Rapport présenté à la Conférence de Lublin
POLOGNE H s'approfondit en Pologne une réflexion sur les conditions N même temps que les conseils ouvriers, se développe et
/ de travail, la place des travailleurs dans la société, sur ce qu'est et ce que devrait être le travail dans une société libérée des bureaucrates.
Nous présentons ci-dessous des extraits du rapport d'un journaliste de l'hebdomadaire syndical Jednose (Unité) de
Conseils ouvriers de 1956, commissions ouvrières issues du comité de grève de 1971 du chantier A. Warski de Szczecin, Charte des droits du travailleur de 1977, comités de grève inter-entreprises de 1980, transformés ultérieurement en MKZ (comités inter-entreprises régionaux) : à y regarder de plus près, on s'aperçoit que tous ces événements de l'histoire contemporaine de la Pologne ont un point en commun, celui d'une action ouvrière organisée, qui, en août 1980, a vu se regrouper autour d'elle toutes les forces sociales progressistes. Les événements de juin 1956, de 1976 et de décembre 1970 ont mis en évidence un mouvement spontané de protestation ouvrière contre la politique du pouvoir. (...)
Agissant le plus souvent au détriment des travailleurs, l'appareil de l'Etat a en effet toujours poursuivi la satisfaction de ses propres intérets de classe, tant sur le plan politique qu'économique. Misant de façon privilégiée sur le développement et la concentration des industries, il a renforcé et hypertrophié le secteur économique d'Etat - se conduisant comme s'il s'agissait de sa propriété privée. En mettant sur pieds des instances économiques toujours plus centralisées, il est intervenu dans un domaine où il pouvait disposer d'un pouvoir quasi absolu, s'assurant de nombreux privilèges et profits ainsi que des droits particuliers. Cela lui était d'autant plus facile qu'il disposait à lui seul de deux instruments importants : le droit de nommer les directeurs et le prétendu Plan central. (...)
En effet, il apparaît que ce n'est pas la classe ouvrière qui décide de la planification mais bien les autorités. La socialisation du travail demeure en fait inexistante puisque ceux qui établissent le Plan central agissent non pas au nom des intérêts de la société, mais au nom de leurs propres intérêts, privés et égoïstes. Il est intéressant de noter à ce propos qu'il n'y a jamais eu, et qu'il n'y a toujours pas en Pologne, de planification sociale et centralisée au sens strict. Aussi, à mon avis, les critiques contre l'économie planifiée ou contre le principe de la planification centralisée sont-elles dépourvues de fondement, même si elles sont compréhensibles.
La structure actuelle de l'économie donne en effet l'impression d'être planifiée, ce dont le pouvoir lui-même veut nous persuader à tout prix en soulignant dans ses déclarations le caractère social de la planification centralisée. Il est facile, à partir de là, d'avoir l'illusion que tout le mal vient du principe de la planification
Ce problème est d'autant plus important que la planification sociale centralisée constitue - en liaison avec la gestion sociale des moyens de production, c'est-à-dire d'authentiques conseils ouvriers — la seule alternative raisonnable à l'économie capitaliste régie par la loi de l'accumulation du capital et donc par la réalisation du profit à tout prix. Or, l'essence du système économico-politique de notre pays trouve sa pleine expression dans une économie non planifiée, centralisée à l'extreme (par l'appareil du parti), nationalisée mais non socialisée. Ce modele économi après la Deuxième guerre mondiale, représentait un véritable paradis pour le pouvoir. Il serait demeuré infiniment en l'état sans les forces sociales qu'il a lui-même suscitées (pour sa perte) et qu'il force sans cesse par son attitude provocante à l'affronter dans l'unité. (...)
Il ne fait aucun doute que ce mouvement émane de la classe ouvrière dans son ensemble. En tant que tel, il constitue dans les conditions actuelles un puissant front de solidarité de tous les travailleurs qui se radicalisent progressivement. Ces derniers, en tant que propriétaires des richesses du pays, s'efforcent de mettre en place, face au système économico-politique dominant, leur propre ordre économique, législatif et politique, sur des bases véritablement socialistes. Le nouvel ordre social sera assurément la continuation d'une voie non capitaliste de développement de notre pays, même si par ailleurs il rompt d'une manière radicale - et en même temps pacifique — avec le modèle en place. Car celui-ci a privé les classes laborieuses de leurs droits pourtant garantis par la Constitution où il est stipulé que le pouvoir appartient aux travailleurs des villes et des campagnes. Il est done évident
Szczecin à la première conférence nationale sur les conditions de travail, tenue à Lublin les 13 et 14 septembre derniers. Ce texte est significatif de l'évolution des débats au sein du mouvement ouvrier polonais, même s'il ne peut être considéré comme une position officielle du mouvement. que le programme du mouvement pour la socialisation du travail implique l'appropriation collective :
1.- des moyens de production ; 2.- de la gestion de l'économie nationale, y compris de la planification économique à l'échelle du pays ;
3.- des structures et des organismes de l'appareil d'Etat. (...)
Le pouvoir actuel est incapable de proposer au peuple polonais un modèle clair et cohérent de système économico-politique qui ne soit soumis ni aux lois implacables de l'économie capitaliste ni aux formes d'exploitation du travail humain inhérentes au système en vigueur chez nous. Attendre que ce pouvoir élabore un tel modèle, c'est croire aux miracles ! C'est pourquoi le mouvement pour la socialisation du travail est confronté au
- ou bien il crée son propre modèle économique et social, centralement planifié et dirigé collectivement sur la base d'un système d'autogestion ;
— ou bien il sera condamné à participer éternellement à un modèle économique imposé par en haut et ne reposant ni sur la planification ni sur la socialisation, à un modèle non sociaEn ce qui concerne l'appropriation collective des moyens de production, il faut souligner que tout changement struc turel authentique de l'ensemble des rapports sociaux dépend avant tout de l'introduction de l'autogestion dans la sphère de la production. On ne bâtit pas une maison en commençant par le grenier mais par les fondations. De même, on ne modifie pas les rapports sociaux en commençant par le haut - la Diète ou les parlements régionaux - mais en commençant par le bas, à savoir les rapports de production, la création des conseils oudes organes d'autogestion. sont les rapports économiques → et non les seuls rapports politiques - qui constituent le fondement réel sur lequel on peut construire un nouvel ordre social.
travailleurs ainsi que des comités constitutifs pour l'autogestion de 30 entreprises de la ville de Lodz et de certaines localités de la région, réunis en assemblée à l'initiative du « Groupe de travail pour les initiatives de coopération inter-régionale entre les conseils ouvriers », ont mis en place le Comité constitutif de ouvrière, de plus en plus nombreux dans les entreprises d'Etat ; il est également destiné à encourager leur entente et une attitude de solidarité réciproque, ainsi qu'à susciter une unité d'action librement consentie entre ces organes et les travailleurs qu'ils représentent. Il a également pour but de créer une représentation commune du mouvement d'autogestion des travailleurs de la voïvodie (département) et de la région. Le Comité est un organe consultatif et représente en même temps les conseils ouvriers ainsi que les comités constitutifs pour l'auto-
Pour sa part, Solidarité est une des formes historiques - déjà considérablement développée - du mouvement pour la socialisation du travail. L'une des activités de Solidarité depuis sa naissance a été de prendre l'initiative d'appeler à la constitution de conseils ouvriers et de se battre pour obtenir - ce qui n'était pas difficile à ce moment-là - des mesures juridiques favorables au monde du travail et donnant force de loi aux aspirations des travailleurs.
Cependant, il faut reconnaître que l'examen rétrospectif des activités du syndicat démontre avec acuité qu'à partir d'août 1980, Solidarité, jour après jour, a perdu son temps en escarmouches souvent futiles pour une place au grenier alors qu'il avait accès à la cave - c'est-à-dire aux fondations -, au rez-de-chaussée et peut-être même au premier étage... Il faut se rendre compte que le concours de circonstances favorables, tant sur le plan intérieur que sur le plan international, qui a duré jusqu'en août 1981,pourrait ne pas se prolonger très longtemps. Les erreurs dans la pratique découlent de la faiblesse de conception en matière de programme syndical, ce que révèlent clairement les débats de Solidarité sur la réforme économique.
Dans de nombreux projets, discussions et programmes syndicaux, les conseillers et les experts attribuent une puissance quasi magique à la notion par tract dans les entreprises.
d'indépendance des entreprises. Certes, il s'agit-là d'une idée juste et fondée, mais ils ne perçoivent pas la nécessité de créer
- à l'échelle des régions et de tout le pays — des rapports non institutionnalisés entre les conseils ouvriers.
A ma connaissance, seul le « Groupe de Lublin » (Groupe de travail pour les initiatives de coopération inter-régionale entre les conseils ouvriers) possède une vi-
A Lodz et dans plusieurs autres régions, une coordination vriers s'est mise en place. Nous publions ci-dessous son premier
A TOUTES LES INSTANCES DU MOUVEMENT POUR L'AUTOGESTION
DANS LES ENTREPRISES!
Aujourd'hui 1er septembre, les représentants des conseils d'ouvriers et de coopération des conseils ouvriers de la région de Lodz.
Le Comité a pour objectif d'aider et de soutenir les organes d'autogestion gestion dans les entreprise qui demandent à en faire partie.
du COMITE CONSTITUTIF DE COOPERATION
DES CONSEILS OUVRIERS de la région de Lodz
CZEONTER
Le local de Solidarité à Lodz. (DR)
sion claire de ce problème. Une telle coordination jetterait les bases d'une coopération sociale authentique entre les entreprises et constituerait le premier pas vers une véritable planification sociale centralisée.
Michal KAWECKI
Lublin, 13 septembre 1981.
des conseils ouappel, distribué
Présidium provisoire
Lodz, ler septembre 1981.