Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

De la tactique de la grève active

· Inprecor n° 110, 12 octobre 1981 · p. 17-19 · 3 678 mots

Syndicalisme Pologne Stalinisme

La position du Comité régional de Lodz de Solidarité

Les formes de lutte de Solidarité, y nous ne devrions plus dans ce cas nous li.

traits est un chapitre de la brochure De la tactique de la E document dont nous publions ci-dessous de larges ex-

•grève active, écrite par Zbigniew M. Kowalewski, membre du présidium de la direction régionale de Solidarité de Lodz. Il fait le point sur un long débat qui a traversé la région à partir de son ler Congrès régional, concernant les moyens Zbigniew M. KOWALEWSKI compris et surtout son arme ultime - la grève de masse - devraient être subordonnées à son but stratégique. La grève d'occupation, telle qu'elle a été pratiquée jusqu'à présent par Solidarité — c'est-à-dire passive —, est comme une arme à double tranchant. L'interruption du processus de production, suivant sa longueur et son exfreine toujours plus ou moins la production de biens matériels et, par là même, peut limiter les possibilités de satisfaire les besoins sociaux. Face à l'approfondissement de la crise économique et de la pénurie, face à l'effondrement dramatique du processus de reproduction sociale, la grève de masse apparaît bien comme une arme à double tranchant.

Il ne s'agit pas d'affirmer ici que l'abandon de la grève nous aidera à vaincre la crise. Ce ne sont pas 90 où même 1 000 jours de paix sociale qui parviendront à sortir notre société de la crise, parce que cette dernière n'est pas née de l'inquiétude sociale, mais de la décomposition et du pourrissement du système de pouvoir politique et économique de la bureaucratie. D'un autre côté, l'expérience démontre que, sans une grève générale prolongée, il n'est pas évident que la société puisse obautre chose que des concessions fragmentaires de la part de la bureaucratie. En outre, la paix sociale est seulement apparente et nous devons être conscients qu'elle peut être rompue à tout moment.

Solidarité ne peut renoncer à la grève en tant que moyen d'action. Cependant, la grève d'occupation passive utilisée jusqu'à présent — même si son utilisation ne doit pas être écartée — ne peut demeurer, dans la situation présente, la seule arme ultime possible. En conséquence, une seule conclusion s'impose : si groupes réactionnaires de la bureaucratie qui disposent toujours des positions clés dans l'appareil du pouvoir se révèlent dans un avenir proche suffisamment forts et rusés pour forcer Solidarité à recourir à son arme ultime par leurs attaques contre la dignité, les droits et les intérêts de la classe ouvrière et de la société, ou si cette nécessité est imposée par la colère sociale grandissante face à l'incapacité et l'impuissance de l'appareil du pouvoir, miter à la grève passive. Nous devons être passer de la grève d'occupation passive à la grève d'occupation active.

LE CONTROLE

SUR LA PRODUCTION Pendant la grève d'occupation passive, les commissions d'entreprises de Solidarité, transformées en comités de grève, prennent automatiquement le pouvoir à l'intérieur de l'entreprise. Ils doivent agir de même pendant la grève active. La différence entre ces deux formes de grève d'occupation est qu'après un court arrêt de la production, c'est-à-dire une grève passive, les comités de grève en assurent la reprise, contrôlant la production et d'une manière générale toute l'activité de l'entreprise. En outre, après la fin de la grève, contrairement à ce qui se passe en cas de grève passive, le pouvoir dans l'entreprise ne retourne plus à ceux qui l'exerçaient auparavant, mais est transmis aux organes de l'autogestion ouvrière.

Dans les entreprises à travail continu, on ne peut pas faire la grève passive ; cela ne signifie pas cependant que ces entreprises ne font pas grève. Les travailleurs y passent directement à la grève active. Les comités de grève contrôlent pleinement les services publics, c'est-à-dire les centrales électriques, thermiques, les compagnies du gaz, les acqueducs, les casernes de sapeurs-pomiers, etc. Le comité de grève régional peut décider d'exclure certaines entreprises de la grève active, c'est-à-dire d'arrêter leur production au vu de la né cessité d'organiser la production régionale suivant les réserves d'énergie et de matiè res premières disponibles. Toutefois, cela ne signifie pas que les entreprises exelues de la grève font une grève passive. Leurs travailleurs doivent participer à la grève active d'une autre manière : elles doivent entreprendre toutes sortes d'activités socialement utiles, rénover par exemple les machines et les installations, procéder à une révision complète l'entreprise, mettre en ordre les ateliers, commencer à d'action du syndicat en vue d'instaurer l'autogestion dans les entreprises. La tactique de la grève active, préconisée pour la première fois dans la plate-forme électorale de la tendance des

« indépendants » au congrès régional de Lodz, fait aujourd'hui partie de l'arsenal de Solidarité dans la région. La délégation de la région l'a défendue au Ier Congrès national de Solidarité.

travailler à une nouvelle organisation interne des entreprises, et sur les plans alternatifs dont il sera question plus loin, participer aux patrouilles de surveillance civique, si elles sont mobilisées, s'enrôler dans les équipes qui doivent aller aider les paysans individuels dans les travaux des

Dans une entreprise industrielle type, dont les travailleurs participent à la grève active, le fait que le comité de grève exerce le pouvoir et contrôle la production ne signifie pas qu'il doit diriger directement l'entreprise. C'est la tâche des spécialistes de l'organisation et de la gestion. Selon les cas, l'entreprise est dirigée effectivement soit par sa direction initiale, soit par un comité de gestion, organisé pour la durée de la grève et composé des cadres et des techniciens qui sont de bons spécialistes et jouissent en même temps de la confiance des travailleurs et du comité de

Afin d'assurer à l'entreprise un bon encadrement opérationnel, il est nécessaire, pendant les préparatifs à la grève actide décider préalablement des nominave, tions aux postes de responsables comme celui de directeur pour les affaires techniques, de technicien principal, de mécanicien principal, etc., ainsi qu'aux postes de chefs d'ateliers et de secteurs. Si l'on sait qu'une personne qui occupe un poste imserait incapable de remplir ses fonctions pendant la grève active ou si l'on suppose qu'elle pourrait saboter activement la production en temps de grève ou opposer une résistance passive, il faut pouvoir à tout moment la remplacer par quelqu'un d'autre.

DU COMITE DE GREVE

Le comité de grève doit disposer, au nom des travailleurs et au nom de l'intérêt social, du bien national confié à l'entreprise, et décider de toutes les affaires importantes concernant l'activité pendant la durée de la grève active. Aucune décision essentielle, prise soit par le directeur soit par la personne responsable, n'est valable si elle n'a pas été avalisée par le co-

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mité de grève. La direction ou le comité de gestion qui la remplace, exécute les décisions prises par le comité de grève et en est responsable uniquement devant lui et les travailleurs.

Le comité de grève doit, comme cela a lieu pendant la grève d'occupation passive, organiser une garde ouvrière, s'assurer la coopération des surveillants de l'entreprise ou les contrôler, protéger tout particulièrement les magasins d'armes qui se trouvent sur le terrain de l'entreprise afin d'empêcher leur destruction, garantir l'approvisionnement des cantines, ete. En outre, vu le caractère particulier de l'action entreprise, le comité de grève doit munir les magasiniers, les fournisseurs, les directeurs et les employés des transports ainsi que les chauffeurs, de cartes de grève spéciales de mobilisation.

La grève active doit nécessairement s'accompagner de la proclamation par les travailleurs d'une « déclaration d'indépendance de l'entreprise », qui consiste principalement à refuser d'obéir à l'Association industrielle, de se soumettre à ses injonctions, et cesser les versements imposés pour l'entretien de la Centrale des associations industrielles. Il s'agit donc de réaliser dans toutes les entreprises qui participent à la grève active, et pour lesquelles les Associations industrielles constituent des superstructures inutiles et parasitaires par rapport à la production, ce que les travailleurs du combinat ZBM « Bumar » ont décidé dans leur prociamation du 19 mars 1981. Il faut en même temps refuser d'entrer dans une quelconque Association industrielle imposée, moins que cela ne se révèle justifié socialement et économiquement.

En prenant leur indépendance rapport aux Associations industrielles, les entreprises ne risquent pas de manquer d'informations sur les entreprises coopérantes possibles, car celles-ci leur sont parfaitement connues. C'est pourquoi l'entreprise, connaissant ses coopérants, doit établir avec eux des relations horizontales. Toutefois, elle doit continuer à s'assurer les livraisons de la part de ses coopérants obligatoires jusqu'à ce qu'elle trouve des coopérants volontaires. Il convient d'analyser l'état actuel des relations de coopération et d'examiner les possibilités de rapprocher les entreprises coopérantes des entreprises de production finale, pour obtenir ainsi des économies substantielles en transport, combustible, etc. Sur l'initiative des travailleurs, les entreprises doivent s'entendre entre elles, signer des engagements pour briser ainsi les obstacles administratifs.

Toutes ces démarches doivent être entreprises dans le cadre des préparatifs à la grève active. Les travailleurs doivent également examiner les possibilités qui existent de mettre en valeur les moyens inexploités de l'entreprise, du fait du gaspillage des installations, des matières premières et des réserves, ou d'une organisation défectueuse. Les entreprises doivent également inciter les centres d'étude et de développement, leurs propres laboratoires et les cellules pour le progrès technique des entreprises, à effectuer dans de brefs délais des expertises sur les possibilités de suppléer aux importations. Il faut par exemple, dans tout le secteur du transport, faire connaître les résultats obtenus en économie de combustibles et en diminution de l'usure des véhicules, par la suppression expérimentale - sur proposition de Solidarité de Katowice — de la rétribution à la tâche des chauffeurs des entreprises de transport « Budostal ». (...) PREPARER LA GREVE ACTIVE

A L'AVANCE On doit commencer immédiatement à préparer les travailleurs à agir en cas de proclamation par Solidarité de la grève active, et ce non seulement parce qu'on ne peut prévoir à l'avance l'explosion d'une telle grève, mais aussi parce que plus on a de temps et mieux l'on peut s'y préparer. Il faut mener les préparatifs dans deux directions différentes : d'un côté assurer les conditions minimales nécessaires à la grède l'autre entreprendre des préparatifs à long terme, à l'échelle de quelques mois. Pour ces derniers, nous pensons surtout à l'analyse de la situation des entreprises et à la constitution de rapports sur leur situation présente. De tels préparatifs à la grève active, non seulement garantissent aux travailleurs conditions optimales pour une action de grève efficace, mais préparent en outre les entreprises à la réforme économiqe autogestionnaire, et offrent des perspectives d'élaboration d'un programme pour sortir l'entreprise de la crise. C'est ce qui fait leur immense intérêt. Ce n'est donc pas une activité qui porte ses fruits uniquement en cas de grève active, ses avantages sont réels qu'une telle grève ait lieu ou

Le rapport sur la situation de l'entreprise peut être élaboré par les travailleurs eux-mêmes partout où existe la possibilité de créer des équipes mixtes - dans le meilleur des cas deux, rivalisant entre elles - composées d'ouvriers et de cadres techniques. Les travailleurs peuvent également demander l'élaboration du rapport par la direction, pour le soumettre ensuite à la vérification des experts désignés par Solidarité ou par des instituts et associations de recherches. (...)

Best important que le rapport contienne, entre autres choses, des données sur le degré d'utilisation du potentiel productif, sur les facteurs de limitation de la production, comme par exemple le gaspillage, qu'il mette en évidence les goulots d'étranglement dûs au manque des matières premières, de pièces de rechange, d'éléments préfabriqués et d'énergie ; qu'il définisse ensuite les possibilités de suppléer aux insuffisances de facteurs de production, de matières premières et de matériaux, qu'il fasse apparaître les possibilités d'établir une coopération rationnelle avec les centres de production d'énergie et les de lancer une production de remplacement et de modifier son profil, méthodes plus économiques.

Le comité régional de grève de Solidarité a à jouer pendant toute la durée de la grève active un rôle extrêmement important, dépassant le cadre de la seule direction de la grève et de sa coordination. En plus de la responsabilité qui lui incombe dans chaque grève, il doit se charger d'un rôle tout à fait nouveau. Seul ou avec la commission régionale de coopération des conseils ouvriers, ou encore avec le comité constitutif du conseil régional de travailleurs - dans la mesure où un tel organe existe -, il doit notamment contrôler centralement l'activité économique de certains secteurs, peu nombreux mais extrêmement importants, comme par exemple l'approvisionnement de la base et en médicaments, la production des matières premières essentielles et de l'énergie, les transports ou encore la réalisation des accords clés de coopération avec l'étranger. Dans ce domaine également, à côté des préparatifs immédiats à la grève active, on doit entreprendre des préparatifs approfondis qui, à un moment donné, devraient permettre à Solidarité, avec le mouvement des conseils ouvriers, non seulement de prendre le contrôle de économique des secteurs déjà évoqués, mais d'aller beaucoup plus loin : établir sur ces secteurs, pour la durée de la grève active, un système central de gesdu moins à l'échelle régionale. A long terme, on peut y parvenir en établissant un bilan des besoins et des moyens de ces secteurs, en tenant ce bilan à jour et en créant un système indépendant d'information économique. (...)

LES TACHES DU COMITE REGIONAL DE GREVE Une autre tâche non moins importante de. la direction régionale doit être l'exploitation de toutes les ressources qui permettent d'assurer l'approvisionnement des villes par les campagnes à un niveau suffisant pour satisfaire les besoins de base de la population citadine. Il estpossible, en coopération avec le mouvement syndical indépendant des paysans individuels, d'en appeler à la solidarité entre les paysans et les ouvriers. Mais il existe également d'autres moyens, comme par exemple la mise en route ou l'augmentation de la production de produits industriels, ne fût-ce que d'équipements mécaniques, dont les paysans ressentent cruellement le besoin ; on peut aussi les aider aux travaux des champs en envoyant des brigades ouvrières à partir des entreprises dont la production est Dans le même sens, il faut empêcher, par l'institution d'un contrôle, la discrimination, dans les livraisons de fourrage, combustibles, d'engrais, dans l'aide apportée par les centres techniques, d'une ressource sociale importante pour la classe ouvrière, à savoir les ouvriers propriétaires de parcelles, les ouvriers-paysans et les paysans-ouvriers qui habitent à la campagne et vont travailler à la ville et qui sont des producteurs importants de denrées

Ce genre de mesures permettra à la ville de recevoir des livraisons plus importantes de nourriture pendant la grève. La

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« LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS DANS LES ENTREPRISES » pour un premier abonnement, qui n'est valable que pour les abonnements par distribution des denrées alimentaires ainsi que des produits destinés à la consommation et fabriqués dans les usines qui participent à la grève active, doit être étroitement contrôlée par les comités de grève, assistés de contrôleurs habilités par les comités de grève régionaux. Les entrepôts et les marchés de gros doivent être protégés par des gardes ouvrières ou civiques, quant aux centrales d'approvisionnement en matières premières déficitaires et autres produits, elles doivent effectuer leurs livraisons selon des normes de distribution fixées par les autorités de la grève. Il faut examiner les avantages qui peuvent exister à mettre sur pied un réseau de distribution directe de certains articles alimentaires afin d'approvisionner les travailleurs en grève, à instituer des « paniers populaires » pour les catégories les plus pauvres de la population qui nécessitent une protection particulière.

Toute décision des autorités de l'administration de l'Etat portant sur les problèmes socio-économiques et d'organisation, ou influant sur la situation générale de la région en grève active, doit recevoir l'aval de la direction régionale de la grève.

Il est possible que certaines instances de l'administration économique bloquent les livraisons de matières premières, de pièces de rechange, etc., à destination des

En plus de ces modifications institutionnelles du pouvoir au sein de l'entreprise, conformément aux principes démocratiques, une proposition doit réclamer la suppression des instances administratives inutiles et parasitaires, telles que les combinats, la plupart des Associations industrielles et les structures par branches de l'économie, les formes imposées de contrôle administratif de certaines entreprises sur d'autres, comme par exemple la coordination par branches. Il faut lutter pour le droit à l'association volontaire des entreprises dirigées par les conseils ouvriers.

Il faut forcer la bureaucratie à mettre fin aux semblants de changements structurels pour le compte de la réforme économique, comme par exemple la transformation des Associations industrielles en Unions industrielles, ou le découpage et le remodelage des ministères qui - après avoir détruit les puissantes coordinations de branches et donné l'impression de changement — ont pour seul but le maintien et le « perfectionnement » du mécanisme de gestion autoritaire. Il faut obtenir par tous les moyens que les entreprises

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entreprises industrielles et de tous les centres où elles pourraient s'approvisionner, afin de casser la grève active. Mais il faut aussi tenir compte du fait qu'à la menace de ce genre de sabotage de la production, les travailleurs des entreprises en tants et qui ne sont pas en grève. Ainsi, le sabotage de la production contrôlée par les comités de grève ne présentera aucun intérêt pour la bureaucratie centrale, et le recours à ce moyen semble peu probable.

La grève active doit se dérouler sous le mot d'ordre de : « Le pouvoir aux travailleurs dans les entreprises ! » Par cette grève, les travailleurs veulent avant tout se donner les moyens d'instaurer une véritable autogestion et de sortir les entreprises de la crise. Les propositions émises durant la grève active doivent donc porter avant tout sur le statut des organes d'autogestion ouvrière et sur l'indépendance des entreprises. Une de ces propositions doit revendiquer pour les conseils ouvriers le droit de choisir les directeurs par voie de concours ouvert et de les révoquer, et que soit reconnu le principe selon lequel la direction est l'organe exécutif du conseil ouvrier, responsable devant lui en tant que la plus haute autorité de l'entreprise. soient dotées d'un statut juridique qui empêche l'appareil bureaucratique des Associations industrielles de bloquer leurs transactions bancaires indépendantes, leur commerce d'importation et d'exportation

Parmi les propositions dont la réalisation assurerait aux travailleurs et à leurs organes représentatifs le droit de décider de l'activité de l'entreprise, doit nécessairement se trouver une proposition visant à garantir aux organes d'autogestion la possibilité de définir le profil de la production. Cette possibilité est nécessaire pour adapter la production aux besoins et favoriser - dans la mesure du possible -la concurrence entre les entreprises. Blle l'est surtout pour les entreprises qui, face à la crise, sont menacées de réduction du fermeture. Solidarité doit profiter de la grève active pour exiger qu'on accorde aux travailleurs de ces entreprises un délai d'environ six mois pour élaborer un plan alternatif, c'est-à-dire un programme de modification du profil de la production, en exploitant les matières premières nationales et le pare de machines existant. Les plans alternatifs, en organisant une nouvelle production sociale« INPRECOR » prolonge jusqu'au 15 décembre 1981 son offre spéciale

90 FF 150 FF Nos tarifs passeront à 200 FF à compter du ler janvier 1982, pour pallier ment utile, donnent les moyens aux organes d'autogestion ouvrière de sauver des entreprises, et au syndicat de lutter contre la menace du chômage.

Comme nous l'avons dit plus haut, à la fin de la grève active, le comité de grève de Solidarité ne peut remettre le pouvoir dans l'entreprise qu'aux organes d'autogestion ouvrière. C'est pourquoi il est né cessaire, pendant la grève, d'élire un comité constitutif de conseil ouvrier, ou un conseil ouvrier s'il n'en existe pas déjà un. En outre, pendant la grève active, on doit commencer les travaux sur une nouvelle organisation interne de l'entreprise, sur un projet de financement économique indépendant, sur les conseils ouvriers. Là où ce sera possible, les conseils ouvriers doivent, pendant le cours de la grève active et avec l'appui des comités de grève, élaborer des « contrats de travail », organiser par eux-mêmes, répartir et rémunérer le travail. La grève active doit non seulement fonder l'indépendance de l'entreprise mais encore aboutir à la suppression du régime despotique de travail.

Pendant la grève active, on doit élire - là où il n'existe pas encore - un comité régional constitutif de conseils ouvriers. En conséquence de la grève, ce comité, ou le comité régional de coopération entre les conseils ouvriers, devrait pouvoir jouer un rôle réel dans la politique économique régionale, notamment par le droit de vote de ses représentants aux assemblées des parlements régionaux et, grâce au droit de veto, il devrait contrôler l'orientation socio-économique des autorités locales.

CONCLUSION

Au cours des années 1944-1945, les travailleurs ont remis eux-mêmes en état les usines détruites par la guerre, ils ont élu de leur propre initiative des conseils ouvriers, des comités d'entreprises et d'usines. Au cours des années 1956-1957, les entreprises touchées par la crise ont été remises en marche par les travailleurs eux-mêmes avec l'aide des conseils ouvriers élus. Aujourd'hui, pour la troisième fois, nous assistons à la renaissance du mouvement d'autogestion des travailleurs en Pologne. L'équipe des spécialistes de Zycie i Nowoczenosc affirme : « Toute entreprise qui a des ouvriers hautement qualifiés peut être remise sur pieds en quelques mois, peut-être même en trois mois. Essayez de le faire ! » Nous devrions essayer car il n'y a pas d'autre issue et ce n'est certes pas la bureaucratie centrale qui nous sortira de la crise. Commençons donc par confier les principaux moyens de production à la société et à instituer des entreprises sociales, conformément à l'expérience historique de la classe ouvrière polonaise. Si Solidarité est obligé de recourir à l'arme ultime de la grève de masse, qu'il lance une grève active qui accélérera le processus de l'auto-organisation de la société en tant que propriétaire, et déblaiera le chemin pour sortir le pays de la crise.

Zbigniew M. KOW ALEWSKI Lodz, le 9 août 1981.

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