Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

IIe Rencontres internationales des jeunesses syndicalistes organisées par l'UGT, entretien avec Raoul Fischer

· Inprecor n° 109, 28 septembre 1981 · p. 11-12 · 1 966 mots

État espagnol Syndicalisme IVe Internationale France

Ile Rencontres internationales des jeunesses syndicalistes organisées par l'UGT

Un entretien avec Raoul Fischer, porte-parole des militants de la IVe Internationale présents à cette rencontre

'EST au cours de la dernière semaine d'août qu'a eu lieu en Espagne, à Séville en Andalousie, la Ile Rencontre

/ internationale des jeunesses syndicalistes, à l'intiative de l'Union générale des travailleurs (UGT), centrale contrôlée par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), lié à l'Internationale socialiste, et de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL).

Cette initiative a vu la participation d'environ 5 000 personnes parmi lesquelles une présence significative de militants allemands, suisses, autrichiens, hollandais et de l'Etat espagnol, membres de la IVe Internationale et syndiqués dans leurs pays respectifs à des organisations affiliées à la CISL.

Les militants de la IVe Internationale participant à cette

Rencontre, tout comme nos camarades de la section de Séville de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de l'Etat espagnol, ont permis l'apparition d'un pôle politique marxiste révolutionnaire, tant au cours des débats que par la diffusion massive d'un tract du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale édité en quatre langues à l'occasion de cette Rencontre.

Sous le triple titre : « La jeunesse travailleuse exige des emplois et pas de bombes! Solidarité avec

Victoire pour la révolution salvadorienne ! », ce document adressé aux jeunes syndicalistes réunis à Séville proclamait la

* COMBATE » : - Quelle fut ta première impression à ton arrivée à cette Rencon-

Raoul FISCHER : - Ce qui m'a choqué au premier coup d'oeil a été la pancarte d'entrée, qui indiquait que la Rencontre était organisée par l'UGT et le PSOE. En un mot, l'impression d'un large secteur de participants a été de se sentir manipulés dans le sens du soutien à un parti politique. Il est inacceptable qu'une rencontre syndicale soit ainsi récupérée par un parti politique, alors que la majorité des délégations étaient unitaires, avec des communistes, des socialistes, etc.

- Quels ont été les thèmes abordés au cours de la Rencontre ?

- Il y a eu quatre thèmes fondamentaux : les Droits de l'homme et les libertés syndicales ; le chômage des jeunes; les multinationales et la solidarité internationale ; le désarmement et la paix mondiale.

Quant au débat, je tiens à souligner la mauvaise préparation des participants dans leurs pays respectifs et leur participation quasi nulle aux débats. Environ

10% seulement ont eu une participation active. Le débat était organisé en commissions sur la base des regroupements par langue. La confusion a commencé quand chaque groupe de discussion, après avoir élaboré déversé une ligne différente, a dans chaque assemblée plénière une telle quantité d'idées et d'amendements qu'à des bombes ». " Solidarnosc"

"Solidarnose"!

leur hebdomadaire Combate. la fin on n'y retrouvait plus aucune cohérence. L'un des thèmes qui a donné lieu aux résolutions les plus progressistes a été celui du désarmement. Avec une forte allemands et suisses, il y eut un vote majoritaire en nale contre le réarmement le 10 octobre.

Quant au rapport de la commission sur les Droits de l'homme, présidée par Txiki Benegas, les propositions initiales ont manqué d'intérêt. En revanche, il y a eu une résolution importante adoptée à l'initiative des camarades qui se sont au cours de la Rencontre en Comité de solidarité avec le Salvador, qui s'engage à lutter dans chaque syndicat pour consacrer une heure de salaire pour

- A part la participation aux débats officiels, y a-t-il eu d'autres activités ?

— A partir de la formation du Comité de solidarité avec le Salvador, auquel participaient des militants de la IVe Internationale et d'autres camarades de gauche, nous avons rencontré un militant du Front démocratique révolutionnaire (EDR). Nous avons publié un tract appelant à un meeting auquel ont assisté 150 personnes. Aussitôt, nous avons entrepris une campagne de solidarité financière sur le thème de « 1 heure de salaire pour le Salvador », qui a récolté en peu de temps 150 000 pesetas environ. Un autre aspect qui mérite d'être critiqué, c'est

ETAT ESPAGNOL nécessité d'une « action syndicale commune à l'échelle internationale pour la semaine immédiate des 35 heures », dénonçait « la course aux armements nucléaires, qui menace la survie même du genre humain » et réclamait « des emplois et non

Ce texte affirmait en outre : « Solidarité internationale avec les victimes de l'intervention impérialiste, du terrorisme d'Etat et de la torture : voilà le devoir de la jeunesse syndicaliste d'aujourd'hui. Bas les pattes devant les révolutions nicaraguayenne, salvadorienne et guatemaltèque ! Solidarité pleine et entière avec les masses opprimées et révoltées d'Afrique australe, de Palestine, du Maroc, de Bolivie et du Brésil. »

Rappelant enfin que seule « l'union des travailleurs fera la paix du monde ! », l'appel du SU proclamait : « Solidarité avec

, solidarité avec les travailleurs polonais, bas les pattes devant la révolution politique qui monte en Pologne ! »

Nous publions ci-dessous l'interview du camarade Raoul

Fischer - travailleur des arts graphiques en Suisse et porte- parole des militants de la IVe Internationale au cours de la

Rencontre —, réalisée par nos camarades de la LCR de l'Etat espagnol pour tirer le bilan de cette rencontre syndicale pour le refus par la CISL et l'UGT d'une prise de parole du camarade du FDR au cours du meeting de clôture.

D'autre part, nous avons organisé une pour dénoncer l'accord des organisateurs avec la grande chaîne de magasins « Corte

Inglés » pour le ravitaillement de la Renau détriment, comme l'expliquaient les camarades de Zürich et de

Berlin, des petits commerçants andalous.

Ce qui était intolérable à nos yeux dans une nationalité qui connaît un tel niveau de chômage et de misère.

Un projet a également échoué : celui d'éditer une revue officielle de la Rencontre en quatre langues. Ainsi ce sont les congressistes eux-mêmes, les jeunes Allemands, Suisses et Autrichiens qui ont dû la prendre en charge, et seulement en langue allemande. On y a abordé des thèmes tels que le Salvador, l'information sur le mouvement des jeunes à Berlin, à Zürich, etc. Dans ce bulletin, on note l'absence ou la faiblesse des questions touchant directement à la lutte des classes. Cela donne une idée de la composition sociale de ces délégations, qui n'était pas nécessairement ouvriére...

A un autre niveau, ce qui a été scandaleux, c'est la tentative d'interdiction de l'accès au camp pour les jeunes du quartier ouvrier de Bellavista, et pas seulement pour les manifestations culturelles, ce qui a entraîné une riposte rapide tant de l'intérieur que de l'extérieur de la Rencontre.

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- Cette Rencontre internationale a-t-elle pris des engagements sur les tâches ou les perspectives syndicales ? Par exemple, quel type de rapport peut-il y avoir entre une campagne pour les 35 heures en Allemagne et les autres pays européens, et de l'UGT qui signe l'Accord national sur l'emploi (ANE) sans même revendiquer les 40 heures comme mesu-

- Cette Rencontre, en tant que telle, ne pouvait prendre aucune résolution sérieuse ni même ébaucher des recommandations. La CISL ne constitue pas un syndicat au niveau mondial ; c'est une fédération de syndicats. Ce qui veut dire que chaque syndicat applique sa propre politique syndicale.

- La division syndicale a-t-elle eu une répercussion importante dans

- A mon avis, il n'est pas judicieux de faire ces rencontres dans un pays dans lequel il y a une division syndicale de fait. La CISL devrait rassembler tous les syndicats ouvriers significatifs, même ceux qui sont à majorité communiste comme la CGT française ou les Commissions ouvrières espagnoles.

D'autre part, il y a le problème posé par la présence assez systématique de délégations syndicales plus ou moins liées à leur appareil d'Etat respectif, comme celles d'Inde ou de Singapour. C'est inadmissible et on ne devrait accepter que la participation des syndicats ayant un clair caractère de masse.

- Quelle a été la présence de la IVe Internationale dans cette Rencontre ?

- Il y avait des militants de la IVe Internationale dans presque toutes les délégations européennes. Les camarades de la LCR de Séville ont coordonné l'activité de tous ces militants, à partir d'un stand de presse et de propagande à l'entrée de l'enceinte où était distribué le communiqué édité par le Secrétariat unifié de la IVe Internationale à l'occasion de cette manifestation.

Nous sommes restés en contact permanent, discutant les différents rapports, l'organisation, les aspects les plus importants de la Rencontre. D'autre part, nous avons organisé un meeting-débat sur la situation dans l'Etat espagnol au local de la LCR de Séville. Nous avons distribué divers tracts, en plus de la déclaration du SU, et une autre déclaration éditée à Séville en quatre langues, distribuée à la manifestation de clôture et signée par le Comité de solidarité avec le Salvador, les mouvements de jeunes de Berlin et de Zürich, par de nombreux syndicalistes de gauche issus de la gauche socialiste et jusqu'aux organisations révolutionnaires, organisant un bloc compact et combatif sur tout le parcours de la manifestation.

- Pourquoi ce bloc a-t-il été agressé pendant la manifestation ?

- Cette Rencontre était prévue pour apporter un crédit international au PSOE et à l'UGT. Pour eux, il était inacceptable que l'on sache dans l'Etat espagnol que le mouvement syndical européen n'appartient pas entièrement à leur courant politique. C'était un obstacle dans la perspective de faire de l'UGT une courroie de transmission du PSOE.

De plus, avec leur politique de capitulation face à la bourgeoisie, il leur était insupportable d'accepter l'idée d'une grève internationale pour les 35 heures ou la agraire pour l'Andalousie étaient les mots d'ordre les plus repris par un large secteur de la manifestation. D'autre part, dans une situation de crise aiguë, le réformisme est intéressé à entretenir la division syndicale pour que la classe ouvrière se sente faible et se résigne à accepter son programme.

- Pour terminer, peux-tu nous donner ton point de vue, ton appréciation globale sur cette Ile Rencontre ?

- Malgré les efforts déployés par la d'organisation CISL, et le bon travail des traducteurs, cette Rencontre a été un petit désastre pour deux raisons :

- Le travail qu'ils ont fait n'était pas mauvais, mais le but politique poursuivi par les organisateurs était voué à l'échec, tant par le type de programme « de lu-

Horaires d'ouverture :

xe » dans une nationalité misérable que par l'exclusion de la population. Les organisateurs, devant leur propre échec, cherchaient sans arrêt des boucs-émissaires, sans comprendre que c'était leur propre démarche politique qui les faisait se cogner en permanence contre un mur.

Le secrétaire de l'UGT de Bellavista est allé jusqu'à déclarer que la LCR avait organisé le boycott du « Corte Inglés », en agissant comme agent des Commissions ouvrières, pour nuire à l'image de l'UGT, alors que cette initiative n'a été que le produit du mépris de l'UGT pour la population ouvrière du quartier de

- Du fait que l'UGT a été manipulée par le PSOE pour une campagne politique pour son propre compte. Il ne faut pas oublier la perspective rapprochée d'élections en Andalousie. Il ne s'agissait donc pas d'une Rencontre réelle, avec des délé gués élus dans leurs pays respectifs ; il s'est plutôt agi d'une grande fête syndica le, gaspillant des millions de pesetas pour des manifestations culturelles de luxe, excluant la population locale, y compris les militants de l'UGT, et ce dans une nationalité parmi les plus pauvres d'Europe.

Ce qu'il faudrait, à nos yeux, ce sont des conférences de travail sur des thèmes concrets, comme le chômage des jeunes, sans programme culturel « luxueux »... =

Propos recueillis par « COMBATE » numéro 240 du 3 au 10 septembre 1981. librairie diffusion

LA BRECHE

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- le lundi de 14 h à 20 h

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