Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Où va le Parti communiste espagnol (PCE) ?

· Inprecor n° 109, 28 septembre 1981 · p. 9-10 · 2 434 mots

État espagnol France URSS et Russie Syndicalisme

Leurocombie dans note e aie ne celui dite e ARTICLE que nous publions ci-dessous sur la crise de

/ avons publié Congrès du Parti communiste espagnol, une victoire à la Pyr-

« De nos jours, il ne sera possible de construire une alternative de gauche solide, dans les pays où les partis socialistes et communistes sont forts, que si l'on depasse la rupture tragique et absurde des années 1920. Pour surmonter cette scission, il faut la participation de tout le monde. Pour notre part, nous avons déjà nous communistes, ce que cela signifie à notre avis : rupture complète avec le modèle soviétique, acceptation d'une politique internationale dans le cadre de l'Europe occidentale... » (Jordi Borja, « A quoi servent le PC en Europe ? », La Calle, juin 1981).

Cette déclaration osée d'un super-eurocommuniste, qui vient d'être élu membre du nouveau Comité central du Parti espagnol (PCE), pourrait être considérée comme une réponse à la question posée par le titre de cet article. Mais cette réponse ne correspond évidemment pas à ce qui a été approuvé par la majorité des délégués du récent Xe Congrès du PCE (cf. Inprecor numéro 108 du 4 septembre 1981), bien que ces derniers sachent que la crise d'identité que traverse leur parti peut le conduire à l'issue préconisée par Jordi Borja, pionnier de l'évolution a droite de l'eurocommunisme depuis qu'il a abandonné l'organisation Bandera Roja.

L'EUROCOMMUNISME,

IDÉOLOGIE DE TRANSITION

Depuis la naissance de l'eurocommunisme, la IVe Internationale a expliqué dans plusieurs écrits qu'il s'agit-là d'une tentative de théorisation du processus de social-démocratisation en cours depuis un certain temps dans les PC d'Europe occidentale, particulièrement dans les pays où il n'y a pas de partis socialistes forts.

Cette volonté d'occuper la place de la social-démocratie s'est manifestée avant que ne s'aggravent la crise économique et la situation internationale, alors que la montée de la lutte des classes postérieure

1968 semblait canalisée. l'eurocommunisme était crédible, les dirigeants des PC italien, français, espagnol notre dernier numéro, « Le Xe s'efforçaient de montrer qu'ils étaient prêts à collaborer avec la bourgeoisie et à faire preuve d'une autonomie croissante par rapport à l'Union soviétique.

Mais, très vite, à partir de 1978, le panorama international et la situation de plusieurs pays ont mis en évidence les limites et les contradictions de l'évolution

Il est certain que la bourgeoisie s'est servie d'eux, surtout en Italie et dans l'Etat espagnol, pour pratiquer une politique d'austérité, limiter de nombreuses libertés par le vote des lois anti-terroristes, renforcer et moderniser l'appareil répressif. Mais les contreparties ont été minimes : la bourgeoisie a préféré tenir les PC à l'écart de la participation au pouvoir politique et économique du fait qu'ils sont demeurés sensibles à la pression de leur base ouvrière et qu'ils n'ont pas rompu leurs liens avec l'URSS.

Le résultat de cette période est que les PC eurocommunistes sont allés jusqu'à la limite de l'intégration dans le système, tout en étant cependant largement dépassés par les partis socialistes. Quand un PC participe au gouvernement - comme en France —, cela se fait dans le cadre d'un rapport de forces tellement défavorable (accentué par le tournant sectaire antérieur du PCF) qu'il intervient plus comme un instrument de contrôle sur la classe ouvrière que comme force de pression sur le PS pour accélérer les changements so-

C'est alors que la crise d'identité des PC apparaît tragiquement à de nombreux militants. Leurs partis se rapprochent - par leur pratique et leur idéologie gradualiste - du réformisme socialdémocrate, mais sans en tirer profit. Les réponses à cette crise tendent à se polariser autour de trois positions.

La première est celle du secteur le plus lié à l'appareil d'Etat, le plus soumis à la pression des couches moyennes.

sur la nécessité d'une cohérence plus grande entre la théorie et la pratique, et donc sur la remise en cause radicale de la référence à l'URSS et de la vieille garde marquée du sceau du stalinismeé pour pouvoir achever ainsi la mutation vers des partis nationaux interclas-

La seconde position représente une partie du secteur ouvrier de ces partis. El-

ETAT ESPAGNOL rhus pour Santiago Carrillo » ; il a été écrit par un membre de la direction de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol. le fait le bilan des erreurs commises dans la dernière période et, sans rompre pour autant avec la stratégie eurocommuniste, propose une ligne de résistance face à la droite, une ligne d'opposition à la ges tion de l'austérité, en revenant à un anti-impérialisme actif qui peut être partielrécupéré dans un sens prosoEnfin, les fractions bureaucratiques dominantes de ces partis oscillent entre ces deux positions. Elles sont conscientes que tout pas dans un sens ou dans un autre pourrait rompre l'équilibre difficile qu'elles essaient de maintenir parce qu'il répond à leur désir de satisfaire en même temps leur base ouvrière, la bourgeoisie avec laquelle elles cherchent un accord, et le camp socialiste qui — quoi qu'il leur en

- constitue leur référence originale face à la social-démocratie (1).

C'est cela qui explique à la fois la crise du PCE et la victoire de Santiago Carrillo lors de son Xe Congrès. Malheureusement, le secteur ouvrier critique y était sous-représenté, alors qu'au contraire les « rénovateurs » disposaient d'une représentation disproportionnée par rapport aux forces qu'ils ont en réalité à la base. Dès l'instant où la bataille s'est déroulée entre ceux qui poussaient à droite ( même s'il ne faut pas nier que, sur la question des tendances, ils peuvent jouer un rôle positif face à l'appareil contrôlé par Santiago Carrillo) et ceux qui sont contre, bien que ce soit sous le drapeau confus de I'« identité spécifique », le vainqueur ne faisait plus aucun doute.

Le processus de social-démocratisation des PC est trop avancé pour faire marche arrière, mais il ne peut se conclure sans de profondes ruptures internes. C'est la principale conclusion qu'il faut tirer de face au Congrès du PCE continue à être trés critique. La Prauda a fait référence au rapport de Santiago Carrillo en disant qu'il s'agissait d'un l'eurocommunisme » mentionnant le nombre important des critiques faites par les délégués au discours du secrétaire général. Mais l'artillerie lourde de l'organe du PCUS a été dirigée une fois de plus contre les thèses du PCE concernant la politique étrangère, en particulier le « socialisme réel ». Santiago Carrillo « n'a pas été capable de modifier ses observations superficielles sur les modèles existants de socialisme où — selon lui — la démocratie n'existerait pas », estime-t-on à Moscou.

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ce qui se passe aujourd'hui au sein de qu'elle ne pourra faire qu'en mettant l'acl'eurocommunisme espagnol. Ernest Mandel, dans un article d'avril 1977 - « Les trois dimensions de l'eurocommunisme » publié dans son livre Critique de l'Eurocommunisme paru aux éditions Maspero —, soulignait avec pertinence l'impasse dans laquelle se fourvoyait cette nouvelle version du réformisme : « Les limites, à ce jour non encore franchies, du processus de social-démocratisation graduelle des partis communistes d'Europe occidentale s'expliquent fondamentalement sur la base des intérêts propres, politiques et matériels de l'énorme appareil bureaucratique de ces partis. Son existence est liée à son identité spécifique et cette identité est à son tour étroitement dépendante de son "rapport spécifique" au camp socialiste. » Et, plus loin dans le même article, il précisait : « Si le processus de social-démocratisation devait être conduit à son "triste terme". , plus rien ne justifierait alors l'existence spécifique de ces PC face à la social-démocratie. C'est ce risque que ne veulent pas (encore ?) encourir aujourd'hui les dirigeants des partis communistes. D'autres facteurs, tels que la tradition, les liens matériels toujours existants, les avantages que le parti communiste retire face au PS dans les secteurs combatifs de la classe ouvrière, de son attachement à son identité historique, le danger que de nombreux membres et sympathisants ne rejoignent des organisations à gauche du PC, l'ensemble de ces facteurs forment une combinaison qui explique les limites actuelles du processus de social-démocratisation... » Y A-T-IL UNE PLACE POLITIQUE

POUR LE PCE ? La crise qui frappe le PC italien - qui a encore une forte influence électorale — ou le PC français — qui est aujourd'hui au gouvernement -, frappe à plus forte raison le PCE que dirige Santiago Carrillo. Son hégémonie syndicale s'est détériorée, son influence électorale va probablement baisser face à la progression prévisible du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), il est écarté de la politique de « concertation » que pratiquent Calvo Sotelo PUCD au pouvoir, Felipe Gonzalez du PSOE et les « pouvoirs de fait » (armée, police, justice...). Dans ces conditions, le sur l'utilité du PCE atteint un nombre croissant de militants.

La force du PCE réside principalement dans le fait qu'il continue à contrôler ce qui reste le principal syndicat de

Commissions (CCOO). Mais l'effort pour utiliser cette puissance pour acquérir un poids plus important au sein des institutions étatiques s'est révélé illusoire. Cela a même conduit à son affaiblissement et à favoriser ceux qui peuvent mener à bien une politique réformiste sans éveiller les méfiances de la bourgeoisie ou les soupçons de Washington du fait des liens que le parti maintiendrait avec Moscou. Le « syndrome Mitterrand » commence à se faire sentir et la direction du PCE va avoir du mal à trouver une place face au PSOE, ce cent sur des divergences tactiques (2). Le refus de signer le « pacte des autonomies » (sous le prétexte « combatif » qu'on l'a tenue à l'écart de sa mise au point négociée...) pourrait indiquer que le rôle que la direction de ce parti peut jouer est plus proche d'une social-démocratie honteuse qui n'ose pas avaliser ce que fait le PSOE, que d'un instrument de pression pour aller vers une « nouvelle formation » de type travailliste comme le promet Santiago Carrillo. Mais le prix à payer pour cette politique serait très

Il ne faut cependant pas en conclure que la crise du PCE est une crise de décomposition. Ce serait une vision complètement fausse qui ferait abstraction des liens historiques qui unissent des dizaines de milliers de militants à ce parti. Mais il est facile de prévoir que les crises spécifiques auxquelles sont confrontés le PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne, qui est le PC catalan), le PC d'Euskadi ou le PC de Madrid, peuvent conduire à la constitution de tendances, redoutées par la direction, et provoquer des exelusions et des départs de couches importantes de militants. Et ceci altérerait effectivement l'image du parti à l'occades futures échéances électorales

UNE CRISE QUI CONCERNE

TOUT LE MOUVEMENT Ce n'est pas par intérêt sectaire que nous nous intéressons au développement de la crise du PCE, au contraire. Nous savons que la grande majorité des 600 000 militants qui ont abandonné le parti depuis son IXe Congrès ont aussi laissé tomber leur activité syndicale, ou leur activité dans les associations de voisins, victimes de la démoralisation et sans accorder leur confiance à un autre parti qui leur apparaisse comme une alternative. C'est pourquoi nous sommes intéressés à tirer les leçons de cette crise avec les militants du PCE, des Commissions ouvrières ou de toutes les autres organisations ouvrières. Il faut éviter que le dénouement du Xe Congrès du PCE ne conduise à un nouvel affaiblissement du mouvement ouvrier. Nous sommes convaincus depuis plusieurs années que le PCE n'est pas un parti révolutionnaire et qu'il faut en construire un soit révolutionnaire stratégie et sa pratique. Le

2. Il est significatif que l'article qui polémique avec celui publié par Jordi Borja dans La Calle (et que nous avons cité) s'intitule « Le syndrome du vote utile ». Hector Maravall, aude « combattre le syndrome du vote utile qui peut intervenir lors des élections de 1983, selon lequel le vote communiste est un vote politiquement stérile » (La Calle numéro 175). Il ne faut pas oublier que certaines enquêtes envisagent une perte électorale du PCE de 2 a 5 %. indépendant du PSUC, proche des « léninistes » faisait après le Congrès le commentaire vant : « Santiago Camillo reste confronté à des tendances implicites, incrustées et il demeure

Congrès de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, a proposé un accord politique à ceux et celles qui sont convaincus que le socialisme n'est pas possible sans la révolution et que la révolution exige l'unité et l'indépendance de classe des travailleurs et la destruction d'un appareil d'Etat dont la fonction essentielle est d'assurer la survie du capi-

Nous sommes convaincus que tout progrès dans cette voie, face à un PSOE compromis avec le pouvoir et un PCE à la croisée des chemins, doit tenir compte de la nécessité d'empêcher que le capital militant et la combativité accumulés chez ceux qui sont apparus comme les principaux protagonistes de la lutte anti-franquiste ne soient perdus. Les secteurs critiques qui tentent aujourd'hui de formuler une orientation de gauche face thèses victorieuses lors PCE, peuvent jugar ....ole décisif dans ce processus. Mais il serait absurde qu'ils prétendent le faire en tenant à l'écart les forces de la gauche révolutionnaire exis-

La LCR est prête à répondre à ce défi, en impulsant le débat et l'unité d'action autour des thèmes sur lesquels il est possible de travailler ensemble, en commençant par construire une gauche syndicale dans les Commissions ouvrières et en se mobilisant contre l'OTAN et les menaces de coup d'Etat.

Jaime PASTOR Madrid, 15 août 1981.

COMPOSITION DU CONGRES

DU PCE Age moyen : 38 ans Hommes : 90,56 % Femmes : 9,43 % Ouvriers d'industrie : 33,05 % Professions libérales et intellectuels : 30,05 % Techniciens : 9,43% Employés : 14,92 % Etudiants : 1,28 % Années de parti: 13 ans en moyenne. Source : Mundo Obrero, central du PCE. méfiant... Mais, méme les plus pessimistes, les nihilistes, ne peuvent s'opposer à ce que le temps fasse son œuure, et d accepter la possibilité que le risque de suicide collectif aide les «barons » du PCE à se rendre compte que — sur cette voie — le parti sera neutralisé, voire méme considéré comme sans utilité lors des élections de 1983 aux yeux des masses populaires » (La Calle numéro 176).

Lors de la première réunion du Comité central après le Congrés, Santiago Carrillo a été assez clair : « Il faut mettre un terme! de façon radicale, aux courants d'opinion et aux tendances, et l'époque où l'on faisait des déclarations à la presse en racontant les débats internes est terminée », a-t-il déclaré dans El Pais du 13: août 1981.

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