"Suarez a gagné mais c'est Gonzalez qui a triomphé" : ainsi titrait une revue madrilène. C'est un bon résumé du résultat des élections espagnoles. En effet, ce résultat a été aussi contradictoire que le processus politique que nous avons vécu ces dix-huit derniers mois et qu'à coup sûr nous connaîtrons dans un proche avenir. Analyser les résultats électoraux, ce qui est l'objet de cet article, est indispensable pour s'attaquer à une tâche encore plus nécessaire: le bilan politique de l'évolution de la situation espagnole depuis la mort du dictateur et, à partir de là, une nouvelle définition des tâches des trotskystes dans la révolution espagnole. Le texte qui suit constitue seulement une contribution initiale à cette entreprise indispensable. De bonnes conditions pour les futures batailles Les candidatures ouvrières ont obtenu quelque 44% des voix (41% des sièges à l'Assemblée), contre 34% des voix et (47% (47% des sièges) à la principale coalition bourgeoise, l'Union du centre démocratique (UCD). Ces candidatures ont obtenu la majorité absolue des sièges à Madrid, à Barcelone, en Andalousie, en Pays valencien et ont failli l'avoir en Catalogne (23 sièges sur un total de 48). Ces résultats ont été obtenus sans que les jeunes de 18 à 21 ans (environ 2 millions) ni les émigrants (quelque 800.000 en Europe) aient pu voter; dans des conditions précaires de légalité (le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) était légal depuis un peu plus de trois mois, le PCE depuis deux mois, les centrales syndicales depuis un mois, les organisations d' "extrême-gauche " étaient illégales et le sont encore partiellement); avec une division profonde entre les partis ouvriers (en moyenne, il y a eu entre 6 et 7 listes ouvrières dans chaque province); et surtout, sans que soit proposée de façon claire et nette par les partis ouvriers majoritaires une alternative gouvernementale. Dans ces conditions, il est facile de comprendre la sensation de "victoire" avec laquelle la majorité des travailleurs a accueilli les résultats électoraux. Mais en même temps, il faut comprendre les limites de cette "victoire": limites objectives, y compris sur le terrain électoral lui-même (puisque le "gagnant" des élections est Suarez qui se trouve seulement à 12 sièges de la majorité absolue à l'Assemblée et l'obtient au Sénat) et limites subjectives parce que les travailleurs n'ont pas compris leur victoire comme la possibilité
Miguel ROMERO d'un changement radical immédiat de la situation; ils l'ont compris en termes de "résistance", parce qu'ils ont réussi à empêcher la victoire de l'ennemi et à se placer dans de bonnes conditions pour les batailles à venir. Nous croyons qu'il faut nuancer de ce point de vue les conclusions un peu précipitées sur la "victoire" ouvrière aux élections. La percée du PSOE Sans aucun doute, le résultat ie plus spectaculaire de ces élections est celui obtenu par le PSOE: sensiblement 30% des voix dans 11 provinces sur un total de 52 (Asturies, Barcelone, Gérone, Valence, Alicante, Murcie, Jaen, Cordoue, Séville, Malaga, Cadix) : c'est le premier parti en Euskadi, Catalogne, Andalousie et en Pays valencien. Il obtient trois fois plus de voix que le Parti communiste d'Espagne (PCE) et s'affirme comme le parti ouvrier hégémonique sur le terrain électoral. D'un autre côté, il est probable, qu'à moyen terme le PSOE va absorber le PSP, qui, avec son modeste score voit ses possibilités de jouer un rôle politique autonome ou de négocier son incorporation au PSOE sur une position de force, bien réduites. Analyser les causes et les conséquences des résultats du PSOE qui supposent une modification radicale des rapports de force traditionnels dans le mouvement ouvrier espagnol sous le franquisme, est une tâche de grande importance que nous ne sommes pas encore en condition d'aborder en profondeur. Mais comme première approximation, nous pouvons tirer les conclusions suivantes : 1. - la signification fondamentale du vote pour le PSOE, c'est la volonté de "rupture avec le franquisme" ", d'obtenir la "démocratie sans limitation": le PSOE a su se forger une image capable de récupérer ces deux aspirations des travailleurs et du peuple espagnols et d'apparaître comme une alternative efficace face à Suarez. 2. - La conception même de sa campagne électorale et son déroulement permettent de préciser ce que nous venons de dire : le PSOE n'a pas fait campagne avec un programme de gouvernement, mais avec un mélange de banalités et de généralités destinées à "vendre une image de marque" (et en ce cas, le langage publicitaire est plus utile que le langage politique). Tout au long des 26 pages de son programme, il y a seulement une fois une allusion au problème du gouverne-
ment ("Nous voulons un gouvernement responsable devant les Cortes..."). Dans la première phase de sa campagne, le PSOE a soigneusement évité de se présenter comme un candidat au pouvoir, mais il a évité avec le même soin d'apparaître comme capitulant clairement devant le pouvoir et il a fait des critiques systématiques à Suarez et même certaines proclamations vagues de "républicanisme"
Répartitions des sièges à l'Assemblée PSOE : 118 (33,71%); PCE : 19 (5,7%); PSP : 6 (1,71%) ; UCD : 166 (47, 42%) ; AP : 16 (4,57%); PNV: 8 (2,28%); PDC : 11 (2,85%). Le PDC (Pacte démocratique de Catalogne), coalition électorale nationaliste bourgeoise du "centre", a vu scissionner une de ses ailes pour former le PSC (ex-Reagrupment), groupe social-démocrate droitier qui a emmené 4 des 11 députés originellement attribués au PDC. Les 10 députés restants se répartissent de la manière suivante : Démocratie chrétienne de Catalogne : 2; Indépendants (proches de l'UCD) : 2; PSC : 4; Euskadiko Eskerra : 1; Esquerra de Catalunya : 1. C'est seulement dans la seconde phase de sa campagne, comme réponse démagogique à la radicalisation perceptible lors de ses meetings, que le PSOE s'est affirmé comme "un parti disposé à gouverner" 3. - De cette façon, le PSOE a recueilli les suffrages de toute une gamme "d'aspirations au changement" , incluant des secteurs significatifs de gauche, déçus par l'attitude de capitulation du PCE. Mais très probablement, la majorité de ses voix vient de travailleurs qui accèdent pour la première fois à l'activité politique et pour lesquels le PSOE est plus "efficace" et plus "démocratique" ", mais en même temps moins "radical" que celle du PCE (entre autre, parce que tout le monde se souvient de la grave crise politique qu'a entrainé la légalisation du PCE face à l'acceptation comme "normale" de celle du PSOE). 4. - Même si la direction du PSOE, dans l'immédiat, sort renforcée de l'épreuve électorale, il est évident qu'à moyen terme, se développeront en son sein de fortes contradictions et ce, aussi bien à cause de la diversité d'options politiques qu'il recouvre aujourd'hui qu'à cause de la radicalisation progressive des travailleurs qui viennent de s'éveiller à la politique et ont placé leur confiance et leurs espoirs dans les socialistes Ce phénomène se produira également et avec plus de force encore dans l'UGT (Union générale du travail, la centrale syndicale liée au PSOE). 5. - La direction du PSOE est consciente du problème : son refus de s'intégrer au gouvernement Suarez (malgré les conseils en ce sens de "l'astucieux" Carrillo), son affirmation comme "alternative de pouvoir socialiste" ••• pour deux ans, etc. sont destinées à s'assurer l'hégémonie politique sur les travailleurs, en évitant les engagements immédiats de gouvernement et en promettant de les assumer dans un avenir suffisamment éloigné. En même temps, la direction du PSOE développe une campagne d' "homogénéisation" interne, qui vise à éliminer les aspects de sa politique les plus conflictuels face au pouvoir ("républicanisme"...) et elle repousse la proposition des secteurs de base radicaux qui veulent ouvrir une discussion de congrès. 6. - Pour sa part, la bourgeoisie est également consciente du problème: dès qu'on été connus les résultats électoraux, des secteurs très significatifs de la presse bourgeoise ont lancé une campagne mettant en garde la direction du PSOE sur les "risques gauchistes" , le "largocaballerisme" (1), etc. montrant enfin clairement son inquiétude devant le succès électoral du PSOE et un certain manque de confiance dans sa capacité à jouer le rôle stabilisateur dont la bourgeoisie a besoin. Ces pressions et celles de la social-démocratie internationale (dont le PSOE ne cesse jamais de se proclamer le porte-pa: role légitime en Espagne) ne vont pas diminuer, au contraire, elles vont tendre à augmenter. Il est plus que probable que le PSOE sera appelé à participer au gouvernement bien avant ces "deux ans" que sa direction voudrait se donner comme délai. C'est alors que commencera la véritable "épreuve du feu" pour la direction social-démocrate. PCE : un maigre résultat Le résultat électoral du PCE est également spectaculaire, mais de manière opposée : à l'exception de la Catalogne (où le résultat du PSUC-Parti socialiste unifié de Catalogne-est bon, particulièrement à Barcelone), il se retrouve avec 19 députés dans tout le pays, répartis seulement dans 8 provinces, sans
Résultats globaux UCD PSOE PCE AP PSP Voix 6142 460 5211038 1673765 1 480 657 783593 en % 33,86 28,73 9,22 8,16 4,32 Les votes obtenus par l'extrême-gauche se décomposent de la manière suivante : PTE (y compris Esquerra Catala) : 265 584 (dans 40 provinces) ORT: 44959 (dans 25 provinces) FUT (LCR-OIC) : 38 052 (dans 18 provinces) MC : 41872 (dans 5 provinces) aucune présence en Euskadi et en Galice. Toute la base du PCE reconnait l'échec et la direction essaye de le dissimuler grossièrement (disant par exemple que "le vote communiste constitue une avant-garde de masse" ', ou "qu'avec une autre politique, le PCE serait sorti des élections au niveau du Parti du travail (PTE), de l'Organisation révolutionnaire des travailleurs (ORT) et des autres groupes qui sortent du scrutin en situation nettement marginale").
Répartition des slèges au Sénat Nomination royale : 41; AP : 2; UCD : 105; Indépendants du centre : 11; PDC : 2; FDC ( Démocratie chrétienne) : 5; PNV : 4; PSOE : 47; PCE : 3; Euskadiko Eskerra : 1.
La réalité, c'est que le PCE qui pouvait raisonnablement espérer 15% des voix, s'est retrouvé avec quelque 9%, manifestement disproportionnés par rapport à son hégémonie totale sur le mouvement ouvrier espagnol à l'époque du franquisme. Et même en comptant sur l'influence réelle qu'a eu le "vote efficace" en faveur du PSOE ou, dans certaines zones du pays, "la peur" encore présente du communisme, il n'y a au cun doute que la raison fondamentale de ce résultat malheureux réside dans la chaîne de capitulations évidentes du PCE à partir de sa légalisation: sa position face à la monarchie, au drapeau franquiste, à l'armée, à Suarez ("mon ennemi le plus loyal" a dit Carrillo en pleine campagne électorale), et surtout face aux luttes ouvrières et populaires (Euskadi ! !). Tout ceci aura soustrait plusieurs milliers de voix de travailleurs au PCE. Dans ces conditions, la grossière attaque de la bureaucratie soviétique est tombée à point pour Carrillo; elle a agi comme un facteur momentané de cohésion sur une base relativement démoralisée et préoccupée par l'avenir immédiat du "parti", surtout dans le domaine syndical. On ne peut pas s'attendre à ce que le PCE abandonne son cours "ultra-réformiste" des derniers mois et se risque à "chevaucher le tigre" des mobilisations de l'automne, cherchant à récupérer dans les luttes le rapport de forces perdu aux élections: une position combative du PCE (dans lequel milite, il ne faut pas l'oublier, la majorité absolue des dirigeants du mouvement ouvrier espagnol) aurait des effets explosifs sur l'ensemble de la situation politique et il est très improbable que le PCE assume de pareils riques. Mais en maintenant l'orientation actuelle, il contribuera au développement de tensions internes, déjà présentes dans de larges secteurs de militants. L'ouverture prochaine du débat pour le IXème congrès du PCE (un congrès qui se tient dans la légalité et en pleine effervescence eurocommuniste et qui, par conséquent, ne pourra pas être manipulé de façon aussi manifestement bureaucratique que les précédents) offre une occasion exceptionnelle pour approfondir et clarifier les racines du cours néfaste actuel de la direction du PCE. Les faibles scores de l'extrême-gauche Quatre candidatures ont occupé le champ de l' "extrême-gauche" dans la campagne électorale (une d'elle de façon honteuse : celle du PTE qui a énergiquement nié être "à la gauche du PCE" - il est certain que sur le terrain du programme il ne l'a pas été - et qui s'est défini comme "démocrate conséquent"'). Nous pouvons les définir rapidement de la façon suivante: l'ORT a cherché à s'affirmer comme parti "maoiste radical" , diffusant dans la campagne une version "gauche" de la politique de Front populaire. Le MC (Mouvement communiste) a essayé de s'allier avec des secteurs de la gauche socialiste et des groupes nationalistes ou régionalistes, visant à créer un "mouvement d'unité populaire", calqué sur l'expérience de la candidature d'Otelo au Portugal. La LCR (Ligue communiste révolutionnaire) a présenté avec l'OIC (Organisation de la gauche communiste) une candidature se prononçant clairement pour l'indépendance de la classe ouvrière et de caractère anticapitaliste.
De graves problèmes ont surgi en cours de campagne, à cause du sectarisme de l'OIC et de ses positions erronées sur plusieurs thèmes fondamentaux (syndicat, femmes, question nationale...). Dans leur ensemble, les résultats électoraux de |' "'extrêmegauche" ont été très faibles, par rapport au poids réel qu'elle a dans les luttes et à l'audience même de ses meetings (et surtout par rapport aux illusions que se faisaient certaines organisations sur leurs résultats électoraux: par exemple, le PTE s'accordait 20 députés, l'ORT, 10...). L'extrême-gauche a ainsi fait l'expérience du changement de la situation politique et de la diminution de son poids politique centra au bénéfice des grands partis ouvriers. Seule la LCR était préparée pour cette expérience et a pu ainsi affronter avec tranquilité le bilan de la campagne électorale (un bilan par ailleurs autocritique et que discute actuellement toute l'organisation). Dans le reste des organisations, s'est ouverte une crise très sérieuse dont les effets apparaîtront probablement en pleine lumière en septembre. L'ORT a convoqué son premier congrès après 8 années d'existence. Le MC ne s'est pas décidé à lancer son "mouvement d'unité populaire" et a vu aggravée sa propre "crise d'identité" à partir de sa dissolution comme parti dans les listes électorales. Le PTE, ayant vu que la réalité lui était peu propice, a décidé d'en faire abstraction et affirme que tout ce qui s'est passé confirme "la justesse de ses analyses" et maintient pour le futur son fantasme de coalition électorale (le Front démocratique des Gauches, formé par le PTE et ses pseudopodes dans les syndicats, dans le mouvement des femmes, etc.). L'OIC pour sa part, voit également sombrer son projet de créer "un mouvement d'unité populaire anticapitaliste" En réalité, le facteur-clé dans la crise de |' "extrême-gauche" va se situer autour de la politique de Front unique, sur l'attitude à adopter devant l'unité et l'indépendance de classe des travailleurs dans les domaines essentiels du futur : question nationale, plan de stabilisation, élections municipales, question syndicale, problème du gouvernement, etc. Euskadisko ezquerra : un succès, deux épreuves La seule organisation nationaliste radicale qui ait joué un rôle important dans les élections a été EIA (Parti de la révolution basque), qui maintient la tradition et regroupe les cadres d'E TA-V à laquelle appartient le seul député "d'extrême-gauche" des Cortes : Francisco Letamendia, "Ortzi" un des théoriciens les plus connus d'ETA. D'un autre côté, la candidature dans laquelle ElA avait l'hégémonie politique ("Euskadiko Ezkerra", la Gauche d'Euskadi, à laquelle participait aussi le MC) a obtenu un excellent résultat dans les trois provinces basques où elle se présentait (quelque 80.000 voix à Alava, Guipuzcoa et Biscaye, équivalent à 4,5% des suffrages, s'élevant presque à 10% en Guipuzcoa). L'explication de ce résultat face à la faiblesse de ce qui a été obtenu par le reste des candidatures d' "extrême-gauche"
(avec l'exception de l'ORT en Navarre : presque 6%) réside, d'une part, dans le fait que Euskadiko Ezkerra a recueilli pratiquement la totalité de: radical", très fort en Euskadi et, d'autre part, cette candidature est apparue comme un "vote efficace de gauche" la candidature "la plus unitaire" dans des conditions où i pression pour "l'unité de la gauche" était extrêmement forte en Euskadi. A DE CATALUNYA
POON
SOUERRA
L'évolution de EIA, organisation qui se trouve dans une phase de clarification idéologique, reste ouverte. Elle devra se soumettre maintenant à deux épreuves pratiques de grande importance : la première, sa présence permanente dans une institution politique d'Etat (alors que toute l'expérience, l'intervention et les analyses politiques de EIA se limitaient à l'Euskadi) ; la seconde, sa confrontation au nationalisme bourgeois autour de propositions concrètes et actuelles face à l'oppression nationale basque (EIA a toujours maintenu une position interclassiste par rapport "à la première étape" de lutte contre l'oppression nationale en Euskadi, en la combinant avec des mots d'ordre radicaux : dissolution des corps répressifs, "mesures antioligarchiques" , etc). En tout cas, la présence d'un militant de ElA parmi les parlementaires basques joue déjà comme facteur de désagrégation face aux projets bourgeois de neutraliser la lutte du peuple basque au moyen "d'un statut d'autonomie" de caractère formel, accordé d'en haut et négocié avec le pouvoir central. Il est significatif que l'un des premiers actes politiques de ElA après les élections ait été un appel à l'unité d'action de toute la gauche "sans représentation parlementaire" (c'est-à-dire en faisant l'erreur d'exclure le PSOE, mais incluant le PCE, ce qui est une surprise si on tient compte de la traditionnelle position anti-PC de la gauche basque). Voilà qui constitue un défi marqué à "l'Assemblée des parlementaires basques" , organisme qui s'est proclamé représentant d'Euskadi vis-à-vis du pouvoir central, pour la "négociation de l'autonomie" L'UCD : une coalition composite En ce qui concerne le camp de la bourgeoisie, on doit commencer par se référer au "gagnant" des élections, l'UCD. La coalition dirigée par Suarez a obtenu la majorité des voix dans 38 provinces du pays (c'est-à-dire toutes les provinces catalanes sauf Lerida -où c'est le PDC qui l'a eue - Guipuzcoa et Biscaye - où c'est le PVN, et celles de majorité PSOE) et a réussi à obtenir un poids aux Cortes suffisant pour que paraisse impensable sa défaite parlementaire. On pourrait parler de "succès" , mais ce résultat est très loin de ce qu'il attendait et surtout de ce dont a besoin la bourgeoisie; et ce, pour les raisons suivantes : - à partir de la constitution du gouvernement Suarez, il y a environ un an, la situation politique du pays a été caractérisée par cette "dialectique de luttes fragmentées de masses et concessions fragmentées de la bourgeoissie" à laquelle se référait l'éditorial du dernier numéro d'Inprecor. L'objectif de Suarez était d'arriver à des élections générales, acceptées par l'ensemble du pays et dans lesquelles la bourgeoisie atteindrait une majorité indiscutable. Cette majorité était un objectif indispensable, parce que Suarez, au nom des élections, avait repoussé une série de problèmes politiques et économiques fondamentaux et il avait besoin d'une victoire électorale écrasante qui lui laisse "les mains libres" pour négocier sur une position de force les inévitables "pactes" avec les partis et syndicats ouvriers. - le "succès" de Suarez est donc plus apparent que réel : ni le problème national, ni le problème municipal, ni surtout la crise économique n'admettent de nouveaux délais. La bourgeoisie dispose d'une certaine marge de manœuvre propre (et surtout de la marge que lui accordent les partis ouvriers réformistes); elle va l'utiliser et elle est déjà en train de l'utiliser comme nous le verrons. Mais elle ne dispose pas de cette "position de force" dont nous parlions plus haut. Au contraire, après les élections, les travailleurs sont plus convaincus que jamais de leur force et plus décidés qu'avant à atteindre leurs objectifs sociaux et politiques. Cet "état d'esprit" de la classe ouvrière et du peuple, malgré les inégalités, les illusions, l'influence des directions réformistes, maintient un rapport de force favorable aux travailleurs : c'est là que réside la faiblesse fondamentale du "succès" de Suarez. Suarez est en train d'essayer de transformer, à marche forcée, la coalition électorale de l'UCD en un parti politique. Le parti politique dont la bourgeoisie espagnole a
besoin, spécialement quand, hors de l'UCD, il ne reste aucun parti bourgeois qui soit un minimum significatif au niveau national. Il s'agit d'une opération dont l'avenir est douteux : le fait que l'UCD soit restée pratiquement la seule représentante politique de la bourgeoisie, en même temps que cela favorise les tendances centripètes en son sein, va faire qu'elle se verra traversée par toutes les contradictions politiques de la bourgeoisie qui sont et vont être très graves. On pourrait conclure que la bourgeoisie espagnole, dans les dernières années, n'a jamais été si près mais est en même temps encore très loin de résoudre le problème de sa propre organisation politique. L'échec de l'AP et de la DC L'échec électoral de l'Alliance populaire (AP) est une autre donnée significative de ces élections : elle obtient une représentation parlementaire dans seulement 14 provinces (les 4 provinces de Galice, dans les Asturies, au Léon, à Santander, Zamora, Logrono, Tolède, en Biscaye, Barcelone et Madrid), et demeure une minorité sans crédibilité, ni influence politique. Si à ceci on ajoute que les groupes fascistes (Phalange, Force nouvelle, etc) ont obtenu quelque 60.000 voix (0,3%), la défaite électorale du franquisme est impressionnante. Ces faits ont des conséquences significatives : en premier lieu, la perte de force du fantasme "du coup d'Etat" et de la nécessité de la coalition "anti-AP" qui avait joué un rôle central dans la politique du PC ces derniers mois, et avait constitué un thème réel de préoccupation pour des secteurs importants de travailleurs ; en deuxième lieu, la disparition pratique de toute possibilité de bloc AP-UCD, qui était parmi les projets de l'aile la plus droitière de l'UCD (même si, la somme des sièges actuels AP et UCD leur donne la majorité parlementaire, il faut tenir compte du fait que ce bloc provoquerait l'éclatement immédiat de l'UCD); en troisième lieu, l'effet de décomposition que sa propre défaite va avoir sur la base de l'AP et sa perte d'influence sur les secteurs de l'appareil d'Etat où elle était présente. La voie qui reste ouverte à l'AP est de "capitaliser le chaos" , de s'alimenter de la future instabilité politique et sociale en cherchant davantage le soutien des casernes que celui des urnes. Cette voie suppose naturellement l'utilisation de l'activité fasciste et parapolicière, de la "stratégie de tension" qui va, très probablement être un des facteurs permanents des mois prochains (un exemple récent : à Madrid, à l'occasion d'une partie de football à laquelle assistaient plusieurs milliers de Basques, une fillette de 12 ans a été violée en pleine rue par un groupe de fascistes, parce que ses parents portaient des drapeaux sportifs et nationaux d'Euskadi). - la Démocratie chrétienne se retrouve pratiquement rayée de la carte politique. Si on met de côté le PNV (qui. est un parti très spécial au sein de "l'équipe DC" dont nous avons parlé précédemment), elle n'obtient que deux députés à Barcelone ; ses dirigeants historiques les plus connus (Gil Robles, Ruiz Gimenez...) n'ont pas obtenu de représentation parlementaire. Les efforts de la Démocratie chrétienne internationale qui a envoyé en pleine campagne élec torale plusieurs de ses dirigeants pour appuyer ses "frères" espagnols, n'a donné aucun résultat. La DC a voulu occuper un espace "populiste", interclassiste, teinté de radicalisme par certains aspects ("'fédéralisme", , mesures "avancées de politique économique, etc.) mais cet espace existe à peine dans une société aussi polarisée que la société espagnole actuelle. En tout cas, il serait prématuré d'enterrer la DC: d'abord parce que deux de ses fractions font partie de l'UCD (le "Parti démocrate chrétien" ', scission de droite du groupe de Ruiz Gimenez, et le secteur qui sert Suarez et occupe des postes de responsabilité dans le gouvernement) ; ensuite parce que la DC reste la seule possibilité d'une recomposition bourgeoise "de gauche" par rapport à l'UCD, très improbable à moyen terme, mais pas complètement exclue ; enfin parce qu'au sein de l'UCD elle-même, peut se renforcer "un pôle DC" relativement autonome, comme éventuelle direction de rechange au groupe Suarez. Mais de toute façon, le rêve d'une DC "à l'italienne", comme option bourgeoise fondamentale pour le post-franquisme est terminé. Le nationalisme bourgeois Les résultats électoraux du nationalisme bourgeois ont été inégaux: le PNV a obtenu un résultat discret (il est en première place en Biscaye et en Guipuzcoa et en seconde, derrière le PSOE, au niveau de l'ensemble de l'Euskadi) ; le PDC a obtenu un mauvais résultat qui a provoqué une crise immédiate de la coalition et un réalignement global de l'organisation politique de la bourgeoisie catalane; en Galice, il n'a jamais existé de nationalisme bourgeois un tant soit peu significatif et ceci continue: les grands vainqueurs ont été l'UCD et... l'abstention (qui a atteint près de 50% à Orense et Lugo); le poids des caciques, la marginalisation de la paysannerie de Galice, ont joué un rôle déterminant. Un fait doit être souligné: le caractère "populaire" du vote PNV qui a récupéré son influence traditionnelle dans des secteurs considérables de la petite bourgeoisie et aussi de travailleurs basques, quitte à radicaliser son programme et jusqu'à ses symboles (celui du PNV est actuellement un poing serré sur une ikurrina, le drapeau basque). Mais la démagogie de cette "radicalisation" va rapidement être confrontée avec les limites de la capacité de concession de la bourgeoisie face à "l'autonomie d'Euskadi". Cette confrontation apparaît d'autant plus dure si on tient compte, d'une part, de la force et de l'aspect de masse de la conscience nationale basque, et d'autre part, de l'existence d'un secteur nationaliste radical de masse et qui a trouvé son expression électorale dans l'Euskadiko Ezkerra.
Le rôle de l'axe PNV-PSOE (qui réunit presque les 2/3 des députés basques et qui représente également la force centrale du "gouvernement basque en exil"') comme gestionnaire de "l'Etat fort" en Euskadi va se trouver contesté sur les terrains social et national dans le cours immédiat des évènements en Euskadi. - finalement, nous devons faire référence au rôle et à la composition du Sénat. Selon la Loi de la réforme politique, le Sénat a pratiquement les mêmes attributions que l'Assemblée, surtout sur les grandes questions politiques (réformes constitutionnelles, etc.) Il s'agit donc d'un "mécanisme de sécurité" pour la bourgeoisie qui renforce encore son caractère ultra-conservateur par les 41 sénateurs désignés par le Roi (qui, pour prévenir un possible succès de la gauche, a composé une liste extraordinairement réactionnaire, pleine de policitiens franquistes et de représentants du grand capital). La composition et la fonction même du Sénat restent dépendantes de la ligne du "Pacte constitutionnel" défendu aussi bien par le PCE que par le PSOE. Une constitution établie dans de telles conditions prendra difficilement un contenu acceptable pour les travailleurs. Le débat constitutionnel, pierre de touche de la légitimation de l'Etat fort, en général, et de la monarchie en particulier va être une des questions politiques-clés de l'avenir. Premières conclusions : la fragilité de l'Etat fort Telle est notre interprétation du résultat électoral. Maintenant, pour terminer, nous allons essayer d'établir un schéma de conclusions générales sur la situation politique espagnole et ses perspectives. Dans les jours qui ont suivi les élections, sont apparus quatre type de faits d'importance inégale, mais tous intéressants comme symptômes de la nouvelle situation: 1) Les luttes ouvrières antérieures au 15 juin se sont maintenues et renforcées, allant jusqu'à produire d'importantes actions de masse (50.000 manifestants aux Asturies, 3.000 en Biscaye, 2.000 à Vitoria, etc.); d'autre part, il y a eu une relance des luttes des journaliers d'Andalousie et des paysans (qui, par milliers, ont recommencé à sortir leur tracteur sur les routes du pays valencien). 2) Le premier juillet, le syndicat vertical est formellement liquidé, ce qui est déjà en train de provoquer une montée énorme de la syndicalisation dans les centrales ouvrières; en septembre, les chiffres globaux d'affiliation pourraient pourraient s'élever à deux millions (environ 20% de la population active salariée); ce sont encore des chiffres modestes, mais c'en sera fini des chiffres rachitiques actuels. 3) De façon semi-spontanée s'est déchainée une exigence géné ralisée de démission des municipalités actuelles, formées en leur immense majorité de franquistes; il est proposé de les remplacer par des comités de gestion formés en accord avec les résultats électoraux. Les premiers intéressés à arrêter ce mouvement ont été le PSOE, et dans sa zone d'influence, le PCE, tous deux invoquant la nécessité d'éviter des "vides municipaux".
4) Par rapport à la question nationale et régionale, les choses se sont développées de façon complexe. Avant les élections, la tactique majoritaire de "l'opposition" en Catalogne et en Euskadi consistait, en ligne générale, à constituer immédiatement après le 15 juin des assemblées de parlementaires, qui assument la représentation de la nationalité et prennent la responsabilité de négocier l'autonomie avec le pouvoir central. Evidemment, il s'agissait ainsi d'établir un instrument de contrôle automatique, destiné à éviter tout type d'affirmation de souveraineté nationale de la part des peuples catalan et basque. Mais en Catalogne, devant la progression de la radicalisation nationale qui se sentait dans la population (elle a culminé dans le plus grand meeting de la campagne: 400 000 personnes se sont rassemblées à Montjuich réclamant le statut d'autonomie de 1932 et le rétablissement de la Généralité) on a commencé à évoquer la possibilité qu'en cas de victoire électorale des candidats favorables à l'autonomie, les masses imposent les revendications nationales catalanes. Devant cette menace, le vice-président du gouvernement, chargé de la Défense, le lieutenant-général Gutierrez Mellado lançait un avertissement, la veille des élections, contre tout acte de cette nature. Le 15 juin, la traditionnelle place de S. Jaime (c'est là que Macia proclama la République catalane que Andrès Nin considère à juste titre comme "l'acte le plus révolutionnaire du 14 avril") a été encerclée par l'armée. Mais avant ce siège militaire, il y avait eu un "siège politique" du peuple catalan, effectué par les futurs triomphateurs des élections (porte-parole socialistes et communistes divers) appelant au "sens des responsabilités", à éviter "les aventures" , etc. Et le 15 juin, il ne s'est rien passé. Immédiatement, on a annoncé la prochaine constitution de l'Assemblée de parlementaires et l'appel à une manifestation de masse. Mais auparavant, accomplissant son devoir de "courtoisie" , une délégation de parlementaires socialistes, vainqueurs aux élections, était venue à Madrid pour communiquer au Roi et à Suarez ses propositions. A son retour en Catalogne, l'Assemblée des parlementaires fut convoquée (cela se réduisit à un inoffensif échange de mauvaise littérature patriotique) et la manifestation fut annulée. Et alors, seulement alors, vint le "gros coup" de Suarez: Tarradellas, Président de la Généralité en exil et politicien bourgeois doté de l'ambition d'un Bonaparte catalan, apparaît à Madrid, appelé par Suarez; il s'entretient plusieurs fois avec lui et avec le Roi et établit un compromis "provisoire" selon lequel le "premier pas" vers la récupération de l'autonomie catalane se fera en respectant la loi actuelle sur l'administration locale (loi élaborée pendant la vie du dictateur !). L'histoire est longue, mais valait la peine d'être comptée parce qu'elle exprime avec clarté deux questions importantes: la première est que "la marge de manœuvre" de la bourgeoisie espagnole provient fondamentalement de la servilité et de la couardise des grands partis ouvriers; la seconde est que cette servilité et cette couardise ne connaissent pas de limites quand apparaît le risque d'une action de masse, capable d'imposer ses revendications.
D'un autre côté, une véritable "fièvre d'autonomie" s'est déclenchée dans le pays et de toutes parts surgissaient des "Assemblées de parlementaires" . Curieusement, le principal animateur de cette fièvre est l'UCD qui essaye de cette façon d'enterrer les véritables problèmes nationaux, sous une montagne de "problèmes régionaux". De ce point de vue, les possibilités de voir l'UCD jouer les apprentis sorciers sont très grandes. La préparation de l'automne Cette série de faits constitue les premières escarmouches de la nouvelle situation qui se prépare pour septembre. Dans la période que nous avons vécu depuis la mort du dictateur, s'est exprimé de façon très claire la profondeur d'une contradiction qui avait été gelée pendant de longues années : celle qui existe entre la combativité et la conscience politique des travailleurs espagnols. La responsabilité fondamentale dans ce "retard" de la conscience, dans la faiblesse politique et organisationnelle d'un mouvement ouvrier et populaire qui a donné tant de preuves de sa disposition à la lutte, de son instinct de classe, incombe largement aux directions ouvrières réformistes. Mais la situation même d'illégalité , les quarante années de dictature ont été aussi un facteur déterminant du problème. De là l'immense importance de la phase politique qui s'ouvre aujourd'hui. La campagne électorale a été pour des millions de travailleurs espagnols la première occasion de leur vie d'écouter les partis ouvriers, de pouvoir acheter leur presse, de pouvoir discuter directement et ouvertement avec leurs militants. Durant trois semaines, l'Espagne a été un gigantesque meeting et l'enthousiasme et la radicalisation croissante des travailleurs et du peuple, comme le résultat électoral lui-même font la preuve de l'effet "politisateur" des élections. En fait, dans les six prochains mois, il y aura deux nouvelles élections: les élections générales aux conseils d'usine (en octobre ou novembre) et les élections municipales (en décembre ou janvier). Dans la même période, "le plan de stabilisation" de la bourgeoisie va se mettre en marche, l'amnistie définitive des prisonniers et exilés politique sera décrétée, l'ensemble du mouvement ouvrier sera légalisé, la question nationale et régionale sera au centre des préoccupations, les débats constitutionnels vont commencer aux Cortes. Ce serait une grave erreur, ou plutôt la répétition d'une grave erreur, d'aborder cette situation avec des visions apocalyptiques, annonçant de nouveau "la révolution qui vient, qui s'approche, qui est déjà là..." en Espagne. Nous n'allons pas poser d'ultimatum à la classe ouvrière espagnole qui vient de vivre un important changement de coordonnées politiques et doit apprendre à s'orienter dans ce nouveau cadre. Probablement, les rythmes de radicalisation seront plus lents que ceux que nous avions prévus dans le passé. Mais ce serait une erreur plus grave que la précédente de considérer que la situation espagnole se soit "stabilisée" et les conséquences de ce type d'erreur seraient hautement néfastes pour l'orientation politique de ceux qui la commettraient. Nous entrons dans les "débuts parlementaires" de la révolution socialiste espagnole. Des débuts qui ont derrière eux beaucoup d'années de lutte et pour lesquels les travailleurs se présentent avec leur force et leur moral intacts. Des "débuts", qui, d'un autre côté, vont se combiner avec de dures luttes sociales et politiques, au-delà du Parlement, et qui vont se produire dans un contexte international favorable. La bourgeoisie a obtenu un renouvellement important de son personnel politique, elle a traversé sans dommage important la première phase de la crise ouverte avec la mort du dictateur; elle a établi un cadre institutionnel qui tente de canaliser et intégrer les aspirations des travailleurs, comptant avec la marge de manœuvre que lui accorde la politique de capitulation des directions ouvrières réformistes, elle a réussi à maintenir un appareil répressif solide et efficace. Les travailleurs sont entrés en masse sur la scène politique; leur politisation s'accroit et leurs organisations se renforcent; ils ont mis leurs illusions et aussi leurs exigences dans les partis réformistes; ils vont commencer à faire l'expérience pratique de ces illusions et de la façon dont les réformistes répondent à ces exigences. La polarisation de classe de la société espagnole n'est pas nouvelle: ce qui est nouveau, c'est que cette polarisation est aujourd'hui en condition de s'affirmer et de s'approfondir avec beaucoup plus de solidité, même si elle le fait moins spectaculairement que par le passé. C'est à cela que doit se préparer la IV° Internationale, et particulièrement nous autres, trotskystes espagnols. Nous avons été capables de construire une organisation importante, combative, liée à la classe ouvrière, capable de comprendre les phénomènes nouveaux; une organisation aussi à laquelle il manque encore beaucoup pour obtenir la fermeté programmatique et organisationnelle, la conscience pleine de sa propre responsabilité. Parce qu'aujourd'hui, il s'agit de construire un parti. Des situations comme celles des élections, avec des "gagnants" et des "triomphateurs" ne vont pas se répéter à l'avenir. II doit y avoir un vainqueur. Et ce parti est la condition pour que les "triomphateurs" du 15 juin vainquent définitivement leurs "gagnants" , pour que les travailleurs vainquent la bourgeoisie.
ler juillet 1977 NOTE (1) de Largo Caballero, dirigeant du PS sous la république, do dont la démagogie maximaliste s'accompagnait d'une pratique platement réformiste.