Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Les 120 premiers jours du gouvernement Mitterrand-Mauroy

· Inprecor n° 109, 28 septembre 1981 · p. 13-21 · 9 680 mots

France Syndicalisme

ERAIT-CE la fin de l'« état de grâce (1) », s'interrogent

Son is quelques jour de nombreux Joumaux français ?

On n'en est probablement pas encore là. Mais il est vrai que, quatre mois après l'élection de François Mitterrand - et quatre mois pendant lesquels le nouveau pouvoir s'est beaucoup agité —, les propositions gouvernementales pour sortir de la crise, pour assurer l'emploi et vaincre l'inflation rencontrent un certain scepticisme dans l'opinion publique, y compris au sein de la classe ouvrière.

La politique économique que se proposaient de mener les socialistes avant leur arrivée au pouvoir était pourtant d'une grande simplicité : la relance sélective de la consommation populaire réamorcerait les investissements des entreprises, et, en se développant, ceux-ci résorberaient peu à peu le chômage.

C'était là faire l'impasse sur la nature même de la crise. Une relance par la consommation pouvait éponger partiellement la

Jacques KERGOAT

Le gouvernement Mitterrand s'est d'abord souvenu que son partenaire naturel, l'impérialisme américain, avait à plusieurs reprises financé les gestions social- démocrates et « keynésiennes » du système capitaliste: Plan Dawes (1924),

Plan Marshall (1947), etc. C'est avec cet espoir que Mitterrand se rend en juillet à

Ottawa. Mais la situation de l'impérialisme américain a changé : la crise du système monétaire international, puis la crise économique ouverte en 1974, ont affecté la situation du dollar. D'où la politique dite des « hauts taux d'intérêt », qui vise à attirer aux USA les capitaux flottants et à redonner une nouvelle santé au dollar.

de sa situation de « protecteur », prêt à financer et à harmoniser les politiques de restructuration du capital, l'impérialisme américain est passé à un statut de concurrent tout aussi cruel et âpre au gain que les autres. Et Mitterrand, à Ottawa, n'a done pu obtenir de Reagan qu'il modifie en quoi que ce soit sa politique.

Une deuxième possibilité existait :

celle d'une très forte dévaluation du franc, qui aurait rendu les produits français de nouveau compétitifs sur le marché mondial. Mais, compte tenu de l'imbrication du franc dans le Système monétaire européen (SME), une telle dévaluation ne peut se faire qu'avec l'accord des partenaires européens du gouvernement français. Le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas l'air prêts à une telle concertation. Ainsi, quand le ministre de l'Economie et des Finances du gouvernement français, Jacques Delors, a fait, au sommet franco-allemand du mois de juillet, la proposition d'une baisse concertée d'intérets européens, proposition qu'il a renouvelée fin août à Copen-

Les 120 premiers jours

hague, chancelier allemand, Helmut Schmidt a pris la peine de faire savoir qu'il s'agissait là, à son avis, d'« une uto-

Quant au « new deal planétaire », au « keynésisme chers au ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson (2), il tient en l'état actuel des choses de la Bibliothèque rose et des contes pour enfants. contexte ou chaque Etat bourgeois sait parfaitement, pour protéger ses propres intérêts, s'organiser au-delà des frontières par le canal des multinationales, et alors que les classes dirigeantes des pays coloniaux font valoir leur aspiration à un autre partage des richesses, la situation sur le marché mondial ressemblera durablement plus à une sévère foire d'empoigne qu'à un quelconque « nouvel ordre inter-

UNE PLUIE DE REFORMES

« QUALITATIVES » La voie vers des solutions réelles aux problèmes économiques et sociaux appa raissait dès lors semée d'obstacles. Le gouvernement a donc d'autant plus volontiers repris à son compte la politique depuis longtemps préconisée par la minorité du Parti socialiste (PS) regroupée autour de Michel Rocard : accumuler les réformes « qualitatives », qui ont le double avantage de pouvoir être réalisées rapidement et de ne pas coûter cher. En quelques mois, une série de mesures, d'importance variable, ont ainsi été prises.

Une série de ces mesures sont incontestablement des mesures progressistes, quelles soient leurs contribuent à desserrer la toile d'araignée surproduction dans tel ou tel secteur, comme celui de l'électroménager. Mais, pour aller plus loin et procéder à de nouveaux investissements, le patronat demande l'assurance que son taux de profit sera restauré. La politique de relance sélective par la consommation est incapable de lui donner cette assurance.

Sans doute les socialistes français comptaient-ils, sans trop le dire, sur une relance économique dès la fin de 1981, relance qui aurait de fait réduit leur politique à une série de mesures d'accompagnement. Or, la relance ne se produira mieux, avant la fin de l'année 1982. Du coup, les très faibles hausses salariales que le gouvernement consent en juin et en juillet (SMIC — salaire minimum - et Fonction publique), ne visent même plus à relancer la consommation populaire. Et c'est hors des frontières que le gouvernement va alors chercher que l'Etat fort avait peu à peu tissée autour des libertés publiques et des droits des travailleurs. Ainsi peut-on noter que la Loi d'amnistie a été particulièrement large : non seulement elle a conduit à la libération de 6 212 détenus, mais elle a inclu dans son champ les santions prises contre les représentants du personnel et les délégués syndicaux, y compris dans le secteur privé. La Cour de Sûreté de l'Etat, tribunal d'exception totalement entre les mains du pouvoir en place, a été supprimée. Le gouvernement, jusqu'à présent, n'a pas extradé de réfugiés politiques. Il a suspendu les expulsions des travailleurs immigrés et facilité le renouvellement des cartes de séjour et de travail. Il a sensiblement élargi les droits syndicaux dans la

Fonction publique et décidé que les terres du Larzac (3) resteraient aux paysans et ne seraient pas accaparées par l'armée. A quoi il faut ajouter que sont prévues dans un avenir très proche la suppression des tribunaux permanents des forces armées

(TPFA), l'abolition de la peine de mort et

1. François Mitterrand avait annoncé qu'il bénéficierait après son élection de l'« état de grâce ». Il faisait ainsi allusion à la liberté d'action et au vaste soutien dont bénéficie

- selon lui

- tout président dans les mois qui suivent son élection...

2. Claude Cheysson, « Pour la croissance, un new deal planétaire ».

le

Monde, 30 avril

1981.

3. Depuis plusieurs années, les paysans du

Larzac s'opposaient à l'élargissement du camp militaire existant sur le plateau, élargissement qui aboutissait à les déposséder de leur terre.

Cette lutte était devenue un temps fort des campagnes antimilitaristes, et l'appui populaire dont elle bénéficiait était important : en soutien aux paysans plusieurs dizaines de milliers de personnes se réunissaient ainsi tous les ans sur le plateau du Larzac.

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François Mitterrand dépose une rose au Panthéon, le 21 mai. Le peupie parisien en profite pour

- MERLIN DENIS manifester sa joie. (DR) l'abrogation de la loi « Sécurité et Liberté » (4) et de la loi Bonnet (5).

Toutes ces mesures sont évidemment bonnes à prendre. Pourtant, quand on prend un peu de recul, on constate que, si elles ont permis d'alimenter abondamment les colonnnes de la presse tout au long de l'été, elles restent cependant d'un contenu souvent limité, ou doivent être rangées dans la catégorie des faux semblants.

Les plus significatives de ces limites concernent les travailleurs immigrés. En effet, si le gouvernement a suspendu les expulsions, il a également rappelé sa volonté d'arrêter l'immigration, et il a pris en ce sens des mesures très strictes, comme la circulaire du 9 août du ministre de l'Intérieur, Gaston Defferre, qui préconise de « ne pas laisser entrer sur le territoire français les étrangers qui mettent à profit les règles du court séjour pour venir gouvernement a d'ores et déjà renoncé chercher un emploi». Et surtout, le

• un de ses engagements, pourtant bien insuffisant, qu'avait pris François Mitterrand : celui de donner le droit de vote aux immigrés pour les élections municipales. En effet, le ministre des Relations extérieures avait cru bon de rappeler cet engagement lors de sa visite à Alger. En l'occurrence, c'était là une vérité bonne à dire à Alger — où il s'agissait de courtiser le gouvernement algérien —, mais une initiative inopportune en France : Cheysson a été aussitôt sèchement démenti par le gouvernement qui a déclaré que cette mesure ne serait pas appliquée pour les élections municipales de 1983. Et comme les élections municipales suivantes auront lieu en 1989...

Dans le camp des faux semblants, il faut ranger la loi votée sur la décentralisation. Car celle-ci ne représente en rien le fruit d'un combat de titans entre les « décentralisateurs » et les "jacobins », combat où ces derniers auraient été mis en déroute. Il n'en est rien, et la loi, quand on la regarde de près, contient fort

4. « Sécurité et Liberté » est une loi dont le maitre d'œuvre a été Alain Peyrefitte, ministre de la Justice de Giscard d'Estaing, qui abordait des sujets très variés et que le journal le Monde a décrit comme l'achèvement « d'un persistant travail de grignotage des libertés individuelles des citoyens ».

5. La loi « Bonnet », du nom du ministre giscardien de l'Intérieur, autorisait et réglementait les expulsions des travailleurs immigrés.

6. La seule exception en ce domaine est la Corse, où, sous la pression notamment des actions menées par le Front national de libération de la Corse (FNLC), le gouvernement a été contraint d'aller un peu plus loin, en accordant notamment aux organismes régionaux un « droit d'initiative » qui peut entrer en concurrence avec les prérogatives du Parlement français. Il reste que, tant que n'auront pas été dépeut d'avancées du côté des droits démocratiques, et reste confuse sur une série de points : le mode d'élection des conseils n'est toujours pas fixé, la répartition des compétences entre département et région reste fort vague, la répartition des ressources est remise à plus tard, les conseils économiques et sociaux représentent une deuxième chambre corporative et de collaboration de classes - est maintenue... Du coup, la suppression des préfets et leur remplacement par des « commissaires de la République » peut fort bien n'être que symbolique, et ce d'autant plus que la création d'une nouvelle instance comme la chambre régionale des comptes vient renforcer le contrôle sur les décisions départementales et régionales qu'exerçaient déjà les tribunaux adminstratifs.

On comprend donc que la quasi-totalité des mouvements « nationalitaires » restent réservés par rapport à ce projet : rien ou presque n'y répond aux aspirations dont s'étaient nourris ces mouvements (6). C'est que le but du projet est ailleurs : comme l'a clairement indiqué Michel Rocard (7), la question centrale est de démultiplier les aides aux investissements patronaux. L'objectif n'est plus du tout de renverser la tendance au développement inégal entre les régions, mais de permettre aux conseils régionaux d'entrer directement dans le capital des sociétés de développement régional et, par ce biais, de prêter de l'argent aux entreprises. De surcroît, on crée ainsi une « zonetampon » entre le gouvernement et le mé contentement populaire : ce seront désormais les collectivités locales qui auront pour mission de sauver l'emploi, et les manifestations ne se feront plus devant la préfecture, mais devant la mairie ou devant le siège du conseil régional...

LA TRAHISON

DE CERTAINES PROMESSES

Si on peut déceler des carences et des limites à l'intérieur même des réformes gouvernementales, il est d'autres domaines où c'est de trahison affirmée des promesses du candidat qu'il s'agit.

Il en va ainsi du droit à l'avortement. Le gouvernement a en effet annoncé trois décrets : l'avortement sera désormais remboursé par la Sécurité sociale, il devra être pratiqué dans tous les hôpitaux, et le faits les « clans » qui gouvernent de fait la Corse (sur un mode proche de celui de la maffia sicilienne), tant que n'auront pas été refaites et épurées les listes électorales (la Corse est illustre pour ses fraudes électorales), l'enjeu de la réforme restera obseur. D'autant plus que les obstacles à son application existent. Là comme ailleurs, ce sont les radicaux dits « de gauche » (MRG) qui montent en première ligne : « Nous nous sommes déjà battus pour rester Français, nous sommes prêts à le refaire », a ainsi fièrement déclaré l'un de leurs dirigeants en Corse.

7. • Vous avez par exemple une grande quantité de petites et moyennes entreprises (PME) performantes dont les produits seraient parfaitement exportables si on les aidait... Voilà un des domaines dans lesquels la puissance publique — et à mon avis la puissance publique régionale pourrait accompagner l'action des PME », le Monde, 9 septembre 1981.

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temps de séjour exigé pour les étrangères points figuraient dans le programme du PS : l'allongement du délai (de 10 à 16 semaines), la suppression de l'accord parental pour les mineures, les abus liés à la

De tout cela, il n'est aujourd'hui plus question.

Ainsi en est-il également en matière d'énergie nucléaire. Le gouvernement a certes décidé d'arrêter la centrale de Plogoff, qui était devenue un symbole de internationale de la résistance au nucléaire (8). Mais, alors qu'il avait multiplié les promesses destinées à s'attirer l'électorat écologiste, il n'a finalement « suspendu » que cinq projets

- le PS avait annoncé qu'il en suspendrait douze — et il y a gros a parier que, dans la plupart des cas, cette suspension sera levée après la caricature de débat annoncée pour le mois d'octobre. Avec l'extension de l'usine de retraitement de La Hague et la mise en fonctionnement du surregénérateur de Malville, c'est donc, contrairement à toutes ses promesses, le programme nucléaire mis en route sous Pompidou que le PS au pouvoir s'apprête à achever maintenant.

Plus spectaculaire encore est l'attitude du gouvernement dès qu'il s'agit des piliers mêmes de l'ordre bourgeois en France : police, armée ou « bandes paral-

La Fédération autonome des syndicats de police (FASP), qui n'est pourtant repaire de dangereux - elle syndique 75% des policiers —, a demandé l'épuration de l'encadrement et notamment le départ de « dix personnages clés de la haute hiérarchie ». Le ministre de l'Intérieur, Gaston Defferre, a

« Les syndicats m'ont demandé des têtes. Je n'en couperai pas. (9) »

En ce qui concerne l'armée, le ministre socialiste de la Défense, Charles Hernu, a commencé par expliquer qu'il faudrait renoncer à l'engagement pris par François Mitterrand de réduire le service militaire à six mois, ce qui a suscité des remous au sein de son propre parti. Il a annoncé (10) qu'il s'emploierait « à faire en sorte que les comités de soldats soient dissous ». Et la censure de l'information dans les casernes est toujours en vigueur : une note de service publiée Corps d'armée (au RMT de Montlhéry) fait ainsi référence à une liste « officielle » de neuf publications interdites, parmi lesquelles l'hebdomadaire de la LCR, Rouge. On comprend pourquoi Hernu a reçu les félicitations du général Bigeard vieille ganache réactionnaire, qui s'était particulièrement illustrée au ment de la guerre d'Algérie, et dont Giscard avait fait un ministre. Celui-ci a ainsi pu écrire de Hernu : « Il a fait machine arrière par rapport au projet socialiste, parce que je crois qu'il a pris conscience de ce qu'est l'armée française. Il s'est rendu compte qu'elle avait très bien évolué depuis 1975 et qu'il ne fallait pas casser cette belle mécanique. C'est pourquoi il n'a pas modifié la durée du service national ni autorisé les comités de soldats, ni relevé les chefs militaires. Et c'est pourquoi aussi le président Mitterrand a décidé la construction d'un septième sous-marin nucléaire, que nous avions prévu. Pour l'instant, Charles Hernu n'a touché à rien, et c'est bien. »

Enfin, le gouvernement s'est soigneusement abstenu de toute intervention contre les bandes parallèles et les milices patronales. La Confédération des syndicats libres (CSL), nouveau nom d'un syndicat jaune dont les troupes de choc ont été à l'origine de centaines d'agressions des militants ouvriers (11), a été reçue très officiellement par un conseiller du Premier ministre. On ne parle plus de réouvrir l'enquête sur l'assassinat de de Broglie (12), alors que les parlementaires socialistes avaient refusé d'approuver le de la commission quand ils étaient dans l'opposition. Comme si on craignait, en poussant un peu trop les investigations, de voir compromis dans cette affaire des personnalités notables de l'ancienne majorité.

C'est le même sentiment qui ressort de la manière dont est menée l'instruction d'Auriol (13) : normalement l'enquête aurait dû être confiée à un juge d'instruction, qui se trouvait être membre du Syndicat de la magistrature (SM), une association progressiste de magistrats. Mais il en a été dessaisi au profit d'un juge qui passe pour être plus proche de l'ancienne majorité. Depuis lors, l'affaire semble s'enliser dans les méandres de l'instruction, et le secrétaire général du SAC, Debizet, a été relâché. Le PCF a demandé fort discrètement la dissolution du SAC. Mais le gouvernement a fait celui qui n'entendait pas, et le PS n'a pas repris cette suggestion. Ici aussi, tout se passe comme si l'on craignait qu'une lumière trop crue ne révèle d'étranges accointances. L'ancien dirigeant du SAC de Marseille, Gérard Kappé, n'est-il pas l'un des fidèles de Jobert, ce gaulliste bon teint que les socialistes ont installé au gouver-

LES PREMIERES MESURES ECONOMIQUES DE LA RENTREE

Une fois passé l'été, le gouvernement s'est cependant trouvé confronté à une si-

8. Cf. Georges Aguirre, « Pentecôte anti nucléaire à Plogoff », Inprecor, numéro 79, du

9. Gaston Defferre, le Monde, 26 juin 10. Le 2 juin à Papeete, en Polynésie 11. Notamment l'assassinat du militant CGT Pierre Maitre lors d'une grève à Reims en

12. Le prince de Broglie, fondateur et trésorier du parti de Giscard d'Estaiing, avait été assassiné par un tueur à gages. Les débuts de l'enquête avaient très vite fait apparaftre les mille affaires louches auxquelles avait été lié le prince, et sur l'injonction de Poniatowski, alors tuation économique et sociale fortement dégradée. Il est d'abord apparu un peu hésitant quant aux mesures à prendre, avant de s'orienter de plus en plus ouvertement vers la recherche des bonnes grâces du

INFLATION ET CONTROLE DES PRIX Les prix ont considérablement grimpé pendant l'été, et le gouvernement n'a pas été le dernier à donner l'exemple : + 14,28% sur les transports parisiens ; + 10 % sur la SNCF ; + 17 % sur l'électricité ; + 15 % sur le gaz. A la rentrée, une nouvelle flambée a eu lieu sur les fournitures scolaires, où une enquête de l'Union fédérale des consommateurs (UFC) qui publie Que Choisir, a montré que les hausses oscillaient entre 45 % et 100 % par rapport à l'an dernier. Et pourtant, tout à sa de se concilier les petites et moyennes entreprises (PME), Pierre Mauroy déclarait le 6 septembre à Lille : « Je ne nie pas les contraintes du marché. (...) Le gouvernement tient à la liberté des prix et ne veut pas en rétablir le contrôle. » Pas de contrôle des prix donc. La conclusion est que l'inflation dépassera 15 % en fin d'année. Elle avait été de 13,6 % en 1980.

CHOMAGE

ET CREATION D'EMPLOIS Le nombre de chômeurs a atteint au mois de juillet 1 849 000 Le rythme actuel d'augmentation est de 26 % l'an, contre 20% pour les derniers mois de Giscard d'Estaing. Le seuil des 2 000 000 de chômeurs sera vraisemblablement atteint à la fin de l'année.

Aucune politique sérieuse n'a été menée sur la question de l'emploi, et, là aussi, les promesses électorales sont révisées en baisse. François Mitterrand avait annoncé la création de 210 000 emplois nouveaux par an, dont 150 000 dans le secteur public. On en est toujours aux promesses, mais celles-ci, pour 1982, ne sont plus que de 65 000 emplois publics. Le gouvernement aurait pu au moins interdire tout licenciement et toute fermeture d'entreprise : il n'en a rien été et dé. pôts de bilan, licenciements et liquidations judiciaires se sont succédés à un rythme particulièrement élevé depuis le 10 ministre de l'Intérieur, l'affaire avait été trés

13. Le Service d'action civique (SAC) est un service de milice civile, créé à l'initiative de de Gaulle en 1958, et qui s'est trouvé très vite mélé, aprês la guerre d'Algérie, à une série d'étranges affaires impliquant barbouzes, truands. trafiquants de drogue et tueurs à gages. Le 18 juillet dernier, le responsable régional du SAC de Marseille était assassiné — ainsi que cinq autres personnes de sa famille, dont un enfant -par un commando de tueurs appartenant également au SAC. Ceux-ci ont été arrétés et ont avoué, mais le mystère demeure sur les raisons exactes de l'assassinat et on ignore qui en a don-

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mai (14). Les « 110 propositions » de François Mitterrand contenaient pourtant (proposition 60) un droit de veto confié aux comités d'entreprise pour « l'embauche, le licenciement, l'organisation du travail, le plan de formation, les nouvelles techniques de production ». Dans la bouche de Pierre Mauroy, prenant la parole à Douai le 6 septembre, cela est devenu : « S'agissant des chefs d'entreprise, il doit être clair que le gouvernement n'entend nullement remettre en cause leur droit de

Il n'est pas question, par exemple, d'instaurer je ne sais quel droit de veto sur les licenciements. »

LA DUREE DU TRAVAIL Le gouvernement s'est contenté d'inviter syndicats et patronat à négocier : il en est résulté l'accord de dupes du 17 juillet où la diminution d'une seule heure du temps de travail (39 h !) s'accompagne de la remise en cause de toute une série d'acquis (fin de la loi sur la semaine de travail, au profit d'un quota annuel, contingent d'heures supplémentaires à la disposition du patronat, possibilité de donner par roulement le deuxième jour de repos hebdomadaire, ete.). Après les négociations par branches, une loi doit certes être votée par le Parlement à la fin de l'année (novembre), mais il est clair que, à moins que la pression ouvrière ne s'intensifie, l'intention du gouvernement est de ne pas aller plus loin que l'accord du 17 juillet.

Quant à l'âge de la retraite, point sur lequel le programme du PS était pourtant fort modéré (15), on commence à laisser entendre qu'il n'est guère réalisable, l'évo lution démographique allant déjà rendre difficile le financement des caisses de retraite dans les années qui viennent. Les indiscrétions filtrent jour après jour dans la presse socialisante pour expliquer que, somme toute, le système de préretraite est largement satisfaisant (16).

Le dernier projet envisagé par le gouvernement est de calculer le moment de la retraite non plus en fonction de l'âge, mais en fonction du nombre d'années effectivement travaillées. Seulement, • en proposant ainsi d'ouvrir le droit à la retraite à partir de quarante annuitées de travail (alors que la CGT demandait qu'il s'ouvre à 37,5 annuités), le gouvernement sait fort bien qu'il ne permettra qu'à un nombre infime de travailleurs de prendre leur retraite avant 60 ans. Pour des raisons simples : qu'il y aura bientôt deux millions de chômeurs, que le temps moyen d'attente des chômeurs était en juin 1981 de 260 jours (près de 9 mois), que, en mars 1981, travaillaient moins de 9,4 % des hommes de moins de 18 ans, et 5,2 % des femmes, que le turn over, bien sûr, se développe, que les interruptions d'activité des travailleuses, pour cause de maternité, sont bien plus étendues que les officiels congés de maternité, etc.

LES NATIONALISATIONS

Sous le discours officiel (« frapper vite et fort »), la réalité est faite de nouveaux reculs. Le programme socialiste annonçait la nationalisation de 9 groupes industriels, de la sidérurgie, des secteurs du nucléaire, de l'armement et de l'espace, des banques et des grandes compagnies d'assurance. Le gouvernement a adopté un projet de loi sur les nationalisations, concernant 5 grands groupes (Rhône-Poulenc, CGE, Thomson-Brandt, StGobain et PUK), mais qui concerne seulement les maisons mères : ainsi, par exemples, Thomson-CSF ne sera pas nationali-

Quant aux banques, 136 banques étrangères et 35 banques régionales échappent à la nationalisation. Les experts économiques du PS écrivaient pourtant : « Le secteur bancaire et financier est probablement le seul dans lequel il n'est pas possible de laisser subsister un quelconque domaine privé. (17) »

Mieux encore, les participations industrielles détenues par les banques d'affaires seront rétrocédées au secteur privé (par exemple, les Ciments Français ou le groupe Empain-Schneider, contrôlé par

Quant à l'indemnisation, s'enroue à force de répéter qu'elle sera « équitable ». Il a été très bien entendu dans les milieux financiers : l'opération d'indemnisation apparaît juteuse pour que des groupes industriels et financiers achètent massivement des actions des sociétés nationalisables, afin de figurer en bonne place sur la liste des indemnisables : du 20 au 27 août, les cours de ces actions ont ainsi augmenté de 12,80 % (PUK) à 38% (CGE).

LE SYSTEME FISCAL

Ayant de fait renoncé à réamorcer la reprise économique par la relance de la consommation populaire, une autre solution : la relance passerait par l'augmentation des dépenses publiques et le budget 1982 en serait l'instrument. Il est ainsi prévu que le budget 1982 sera en déficit de 95 milliards de francs (le déficit était de 40 milliards en 1980). Si on y ajoute un besoin prévisible de financement de 23 milliards pour la Sécurité sociale et de 12 milliards pour

14. Par rapport à 1980, ils sont passés au mois de juin de 250 à 359 pour la seule région parisienne, de 126 à 160 pour la province. Les premiers éléments connus des dépôts de bilan pour le mois de juillet permettent d'attendre à nouveau dans la région parisienne une baisse de 30 % par rapport à 1980. Ces chiffres considérables s'expliquent sans doute en partie par le souci qu'avait eu l'ex-majorité de ne pas procéder à trop de fermetures d'entreprises avant les élections, pour raison d'image de marque élecmaintenant. Mais pour l'essentiel cependant, cette forte baisse s'explique par la politique délibérée de restriction du crédit qu'ont pratiqué les banques par rapport aux PME, et les grandes entreprises par rapport aux sous-traitants.

15. A 60 ans pour les hommes et à 55 dans le Matin de Paris : « Le système de la préretraite permet aux salariés de bénéficier d'une rémunération supérieure à ce que pourrait offrir le régime général » (Laurent Carenzo), « Le système actuel permet (...) cinq l'assurance-chômage, la question qui vient sur toutes les lèvres est évidente : en attendant le résultat de l'hypothétique relance, qui va payer la facture ?

Ce ne sont en tout cas pas les projets de réforme fiscale du gouvernement qui permettent de répondre à cette question. Le secrétaire d'Etat au Budget a, par exemple, annoncé à grand fracas un impôt sur les grosses fortunes, c'est-à-dire au-delà de trois millions de nouveaux francs. François Mitterrand avait annoncé pendant sa campagne que le taux d'imposition pourrait aller jusqu'à 8%. Les radicaux « de gauche » ont alors tenu à rappeler que leur raison d'être était bien la défense de la propriété privée : au-delà de 0,5 %, ont-ils dit, ce n'est absolument pas possible. Ils ont été entendus : les tranches proposées par le gouvernement vont de 1,5 % pour les fortunes supérieures à 10 millions, à 0,5 % pour celles qui se situent entre 3 et 5 millions çois Mitterrand est intervenu lui-même dans le débat : pas question, a-t-il expliqué, de s'en prendre à l'outil de travail. Et, du coup, la proposition gouvernementale prévoit un dégrèvement de 2 millions sur l'outil de travail. On raconte à ce sujet l'histoire d'un très haut personnage de l'Etat, demeuré en place après le 10 mai, qui a décidé d'héberger 70 moutons dans le pare de son chateau : du coup, celui-ci est devenu un « outil de travail » agricole. On n'en finirait d'ailleurs pas d'énumérer les diverses procédures d'évasion fiscale que les « grosses fortunes » ont abondamment eu le temps de mettre sur pied : affectation des biens immobiliers à une société immobilière plus ou moins fictive, « séparation de biens » entre maris et femmes, etc. Bref, l'impôt sur la fortune restera largement symbolique et ne rap portera pas grand chose (18). L'argent devra donc être trouvé ailleurs :

- Pour le déficit de la Sécurité sociale, on augmentera les cotisations, celles des salariés surtout, car le gouvernement est bien persuadé qu'augmenter celles du patronat aggraverait les difficultés des entreprises: les cotisations patronales ont de 4% à cause de années financières correctes en attendant sa retraite au taux maximal à 65 ans » (Jean-Pierre Garguer). C'est pourtant François Mitterrand qui déclarait, dans son face à face télévisé avec Giscard d'Estaing : « Je pense qu'il était plus simple d'adopter la retraite à 60 ans, naturelle. ment facultative et volontaire, comme je le demande depuis longtemps, plutôt que d'imposer

Car, en réalité, comment cela se passe dans nos villages et dans nos villes ? C'est imposer la préretraite quand le patronat fait sa voir qu'il faut partir tout de suite: alors on obtiendra quand méme quelque chose. La préretraite est plus qu'une imposition, c'est une

17. Thomas Lefrane, l'Imposture moné18. Une personne disposant d'une fortune raient étre comptées comme « outil de travail » paierait ainsi 5 000 franes d'impôts supplémentaires par an : c'est évidemment très peu, surtout si l'on tient compte des diverses possibili-

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l'augmentation du SMIC en juillet, elles sont très fortement diminuées pour les entreprises qui renouvellent des contrats d'apprentissage ou embauchent des « stagiaires-Barre ». Tout le monde sait pourtant d'où vient, pour l'essentiel, le déficit de la Sécurité sociale : des cotisations patronales non payées : 6 milliards avant 1973 (amnistiés par Simone Veil), plusieurs dizaines de milliards depuis.

Pour le déficit de l'assurance-chômage, on procédera à un emprunt et on fera appel à l'impôt : là aussi, ce ne sera pas le patronat en tant que tel qui sera touché, mais les salariés (18 bis).

Reste le financement du déficit budgétaire : qui va le financer, les patrons ou les salariés ? Là aussi, la réponse est claire : pas question d'aggraver les difficultés des entreprises ! On ponctionnera donc les salariés, ce que le ministre communiste de la Fonction publique, Anicet Le Pors, a clairement annoncé : le maximum du possible, ce sera de maintenir le pouvoir d'achat global des fonctionnaires.

Derrière ces palinodies, c'est en fait la nouvelle conviction des dirigeants socialistes qui apparaît. Ils ont d'abord cru à la relance par la consommation populaire. Mais les timides tentatives qu'ils ont fait dans ce sens sont évidemment tout à fait insuffisantes (19). Ils attendaient ensuite une relance économique pour la fin de 1981 : celle-ci n'aura pas lieu. Ils ont ensuite mis leur espoir dans une aide fraternelle de l'impérialisme américain, puis de leurs partenaires européens : on leur a claqué la porte au nez. Ils espèrent sans doute maintenant en une forte reprise menée par l'Etat et son budget. Ils ne réalisent sans doute pas combien les mesures qu'ils comptent prendre sont insuffisantes : mais ils savent en tout cas qu'elles ne produiront pas d'effet d'ici un certain temps. Comment assurer d'ici là un minimum de redémarrage des investissements ? Les dirigeants socialistes ont très vite ouvertement tiré les conclusions de leur politique : puisqu'ils avaient choisi de ne pas contraindre les patrons, il ne restait plus qu'à s'attirer leurs bonnes grâces.

Une partie des futurs « ministrables » du PS dans

Dans ce domaine, les socialistes n'y sont pas allés de main-morte : pas une déclaration du gouvernement depuis la rentrée qui ne comprenne une phrase compréhensive pour le patronat. Les petites et moyennes entreprises (PME) ont été particulièrement cajolées : le 17 juin, le gouvernement décide des avances de 500 000 F aux PME qui en feraient la demande. Le 18 juin, le crédit est desserré de 0,5 point. Le 20 juillet, le crédit est desserré de un point pour les échéances de juillet et d'août. Le 17 août, les avances sont portées de 500 000 à 2 millions de francs. Le 18, la date limite des dépôts de demande d'avance est reculée au 31 octobre. Le 2 septembre, Michel Rocard fait savoir que le plan intérimaire de deux ans qu'il prépare, non seulement refusera toute augmentation des charges des entreprises, mais contiendra un chapitre important d'aides particulières aux PME. Le 3 septembre, après la réunion du gouverne ment à Rambouillet, Jacques Delors, le ministre des Finances, fustige à peu de frais les dirigeants des grandes banques nationalisées qui, en maintenant un taux de crédit élevé, « étranglent les PME ». Et le 6, à Douai, Mauroy confirme qu'il n'y aurait pas de droit de veto sur les licenciements et qu'il est décidé « à mettre fin à l'augmentation des charges qui pèsent sur les entreprises ».

UNE POLITIQUE ETRANGERE

DEPENDANTE Nul ne s'étonnera, dans ce contexte, que la politique extérieure menée par le

18 bis. Cet impôt ne vise d'ailleurs pas, loin de là, uniquement les hauts salaires : si les informations données par le journal le Monde du 12 septembre sont bonnes, il toucherait 3 millions de familles et jouerait à partir d'un revenu mensuel de 10 000 francs par couple. Autant dire que ce ne sont plus ni les cadres supérieurs ni même les cadres moyens qui le paieront, mais aussi les ouvriers qualifiés et les employés disposant de quelque ancienneté.

19. C'est la très officielle revue de l'INSEE, Tendances de la conjoncture, du 6 juillet 1981, qui annonce pudiquement : « D'ici à la fin 1981, et en glissement, l'effet supplémentaire sur la consommation des ménages serait de un meeting lors de la campagne électorale. (DR) gouvernement reste étroitement dépendante de l'alliance américaine. La déclaration franco-mexicaine sur le Salvador, qui reconnaît le FMLN et le FDR comme «forces politiques représentatives » — reconnaissance précieuse pour les révolutionnaires - ne doit pas faire illusion. Bien loin de représenter un premier jalon dans la voie d'une authentique politique anti-impérialiste, elle s'inscrit dans le cadre des préoccupations constantes du PS et de l'Internationale socialiste : que la rigidité de la politique de Reagan ne finisse par ne laisser d'autre voie, au Salvador et en Amérique centrale, que celle de la radicalisation des masses et de l'extension des révolutions cubaine et nicaraguayenne...

Pour le reste, c'est à une politique extérieure plus alignée que jamais sur Washington que nous assistons. Le très atlantiste dirigeant social-démocrate allemand Willy Brandt, après sa récente rencontre avec François Mitterrand, a organisé quelques indiscrétions, pour expliquer qu'il était « déçu » que Mitterrand paraissait aujourd'hui plus proche de Hel. mut Schmidt que de ses propres conceptions. Surenchère dans la « fraternité » social-démocrate, le secrétaire du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Felipe Gonzalez, a estimé, après les déclarations de Claude Cheysson à Madrid (20) : « La politique étrangère française, en matière de relations Est-Ouest, est plus dure que celle de l'Allemagne fédérale et se rapproche plus de celle de Ronald Reagan. » Jugement confirmé par les Américains eux-mêmes. Le directeur de la section de l'Eu0,8 % et l'effet sur le produit intérieur brut (PIB) de 0,7 %. Les conséquences, sans être né. gligeables, ne sont donc pas massives. En particulier elles ne semblent pas susceptibles de modifier significativement ni le rythme de l'inflation ni l'emploi. »

20. Il faut dire que les déclarations de Claude Cheysson étaient d'une grande limpidité : " L'Alliance atlantique, pour nous, c'est quoi ! C'est la défense des valeurs fondamentales, j'allais dire de valeurs chrétiennes, de valeurs de civilisation, contre le totalitarisme. Voilà ce qu'est l'Alliance atlantique pour un socia liste français, pour un humaniste.

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rope de l'Ouest au département d'Etat, John Maresca, explique ainsi : « Tant sur la question des relations Est-Ouest que sur celles du Proche-Orient, les convergences sont plus grandes aujourd'hui entre les Etats-Unis et la France qu'elles ne l'étaient au temps de Valéry Giscard d'Estaing. (21) »

Au-delà, la cible de la politique extérieure française est le Tiers Monde. Que l'objectif soit d'y ménager de nouveaux marchés pour les entreprises françaises n'est même plus dissimulé. Cot, le ministre de la Coopération, déclare ainsi cyniquement : « Au-delà du probleme théologique, il faut que la politique d'aide au Tiers Monde ait des retombées pour la France. C'est une condition de sa mise en œuvre. Je le dis sans honte et sans retenue. Le discours généreux sur l'aide conduit au recul. (22) » Voilà ce qui explique l'allure de commis-voyageur embarrassé qu'a parfois le ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson : j'accueille certes les opposants iraniens, mais je livre aussi mes vedettes à Khomeiny. Je rencontre Yasser Arafat, mais Mitterrand ira bientôt en Israël, etc.

Dans cette volonté affirmée faire beaucoup, beaucoup d'amis, la politique française a certes un peu plus recours diplomatiques, aux interventions militaires, notamment en Afrique. Mais, sur le fond, rien n'est changé. Le 21 août, Jean-Pierre Cot déclarait ainsi : « La France maintienalliés africains, jusqu'à ce que ceux-ci soient en mesure de prendre en leur sécurité. » Depuis lors, les questions gouvernement a-t-il donné le feu vert à l'intervention sénégalaise en Gambie ? A-t-il suscité l'action du général Kolingba, qui a écarté du pouvoir David Dacko en Centrafrique ? A la question sur le rôle des militaires français stadans ce dernier pays, Hernu, qui ne nous avait pas habitué à un humour aussi percutant, a répondu à la télévision le ler septembre qu'il s'agissait de « troupes d'assistance, qui soignent les enfants ». La vérité est évidemment ailleurs : elle est que les 1 200 soldats français en Centrafrique - équipés de missilourds , comme les 12 000 autres soldats français présents en Afrique, sont là pour incarner physiquement la « diplomatie africaine » de la France, diplomatie qui, aujourd'hui comme hier, consiste pour l'essentiel à faire et à défaire les gouvernements africains, au mépris des droits les plus élémentaires des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Impérialiste, la France du gouvernement Mitterrand-Mauroy n'aura donc pas cessé de l'être. Colonialiste non plus, quand on regarde la politique menée à l'égard des départements d'outre-mer (DOM) et des territoires d'outre-mer (TOM) : non seulement le gouvernement persiste à y voir des « départements français », mais aucun pas, même léger, n'a été fait dans le sens de la démocratisation : les troupes françaises sont toujours là, prêtes à mater les grèves ; la presse, écrite ou aido-visuelle, y est toujours aux mains des pires réactionnaires ; et dans une ile pourtant célèbre par ses bourrages d'urnes - la Réunion —, le dirigeant du communiste réunionnais (PCR), Paul Vergès, qui n'a dû qu'à un écart de 600 voix de ne pas étre élu député, attend toujours que le Conseil d'Etat veuille bien statuer sur la demande d'invalidation de l'élection qu'il a déposée. LES REACTIONS DU PATRONAT

ET DE LA BOURGEOISIE...

Pour le moment, ni une politique ostensiblement pro-américaine ni les « cadeaux » qui lui sont régulièrement faits n'ont suffi à modifier en quoi que ce soit l'attitude du patronat : les calculs des chefs d'entreprise font au contraire apparaître que les investissements vont baisser de 12 % cette année, et de 4 % l'année prochaine.

C'est que, malgré toutes les courbettes du gouvernement Mauroy, la bourgeoisie ne peut pas considérer ce gouvernement, ni comme le sien ni même com-

« bon » gouvernement qu'elle utiliser immédiatement à son profit. Car ce gouvernement est né d'une défaite de la coalition des partis bourgeois et d'une victoire des partis ouvriers. Et la bourgeoisie sait bien que, du fait de son gouvernement devra faire concessions aux travailleurs. Dans la difficile partie de restructuration économique où elle était engagée, ce n'était pas ce que souhaitait la bourgeoisie. Son projet avait le mérite de la clarté : faire payer la crise aux travailleurs, par l'accroissement du chômage et la baisse du pouvoir d'achat, restructurer a leurs frais une économie plus compétitive. Pour cela, il fallait infliger au mouvement ouqu'il était un bon instrument pour cette politique-là. Et Mauroy peut s'aplatir tant qu'il peut, le vice-président du Centre national du patronat français (CNPF) présent à son discours de Douai lui répond : « Les patrons sont des hommes de risque et d'espoir. Mais l'espoir est un risque qui ne vaut la peine d'être couru que dans la liberté. » Faute d'avoir la « liberté » de mener à bien sa politique, le patronat ne soutiendra donc pas le gouvernement. Mais inversement, il ne peut pas non plus lancer contre celui-ci une grande bataille frontale : c'est que son personnel politique ne lui est pas d'un grand secours. Non seulement il a été battu le 10 mai et le 26 juin mais, depuis, tous les sondages montrent que le discrédit politique des hommes de l'ancienne majorité ne cesse de s'accentuer. Même Chirac, qui avait pourtant tenté d'apparaître comme le leader possible de la coalition bourgeoise, le « recours », n'échappe pas à cette vague de déconsidération. C'est done le CNPF lui-même qui doit monter en première ligne : il n'a pas, lui, subi de discrédit électoral. « Parti des entreprises », « non soumis au pouvoir politique », comme il le déclare lui-même fièrement, il représente par ailleurs assez bien la synthèse des intérêts fondamentaux de la bourgeoisie. Et, en attendant que les conditions de l'offensive soient réunies, il mène aujourd'hui une guerre de tranchées : il se refusera à investir, videra de tout contenu la loi sur les nationalisations - notamment par les comités d'actionnaires qu'il a suscités —, les augmentations de - comme il l'a fait pour le SMIC -, organisera la fuite des capitaux... Ce pourrissement généralisé, il l'organisera avec le des hommes dont il dispose dans l'appareil d'Etat. Ceux-ci sont nombreux, car le gouvernement socialiste s'est à la moindre épuration : non par négligence, mais parce que toute son atticonsiste à essayer de s'attirer les bonnes grâces de l'appareil d'Etat bourgeois (23). En la matière, as anecdotes abondent : du jug: motruction compromis dans les scandales giscardiens qui se voit proposer une promotion flatteuse, à celle du général qui déchire par dépit sa carte tricolore le soir de l'élection de Mitterrand, et qui se retrouve promu à la direction des transmissions de l'armée de l'air. Pressions et sabotages resteront cependant discrets. Deux préoccupations guident en effet la démarche de la bourgeoisie.

La première est qu'elle est fort sceptique sur le fait que le gouvernement Mitterrand-Mauroy puisse devenir un jour l'instrument adéquat pour sa politique. Jean-François Deniau, l'organisateur de la campagne électorale de Giscard, met ainsi la barre très haut : « Est-ce que le chômage se réduit, l'inflation régresse? Est-ce que l'augmentation continue du pouvoir d'achat reprend ? Si c'est le cas, conjoncture électorale aidant, et les socialistes renonçant à leur programme, alors les socialistes sont au pouvoir pour vraiment longtemps. (24) » Il s'agit donc bien de limiter les dégâts, non d'essayer de promouvoir à travers le gouvernement, tel qu'il est, la politique que souhaiterait le grand capital.

La deuxième est que le rapport de force Capital/Travail reste, après le 10 mai, largement favorable à la classe ouvrière. Un affrontement prématuré serait fatal à la bourgeoisie. Il s'agit donc, non de paralyser le gouvernement, mais de l'enliser ; non de démontrer immédiate-

21. Hebdo TC, 24 août 1981. 22. Le Monde, 1er septembre 1981. 23. Cette situation est générale l'appareil d'Etat : les journalistes et techniciens de la première chafne de télévision (TF 1) ont bien résumé la situation : « Quand on est de droite sous la droite, on a un poste ; quand on est de droite sous la gauche, on a une promotion ; quand on est de gauche sous la droite, on est viré ; et quand on est de gauche sous la gauche, on nous demande patience et sacrifices » (communiqué du 8 septembre 1981).

24. Le Monde, 3 septembre 1981.

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ment devant le patronat. La Confédéra- ment des remous. La direction du Parti ment la capacité de revanche du patronat, mais de mettre en évidence l'incompétence et l'impuissance du gouvernement.

... ET CELLES DES GRANDES ORGANISATIONS OUVRIERES

Sur le plan syndical, il semblait au premier abord qu'une véritable course de vitesse était engagée pour savoir qui applaudirait le premier - et le plus fort — aux capitulations successives du gouvernetion française démocratique du travail (CFDT) d'Edmond Maire semblait avoir pris un léger avantage en ce domaine, en signant l'accord avec le CNPF sur les 39 heures et en plaçant sa rentrée sous le signe d'une « opération-vérité » (Maire ne voulait-il pas dire plus précisément qu'il fallait expliquer maintenant la nécessité d'une certaine austérité, demandait finement le journal socialisant le Matin, dans son éditorial du 5 septembre).

Mais, depuis, la Confédération générale du travail (CGT) a refait une grande partie du terrain perdu : par la bouche de Henri Krasucki, en qui on voit parfois le successeur de Georges Séguy à la tête de la Confédération, le discours de rentrée de la CGT s'est transformé en une ode à la gloire du gouvernement Mauroy. Qu'on en juge : « A lire certaines plumes, ou à entendre certaines voix (...), on pourrait se demander si nous ne serions pas en présence d'une gestion "de gauche" de la crise... Et bien, non ! Les principales mesures prises, ou annoncées comme imminentes, vont dans une bonne direction. Elles sont encourageantes et certaines, même, sont carrément satisfaisantes. »

Dans ce concert général de louanges et d'aplatissement revendicatif, on pourrait penser qu'entre les diverses organisations syndicales françaises, il devient difficile de faire des différences : CFDT ou FO (Force ouvrière), CGT ou FEN (Fédération de l'éducation nationale), tous les matous de la collaboration de classe seraient désespérément gris. Ce serait mal connaître Force ouvrière et son secrétaigénéral André Bergeron. Celui-ci a quand même réussi à coiffer tout le monde d'une courte tête, en déclarant le 10 septembre que le gouvernement « allait trop vite », puis le 13 (après le Conseil des ministres sur les nationalisations), qui'il allait « trop loin » !

On comprend, dans ces conditions, que les organisations syndicales n'aient pas bénéficié d'une vague d'adhésions. A part quelques secteurs en progression dans la CFDT, la morosité est générale : « La syndicalisation est faible depuis le 10 mai. Il y a des améliorations mais, franchement, c'est pas le courant », reconnaît ainsi un responsable de la CGTIle-de-France.

Par contre, la grogne, elle, se développe dans les rangs des syndiqués. A la CFDT, il semble bien que la majorité des fédérations ait désapprouvé la signature de l'accord sur les 39 heures. A Force ouvrière, pour la première fois depuis longtemps, un certain nombre de structures syndicales (Impôts, Equipement, Renault-Sandouville) ont désavoué la prise de position confédérale contre des ministres en baisse des revendications se heurtera à une opposition de même ampleur que celle qui s'était dressée hier contre la politique de division de la direction confé.

Du côté des grands partis ouvriers, la politique gouvernementale suscite égalecommuniste français (PCF), qui n'a pas l'habitude de faire les tournants à moitié, joue maintenant l'intégration sans nuages à l'équipe gouvernementale. Le 26 août, les journalistes communistes ont ainsi reçu une note interne leur signalant que les positions du PS devraient être considérées comme « globalement positives », qu'il s'agissait désormais « d'enrichir la politique gouvernementale » et qu'il fallait abandonner « le ton du passé, celui d'un parti d'opposition ». Le 3 septembre, le numéro 2 du PCF, Charles Fitermann, estimait dans l'Humanité-Dimanche que les mesures prises par le gouvernement sont « positives », qu'elles ne sont pas du tout « symboliques », mais qu'elles ont des « répercussions concrètes pour la vie des Français ». Evidemment, cela ne peut que donner le mal de mer à toute une catégorie de militants auxquels on expliquait il y a quelques mois que le programme des socialistes était « globalement négatif» et qu' « avec Mitterrand, ce serait peut-être pire qu avec Giscara ». Henri Fiszbin, l'ancien secrétaire de la Fé dération de Paris du PCF qui a regroupé des militants oppositionnels autour de Rencontres Communistes Hebdo, signale ces contradictions : « Chercher à tout prix à accréditer la fiction d'une continuité entre deux politiques aussi visiblement différentes (...) porte un préjudice considérable aux besoins du combat actuel. » Et il ajoute : « Sauf à imaginer - hypothèse absurde - que le PCF cautionne sciemment une politique de droite. (25) » 25. Le Matin de Paris, 9 septembre 1981. Maire (CFDT) et Séguy (CGT) (DR)

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Mais le PS lui-même n'est pas épargné par les retombées de la politique du gouvernement Mauroy. Ce qui fait sa force - un afflux de plusieurs dizaines de milliers de nouveaux adhérents, un grand nombre de nouveaux députés - fait aussi sa fragilité. Car les nouveaux adhérents veulent « le changement » et les jeunes députés se sentent responsables devant leurs électeurs des promesses faites durant la campagne électorale. Tant pour aplanir les difficultés qui surgissent entre les diverses sensibilités que représentent les ministres socialistes, que pour éviter les amendements intempestifs des jeunes députés socialistes, François Mitterrand est amené à utiliser de plus en plus souvent l'autorité que lui confèrent les institutions bonapartistes de la Ve République. « Tonton Napoléon », comme a commencé à l'appeler le Canard enchaîné (26), ne peut cependant pas aller trop loin dans ce

Au-delà de la représentation parlementaire, c'est en effet au Parti socialiste lui-même auquel il finirait par se

Car le problème principal est bien de déterminer quels seront les rapports entre le Parti socialiste et le gouvernement. Le PS deviendra-t-il un « parti godillot », simple courroie de transmission des décigouvernementales? Il risquerait fort, à ce jeu, de perdre sa nature même de parti ouvrier de masse. A l'inverse cependant, beaucoup de ministres craignent l'idée « subversive » selon laquelle ce serait, en dernière instance, le PS qui déterPour noyer le poisson, les dirigeants socialistes ont donc tenté la mise sur pied de diverses commissions, pour harmoniser le « trépied » (parti, Parlement, gouvernement). Et, pour plus de sûreté, les dirigeants du PS, qui se trouvent tous être aujourd'hui ministres, se sont donc employés à expliquer à leurs troupes les nécessités de la solidarité gouvernementale : tous les courants se sont ainsi mis d'accord pour que soit rédigé avant le Congrès de Valence, à la fin octobre, un texte comsynthèse, qui permettrait de « verrouiller » le Congrès et éviterait les « dérapages » et les « surenchères ».

Le Congrès de Valence sera donc un congrès d'unanimité de façade. Mais cela ne suffira certainement pas à régler les problèmes du PS. Car les militants de base, qui auront peu la parole à Valence, ne partagent probablement pas les préoccupations des ministres-chefs de courants : ils veulent, eux, que ça change et que le PS aux aspirations des travailleurs. Le jour où la mobilisation des travailleurs mettra à l'ordre du jour un choix clair entre les revendications ouvrières et les capitulations de la direction social-démocrate, une crise sera inévitable au sein du PS. Elle prendra des formes d'autant plus imprévisibles qu'aucun des courants existants ne semble aujourd'hui prêt à se faire l'écho de ces préoccupations.

ET LA CLASSE OUVRIERE ?

Fondamentalement, les travailleurs, dans leur grande masse, considèrent que le gouvernement Mauroy est leur gouvernement : ce sont eux qui ont élu Mauroy, Fitermann et les autres. Ce sont eux qui ont chassé par leur vote Giscard, Barre et voient dans le gouvernement un « bon » gouvernement, leur allié dans la lutte contre le patronat. Et, en même temps, ils en attendent bien autre chose que ce qu'ils gouvernement Giscard-Barre, et d'abord la satisfaction de leurs revendications les plus urgentes. Cette attente prend, bien sûr, des formes différentes de celles que la classe ouvrière avait expérimentées les années précédentes.

— Les formes traditionnelles de comdébrayages, grèves, journées d'action, manifestations - n'apparaissent pas. La remarque d'un jeune ouvrier de •Flins illustre parfaitement cette attitude : « Pour la diminution du temps de travail, ce n'est pas à nous de débrayer, c'est au gouvernement de faire une loi. »

- Il n'y a pas eu non plus de gigantesque mouvement d'organisation de la classe, hormis la vague d'adhésion au PS. Cela se comprend car, toutes centrales confondues, les organisations syndicales (CGT, CFDT, FO) ont joué un rôle pour le moins mince dans la victoire du PS. Et le PCF, quant à lui, a vu sa politique mas-

- Par contre, le niveau de conscience de la classe ouvrière reste très élevé. C'est de ce point de vue qu'il serait erroné de considérer l'attitude actuelle de la classe ouvrière comme étant du domaine de la

You de l'attentisme. Ce n'est pas d'attentisme qu'il s'agit, mais bien d'at-

Les atermoiements gouvernementaux à la rentrée n'ont certes pas mis fin à l«état de grâce » parmi les travailleurs. Et ce, d'autant plus que tant les médias que leurs organisations traditionnelles leur répètent jour après jour que « l'héritage est très lourd », qu'il faut « savoir attendre », ete. Mais le capital de confiance dont disposait le gouvernement Mauroy commence cependant à s'effriter.

A leur manière, les sondages publiés depuis la rentrée - et dont on connaît les

-, traduisent cette réalité. Les constatations qui peuvent être faites sont

- La confiance en François Mitterrand (et en son gouvernement) a sensiblement diminué, et ce, quels que soient les instituts de sondages : Une chute qui se situe donc, selon les sondages, entre 6 et 12 points...

- Cette évolution ne s'accompagne nullement d'une remontée du crédit des grands leaders de la bourgeoisie : leur cote reste au contraire au plus bas.

- D'autres questions donnent une indication sur les racines du mécontentement : 94 % des sondés se sont prononcés ainsi pour un impôt sur les grosses fortunes. 74 % sont pour le blocage des prix. Plus intéressant encore : si 21 % des sondés estiment que, en général, le gouvernement va trop loin, 33% estiment qu'il ne va pas assez loin (et 24 % qu'il fait juste ce qu'il faut).

Le moins que l'on puisse dire est que le gouvernement Mauroy ne manquerait pas de soutiens dans l'opinion publique pour des mesures plus radicales. Le plus paradoxal est d'ailleurs de voir que ce sont des courants de pensée traditionnellement d'une gauche très modérée qui s'impatientent aujourd'hui des atermoiements socialistes. Jacques Ellul écrit ainsi dans l'éditorial de l'hebdomadaire protestant Réforme : « Il faut aider ce socialisme timide à réussir ses petites réformes. (...) Ce qui veut dire deux choses : d'une part lutter contre ses adversaires, et d'autre part tenter que le gouvernement aille plus loin, beaucoup plus loin que ce qu'il envisage, et engage le processus d'une véritable révolution de fond, qui sera dure, mais qui, si elle ne se fait pas, produira dans son avortement un désastre politi-

Pierre-Luc-Séguillon, le 31 août, dans l'éditorial de l'hebdomadaire des catholiques de gauche Témoignage chrétien : « Il est vain d'amadouer les patrons. (...) En somme, il faut choisir : ne pas trahir la cause des travailleurs ; ne pas biaiser avec le patronat; accepter de se faire des adversaires. »

Et, pour peu que le CNPF accentue son hostilité et ses mesures de sabotage, les réactions de la classe ouvrière pourraient survenir plus tôt qu'on ne l'attendait. Cela est déjà sensible dans les organisations syndicales, que les travailleurs ne considèrent évidemment pas tout à fait de la même façon que le gouvernement. A ce qu'on sait, elles ne sont pas là pour calculer le budget, mais pour défendre les revendications. A ce qu'on sait, elles sont indépendantes du ment et des partis au pouvoir. Alors pourquoi ne font-elles rien ? Pourquoi mobilisent-elles leur temps à « saboter » les revendications pour les rendre compatibles avec les projets gouvernementaux et acceptables par le CNPF ?

Ce sentiment n'est certes encore exprimé que par une minorité de travailleurs, mais il apparaît certain qu'il gagne

LA POLITIQUE DE LA LCR

Après les décisions du Conseil des ministres du 11 septembre, un journaliste du socialisant Matin de Paris expliquait, à travers un audacieux parallèle entre les réactions du Wall Street Journal et celles de la LCR, que « Alain Krivine, le dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire, se trouvait promu, faute de combattants, au rang de principal opposant de gauche au régime »... La lucidité de ce journaliste est, sur bien des points, tout à

26. Hebdomadaire satirique paraissant le mercredi, qui produit en ce moment des analyses très fines des contradictions internes au Parti socialiste.

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fait contestable : n'écrit-il pas, par exemple, que les choix du Conseil des ministres « placeraient, pour longtemps en tout cas, les Français dans une économie socialiste » ? Mais il y a au moins un point sur lequel il a effectivement raison : il n'y a pas foule aujourd'hui pour exiger la satisfaction des revendications ouvrières, pour montrer la voie de ce que serait une véritable rupture avec le capitalisme. Et cela ne fait que donner d'encore plus grandes responsabilités à la section française de la IVe Internationale, la LCR. Celle-ci mène campagne sur quelques thèmes simples, dont l'écho est grand dans la classe ou-

Par leur vote aux élections présidentielles et législatives, les travailleurs ont donné tous les pouvoirs aux partis ouvriers. Ceux-ci ont aujourd'hui à leur disposition tous les moyens légaux pour prendre les mesures les plus urgentes :

- Contre la vie chère, en instituant le blocage des prix (pour les produits de première nécessité) et en instituant l'échelle mobile des salaires ;

- Contre le chômage, en interdisant les licenciements et les fermetures d'entreprises, en nationalisant l'ensemble des secteurs clés de l'économie ;

- Pour vivre mieux et travailler autrement, en faisant voter par le Parlement une loi instituant les 35 heures tout de suite et sans diminution de salaire.

Pour financer ces mesures, l'argent existe. Il suffit d'aller le prendre là où il est, c'est-à-dire pas dans la poche des travailleurs, mais dans les coffres du CNPF. Que le PCF et le PS fassent donc payer le patronat, en commençant par décréter qu'il n'y aura pas un sou d'indemnité pour les gros actionnaires des entreprises

Bien sûr, une telle politique ne passe pas par les courbettes à l'égard du patronat, mais tout au contraire par la mobilisation résolue des travailleurs. C'est à cette mobilisation que le PCF et le PS devraient aujourd'hui appeler. La LCR, pour sa part, est prête à y prendre toute sa place.

Jacques KERGOAT 13 septembre 1981. FRANCE

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