LATIN AMERICA WEEKLY REPORT
L'essor récent des activités de la guérilla n'a pas encore atteint la dimension d'une nouvelle offensive généralisée, mais les combats ont atteint un niveau suffisant pour convaincre l'administration Reagan d'augmenter ses livraisons d'armes au gouvernement de Napoleon Duarte.
dirigeants de la guérilla s'expriment peu publiquement. Mais le haut commandement du FMLN a trouvé une solution à certaines divisions internes et il a fait un gros effort pour consolider ses positions et convaincre le monde extérieur de sa force. Les autorités françaises et mexicaines au moins, ont été promptes à répon-
Le FMLN est déterminé à contester le point de vue officiel selon lequel la guerre ne serait qu'une série d'actions terroristes isolées dans les régions reculées du nord du pays. Les guérilleros insistent sur le fait qu'ils ont continuellement étendu leur contrôle dans les régions du Nord et de l'Est depuis l'offensive de janvier leur puissance de feu inférieure les a empêchés de mener une guerre de position, mais leurs capacités de manœuvre, d'organisation et leur connaissance du terrain supérieures leur ont permis de résister à la série d'opérations d'anéantissement menées par l'armée contre leurs bastions de Guazapa, Suchitoto, Chalatenango, San Vicente et Morazan.
DESSERRER L'ETAU
Dans le même temps, la guérilla a été capable de desserrer l'étau de l'armée sur des centres urbains comme San Salvador, Santa Ana et San Miguel. Les forces de sécurité n'ont obtenu que des succès limités dans leur tentative de briser l'organisation extrêmement efficace qui fonde la capacité de la guérilla à frapper les objectifs stratégiques et économiques au cœur de ces villes. Au cours de ces dernières semaines, il y a eu de nombreuses actions de ce genre, avec l'attaque au mortier et au bazooka, deux semaines de suite, des casernes de San Miguel, avec l'attentat à la bombe contre la caserne centrale de la police à San Salvador le 12 août. Les organisations de guérilla ont déclaré avoir tué 11 policiers à cette occasion.
La capitale a été privée d'électricité le 17 août après que la guérilla ait fait sauter les pylones électriques à Soyapango, Santa Tecla et ailleurs. Plus de cent pylones ont été détruits au cours des dernières semaines, y compris ceux qui relient les deux principaux barrages hydro-
- ceux de Cerron Grande et de Presa — au réseau national, le 5 novembre. Plusieurs des lignes d'alimentation en autres centrales électriques de la zone occidentale (le barrage d'El Guajoyo, la centrale géothermique de Ahuachapan et la centrale thermique d'Acajutla) ont également été sabotées. Des villes comme La Union, Gotera, San Miguel et Usulutan sont sans électricité pour de longues périodes. A San Miguel, l'eau se fait rare également.
L'industrie, qui doit subir les conséquences de la raréfaction des crédits, souffre fortement des coupures de courant et des autres actions de sabotage. Le réseau des transports en particulier a subi d'importantes perturbations. Dix ponts routiers stratégiques ont été détruits et cinq des dix locomotives dont dispose le
Le degré de coordination mis en évidence lors de la dernière vague d'actions de la guérilla semble montrer que les cinq organisations qui ont formé sont parvenues à résoudre certaines divergences qui avaient surgi au moment de l'offensive de janvier 1981. D'un côté, les difficultés rencontrées par la Direction révolutionnaire unifiée (DRU) sont amplifiées par le fait que les deux principaux groupes armés ont le noyau de leurs forces dans des zones différentes. L'ERP (Armée révolutionnaire du peuple) est implantée au Morazan tandis que les FPL (Forces populaires de libération Farabundo Marti) sont concentrées au Chalatenango. Mais il faut aussi tenir compte des divergences d'ordre stratégique. Les FPL, qui représentent peut-être 50 % du total des forces du FMLN et qui exercent l'influence la plus importante parmi les paysans sans terre, insistent sur leur stratégie de guerre populaire prolongée. Elles expliquent que l'offensive de janvier est toujours en cours et progresse. Les quatre autres organisations, l'ERP, le Parti communiste salvadorien (PCS), la Résistance nationale (FARN) et le Parti révolutionnaire des travailleurs centro-américain (PRTC) sont certes convaincues du caractère prolongé de la guerre, mais mettent l'accent sur de nouvelles initiatives pour soutenir le moral et accroître le soutien de la po-
Les traits généraux des derniers événements, qui ont vu coïncider une campagne de sabotage à large échelle avec le déclenchement de violents combats au Morazan, semblent signifier que les diverses tendances du Front sont tombées d'accord sur une ligne de compromis qui est destinée également à renforcer les efforts diplomatiques internationaux de l'opposition de gauche salvadorienne.
LES DERNIERES ACTIONS DE LA GUERILLA Selon la radio de l'ERP, Radio Venceremos, qui est désormais le porte-parole de tout le FMLN, les combats ont été particulièrement durs autour de Perquin, une ville fortement peuplée qui a été occupée par la guérilla le 12 août et a ensuite subi des bombardements aériens des forces gouvernementales. D'autres villes de cette zone ont également été prises par les forces de la guérilla qui affirment avoir capturé 24 membres de la Garde nationale. Elles proposent de les remettre à la Croix Rouge internationale (CICR) qui se voit toujours refuser le droit d'entrer dans cet-
Les guérilleros ont également affirmé avoir remporté des succès à Guazapa où,
200 membres de l'unité gouvernementale anti-guérilla d'élite « Atlacatl » auraient péri au cours des récents combats. Cependant, ils signalent d'importantes pertes ont été infligées à la population civile par les forces de sécurité. 46 civils, pour la plupart des enfants, sont morts des suites d'une attaque aux gaz, menée par l'armée sur les flanes du volcan Guazapa.
Mais les principales batailles se déroulent au Morazan. Selon les guérilleros, des conseillers militaires américains et des troupes honduriennes sont désormais directement engagés dans les combats qui se déroulent dans cette zone. Les observateurs sur place pensent qu'il s'agit-là des effets de la détermination de la Junte à empêcher le FMLN d'établir une zone définitivement libérée dans cette région qui pourrait lui servir de base pour la formation d'un gouvernement provisoire.
Le message a également été compris par les alliés de la Junte. L'administration Reagan a brutalement annoncé la semaine dernière qu'elle avait envoyé deux nouveaux hélicoptères de combat au Salvador et que deux autres, servis par une nouvelle équipe de conseillers militaires américains, seraient bientôt acheminés.
LATIN AMERICA WEEKLY REPORT
4 septembre 1981.