Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SALVADOR

Une dictature toujours en crise

· Inprecor n° 110, 12 octobre 1981 · p. 25 · 861 mots

El Salvador États-Unis

Devoir eon, saint tel pres de 36000 morteleph de Sa IX mille morts depuis janvier 1981, dont deux mille pour

Salvador, au total près de 36 000 morts depuis moins de deux ans, 700 000 Salvadoriens — soit 14 % de la population -contraints à l'exil, tel est en quelques chiffres une partie du bilan de la dictature soutenue à bout de bras par l'impérialisme américain.

Toutefois, malgré une répression aveugle qui s'alimente des 144 millions de dollars d'aide américaine pour la seule année 1981 et qui s'appuie sur déjà près de 300 conseillers américains, la Junte militaire et démocrate-chrétienne ne parvient pas à atteindre son objectif : écraser les forces de guérilla du FMLN et, partant, tout le mouvement ouvrier organisé, comme ce fut le cas lors du massacre perpétré en 1936.

Bien plus, et comme l'illustrent les deux articles extraits de la revue Latin America Weekly Report éditée à Londres que nous publions ci-après, les initiatives militaires du FMLN gagnent en audace alors même que, du fait de l'aggravation de la situation économique et sociale, s'accentuent toujours plus les divisions interes de la Junte, entre les démocrates-chrétiens, les militaires et le secteur privé.

Le 15 septembre dernier, par exemple, des centaines de guérilleros s'emparaient pendant quelques heures de la ville de San Ignacio située à l'extrême nord de la frontière avec le Honduras. L'activité de la guérilla dans cette région frontalière inquiète d'ailleurs tellement Washington que le gouvernement américain a décidé d'envoyer des « bérêts verts » au Honduras pour y empêcher l'organisation de réseaux d'aide à la révolution salvadorienne et renforcer l'armée hondurienne dans sa tâche de contrôle de la frontière, en collaboration avec les forces répressives salvadoriennes.

Ne parvenant pas à emporter la décision sur le terrain militaire et se retrouvant un peu plus isolée sur le plan interational - surtout après l'initiative diplomatique franco-mexicaine du 28 août reconnaissant le FMLN et le FDR —, la dictature se tourne une nouvelle fois vers son protecteur américain. Ainsi, Napoleon Duarte, le président démocrate-chrétien de la Junte salvadorienne, se trouvait-il aux Etats-Unis le 19 septembre pour demander à Ronald Reagan une aide supplémentaire de 300 millions de dollars pour acquérir notamment de nouveaux équipements antiguérilla.

Mais Napoleon Duarte avait sans doute d'autres sujets de préoccupation dont il voulait entretenir Ronald Reagan. En effet, d'après un haut fonctionnaire de la Maison Blanche, le président de la Junte aurait confié au vice-président américain, Georges Busch, qu'il avait destitué récemment 600 membres de la garde nationale salvadorienne et fait arrêter 64 d'entre eux dont une vingtaine d'officiers (cf. le Monde du 24 septembre 1981). Ce qui pourrait très bien correspondre aux récentes manœuvres, perceptibles au Salvador, pour évincer du pouvoir les dirigeants démocrates-chrétiens et les remplacer par des militaires.

El Salvador Libre, bulletin du FMLN-FDR publié a Paris, révèle dans son numéro du 11 septembre dernier, que « ces dernières semaines, une violente polémique a éclaté au grand jour entre une partie du secteur privé regroupée dans "' "Alliance productive" et les dirigeants démocrates-chrétiens ». Lors d'un « symposium » où elle a présenté un panorama catastrophique, mais assez réaliste, de la situation économique, l'« Alliance productive » a ouvertement attaqué la politique menée par les démocrates-chrétiens. Des délégations patronales se seraient même rendues à Washington pour essayer de convaincre Ronald Reagan de remplacer Napoleon Duarte par un militaire à la tête de la Junte.

Dans ce contexte de répression aveugle, d'échec militaire de la Junte et de divergences accrues avec le secteur privé, le caractère purement démagogique et manœuvrier de la perspective d'élections présidentielles pour 1983, avancée par Napoleon Duarte et des représentants de l'administration américaine, ne peut pas tromper grand monde. Seuls des groupes prétendant se présenter, face au patronat et à l'impérialisme, comme des solutions de rechange à la Démocratie chrétienne peuvent être intéressés à un tel processus. C'est peut-être le cas de la formation politique dénommée Mobilisation démocratique salvadorienne (MDS) des avocats Rene Fortin Magana et Nelson Segovia, qui semble vouloir négocier sa participation à la mascarade électorale. Quant au Parti de la conciliation nationale (PCN) d'extrême droite, qui participe à la fronde du secteur privé contre Napoleon Duarte, il semble mettre beaucoup plus d'espoir dans ces manœuvres que dans des élections pour parvenir à ses fins. Il faudra donc plus que le souhait des dirigeants américains de « faciliter des contacts et des discussions sur la tenue d'élections avec les partis légalement reconnus », encore réaffirmé le 22 septembre par le porte-parole de la Maison Blanche, pour donner une quelconque crédibilité à

Car, comme l'ont réaffirmé avec force les dirigeants du FMLN et du FDR, on peut se demander ce que peuvent bien signifier des élections sous une dictature aussi sanguinaire, qui maintient l'état de siège, le couvre-feu, des centaines de prisonniers politiques en otages et organise en sous-main, avec ses escadrons de la mort, le massacre du peuple salvadorien au nom de « la paix des 100 000 morts »...

V.K.

FMLN

FDR

EL SALVADOR UBRE A TODOS LOS ORGANISMOS DE SOLIDARIDAD CON EL PUEBLO SALVADOREÑO EN EL MUNDO. Ire Rencontre de Solidarité avec le Salvador, Mexico, 4 août 1981. (DR)

Une erreur sur cette page ?