Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

NAMIBIE

Afrique du Sud, bas les pattes devant l'Angola et la SWAPO !

· Inprecor n° 109, 28 septembre 1981 · p. 22 · 1 007 mots

Afrique australe

NAMIBIE Ption Protée contre Angola et lis bases ariores de Ta LUSIEURS semaines après le déclenchement de l'opéra-

SWAPO (Organisation des peuples du sud-ouest africain) les forces aériennes sud-africaines continuent toujours à bombarder le territoire angolais à plus de 100 km de la frontière namibienne (cf. Inprecor numéro 108 du 14 septembre 1981).

Faisant le bilan de ce raid, la radio de Pretoria affirmait le 7 septembre que l'attaque sud-africaine « a payé militairement autant que politiquement »...

Militairement d'abord, parce qu'en faisant plus d'un millier de victimes et en reculant les lignes de défense angolaises à plus de 100 km de la frontière namibienne, les Sud-Africains ont récupéré ou détruit un matériel militaire considérable et constitué dans le sud angolais un véritable no man's land « démilitarisé » de fait. Les forces sécessionnistes de l'UNITA qui opèrent dans la région ont ainsi pu récupérer une quantité importante de matériel saisi aux forces régulières angolaises et, d'après le général Geldenhuys, chef de l'armée sud-africaine, l'UNITA « pourrait essayer de capitaliser » l'attaque sud-africaine en occupant le terrain.

Politiquement ensuite, parce que l'initiative militaire de Pretoria a réussi à diviser les capitales occidentales en emportant le soutien diplomatique tacite des Etats-Unis. Le gouvernement sud-africain peut ainsi aujourd'hui être assuré d'un nouveau délai pour ses manœuvres, après le veto américain à toute condamnation de l'Afrique du Sud au Conseil de sécurité

C'est évidemment la perspective de l'indépendance de la Namibie qui se trouve à l'arrière-plan des attaques militaires sud-africaines systématiques contre l'Angola et les maquisards de la SWAPO. Le régime raciste de Pretoria y voit le moyen de se donner un répit pour renforcer le pouvoir et la crédibilité des institutions néocoloniales qu'il installe à Windhoek. Un mémorandum de l'administration américaine, récemment publié par le New York Times, précisait à ce propos que les Sud-Africains et leurs alliés locaux avaient « besoin de douze à dix-huit mois ... pour être dans une meilleure position pour s'opposer à la SWAPO ». Au-delà du plan néocolonial préparé par le « groupe de contact » occidental et avalisé par l'ONU et la SWAPO à la conférence de janvier 1981 à Genève, le régime sud-africain désire surtout, comme le précise le document de l'administration Reagan, « une formule qui réduise les avantages de la SWAPO et sauve la face ».

Après l'article consacré à l'analyse de l'attitude du Parti socialiste aujourd'hui au pouvoir en France, face à l'héritage impérialiste du régime giscardien en Afrique du Sud (paru dans notre dernier numéro), nous poursuivons notre série sur les relations des Etats capitalistes occidentaux avec le régime raciste de Pretoria par la publication d'un article sur les intérêts économiques des capitalistes suisses en République sud-africaine. Dans les prochains numéros d'Inprecor, nous poursuivrons ce travail qui doit servir à étayer toute activité de solidarité avec la lutte des peuples d'Afrique australe, en analysant les relations économiques et politiques d'autres pays capitalistes avec Pretoria.

L'enjeu de la décolonisation de la Namibie est d'importance pour le bastion raciste sud-africain. Tout bouleversement des structures coloniales en Namibie constituerait un puissant encouragement aux mobilisations anti-apartheid en Afrique du Sud même. Parce qu'il a maintenu en Namibie une domination directe calquée sur l'apartheid sud-africain, le régime de Pretoria n'y dispose pas d'alliés locaux capables de lutter aujourd'hui militairement et demain politiquement contre les nationalistes de la SWAPO. Les fantoches de la DTA (Democratic Tunnhall Alliance), installés à Windhoek après les élections frauduleuses de décembre 1978 ne peuvent jouer seuls ce rôle. Ils sont par exemple incomparablement plus dépendants du ré gime sud-africain que ne l'étaient les forces réactionnaires de Rhodésie. En Namibie, c'est l'armée sud-africaine qui mène directement la lutte contre les maquisards nationalistes, et ce sont les fonctionnaires de Pretoria qui gèrent un appareil d'Etat entièrement dépendant des subventions de la métropole. Les pouvoirs accordés au gouvernement intérimaire « namibien » sont très limités. Et c'est l'administrateur sud-africain qui gouverne de fait.

Cette absence de représentativité des fantoches favorables à Pretoria et l'inexistence des fondements autochtones d'un futur gouvernement néocolonial (armée, police, gouvernement...) posent problème à l'Afrique du Sud qui redoute sérieusement que la SWAPO n'en profite pour investir tous les rouages du nouvel Etat en construction en cas d'élections libres.

D'autre part, à la différence du Zimbabwe où des pressions multiples ont pu être faites sur les Etats qui soutenaient les guérilleros pour les amener à composer, la République sud-africaine dispose de moins de moyens de pression économiques en ce qui concerne l'Angola, qui constitue la base arrière de la SWAPO.

Non seulement l'Angola n'est pas directement dépendante de l'Afrique du Sud du point de vue économique mais, de plus, elle dispose des ressources minières et énergétiques suffisantes pour prendre certaines initiatives en vue de réduire la dépendance économique des autres Etats de la ligne de front (notamment en leur vendant du pétrole et des dérivés). Le chemin de fer de Benguela, cible préférée de l'UNITA, pourrait considérablement réduire, s'il était pleinement utilisé, la dépendance de la Zambie et du Zaire par rapport au régime raciste en ce qui concerne leur approvisionnement par le Sud.

C'est la raison pour laquelle les objectifs économiques et militaires se confondent dans toutes les actions militaires sud-africaines contre l'Angola. Il ne reste donc plus au régime de l'apartheid que la politique de la déstabilisation militaire (que ce soit sous forme d'actions directes ou de soutien aux attaques de l'UNITA) pour avoir prise sur l'Angola et sur l'aide qu'elle apporte à la SWAPO.

Ce faisant, l'Afrique du Sud espère disposer du temps nécessaire pour édifier en Namibie l'armature d'un futur Etat néocolonial et renforcer le pouvoir de ses alliés avant toute nouvelle négociation, au prix même d'une tentative de démembrement de l'Angola. Ce n'est pas la moindre des responsabilités des Etats capitalistes occidentaux que de lui donner toujours plus de temps pour le faire. C'est une raison supplémentaire qui milite en faveur d'un boycott de la république raciste, dont l'efficacité ne manquerait pas de se faire rapidement sentir.

Vincent KERMEL 18 septembre 1981.

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