du Ier Congrès national de Solidarité
POLOGNE
Psion du te Cong la durée de de bat atla un quere den
ENDANT toute la durée des débats de la première ses-
- tiré à plusieurs milliers d'exemplaires à Gdansk, reproduit également à Varsovie et à Cracovie — a été mis à la disposition des délégués. Durant ces quelques jours, Glos Wolny (la
Voix libre) a montré ce que pouvait être ce journal, point de rencontre des aspirations de 10 millions de travailleurs et des débats de l'instance suprême du syndicat.
Gageons que cette brève expérience — ne serait-ce que par
L'EDITORIAL
DU PREMIER NUMERO
Les espoirs, que nous avions mis il y a un an dans la naissance de Solidarité, ont été ébranlés. Ce qui semblait en août
1980 le couronnement d'une grande lutte ouvrière, est apparu peu après comme seulement le début d'une voie longue et difficile.
Chaque point des accords signés à été remis en cause par les autorités, et pour sa réalisation il a fallu recourir à la grève.
(...) Le Congrès s'ouvre dans une situation dramatique, de désorganisation totale de l'économie et d'énormes tensions sociales. On avait l'impression que les autorités, confrontées à une société organisée, seraient amenées à satisfaire les aspira-
On pensait de celles-ci.
qu'en tions défendant les intérêts des travailleurs, le syndicat influerait sur le reglement de la crise économique.
Il est apparu cependant que l'activité du gouvernement ne laisse aucune chance à ce qu'une amélioration se produise, et que la réforme économique annoncée ne vient pas. Le syndicat a done dû changer radicalement sa stratégie. Il a soutenu le mouvement pour l'autogestion et appelé les travailleurs à travailler durant huit samedis libres. Mais si les gens sont prêts aujourd'hui à revenir sur des acquis obtenus de haute lutte il y a seulement six mois, ils ne le feront qu'à la condition de contrôler pleinement le produit de ce travail supplémentaire. (...)
Ce changement de stratégie n'a pas été accepté par le gouvernement. (...) Les tentatives pour imposer au syndicat une confrontation sur des terrains secondaires se multiplient, pour faire dévier Solidarité de la voie qu'il a choisi et détruire ses initiatives de réforme. C'est la preuve que, pour défendre gestion économique, du contrôle social et de l'information, les autorités ne reculeront pas devant le bloquage de la réforme économique et qu'elles sont prêtes à attiser les tensions.
Le Ier Congrès national devra trancher nombre de problèmes importants
La première session
à travers son quotidien
national de Solidarité. pour l'avenir de notre syndicat. (...) Mais, avant tout, les délégués décideront du programme et de la stratégie de Solidarité, ils décideront si le syndicat va continuer sur la voie ouverte par l'appel de la KKP du 12 août. De la réponse à cette question dépend non seulement l'avenir du syndicat, mais celui du pays.
Glos Wolny, numéro 1, du 4 septembre 1981, « Editorial ».
LE CONGRES VU PAR LES DELEGUES Nous publions les réponses des délégués à la question: quelles tâches le Congrès devrait-il réaliser pour satisfaire l'attente de la société ?
Karol Modzelewski, délégué de la Basse-Silésie : - Le Congrès a été une nouvelle occasion pour attaquer Solidarité à un niveau jamais atteint depuis août 1980. Il n'est pas exagéré d'affirmer cela : pour la première fois, les prises de position les plus autorisées citent l'état d'urgence comme moyen de réalisation de la politique d'entente... Je pense que cela va influer sur le déroulement du Congrès, qui sera obligé — à mon avis — de discuter de la situation que connaît actuellement le pays, dès sa première session.
Dans une autre situation, on aurait parlé des problèmes de procédure et de statuts. Mais si nos débats se déroulaient comme si rien n'était, la première sessior décevrait les espoirs de militants.
Avant tout, les membres de Solidarité, et avec eux toute la nation, attendent que les délégués proposent des perspecti-
C'est justement la possibilité qu'un tel programme soit présenté qui a déclenché la formidable attaque contre nous. Les gens sont prêts à supporter la crise s'ils voient clairement les moyens de sa solution. C'est cela qui est, à mon avis, le plus important.
opposition à la tristesse de la parole censurée et estropiée de la presse quotidienne officielle — laissera une fois sa parution interrompue une sensation désagréable de manque chez la plupart des délégués et ceux, privilégiés trop peu nombreux, qui ont pu se le procurer : et si la Voix libre continuait ?
Nous publions ci-dessous quelques extraits — qui n'en reflètent que partiellement la richesse — de ce premier quotidien
Jerzy Pilecki, délégué de la Basse-Silésie, président de la commission syndicale d'entreprise de la Coopérative des invalides de services spécialisés, membre de la
Commission nationale de coordination de
Solidarité des coopératives d'invalides :
- Avant tout, il faut élaborer un programme clair, compréhensible par tous. A part ça, le syndicat doit faire de l'ordre en son sein, il faut qu'il soit bien géré. C'est une énorme organisation, qui butte en fait sur des questions organisationnelles.
Il faut sauvegarder l'indépendance du syndicat, renforcer les organes de base — les commissions d'entreprises - car la force du syndicat repose sur elles. Elaborer un système de direction syndicale qui allie la démocratie et l'efficacité. C'est assez pour un seul congrès.
Krzysztof Nowak, délégué de la ré gion de Kielce, président de la commission d'entreprise de l'atelier de montage de la fabrique de camions FSC, membre de la direction régionale : — C'est une question difficile. A mon avis, l'essentiel c'est l'unité entre toutes les régions. L'unité est la chose la plus importante pour le syndicat. Nous devrions élaborer un programme qui permette la réalisation des revendications de Gdansk, non pas en faisant pression sur le gouvernement, mais
Les grèves ne d'une autre façon.
sont qu'une pression sur le coup. Il faut trouver un autre moyen pour que tout cela devienne réalité.
Glos Wolny, numéro 2, du 5 septembre
1981, « Notre sondage ».
LA POLITIQUE
INTERNATIONALE
DU SYNDICAT
Sans prendre le risque de se tromper, on peut dire que la politique internationale de notre syndicat en est encore au stanouer des liens avec les organisade de tions syndicales de par le monde. Cela a conduit la direction de Solidarité à inviter
les trois plus grandes centrales syndicales mondiales : CISL, FSM et CSM.
La première d'entre elles c'est la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), dont le siège est à Bruxelles. Elle est née à la suite de la scission de la Confédération unique des syndicats européens en 1949, quand les gouvernements des nouveaux Etats socialistes ont lancé la conception classiste des syndicats. La CISL organise le plus de syndicats nationaux : 97, dont 27 en Europe.
La deuxième par ordre d'importance est la Fédération syndicale mondiale (FSM) dont le siège est à Prague. Son activité remonte à la scission de 1949. Elle se compose avant tout des syndicats d'Europe de l'Est, des centrales du Tiers Monde et du syndicat français CGT, dont le profil communiste est net. En nombre de elle est la seconde, regroupant 57 confédérations, dont 12 en Europe. On l'appelle couramment la centrale de
La troisième par ordre d'importance est la Confédération syndicale mondiale (CSM), dont le siège, comme celui de la CISL, est à Bruxelles. De par son histoire, elle a été liée au syndicalisme chrétien mais, depuis 1968, elle a changé officiellement son caractère, ne mentionnant plus dans ses statuts le mouvement social chrétien. Elle insiste fortement sur son indépendance. Elle développe une grande activité dans les pays du Tiers Monde. 32 centrales en font partie, dont 9 en Euro-
Les deux centrales de Bruxelles ont accepté l'invitation au Congrès de Solidarité. La centrale de Prague n'a pas, quant à elle, répondu pour l'instant. Ajoutons que nombre de centrales nationales, faisant partie de l'une des deux centrales de Bruxelles, ont envoyé des délégations séparément. Voici la liste des autres organisations syndicales invitées au Congrès : TUC (Grande-Bretagne) ; OGB (Autriche) ; CSC, FGTB (Belgique), LO (Dane-
Norvège, Suède) ; CFDT, CGT, CGT-FO, CFTC (France) ; ICTU (Irlande) ; Sohyo (Japon) ; DGB (RFA) ; AFL-CIO (USA) ; UIL, CGIL, CISL (Italie) ; ATUU (Afrique). 1981, « Les syndicats étrangers au Congrès ».
UN DELEGUE
SUR LE RAPPORT D'ACTIVITE
Alexander Kanie, délégué de la région de Kielce, mandat numéro 139 : - Le rapport présenté par le camarade Celinski peut être tout au plus considéré comme une tentative de compte rendu de la situation du syndicat. Du point de vue de la politique « publique » de la Commission nationale de coordination (KKP), c'est une tentative réussie du point de vue descriptif. Mais, mis à part quelques détails, ce n'est pas une analyse. C'est là une car c'est ce qu'attendaient les délégués. Nous ne pouvons accepter que les mécanismes de fonctionnement de la KKP soient marqués du sceau du secret. (...)
Des symptômes bureaucratiques qui apparaissent ici et là témoignent de l'importance qu'il faut accorder au respect des principes de la vie syndicale. La politique de cadres dans certaines régions en fournit un exemple. Il arrive que des permanents employés sous contrat soient licenciés du jour au lendemain. On cesse de les payer, de leur fournir les tickets de rationnement, etc. Je n'ajouterai pas qu'il s'agit là d'un phénomène très inquiétant, doit être étudié avec sérieux. (...) Ne pas rendre transparents les mécanismes internes de fonctionnement des différentes instances syndicales met en danger la démocratie en son sein. Par démocratie, j'entends non seulement le respect formel de certaines procédures, mais avant tout une ambiance qui fait qu'on se sent digne et ne doit pas réapprendre chaque jour comment se conduire dans l'organisation, car celle-ci s'est préoccupée de déterminer la place de chacun. Malheureusement, le rapport ne fournit aucune indication, aucune mise en garde, aucun enseignement sur ce terrain. On ne peut en tirer aucune conclusion.
Il s'agit d'un rapport de façade et on peut avoir l'impression que ses auteurs ne prennent pas en considération les délégués. La question qui se pose est de savoir s'ils vont nous considérer et écouter notre voix quand ils seront dans la nouvelle di-
Glos Woiny, numéro 4, du 7 septembre 1981, « Un rapport de façade ».
LA RENCONTRE DES CHEFS
Cela a commencé par un communiqué lu à la tribune : les présidents des régions sont priés de se retrouver près du bus numéro 1 après la fin des travaux, à 18 h 15. Puis un second communiqué, informant que quatre présidents attendent déjà près du bus. Les autres sont priés de se presser. (...)
Le bus roule. La réunion a lieu dans la salle Mathématiques-Physique-Chimie de l'Université de Gdansk.
« Je propose de tenir des réunions rédes présidents des régions, l'organisateur, comme vous le voulez, une ou deux fois par jour ...
- C'est selon les besoins ... — Mais comment les déterminer ? - Mais à quoi cela sert-il ? S'il n'y a pas de problèmes dans les délégations, cela ne sert à rien !
- On n'est pas des caporaux pour maintenir l'ordre ! »
Après cet échange un peu cahotique, une proposition constructive : on se verra chaque jour à l'occasion du déjeuner. Pourquoi ? Pour tirer le bilan de la discussion et pour coordonner les initiatives en ce qui concerne les problèmes organisationnels. Actuellement, après la session d'hier, la question qui revient le plus sur le tapis est celle de limiter les points d'or-
« Seuls les responsables des délégations doivent pouvoir proposer les points d'ordre, propose quelqu'un, chaque point d'ordre doit être accepté par le chef de
— Mais c'est contraire à la démocra- C'est déjà passé, la proposition a été votée. Chaque président de région doit contresigner le point d'ordre. »
Une autre proposition sur cette question : tous les points d'ordre doivent être lus avant chaque interruption de séance, avec la justification du refus. Le Congrès aura donc à se prononcer...
Glos Wolny, numéro 4, du 7 septembre 1981, « La rencontre des chefs ».
TROISIEME JOUR DE DEBATS
Les débats ont commencé à 9 h 20. La majorité des délégués s'est prononcée pour qu'on commence la discussion sur les statuts. (...)
L. Kaczynski (Gdansk) considère que le syndicat a des buts de caractère national - la lutte pour la démocratisation de l'Etat - qu'on ne peut réaliser chacun pour soi, région par région. D'où la nécessité de la centralisation. L'attitude vis-à-vis de l'Etat et des branches et métiers devrait être définie centralement, et tout devrait etre decentralise. selon lui, la meilleure solution serait d'instituer un Conseil suprême du syndicat, en tant qu'instance stratégique élue par les régions. Cette solution présente un autre avantage : elle introduit une séparation entre le pouvoir exécutif et le législa-
W. Wesolowski (Lublin) explique que le syndicat a le choix entre trois voies : 1.- se limiter à des activités proprement syndicales ; 2.- à cause de la situation, collaborer avec tout le monde pour sortir le pays de la crise, sans poser de conditions ; 3.- prendre tout sous son contrôe. Il considère que seule la troisième voie est réaliste. Pour cela, la solution choisie doit faire coexister une direction centrale forte et un maximum de démocratie pour la base. Le pouvoir doit être dans les
J. Kropiwnicki (Lodz) exige que les statuts soient formulés de la manière suivante : 1.- le Congrès détermine le nombre d'élus de chaque région pour la KKP; 2.- les régions élisent leurs représentants selon cette règle et peuvent les révoquer à tout moment ; le présidium est élu par la
K. Modzelewski (Wroclaw) proteste au nom de la délégation de Basse-Silésie contre toute division des instances centrales. Une telle division ne permet pas de compétences lorsqu'il faut prendre des décisions à caractère national. La proposition de créer un Conseil suprême affaiblirait la direc-
Panneau d'affichage de Solidarité à Varsovie. (DR) tion du syndicat et mènerait à la constitution de « bastions privés » dans le syndicat. Se prononce tout à fait pour la proposition de Lodz. Il faut changer ce qui n'était pas au point jusque là : la non-représentativité de la KKP, tenant au fait qu'elle n'était pas élue à la proportionnelle. Et le manque de clarté en ce qui concerne la direction quotidienne, qui fait que les décisions - pendant les moments de tension - sont prises de manière non statutaire. Il pense que le présidium doit être élu par la KKP, car autrement il serait inamovible.
S. Jaworski (Varsovie, vice-président de la KKP) : toutes les instances nationales devraient être élues par le Congrès. Il pense qu'il faut rendre possible dans les statuts la création d'instances intermédiaires entre l'usine et la région. (...)
L. Walesa considère qu'il faut un système organisationnel qui permette d'agir efficacement. Le présidium et le secrétariat de la KKP n'ont pas fonctionné correctement. Il considère que la KKP devrait compter au plus I personnes, élues à la proportionnelle, le présidium de 15 à 20 personnes et être composé des présidents de grandes régions, qui ne doivent pas être tout le temps à Gdansk, mais doivent contresigner les décisions. A part cela, il faut un groupe de travail de 7 à 10 personnes, présentes tout le temps à Gdansk et choisies par le président. On va a la bataille, et dans cette bataille il faudra des généraux de divisions et de régions, conclut-il...
Glos Wolny, numéro 5, du 8 septembre 1981, « Le troisième jour de débats ».
QUESTION AU DIRIGEANT
PAYSAN Un journaliste : - Comment voyez-
-DOKAD? vous la résolution des contradictions entre les ouvriers et les paysans ?
Jan KULAJ: — Dans un pays normal, cela se passe de la façon suivante : les paysans discutent avec le gouvernement pour savoir à combien ils doivent vendre leurs produits et les ouvriers discutent avec le gouvernement pour savoir combien ils doivent gagner pour pouvoir acheter ces produits. Par contre, chez nous, on fait le contraire : on essaie de faire en sorte que ça soit les ouvriers qui décident à quel prix on doit arracher les produits aux paysans. Moi je pense qu'il s'agit là de manœuvres en vue de diviser les ouvriers et les paysans. Mais, malgré ses tentatives répétées, le pouvoir n'a pas encore été capable d'enfoncer un coin entre les ouvriers et les paysans. Je pense qu'il faut que les paysans discutent d'abord avec les ouvriers et que les ouvriers commencent par discuter avec les paysans, et seulement après ils peuvent discuter chacun avec le gouvernement. Ensemble ce serait encore mieux...
Glos Wolny, numéro 6, du 9 septembre 1981, « Jan Kulaj sur les ouvriers et les pay- 1981.
PENDANT LE CONGRES, LA LUTTE CONTINUE Chaque jour, une ou deux colonnes intitulées « Nouvelles du jour » publient ce qu'il n'est pas possible de lire dans la presse officielle censurée. Nous citons quelques-unes de ces nouvelles.
Le comité régional de défense des prisonniers d'opinion de Bielsko Biala note dans une résolution que la répression à l'encontre des militants des comités d'entreprise et du comité régional s'est accrue dans la région. Il s'agit avant tout
Maralon
PPIEN 80 15.8.1981 des tracasseries de la police politique. Les militants sont arrachés à leur travail et, pendant ce temps, on procède à des fouilles dans leurs casiers. Durant les interrogatoires, diverses formes de pressions psychologiques et morales sont utilisées, on profère des menaces à l'encontre des familles des militants. Le comité proteste (...) et en appelle au Congrès.
Glos Wolny, numéro 1, du 4 septembre 1981.
A l'initiative des parents et tuteurs a été organisé à Lodz le « Club des enfants 1980 ». Son programme d'action comprend notamment : l'abolition des entraves à la production des biens destinés aux enfants (habillement, nourriture pour bébés, jouets), la garantie de l'approvisionnement dans un certain nombre de magasins choisis pour la vente des produits rationnés pour enfants, le réglement du problème des places dans les crèches et les écoles maternelles.
Glos Wolny, numéro 2, du 5 septembre Dans le service d'acheminement de la poste de Katowice, le 3 septembre 1981, on a trouvé 15 000 paquets, venant tant de l'étranger comme de Pologne, dont une majorité de paquets contenant de la nourriture. Plusieurs centaines d'entre eux sont abîmés. La direction n'a pas tenté de résoudre ce problème. Elle a même tenté de saboter les initiatives de Solidarité de l'entreprise allant dans ce sens. J. Samsonowicz, de la direction régionale, a envoyé le 8 septembre 1981 un télex concernant cette affaire au vice-Premier ministre Obodowski, chargé de l'état-major anti-crise...
Glos Wolny, numéro 7, du 10 septembre