étudiants et celle -initiale - des fonctionnaires; l'activité multiforme, économique, politique, culturelle, idéologique des masses, la multiplication de leurs initiatives à tous les niveaux de la vie sociale; la contestation des autorités dans les entreprises et sur le plan local et provincial, y compris des tentatives répétées de leur substituer d'autres personnes et d'autres instances; l'apparition initiale de «gardes ouvrières», de piquets de grève et de protection des MKZ; la création d'une presse non censurée (les organes des MKZ de province tirant à des dizaines de milliers d'exemplaires) et d'un réseau de diffusion de mini-cassettes dans les usines; l'accès, quoique limité, de Solidarnosc à la télévision; l'apparition de coopéraives de consommateurs et d'associations de locataires dont certaines ont entrepris des occupations de logements; la création d'universités ouvrières et même de clubs écologistes coordonnés au niveau national. Des premiers signes de contestation sont apparus dans l'armée. Mais l'appareil de répression est encore loin d'être désagrégé.

De fait, les organes d'entreprises et les MKZ de Solidarnosc jouent dans une mesure croissante le rôle d'organes de pouvoir naissant de la classe ouvriere, ce que les porte-parole les plus representatils de la bureaucratie n'ont pas manqué de constater.

Le texte de tous les accords conclus depuis août 1980 par le pouvoir avec Solidarnose est construit sur le schéma: «L'une partie... l'autre partie. » Qu'est-ce que l'une partie, a savoir Solidarnosc? Ce sont plus de 80% travailleurs salariés de Pologne. Qu'est-ce que l'autre partie? Le «pouvoir socialiste»? Mais depuis quand le «pouvoir socialiste» ou la «dictature du prolétariat» peuvent-ils être opposés à la classe ouvrière? L' « autre partie », c'est manifestement le pouvoir de la bureaucratie, la dictature bureaucratique. Et qu'est-ce que dénote cette opposition de deux pouvoirs, sinon une situation de double pouvoir, l'affrontement entre le pouvoir émergeant des travailleurs et celui déclinant de la bureaucra-

2 L ES particularités de cet essor impétueux du mouvement de masse correspondent à la fois à des caractéristiques générales la situation socio-économique dans les Etats ouvriers bureaucratisés de transition entre le capitalisme et le socialisme, bloquées dans leur progrès vers le socialisme par la dictature de la bureaucratie), et à celles propres à l'évolution sociale en Pologne depuis 1970.

Les événements de Pologne confirment que la bureaucratie au pouvoir dans les Etats ouvriers bureaucratisés n'est pas une nouvelle classe dominante. Il n'y a aucune commune mesure entre la résistance que la bourgeoisie est capable d'opposer à la montée de la révolution socialiste dans des pays capitalistes qui sont aussi profondément industrialisés que la Pologne, et la faiblesse extrême dont la bureaucratie polonaise a fait preuve devant la du mouvement de masse. Son atout principal reste celui de la menace de l'intervention soviétique.

différence s'explique avant cout par l'absence de racines réelles de la bureaucratie dans le processus de production, son absence de fonction socioéconomique nécessaire, sous quelque angle que ce soit, son parasitisme social, la nature occulte, inavouable, de ses prinprivilèges économiques et sociaux. Par ailleurs, au plan idéologique, la bureaucratie est obligée de se récla mer de principes qu'elle viole éhontés'appuie avant tout sur son monopole du pouvoir politique. tions d'appropriation collective des moyens de production et de l'essentiel du surproduit social, ce monopole se transforme automatiquement en un monopole de pouvoir sur tous les domaines de la vie sociale. Ce dernier s'étaye à son tour sur l'atomisation et l'absence d'activité politique continue de la classe ouvrière qui sont aussi provoquées par des facteurs tels que : arriération initiale du pays, insertion dans le «camp socialiste » dominé par la bureaucratie soviétique, pression de l'entourage impérialisetc. Mais si ces derniers éléments ble de parachever la construction du socialisme dans un seul pays ou un groupe relativement réduit de pays, coule pas que l'atomisation et la passivité politique du prolétariat ne puissent être surmontées dans des Etats ouvriers bureaucratisés largement industrialisés comme le sont la Pologne, la République démocratique allemande, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, etc. Dans de tels pays, l'évolution socio-économique rend possible, à un niveau qualitativement supérieur à celui du passé, la lutte pour un pouvoir direct des travailleurs et pour une élimination des privilèges bureaucratiques.

D'une manière plus générale, dans les Etats ouvriers bureaucratisés, toute auto-organisation massive des travailleurs et toute activité politique continue et sur large échelle des masses sapent immédiatement la dictature bureaucratique. De là l'importance des revendications démocratiques dans la lutte pour la révolution politique.

Si un Etat bourgeois peut intégrer pendant de longues périodes certaines libertés démocratiques (des syndicats indépendants de l'employeur, la «liberté» de la presse, de réunion, d'organisation, etc.), un Etat ouvrier bureaucratisé comme celui de la Pologne ne peut se replier longtemps sur de telles concessions lorsqu'il est confronté à une montée du mouvement de masse. Le pouvoir de la bureaucratie ne peut coexister à la longue avec ces acquis démocratiques, justement parce qu'en l'absence de propriété privée, la démocratie cesse d'être formelle et devient réelle. Elle incite à la gestion directe de l'économie et de l'Etat

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par la masse des travailleurs eux-mêmes.

Cependant, trente à trente-cinq années de dictature bureaucratique dans les «démocraties populaires», et cinquante ans de dictature bureaucratique en URSS impliquent à leur tour une accentuation qualitative de la dépolitisation et de l'atomisation des masses laborieuses. Ainsi, lors d'une rupture de cette domination, se manifestent à la fois une extraordinaire aspiration à des formes démocratiques d'organisation et de discussion et des difficultés pour les masses à se les réapproprier. Lorsque ces dernières entrent de nouveau en action, elles le font généralement à partir d'un niveau idéologique et de conscience politique qui résulte des conséquences de la dictature stalinienne au plan objectif (absence de continuité de cadres et d'éducation marxistes, de pratique politique) et subjectif (discrédit frappant le communisme, le socialisme, le marxisme, revalorisation partielle de doctrines religieuses ou d'idéologies de type social-démocrate).

Mais, en fonction de la force objective de la classe ouvrière dans les Etats ouvriers bureaucratisés et forte. logique et le bas niveau de conscience peuvent coincider avec instinct de classe très sûr qui trouve un aliment dans la contradiction entre les «principes sociaux» affirmés officiellement et la réalité. Cet instinct de classe constitue un barrage contre toute tentative de restauration capitaliste, comme le démontre clairement l'expérience polonaise depuis aout 1980.

Les travailleurs polonais ont clairement affirmé qu'ils s'opposaient à l'appropriation privée des usines et des grands moyens d'échange. Or, il n'y a pas de restauration du capitalisme par des transformations idéologiques et politiques si elles n'aboutissent pas à un retour concret à la propriété privée.

Cette confusion idéologique ne se manifeste donc pas à propos de la conception même du socialisme, plus ou moins identifié au régime actuel.

Quand, diplomatiquement ou non, des porte-parole de Solidarnose ou de différents courants du mouvement de masse affirment qu'ils ne s'attaquent pas au socialisme «puisqu'ils ne remettent pas en question le rôle dirigeant du parti » ou la «censure en tant que telle », ils font écho à la caractérisation du socialisme faite par la bureaucratie elle-

En effet, cette dernière proclame que remettre en question l'arbitraire des organes de répression, la censure ou le monopole du pouvoir bureaucratique (le «rôle dirigeant du parti»), c'est s'attaquer au socialisme, justifiant ainsi le chantage à l'intervention militaire soviétique.

Mais le «socialisme» (plus exactement la société de transition entre le capitalisme et le socialisme), c'est fondamentalement la propriété collective des moyens de production, la planification économique et le monopole étatique du commerce extérieur. Ce n'est pas tel ou tel aspect de l'hypertrophie de l'Etat bureaucratisé comme la censure ou le rôle dominant de la police politique.

L'absence de toute force sociale capable de lutter pour une restauration du capitalisme dans les faits n'implique pas l'inexistence de toute idéologie petite-bourgeoise ou bourgeoise dans la société polonaise, y compris dans les prolétariat. Ces idéologies existent davantage à cause des méfaits du stalinisme qu'en fonction du passé et de l'environnement capitaliste.

Il faut surtout mettre en évidence comme un facteur puissant de mobilisation face à l'oppression nationale exercée par la bureaucratie soviétique. Mais il peut aussi être utilisé par elle pour tenter de faire oublier l'existence, au nom des «intérêts de la nation », des divergences d'intérêts qui l'opposent à la classe ouvrière.

Tous ces facteurs sont des obstacles sur la voie d'une victoire rapide de la révolution politique. Ils ouvrent le champ aux manœuvres politiques de la bureaucratie. Ils rendent plus difficile la réponse aux problèmes complexes posés par la construction du socialisme dans les pays en question. Cependant, ils n'empêchent ni le déclenchement de la révolution politique ni l'ouverture d'une situation de dualité de pouvoir, y compris d'une durée prolongée dans les Etats ouvriers bureaucratisés les plus industria-

• EXPERIENCE Polonaise confirme de même le rôle central de la classe ouvrière dans tout combat qui net objectivement à l'ordre du jour la question du pouvoir. Quel que soit le «détonateur» immédiat de l'essor mouvement de masse, étant donné la structure sociale de ces pays, l'hégémonie prolétarienne s'y affirme nécessairement au plan objectif. La prédominance des travailleurs, de leurs préoccupations, de leurs formes de luttes et particulières s'y exerce parmi les combattants. des années 1950 et 1970, se place maintenant parmi les dix ou douze principaux pays industrialisés

Le poids du prolétariat a crû dans la société polonaise dans la même proportion que celui de l'industrie. La Pologne a cessé depuis longtemps d'être un pays paysan ou à prédominance agricole. Pour justifier leur conception du «rôle dirigeant du parti», les bureaucrates soviétiques se réfèrent à des textes de Lénine qui renvoient à une situation où prédominait la «petite production marchande». C'est absurde. En effet, dans la Pologne d'aujourd'hui, la «petite production marchande» c'est-à-dire la petite propriété familiale privée - fournit à peine 15 à 20% du

La formidable puissance du prolétariat polonais a obligé la bureaucratie dès le début de la mobilisation de masse de juillet-août 1980 à négocier, à manœuvrer, à biaiser avec le mouvement de masse, plutôt qu'à l'affronter directement. Sa stratégie consiste à harceler, à réprimer sélectivement, à épuiser, à provoquer -У compris en utilisant l'arme abjecte de l'antisémitisme - et surtout à tenter de diviser le mouvement, avant toute tentative de répression massive. Dans cette guerre de harcelement, des fractions de l'appareil peuvent prendre des initiatives propres. Pour gagner du temps, la bureaucratie a été obligée de multiplier des concessions qui, à leur tour, ont stimulé l'élargissement et l'approfondissement du mouvement de masse.

Les rapports de forces nationaux sont trop défavorables à la bureaucratie pour lui permettre toute autre tactique. Ce n'est qu'en cas de reflux ou de défaites partielles du mouvement de masse, qui sont loin de s'être produits, que la bureaucratie pourrait avoir recours à un éventail plus large de choix tactiques. Pour l'heure, que la bureaueratie soit contrainte tactiquement de «lâcher du lest» permet au mouvement de se nour-

La tactique des dirigeants de Soliqu'en janvier 1981, a joué un rôle important dans ces succès remportés grâce à la mobilisation des larges masses prolétariennes. A chaque fois, la réaction des travailleurs a modifié les rapports de forces au détriment de la bu-

Si ces rapports de forces sont défavorables à la bureaucratie en Pologne, ils le sont encore plus a une restauration capitaliste, car la politisation, la radicaliles acquis de l'expérience au cours des dix derniers mois, ne facilitent pas mais rendent au contraire chaque jour plus impossible toute émergence d'une large tendance au sein du mouve. ment de masse en faveur d'une restauration du capitalisme. En Pologne, ce n'est pas «une menace de restauration du capitalisme » qui est à l'ordre du jour. Cette «menace » est un thème de propagande pour justifier à l'avance l'intervention militaire contre-révolutionnaire du Kremlin. En fait, la victoire de la ré. volution politique antibureaucratique qui a commencé accélérerait la transisition au socialisme en Pologne, en Europe orientale, en URss, en Chine, et donnerait une formidable impulsion a la lutte anti-impérialiste et anticapitaliste de par le monde. A L'ORIGINE de l'été polonais, on relève une série de caractéristiques spécifiques : un rythme d'industrialisation donnant naissance classe ouvrière plus jeune ;

d'explosions

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ouvrières (1956, 1970, 1976, 1980), auxquelles on doit ajouter l'explosion étudiante de 1968. Ces explosions ont permis l'émergence de cadres et de dirigeants ouvriers expérimentés au niveau des entreprises et des villes. Nombre d'entre eux ont été parmi les initiateurs de Solidarnosc en été 1980;

© l'alliance, surtout après 1976, entre cette avant-garde ouvrière et l'opposition intellectuelle, a permis la politisation initiale du mouvement et sa centralisation nationale sur une plateforme qui est devenue rapidement commune. Néanmoins, l'intelligentsia oppositionnelle, y compris les experts conseillers de Solidarnosc, quelle qu'ait été leur utilité à certains moments, surtout dans les phases initiales du mouvement, a généralement joué un rôle de modérateur, voire de frein, par rapport aux couches les plus combatives du prolétariat;

Pd le refus systématique des travailleurs d'accepter les mesures de «rationalisation » proposées par la bureaucratie pour surmonter la crise économique. En 1971, devant la mobilisation ouvrière suscitée par la montée des prix, la direction Gierek s'engageait dans une politique d'industrialisation forcée — essentiellement sur la base d'importations massives et à crédit de technologies ocridentales — pour accroître l'approvisionnement en biens de consommation durables et semi-durables. Cette politique n'a fait que reculer les échéances et rendu les contradictions plus explosives. En 1976, le gouvernement devait encore reculer devant la flambée de colère provoquée par les nouvelles hausses de prix, sans qu'il renonce pour autant à sa politique industrielle de fuite en avant;

• la gravité de la crise sociale et politique à partir des grèves de 1976 a obligé la bureaucratie à tolérer au cours de la période précédant l'explosion de 1980 une activité semi-légale de l'avant-garde ouvrière et de l'opposition intellectuelle qui émergeaient.

5 L A question du pouvoir, en Pologne est posée dans un double sens. D'une part, la mobilisation sans cesse plus large des masses, leurs incursions croissantes dans les domai-

«administratifs» et «politiques», entravent la bureaucratie dans l'exercice de son pouvoir. D'autre part, l'extension de l'activité et des revendications des travailleurs les poussent à assumer petit à petit des tâches qui sont celles du pouvoir, dans les entreprises comme dans certaines municipalités. La gravité de la situation économique rend encore plus intolérable, pour les ouvriers et les paysans, cette incapacité d'action des cercles dirigeants.

Jusqu'ici, ces initiatives visent surtout à instaurer un contrôle et une contestation des décisions des autorités.

Cependant, si les travailleurs se sont refusés jusqu'ici à poser consciemment les problèmes en terme de contre-pouvoir, ils tendent néanmoins à opposer des solutions ouvrières aux solutions vail, les grévistes manifestent inévitablement une tendance à passer de la grève générale à la remise en marche des entreprises et des services publics sous la direction des travailleurs eux-mêmes).

ES difficultés de ravitaillement en vivres et en produits de première nécessité s'accentuent sans cesse, et ce malgré des livraisons importantes venues de l'étranger. Cela laisse supposer qu'au-delà des conséquences de la désorganisation et de la gabegie bureaucratiques, des manœuvres délibérées de sabotage économique commencent à se manifester, tant de la part de la bureaucratie polonaise que de celle de la bureaucratie soviétique. peser sur la mobilisation des masses, à ralentir l'activité d'une partie non négligeable de la population laborieuse, obligeant les femmes en particulier à passer des heures et des heures dans les queues devant les magasins et à la recherche de la nourriture. Des phénodémoralisation pourraient résulter d'une Par ailleurs, la menace de remise en question du principe du plein emploi représente un danger très grand pour la classe ouvrière polonaise et pour l'unité du mouvement. Déjà, une série d'entreprises se sont vues contraintes de mettre leur personnel en chômage faute d'être alimentées en électricité ou en matières premières.

L'arrêt de près d'un millier de prod'investissements d'entreprises) pousse des économistes officiels à préconiser des mesures de licenciements importantes.

Ce type de mesures d'austérité, considérées comme indispensables par la bureaucratie pour assainir le budget de l'Etat et arrêter l'inflation, ont reçu un appui enthousiaste de la part des créditeurs capitalistes de la Pologne. Ils les avaient d'ailleurs conseillées !

Nombre de dirigeants nosc se trouvent désarmés devant cette perspective. Certains - influencés notamment par la position d'une des experts de Solidarnosc, d'une politique analogue — ce à reprendre à leur compte les idées d' « assainissement» et de «rationalisation » au nom de l' «intérêt national», idées propagées par la bureaucratie. En adoptant une telle orientation, les dirigeants syndicaux s'éloigneraient d'une défense efficace des intérêts de classe du prolétariat, de son unité, de sa combativité et de sa force sociale.

fractions des travailleurs sont pas insensibles à l'argument qu'il y a un surcroît de personnel administratif dans l'économie, et que son licenciement allégerait les coûts de production. Mais, dans les plans des «experts» économiques et de la bureaucratie, l'abaissement de ces coûts doit s'effectuer par la pression sur les revenus et par l'accroissement de la «discipline» au travail (heures, rythmes), qu'impliqueraient licenciements et chômage. En outre, tout espoir de voir absorber le chômage par une émigration massive est totalement irréaliste dans la situation actuelle de l'économie capitaliste internationale. Enfin, licenciements et chômage seraient, aux mains de la bureaucratie, une arme fantastique de division des rangs ouvriers.

7 U N décalage significatif existe aujourd'hui entre les rapports forces favorables aux travailleurs en Pologne même et les rapports de forces à l'échelle internationale. Or, l'affrontement réel qui se prépare en Pologne ne peut être réduit à celui entre le prolétariat polonais et ses alliés d'une part, et la bureaucratie polonaise de l'autre. L'affrontement décisif qui se prépare opposera aussi le prolétariat polonais à la bureaucratie soviétique et à ses alliés bureaucratiques dans les populaires». Le prolétariat polonais l'abordera dans des rapports de forces marqués pour le moment :

La par l'écart entre le début de la révolution politique en Pologne et l'éveil beaucoup plus lent des masses dans les autres Etats ouvriers d'Europe orientale;

Mb par le développement inégal entre la poussée de la révolution politique en Europe orientale et celle de la révolution politique en URSS;

© par le développement inégal entre la révolution politique en Pologne et la révolution socialiste en

Dans ces conditions, le prolétariat polonais risque fronter seul la force armée de la bureaucratie soviétique et de ses alliés lorsqu'elle aura décidé d'intervenir. Et, seul, il ne pourra vainere, du moins rapide-

La stratégie du repli et des concessions est-elle dés lors la seule réaliste du point de vue des intérêts du prolétariat polonais?

Tout d'abord, on ne peut partir de l'hypothèse que l'intervention militaire soviétique soit d'ores et déjà inévitable. Plus le prix que devra payer le Kremlin pour cette intervention sera élevé, plus il hésitera et plus s'accroîtront les chances à l'Ouest ou à l'Est, viennent épauler le combat des travailleurs polonais. Or, leur unité et la permanence de leur mobilisation, le renforcement de Solidarnose et de tous les d'auto-organisation, non seulement au sein de la classe ouvrière mais aussi dans l'administration et l'armée, les liens des syndicats indépendants avec le mouvement ouvrier international, sont les con-

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ditions sine qua non pour que le prix à payer par le Kremlin soit le plus fort possible. Pour rendre l'intervention militaire la plus désastreuse possible pour le Kremlin, et donc accroître ses hésitations, l'orientation la plus indiquée est celle qui assure le maximum de confiance des travailleurs en eux-mêmes et le maximum de capacité de mobilisation unitaire.

Toute politique de Solidarnose qui aboutirait à la division, à l'isolement ou à la répression des éléments et des tendances dits radicaux, à la manipulaion de la base pour imposer des compromis, au refus d'accepter ou de maintenir des structures syndicales strictement démocratiques, y compris le droit le tendance, ne pourrait qu'affaiblir la force de frappe et la capacité de résistance du prolétariat polonais. Une telle orientation, loin d'éviter l'intervention soviétique, la favoriserait objectivement.

En fait, il y a deux stratégies possibles qui s'opposent. L'une croit que, par la manœuvre et la ruse, on pourrait amener la bureaucratie soviétique, comme celle de Varsovie, à accepter de coexister à la longue avec un Solidarnosc actif et indépendant. Cela est pure utopie. L'autre comprend que les conquêtes d'août 1980 et leur consolida-

One pourront être défendues et maintenues dans leur intégralité qu'à travers des épreuves de forces succesives et inévitables avec la bureaucratie. Cette dernière ne se résignera jamais à l'existence d'un mouvement ouvrier véritablement libre dans le pays, car cela équivaudrait à la destruction de la base de son monopole de pouvoir.

L'opposition entre ces deux stratégies n'a rien à voir avec un quelconque refus de tout compromis ou de tout recul tactique, à un moment déterminé, ce qui est inévitable dans tout combat social et politique de grande envergure. Mais les conditions pour que de tels compromis n'affaiblissent pas dangereusement le potentiel de combat du prolétariat, c'est qu'ils ne soient pas imposés manipulation, mais résultent de débats démocratiques au du mouvement et de ses tures; soient présentés pour ce qu'ils sont, c'est qu'ils ne portent pas atteinte à l'unité comme à la cohésion des organes d'auto-organisaion et n'entament en rien la confiance des masses en leurs propres forces ainsi que dans l'avenir de leur mouvement.

Ensuite, l'intervention soviétique ne marquerait pas nécessairement la fin du cours de la révolution politique. Si les travailleurs polonais parviennent à utiliser toute l'expérience acquise dernièrement pour réaliser une résistance d'ampleur, les conséquences de l'intervention se révéleraient désastreuses pour la bureaucratie. Une chose est l'impossibilité pour le prolétariat polonais de vaincre à lui tout seul la force concentrée de la bureaucratie soviétique. Autre chose est l'impuissance de cette bureaucratie à venir à bout d'une résistance tenace des travailleurs, organisée sur les lieux de travail. Toute résistance à une éventuelle intervention soviétique serait d'ailleurs portée en Pologne par un puissant souffle national, soudant l'essentiel de la nation et certainement une fraction de l'armée. Cela résulte du poids de la question nationale dans l'histoire moderne de la Pologne et d'éléments particuliers d'oppression nationale que renferme la domination stalinienne sur ce pays. C'est une des raisons importantes qui ont fait hésiter le Kremlin jusqu'ici.

A montée du prolétariat polonais a déjà eu des conséquences profondes sur les instruments de pouvoir de la bureaucratie dans les Etats ouvriers bureaucratisés ainsi que sur les PC, au niveau international.

Aujourd'hui, la crise du stalinisme éclate avec vigueur au sein du POUP, c'est-à-dire du parti stalinien en Pologne.

Il était inévitable que les effets de la montée ouvrière pénètrent profondément au sein de ce parti, étant donné sa composition sociale. manifestent dans l'apparition d'un coucant dit «pour le renouveau», dans la constitution de coordinations locales et régionales entre les partisans de ce courant, comme dans la lutte pour l'élection libre des délégués et des responsables à tous les niveaux, y compris celui du Congrès et du Comité central. Il ne s'agit de rien d'autre que d'une tentative par la base d'appliquer au POUP les mêmes principes de démocratie interne que les travailleurs entendent mettre en pratique dans les syndicats autogérés.

la forte pression nationale en faveur d'une résistance aux manœuvres du Kremlin se traduit aussi par des heurts et des différenciations au sein

Certains intellectuels, et journalistes, motivés par leur mépris pour l'incapacité des bureaucrates ont également adhéré à ce mouvement. Cependant, une partie d'entre eux, qui apparaît souvent comme porte-parole du mouvement, est effrayée par le caractère radical de la mobilisation ouvrière et certains craignent même d'y perdre leurs privilèges! C'est sur eux que compte l'aile «libérale » de la bureaucratie pour empêcher le «mouvement pour le renouveau » de dépasser certaines limites tout en utilisant les énergies qui se dégagent pour ravaler la façade du parti et lui permettre de jouer son «rôle diri-

Après l'exemple de la Tchécoslovaquie en 1968, l'expérience polonaise confirme que, lorsque la société est profondément ébranlée par la poussée du mouvement de masse, qu'instruments privilégiés du pouvoir de la bureaucratie, tendent à se décomposer selon les intérêts sociaux en jeu, depuis les couches supérieures de la bureaucratie qui exercent effectivement le pouvoir jusqu'à des couches de la classe ouvrière qui peuvent servir dans des moments de crise sociale intense de courroies de transmission de la révolte ouvrière au sein du parti lui-même.

C'est justement parce que reaucratie n'est pas une classe, qu'elle ne peut rompre complètement les liens avec la classe ouvrière dont elle est partiellement issue. Ces liens se transforment en autant de facteurs de décomposition du contrôle bureaucratique, lorsque la révolte ouvrière vise les fondements mêmes de la dictature de la bureaucratie. Le ment efficace de la domination bureaucratique que dans la mesure où il joint au contrôle vertical de la hiérarchie et à des fonctions de direction de l'Etat, un minimum d'encadrement horizontal de la classe ouvrière, condition indispensable à l'atomisation de celle-ci. En d'autres termes, le parti doit disposer d'une tariat se remet à agir et s'organise collectivement, ses instances inférieures font pénétrer de bas en haut dans le parti les préoccupations et les revendications prolétariennes. La coordination à la base de l'activité du prolétariat aboutit à miner le centralisme bureaucratique et réfracte au sein du parti le conflit social et politique entre le prolétariat et la bu-

Les répercussions à moyen et long terme de la renaissance du mouvement ouvrier en Pologne seront profondes en Europe orientale, en URSS, en République populaire de Chine et dans les PC

Dans tous les Etats ouvriers bureaucratisés, l'exemple stimulera des initiatives analogues quels que soient les délais avant que des secteurs du prolétariat et de la jeunesse rebelle ne puissent en saisir le sens réel et profond, d'autant plus que les mass media contrôlés par la bureaucratie font œuvre de déformation systématique. En effet, partout existent, au-delà des problèmes spécifiques qui ont joué un rôle de détonateur de la révolution politi-

Pologne, les mêmes manifestations de la dictature bureaucratique que qui ont incité les travailleurs polonais à créer de nouvelles organisations de masse: intégration totale des syndicats dans l'Etat bureaucratique; fusion complète de l'appareil du parti et de l'Etat; contrôle absolu de la bureaucratie sur les moyens d'information dont le caractère mensonger et manipulateur n'échappe à personne; impossibilité pour les travailleurs d'exprimer ou de défendre leurs intérêts immédiats, en opposition avec ceux de la bureaucratie, dans le cadre des institutions existantes; interdiction de la grève et des manifestations ouvrières, ainsi que répression systématique de celles-ci et de toutes tentatives embryonnaires de créer des organisations ouvrières d'avant-garde; oppression nationale.

C'est parce qu'elle craint que l' «été polonais » ne se répète dans les autres «démocraties populaires» et en URSS même, que la bureaucratie so-

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viétique est mortellement effrayée par l'existence des syndicats indépendants en Pologne. C'est dans cette crainte, celle de perdre son pouvoir et ses privilèges, et nulle part ailleurs, que se trouvent les racines du cours vers l'affrontement avec le prolétariat polonais qu'elle a engagé. En affirmant brutalement ses positions, elle tient aussi à mettre en garde la bureaucratie des dé. mocraties populaires contre toute politique qui affaiblirait l'emprise du Kremlin sur les pays à qui il applique le «principe de souveraineté limitée ».

En fait, le début de la révolution politique en Pologne a ouvert une nouvelle étape de la crise mondiale du stalinisme. Elle dépassera qualitativement celle ouverte par le «printemps de Prague » et l'intervention en Tchécoslovaquie. De même, cette dernière a été plus sérieuse que celles provoquées par le conflit sino-soviétique, par la victoire de la révolution cubaine, par l'intervention militaire en Hongrie en 1956 et par le XXe congrès du PCUS ou encore que celle provoquée par le conflit TitoStaline.

Quant aux PC des pays capitalistes, quelles que soient les critiques déjà formulées dans le cadre du discours « eurocommuniste », ils voient s'effondrer un des mythes principaux de leur idéologie: l'URSS, les « démocraties populaires», le «camp socialiste» seraient des pays «où la classe ouvrière est au pouvoir» et qui réaliseraient le «socialisme en s'appuyant sur l'immense majorité des travailleurs et des paysans». Au contraire, les événements de Pologne confirment que l'immense majorité de la classe ouvrière se sent écartée du pouvoir, s'oppose même au pouvoir exercé par la bureaucratie et le conteste. La question qui se pose dès lors à tous ceux qui se du communisme, du socialisme scientifique au sein de ces partis est la suivante: de quel côté êtes-vous cette confrontation? Du côté de la classe ouvrière ou côté pouvoir bureaucratique? Le fait même que se pose cette question, sans parler de la réponse qu'on y apporte, ébranle jusque dans ses fonde. ments toute l'idéologie apologétique de la bureaucratie sur laquelle s'appuient encore les PC.

Même les PC les plus critiques à l'égard de Moscou appuient globalement l'orientation Kania, c'est-à-dire se prononcent en faveur d'une réforme et non l'un bouleversement révolutionnaire des structures existantes en Pologne. Ils ne soutiennent pas ou en tout cas ne popularisent pas les mobilisations des travailleurs et leurs revendications les plus avancées, car cela entrerait en contradiction immédiate avec la stratégie gradualiste, parlementariste et réformiste qu'ils développent dans leur propre pays. Comment pourraient-ils s'identifier effectivement avec les initiatives d'un syndicat qui se veut démocratique et autogéré comme Solidarnosc, alors que leur politique de collaboration de classes les amène à étouffer la démocratie syndicale dans les organisations qu'ils contrôlent?

La social-démocratie cherche à se revaloriser par rapport aux PC en exploitant la crise polonaise. Elle est néanmoins effrayée par les implications révolutionnaires de la montée des masses en Pologne. Toute l'orientation socialdémocrate dans la crise économique et sociale qui secoue le monde capitaliste est fondée sur le mythe de «l'intégration de la classe ouvrière» et de la prétendue impossibilité de réaliser une démocratie directe au plan économique et politique. Les événements de Pologne sont en train de porter atteinte à ce mythe. Par ailleurs, la social-démocratie européenne est particulièrement attachée au «commerce Est-Ouest» cher aux bourgeoisies autrichienne, plaide contre un ample appui à la lutte des travailleurs polonais.

9 • EBRANLEMENT profond du parti par le mouvement de masse ne doit entrainer aucune illusion quant aux possibilités d'auto-réforme de la bureaucratie à travers un «renouveau » du POUP. Toute l'histoire des ties populaires», et avant tout l'expérience douloureuse du «gomulkisme» en Pologne même, démontre le caractère utopique de tels espoirs.

Ce qui émerge la renaissance inévitable du pluralisme politique dans le post-capitaliste, c'est-à-dire côte-à-côte de toute une série de forces politiques organisées. Que cette pluralité recouvre des organismes qui utilisent la dénomination de parti ou des k courants», ions » multiples au sein de Solidarnose et d'autres organes d'auto-organisation des masses, peu importe. L'important, c'est qu'il existe dans la réalité aussi bien des orientations politiques différentes que le droit des travailleurs, des paysans pauvres, des intellectuels et des étudiants de se regrouper pour les défendre. A présent déjà, de nombreuses tendances commencent à se définir au sein du

Il est inévitable que différents secteurs du prolétariat réagissent différemment par rapport au conflit avec la bureaucratie et par rapport aux problèmes économiques, sociaux, culturels, institutionnels qui se posent dans la Pologne d'aujourd'hui. C'est moins la diversité des «familles politiques traditionnelles» que la diversité des réponses apportées à divers problèmes qui nourrit le pluralisne politique de la révolution en cours; des problèmes tels que la tactique à adopter à l'égard de la bureaucratie, les modalités d'une relance économique, la réforme des entreprises, les rapports entre consommation individuelle et consommation collective ou le seuil de tolérance de l'inégalité sociale. L'absence d'un parti révolutionnaire qui aurait rallié de larges secteurs de travailleurs en se faisant le défenseur intransigeant de leurs intérêts et l'absence d'une expérience politique suffisante de coexistence de diverses forces politiques accroissent encore ces différenciations.

L'existence en Pologne d'un puissant courant d'idéologie catholique au sein des masses populaires — au-delà des racines historiques de l'influence de la religion catholique - s'explique essentiellement par les facteurs suivants :

La les phénomènes d'oppression nationale que la domination stalinienne a réintroduits en Pologne ont revalorisé la rôle historique de l'Eglise catholique aux yeux des masses, en tant que gardienne de l'identité nationale du peuple polonais;

Mb les persécutions subies par l'Eglise pendant la période 1949-1956 - période des pires excès de la répression stalinienne - ont rehaussé son prestige aux yeux des masses;

C l'accord conclu entre la fraction Gomulka de la bureaucratie - appuyée par le Kremlin en 1956-1957 — et la hiérarchie catholique attribua à celle-ci un statut de force d'opposition semi-officielle, seul canal par lequel pouvait s'exprimer légalement le mécontentement des masses envers la dictature bureaucratique:

Pd l'Eglise, en tant qu'« opposition de Sa Majesté» put jouer un rôle protectrice légale, prudent mais réel, des grévistes et de leurs familles, victimes de la répression bureaucratique pendant et au lendemain des grèves de 1976. Cela accrut considérablement son crédit parmi les travailleurs et aussi dans la jeunesse, en dépit de ses positions réactionnaires sur des problèmes tels que le divorce, avortement ou la contraception;

la liquidation, après la Seconde Guerre mondiale, de la grosse propriété foncière, qui a été étroitement liée à l'Eglise dans toute l'histoire, a modifié la façon dont la hiérarchie catholique est perçue par les masses paysannes;

f le discrédit qui a frappé le marxisme par suite de la dictature stalinienne a fait virer vers les doctrines catholiques de type social une série d'intellectuels contestataires au cours des années 1970.

Le regain d'influence politique de masse de l'Eglise catholique en Pologne est donc un double produit du stalinisme : résultat objectif de la dictature bureaucratique et produit de son orientation, car elle préfère une opposition légale catholique-nationaliste, à une opposition qui se réclame du marxisme.

Le rôle du catholicisme au sein du mouvement de masse et de Solidarnosc, doit être examiné sous deux angles.

Tout d'abord le catholicisme l'Eglise sont loin d'être homogènes ou monolithiques en Pologne. Des diffé. rences croissantes traversent le clergé dont des fractions sont souvent plus proches politiquement de la base ou-

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vrière et paysanne que de la hiérarchie. Des différences croissantes opposent également différents courants au sein des intellectuels catholiques.

Ensuite, la hiérarchie catholique, vigoureusement appuyée en cela par le Vatican, n'a pas poussé à la confrontation entre le prolétariat et le pouvoir de la bureaucratie. Au contraire, elle freine mouvement de masse, prêche la modération, défend |' «ordre» et la «stabilité». L'Eglise polonaise ne puise plus ses ressources dans la propriété immobilière et mobilière, mais elle dépend pour une grande part des dons de la masse des fidèles. C'est pourquoi la hiérarchie est sensible aux pressions des ouvriers et des petits paysans. Par ailleurs, elle est foncièrement hostile à l'essor du mouvement des masses et à la poussée vers l'autogestion qui minent sa doctrine sociale réactionnaire et ses structures autoritaires. Elle utilise donc son preslige et son appareil, ses experts dans les syndicats, pour essayer d'intégrer Solidarnose dans les structures étatiques. Elle vise à désamorcer ainsi la dualité de pouvoir. Dans ce sens, la hiérarchie catholique et le Vatican, pour leurs raisons propres, ont appuyé et continuent à appuyer le gouvernement de Varsovie. Ils n'ont pas stimulé la « déstabilisation» de la Pologne. Ils craignent une victoire de la révolution politique parce qu'une telle victoire saperait aussi les bases de la domination capitaliste en Europe occidentale.

Ceux qui prennent prétexte de l'influence prétendument prépondérante des courants catholiques au sein de Solidarnose pour en contester le rôle valable de représentant et d'organisation propre du prolétariat polonais, sont donc obligés de travestir la réalité. Loin de constituer un combat entre «les forces de l'Eglise » et «les forces du socialisme», l'affrontement en cours en Pologne oppose le prolétariat, certes influencé par l'idéologie catholique, d'une part, à la bureaucratie, appuyée, elle, par la hiérarchie catholique d'autre part.

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L' Des rAt ors cherche dire.

profit, idéologiquement et politiquement de la crise polonaise, afin l'appuyer sa campagne internationale le réarmement et son offensive d'austé. rité anti-ouvrière et antisocialiste. Il profiterait encore davantage d'une intervention militaire soviétique, qui, entre autres, faciliterait grandement ses initiatives en Amérique centrale et dans la Caraibe.

Mais il faut distinguer nettement ses proclamations et ses opérations de propagande de ses visées politiques réel. les. Celles-ci sont foncièrement déterminées par deux motifs. L'impérialisme ne veut pas courir le risque d'une « déstabilisation » généralisée en Europe que provoquerait le combat victorieux de millions de travailleurs polonais. Il ne veut pas non plus courir le risque de perdre ses marchés ni les 23 milliards de dollars prêtés à la Pologne et que la bureaucratie seule est prête à garantir et au nom desquels elle réclame aux travailleurs «ordre et efforts».

Pour ces deux raisons, l'impérialisme, et surtout les banquiers occidentaux, étaient loin d'être favorables au mouvement de masse en Pologne et sont apparus comme des alliés objectifs de la bureaucratie.

A montée de la révolution politique en Pologne s'exprime à la fois par la réaction des masses face aux projets de réformes économiques préparés par le gouvernement et par les contre propositions de l'avant-garde mili-

La bureaucratie polonaise est incapable d'appliquer une planification s'appuyant sur une utilisation rationnelle de toutes les ressources disponibles en vue de réaliser des objectifs cohérents, considérés, au moins en partie, comme prioritaires par la majorité des producteurs. Ces derniers comprennent que les gaspillages énormes, les dysfonctionnements de l'économie, coordination entre les décisions d'investissements, les vols et dilapidations par la bureaucratie, l'extension scandaleuse de ses privilèges matériels et de l'inégalité sociale en général, ne sont pas des «erreurs» dont tel ou tel courant ou groupe de personnages au sein de la bureaucratie seraient responsables.

Men viennent à comprendre que tous ces phénomènes sont des produits logiques et inévitables du système de gestion bureaucratique dans son en-

Les masses polonaises ne portent aucune responsabilité pour toutes ces tares. Elles en payent aujourd'hui le prix sous la forme d'un véritable hiver de famine. Ces anomalies ne peuvent être éliminées que si l'économie est rendue transparente, que si les liens entre les efforts des producteurs et leurs récompenses sous forme de biens et de seraccrus apparaissent, que si les priorités dans les objectifs de croissance sont démocratiquement établis par les masses elles-mêmes.

fondamentalement deux voies de «réforme » de l'économie polonaise délabrée qui sont possibles.

La première, la voie « technocrahongroise, même recouverte d'un vernis de langage autogestionnaire, donne la priorité à la «vérité des prix», à l'utilisation des mécanismes de marché, au rétablissement de la rentabilité individuelle des entreprises comme meilde combattre le gaspillage dans l'économie dans son ensemble. Cette voie est la plus facile à adopter par l'aile réformiste de la bureaucratie, parce qu'elle n'est en rien incompatible avec le maintien de son pouvoir et de ses privilèges. Elle peut donner des résultats temporaires, comme ce fut le cas en Hongrie, quitte à reproduire à terme les tares initialement dénoncées. Son application est néanmoins rendue plus difficile en Pologne vu l'ampleur même de la crise économique, qui fait que la décentralisation bureaucratique et l'application des mécanismes du marché auraient comme corollaires inévitables d'austérité et un chômage inacceptables par les masses.

La deuxième voie, plus à emprunter, est celle qui est déjà dé. battue par des secteurs du prolétariat polonais. C'est la voie de l'autogestion ouvrière démocratiquement centralisée, dans laquelle ce n'est pas le marché mais la délibération consciente des producteurs à l'échelle nationale qui fixe les priorités du plan, en fonction de critères de besoins sociaux à satisfaire de manière prioritaire. La montée du mouvement de masse a d'ailleurs révélé de puissantes aspirations égalitaires. L'inégalité et l'injustice ont davantage révolté les masses que la pénurie ou le bas niveau de vie. Cette révolte a, de ce fait, un contenu socialiste évident. La réforme technocratique de l'économie, augmentant l'inégalité tions entre entreprises et au sein des entreprises, entre régions et au sein de chacune d'elles, irait dans le sens opposé à celui désiré par la grande majorité des travailleurs. La voie de l'autogestion démocratiquement centralisée permet de réaliser ces aspirations.

Derrière les diverses voies de la «réforme économique», il n'y a donc pas en premier lieu des options « techniques» ou «scientifiques». Il y a des choix politiques et sociaux. Quelle est la force sociale principale pour avancer vers le socialisme: le prolétariat ou la bureaucratie? Quels sont les leviers principaux pour assainir l'économie : des solutions techniques ou des solutions sociales ? Qui doit effectivement exercer le pouvoir: le prolétariat ou d'autres forces sociales ou politiques? C'est la cohérence entre l'ensemble du combat de Solidarnosc et le choix d'un type donné de « réforme économique » qu'il faut inscrire dans la conscience des dix millions de membres de Solidarnose et de tous leurs alliés.

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T ' AUTO-ORGANISATION ourière

La entraîné un vaste mouvement social analogue chez les principaux alliés de la classe ouvrière: petits paysans, étudiants, intellectuels, fonctionnaires. Cela n'a pas seulement une signification formelle. Comme hier en Russie, en Allemagne, en Espagne, etc., tous les alliés du prolétariat adoptèrent spontanément la forme d'organisation qui prévalait au sein de la classe ouvrière (soviets, comités). Ils le font aujourd'hui en Pologne avec les syndicats autogérés. Il y a également un contenu social précis à cette convergence.

La création de Solidarnose rural permet d'asseoir l'alliance ouvrière-paysanne - à travers l'alliance Solidarnosc/ Solidarnose rural — sur une base nou-

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velle et beaucoup plus solide que par le

Au départ du mouvement d'autola tendance prédominante est celle de la protection de la petite propriété privée, vu les exactions arbitraires de la bureaucratie dont les petits paysans ont été et restent victimes. Cette préoccupation reste d'ailleurs forte au sein de la petite paysannerie pauvre en Pologne. L'avant-garde ouvrière doit savoir la prendre en considération et ne pas confondre petits paysans pauvres et «koulaks». politique de collectivisation forcée de l'agriculture a toujours échoué.

Solidarnose rural permet successivement à des secteurs de la petite paysannerie laborieuse en Pologne de faire une expérience extrêmement fertile. Par la logique même du caractère socialiste de la montée ouvrière, elle aura fait faire plus de progrès à l'esprit petits paysans privés en l'espace de six mois que pendant les trente-cinq années précédentes d'existence de la Pologne « populaire». Une fois de plus, l'exemple paysan permet de préciser dans les faits où se trouvent les véritables obstacles pour la construction du socialisme en Pologne!

13 4 IVe Internationale oppose aux conceptions bureaucratiques, en rupture avec la théorie marxiste-léniniste des classes et de l'Etat, la conception classique de la dictature du prolétariat. La bureaucratie a beau procianer: «L'Etat (de la dictature du prolétariat), c'est moi», les travailleurs polonais lui rappelleront que la dictature du prolétariat peut et doit être celle de l'ensemble des salariés, surtout dans un pays ou ce prolétariat — à l'opposé de la Russie de 1922 — constitue déjà la grande majorité des producteurs.

Dans ce sens, il est décisif que les travailleurs polonais opposent des ouurières à la politique de la bureaucratie en mettant en avant un contre-plan ouvrier. Pour répondre aux nécessités et aux besoins urgents des masses laborieuses, il faut qu'un tel contre-plan soit un plan centralisé et exprime les intérêts de la classe ouvrière dans son ensemble. Des contre-plans sectoriels, régionaux, d'entreprise sont donc L'élaboration d'un contre-plan réclame la centralisation des renseignements, l'inventaire des ressources et un recensement des besoins établi par la population laborieuse. Les prochains pas en avant du mouvement de masse devront donc aller dans ce sens pour éviter que la désorganisation et le sabotage économique ne finissent par émousser l'unité et la combativité ou-

Ce n'est pas le profit des entreprises qui doit mesurer la manière dont la réalisation d'un tel plan est conforme ou non aux objectifs proclamés, mais le contrôle ouvrier et celui des consommateurs. Dans cette voie, on peut certes utiliser certains mécanismes de marché, éviter la distorsion excessive des prix, rendre compte du poids réel des subsides et chercher à les réduire progressivement. Mais de tels mécanismes resteront subordonnés à l'emploi de critères conscients et démocratiques, tant pour définir les priorités de la croissance économique que pour en mesurer les progrès.

Dans la mesure où, au cours d'une nouvelle vague de luttes, les masses se fixeraient comme objectif de réaliser impérativement ce contre-plan ouvrier, elles le substitueraient au plan élaboré par les autorités « officielles», quelles que soient les modalités de cette substitution. Cela deviendrait rapidement la revendication transitoire économique centrale de la révolution politique polonaise.

Les travailleurs s'opposeront fermement à toute politique d'austé. rité proposée par le pouvoir et qui se ferait à leurs dépens et à celui des responsabilité dans le gâchis économique créé par la mauvaise gestion et la corruption bureaucratiques!

Ils résisteront au chantage de la bureaucratie qui brandit la menace des licenciements, des fermetures d'entreprises et du chômage et qui compte bien se servir de cette arme pour diviser et démobiliser Solidarnosc et la classe ou-

Ils prendront la défense des intérêts des couches les plus opprimées et des femmes, premières visées par les propositions d'«assainissement»

Les travailleurs et leurs alliés sont dont dispose aujourd'hui l'économie polonaise, c'est leur qualification technique, leur intelligence, leur capacité productive, insuffisamment utilisées sinon systématiquement frustrées par le système de gestion bureaucratique. Pour utiliser pleinement ce potentiel, on ne peut compter exclusivement ou essentiellement sur des moyens d'intéressement matériel, d'autant plus que l'économie polonaise ne dispose pas d'assez de ressources pour développer de telles sur une grande échelle. Ce potentiel ne pourra être exploité qu'à condition que les travailleurs se sentent maîtres de l'outil, qu'ils décident eux-mêmes, à tous les niveaux et pas seulement au sein de l'entreprise, des priorités et qu'enfin ils prennent leurs responsabilités parce qu'ils sont devenus dans les faits les responsables de la gestion économique dans son ensemble. De nouveau, seule la voie de l'autogestion ouvrière démocratiquement centralisée, sans dédaigner l'emploi second'atteindre cet objectif à court ou moyen terme.

Les marxistes révolutionnaires, à l'encontre d'une politique de collectivisation forcée de l'agriculture, prônent, à l'exemple d'Engels, la collectivisation progressive de l'agriculture par adhésion volontaire des paysans. Aujourd'hui, en Pologne, s'attaquer à la propriété privée des fermes des petits paysans pauvres, alliés naturels de la classe ouvrière serait une véritable pro-

Quant à l'autogestion paysanne, elle n'a aucun sens si l'horizon du cultivateur reste limité à sa petite exploitation individuelle. L'autogestion paysanne doit englober celle de l'administration municipale, de la voirie, des transports, de l'approvisionnement et de la vente. Dans tous ces domaines, ce qui s'impose ce sont des formes d'initiatives et d'organisations de type coopératif qui arrachent justement le petit paysan au cercle vicieux du choix entre la ferme d'Etat gérée bureaucratiquement et la petite entreprise strictement individuelle. Cela permet d'entrevoir des solutions dépassant progressivement le cadre de la propriété privée, sans provoquer de conflits entre les ouvriers et la paysannerie.

Il en va de même lorsque les collectifs d'entreprises individuelles cherchent à établir avec les paysans des rapports d'échanges réciproques, à la fois pour relancer la production agricole et pour subvenir aux besoins les plus pressants de la population et des ménages

Dans ce cas, des accords de troc ou d'autres accords du même genre sont difficiles à conclure avec paysans pris individuellement. Les fourde tracteurs, de pièces détachées, d'engrais, de matériaux de construction s'effectuent logiquement avec des collectifs paysans, poussant ceux-ci à accepter des engagements collectifs peut trouver une concrétisation dans le développement d'organes de contrôle visant à imposer une répartition égalitaire des ressources sociales, en particulier en ce qui concerne l'approvisionne-

La loi interdisant aux soldats de s'organiser est une loi réactionnaire, digne d'une dictature capitaliste. Il n'y avait aucune loi de ce type dans la Russie soviétique à l'époque de Lénine, époque où le pouvoir résidait dans un Congrès de soviets d'ouvriers, de paysans et de soldats. Il s'agit donc d'assurer la réintégration des soldats dans la «nation socialiste » en étendant aux soldats — et à la grande majorité des miliciens, à l'exception de ceux qui se sont rendus coupables de crimes graves à l'égard des masses — le droit à l'organisation dans des syndicats spécifiques, indépendants, démocratiques et autogérés. Ils doivent être démocratiquement représentés dans les organes suprêmes qui réunissent les délégués de l'ensemble des forces vives de la nation.

Cela s'inscrit dans le cadre d'une orientation qui, en accroissant sans cesse le prix d'une intervention militaire pour la bureaucratie soviétique, la rend plus

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L

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difficile et augmente les possibilités de résistance du peuple polonais.

Il est nécessaire de s'organiser délibérément et consciemment en vue de l'intervention toujours du menaçante

Kremlin, en préparant la grève générale immédiate dans les entreprises, les services publics et les villages, comme seule riposte possible en ce cas et en s'appuyant, pour ce faire, sur la capacité de mobilisation des masses et les strucdémocratiques du mouvement.

tures

Devant la paralysie du pouvoir, la revendication politique centrale pourrait se concrétiser dans la création - en partant ou non des MKZ

- d'organes démocratiquement élus au niveau local et régional, fédérant tous les organismes d'auto-organisation des masses (travailleurs, paysans, ménagères, étudiants, fonctionnaires) puis dans leur fédération à l'échelle nationale dans un

Congrès des Conseils populaires et des travailleurs aux délégués révocables par la base et aux débats entièrement publies, radiodiffusés et télévisés.

De tels objectifs rendent primordiale la bataille pour la garantie de l'exercice plein et entier de toutes les libertés démocratiques pour les masses, de la liberté d'expression et d'organisation pour tous les courants sans exclusive idéologique. L'expérience historique dé.

montre que le remplacement des moyens de lutte idéologico-politiques par des mesures administratives et par la répression contre des courants comme les

Quatrième

Internationale

SOMMAIRE

EDITORIAL:

L'élection de Mitterrand.

Daniel Bensaid - Les thèses du Comité international :

"orthodoxe" ou mythologie sectaire ?.

Manuel Aguilar Mora - Echec du nationalisme bourgeois au Mexique

Oliver MacDonald - Pologne : regards sur la révolution politique …..

Franco Turigliatto - Forces et faiblesses de l'avant-garde ouvrière en

Italie

Claude Gabriel - Y a-t-il un "modèle de partis léninistes"* noire?

Livio Maitan - Réponse à trois questions posées par le camarade Petr

Uhl

ARCHIVES DU MARXISME:

Wang Fan-hsi - Un communiste chinois à Moscou (1927-1929) .....

NOTES DE LECTURE :

Julij Martov : Bolscevismo mondiale; Coyoacan, revista marxista latinoamericana; Ian Gough : The Politic Economy of the Welfare

State juillet-août-septembre 1981 courants catholiques, présents au sein de la classe ouvrière, loin d'affaiblir ceux-ci, les renforcent considérablement. Une telle politique est non seulement contraire aux principes de la démocratie socialiste, elle est de plus profondément inefficace. La démocratie socialiste le pluralisme politique doivent permettre aux divers courants qui proposent des solutions différentes à la crise, de s'exprimer et de se confronter libre-

A classe ouvrière polonaise s'est engagée dans un processus de ré. volution politique avec à sa tête une direction qui, jusqu'à maintenant, a fait preuve de son sens tactique, s'est montrée sensible à l'énorme poussée du mouvement de masse et capable de préparer la riposte face aux premières tentatives de répression (préparation de la greve générale apres les affrontements de Bydgoszcz

Cette direction est le produit des expériences de luttes des douze derniè. res années. Elle est essentiellement pragmatique, ce qui, dans une première phase, n'a pas empêché l'accumulation de nombreux gains. Cependant, au moment où le cours des affrontements conduit à poser la question du pouvoir, il est vital d'avoir et de défendre ouvertement un programme et une stratégie d'ensemble capables de battre en brèche le pouvoir de la bureaucratie. Dans les expériences trotskysme 11 31 49 59 en Afrique 71 79 89 102 3* série / n° 5 de luttes jusqu'ici victorieuses, les militants ont renforcé leur confiance dans la puissance de Solidarnosc et se sont radicalisés. Cela a conduit et conduira à des débordements et à des différenciations dans le syndicat, y compris dans

Des secteurs significatifs de la direction de Solidarnose appliquent une stratégie de conciliation sur le long terme avec l'aile dite modérée de la bureaucratie, présentée comme la seule solution possible. Une telle peut amener ces cercles dirigeants de Solidarnose à vouloir s'émanciper du contrôle des travailleurs dans le syndicat, avec toutes les conséquences négatives que cela aurait sur son unité et son fonctionnement démocratique. La bureaucratie a évidemment intérêt à favoriser un tel cours, bien que la crise du POUP et les initiatives des travailleurs rendent plus que difficile la mise en place d'une collaboration mudes décennies d'oppression stalinienne continuent à marquer de leur empreinte la formation des cadres dirigeants de Solidarnosc. Cela s'exprime particulièrement sur le terrain des rapports avec les travailleurs des autres Etats ouvriers bureaucratisés, le mouvement ouvrier des pays capitalistes, et les mouvements de libération anti-impérialistes des pays semi-coloniaux.

Certes, les développements inégaux de la révolution politique dans les pays de l'Europe de l'Est sont un réel obstacle à l'essor d'initiatives en direction des travailleurs de ces pays. Elles restent pourtant nécessaires, au même titre que les liens avec le mouvement ouvrier des pays capitalistes, pour faire des uns comme des autres des alliés puissants contre la menace d'intervention sovié-

L'expérience polonaise confirme dans un double sens le rôle décisif du facteur subjectif dans un processus révolutionnaire. Elle démontre qu'une petite d'avant-garde KOR -, liée à la classe ouvrière et sachant se faire accepter par celle-ci, en fonction notamment de sa participation à sa lutte immédiate, peut jouer un rôle décisif de détonateur, lorsqu'ont mûri les conditions propices à une explosion de luttes de masse. Elle confirme en même temps qu'une direction révolutionnaire apte à donner des réponses aux problèmes d'ensemble posés par l'essor du mouvement de masse et aux tâches découlant de l'intrication de la lutte aux plans national et international (rôle de la bureaucratie soviétique) fait encore défaut en Pologne. Le sort de la révolution politique dépend de création d'une telle direction. Sa formation est directement liée au processus de différenciations et de clarifications politiques qui se développent et se développeront au sein de Solidarnosc, et y compris dans des secteurs ou dans des fractions des rangs du POUP.

Cependant, son émergence est entravée en Pologne par le discrédit qui

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frappe le marxisme, sans parler du léninisme, au sein du prolétariat en fonction des crimes et des avatars du stalinisme, même si des éléments avancés s'expriment au sein des courants dits de «renouveau » du POUP ou au sein des courants de Solidarnose qui ne sont pas l'origine communiste.

Avec la renaissance d'un mouvement ouvrier libre en Pologne, c'est la renaissance du marxisme, l'apparition d'une série de militants marxistes, ouvriers et intellectuels, qui est à l'ordre du jour. C'est en s'identifiant avec le mouvement de masse, avec Solidarnosc, en s'y affirmant comme des militants exemplaires, qu'ils ne pourront être d'aucune manière confondus par les masses avec le stalinisme ou avec les critiques pro-bureaucratiques de Soli-

C'est dans l'avant-garde ouvrière et intellectuelle du mouvement de masse, au sein du courant clairement favorable au socialisme et prêt à engager un combat sans concessions contre le pouvoir bureaucratique que la IVe Internationale construira l'organisation marxiste-révolutionnaire qui participera à toutes les luttes des masses.

JA

16 ES bureaucraties soviétique et polonaise ne relâcheront pas un instant leurs efforts pour empêcher les travailleurs de concrétiser la formule du Manifeste communiste: «L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes.»

Internationale se doit d'élargir encore plus le mouvement de internationale avec Solidarnosc, avec ses revendications et avec les

Par sa propagande et ses publications, elle se donnera les moyens de faire connaître aux travailleurs des pays dits socialistes la vérité sur les objectifs réels de la révolution politique en marche en

Ice qui participe du combat pour la révolution politique en Europe de l'Est et en Union soviétique.

Elle multipliera les initiatives de front unique en direction des organisations ouvrières traditionnelles afin de soutenir politiquement et matériellement Solidarnose et de resserrer ses liens avec le mouvement syndical comme les secpays capitalistes. Elle fera campagne pour le moratoire immédiat du service de la dette extérieure polonaise, pour l'annulation des dettes étrangères de la Pologne !

Elle dénoncera de la façon la plus vigoureuse les menaces d'intervention du Kremlin et mobilisera pour le plein respect et l'exercice réel de la souveraineté nationale polonaise!

La IVe Internationale défendra, propagera et enrichira sa conception de la révolution politique et de la démocratie socialiste, largement validée par la montée des masses contre la bureaucratie du POUP et de l'Etat.

Seuls les marxistes révolutionnaires peuvent appuyer jusqu'au bout les combats des masses pour le renversement de la dictature bureaucratique et l'instauration du pouvoir des conseils dans le cadre de l'avance de la révolution mondiale !

Comité exécutif international (CEI) de la IVe INTERNATIONALE 12 mai 1981. Lech Walesa à la sortie d'une usine de Varsovie. (DR)

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Afghanistan

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