Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Discours de « Lula » à la Convention de légalisation du PT

· Inprecor n° 111, 26 octobre 1981 · p. 30-33 · 3 443 mots

Brésil Syndicalisme Femmes

Luis Inacio DA SILVA, « LULA » été pleinement viable. Il vaut la peine de

Camarades, Quand nous nous sommes lancés, en juin Au nom de la Commission exécutive de cette année, dans la formation de nos nationale (CEN) du Parti des travailleurs commissions municipales, les sceptiques (PT), je veux vous exprimer la grande joie nous disaient : que nous éprouvons devant la tenue de pas ! » Nous avons réussi à en constituer notre Ire Convention nationale (...) . 627 dans tout le pays. Quand nous avons

Ce qu'a prouvé la tenue de cette entrepris, au début de cette année, la Convention nationale à tous les réticents, campagne d'affiliation, aux peureux et aux défaitistes, c'est que nous disaient : « Le PT n'est pas viable ! » le Parti des travailleurs est, et a toujours Nous avons réussi et nous sommes aujourd'hui près de 300 000 dans tout le pays. Aujourd'hui, au moment où nous quelques faits, camarades.

tenons notre première Convention, il y en a encore qui doutent du prochain pas. Il y en a qui pensent que le PT n'atteindra pas

« Le PT ne réussira les 5 % requis par la loi aux élections de

1982 ; que le PT n'atteindra pas les 3% dans neuf Etats.

Nous autres, militants du PT, nous sommes certains que les élections ne seles dénigreurs ront pas un problème, car nous sommes déjà un parti de masse. Le grand défi que

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« NOUS VOULONS QUE LES TRAVAILLEURS SOIENT MAITRES nous avons devant nous, c'est de ne pas nous égarer comme ceux qui prétendent parler au nom de la classe travailleuse sans même écouter ce qu'elle a à dire.

Le Parti des travailleurs est une innovation historique dans ce pays. C'est aussi une innovation dans la vie politique et dans l'histoire de la gauche brésilienne. C'est un parti qui est né de la poussée des

Notre parti est né comme expression politique de la lutte syndicale. La majorité de nos dirigeants demeure dans le mouvement syndical, et c'est là qu'il puise ses énergies et la représentativité de son activité politique. Pourtant, et dès nos premiers pas, le PT n'a jamais confondu la politique de parti et le syndicalisme, et il n'a jamais admis que l'on fasse du mouvement syndical une courroie de transmission du parti. Nous défendons toujours l'autonomie du syndicalisme face aux partis politiques (...).

On nous accuse d'avoir abandonné le syndicalisme pour faire (...). Camarades, dans notre pays, le syndicat contrôlé par le gouvernement n'est pas suttisant pour transformer la société. Le syndicat est l'outil adéquat pour amé liorer les rapports entre le capital et le travail, mais nous ne nous contentons pas de cela. Nous ne voulons pas seulement améliorer la situation du travailleur exploité par le capitaliste. Nous voulons transformer la relation entre le capital et le travail. Nous voulons que les travailleurs soient maîtres des moyens de production et du produit de leur travail. Et cela ne peut s'obtenir que par la lutte politique.

parti est l'outil qui nous permettra d'agir et de transformer le pouvoir dans ce pays. Dans notre lutte, l'activité de parti doit compléter l'activité syndicale, sans que l'une puisse exclure l'autre ou s'y substituer. POUR LA CENTRALE UNIQUE

DES TRAVAILLEURS Pendant toutes ces années au cours desquelles a surgi le Parti des travailleurs, nous ne nous sommes jamais écartés du syndicalisme. Et aucune suspension de mandat, aucun emprisonnement, aucune condamnation ne nous écarteront de la lutte syndicale. Il y a certains camarades qui disent que, en tant que dirigeants du PT, nous ne devrions plus « perdre tant de temps à aller à la porte des usines ». Nous voulons qu'une chose soit claire : le jour où les dirigeants du PT n'iront plus à la porte des usines, ou sur les lieux de travail, ou là où on lutte pour la terre, il vaudra mieux dissoudre le PT. Nous ne sommes pas un parti d'antichambre, ce salles avec moquette, de tractations feu-

Aujourd'hui, le mouvement syndical est en train de vivre un moment très important : celui de la création de la Centrale unique des travailleurs. Nous sommes membres de sa commission exécutive prémouvements de masse, qui est né des grèves et des luttes populaires dans tout le Brésil. C'est un parti qui est né de la conscience que les travailleurs ont acquise après avoir servi pendant des décennies de masse de manœuvre aux politiciens de la bourgeoisie, et après avoir écouté les balivernes des prétendus partis d'avant-garde de la classe ouvrière (...). DES MOYENS DE PRODUCTION ET DE LEUR TRAVAIL...» paratoire. Alors que nous luttons pour la construction de la Centrale unique, certains nous accusent de défendre le pluralisme syndical. Ce que nous défendons, camarades, c'est avant tout la liberté, pour les diverses tendances existant parmi les travailleurs, de se faire représenter dans le mouvement syndical. Mais cela ne signifie pas, et ne peut signifier, un syndicat parallèle ou une centrale syndicale pour chaque courant. La liberté et la représentativité que nous voulons pour le syndicalisme brésilien ne permettent pas qu'une tendance s'attribue en exclusivité le drapeau de l'unité, dont nous devons tous être de fidèles serviteurs, sous peine d'hérésie ou d'excommunication politique. Ce n'est pas en alliance avec les jaunes que nous ferons l'unité du mouvement syndical, mais dans la lutte, dans les campagnes, dans les grèves. Qui ne va pas à la lutte n'a pas le droit de parler au nom de l'unité, puisqu'il fait le jeu des patrons qui est de domestiquer et de diviser le syndicalisme brésilien. Et qui peut nous aceuser de ne pas lutter avec la classe ou-

LA BATAILLE POUR UNE REFORME AGRAIRE Le Brésil est certainement l'un des rares pays de ce continent à n'avoir jamais connu de réforme agraire. Nous avons tant de terres et si peu de propriétaires, bien que le gouvernement se seur de la propriété ... La seule réforme agraire qu'ait connue notre pays, ce fut quand la métropole portugaise l'a divisé capitaineries héréditaires au XVIIe siècle. Dans un pays aussi grand, le travailleur sans terre ne sait déjà plus où aller. Il ne lui reste qu'une solution : la lutte !

Le PT soutient et soutiendra toujours la lutte pour la réforme agraire, pour le droit à la terre pour ceux qui la travaillent, pour un meilleur prix des produits agricoles, pour l'élimination des intermé. diaires. C'est pour cela qu'en Amazonie nous sommes poursuivis en justice (...).

Nous avons parcouru tous les recoins de ce pays. Nous considérons que le problème de la terre est sans doute le plus grave actuellement. C'est lui qui entraîne les cycles migratoires, le gonflement des favelas dans les villes, l'augmentation des prix des produits de première nécessité, l'importation de produits qui, en principe, sont typiques de notre sol (...).

Le PT sait que l'homme de la terre fait une réforme agraire de ses propres mains. En tant que parti, c'est de cette lutte que nous voulons recueillir les éléments concrets, pratiques, qui nous permettront de définir une politique précise sur la question de la terre. Ce n'est pas à nous, gens de la ville, qu'il revient de définir ce qui est bon pour les camarades de la campagne. C'est à vous, camarades du secteur rural, qu'il revient de nous enseigner ce que nous devons faire, comment nous devons agir, en quoi nous pouvons vous soutenir. Nous sommes un parti des travailleurs des villes et des campagnes. De cette union naîtront les semences de notre projet en tant que parti.

Le manque de liberté syndicale et l'absence de réforme agraire affectent gravement la vie des travailleurs brésiliens : aujourd'hui, le chômage est le fruit amer de la politique économique faillie adoptée par le régime actuel. L'économie est régie par les fluctuations du marché et non par les besoins de la nation. Ce modèle capitaliste est fondamentalement pervers et nous ne croyons pas qu'il puisse être corrigé (...).

LA LUTTE DES FEMMES Beaucoup de choses ont changé sur la scène politique ces dernières années. Jadis, on croyait que seuls les partis et les groupes politiques étaient capables centraliser l'organisation du mouvement populaire. Aujourd'hui, cependant, nous reconnaissons que les meilleurs fruits sont ceux qui, comme notre parti, ont leurs racines dans les multiples formes d'organisaexistant à la campagne, dans les quartiers, à la périphérie des villes, sur les lieux de travail et d'étude, et dans les secteurs qui ont des intérêts spécifiques à dé. fendre comme les femmes et les Noirs. Grâce au mouvement populaire, le mouvement syndical a connu une expansion plus rapide ces dernières années. Ceux qui pensent encore que le syndicalisme brésilien s'appuie seulement sur les usines se trompent. Dans le quartier de la cité ou sur les lieux d'habitation, les travailleurs ont plus de liberté pour se rencontrer, pour se réunir, pour s'organiser et promouvoir leurs luttes syndicales, avec leurs Grâce à ce large réseau de mouvements populaires, le PT s'affirme comme l'expression politique qui naît de la base vers

Faire de la politique, ce n'est pas seulement militer dans le parti ou dans les partis. C'est aussi participer à la lutte pour la construction d'égoûts dans le quartier ou pour une meilleure rétribution de la récolte. C'est en contribuant à modifier partout dans ce pays les relations sociales et les relations de production, que notre peuple finira un jour par les transformer dans tout le pays, dépassant la contradiction entre le capital et le

C'est pourquoi nous ne voulons pas que le mouvement populaire soit le reflet ou l'extension de notre activité de parti : nous ne souhaitons pas le mettre en tutelle. Au contraire, c'est notre parti qui doit exprimer les leçons du mouvement populaire tout en le consolidant politi-

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ne un aspect un peu plus démocratique. qu'il y a de plus important et de plus défi-

Il est important de dire un mot sur le mouvement des femmes, forme d'organisation spécifique qui se multiplie dans ce pays. Face à la culture machiste dans laquelle nous baignons, face aux structures d'une société conçue exclusivement comme une œuvre masculine, nous reconnaissons le droit et le devoir pour les femmes de lutter pour leurs droits et de se libérer de leur condition d'objet de lit et de table, d'êtres uniquement destinés à créer, d'esclaves au foyer, de travailleuses doublement exploitées. La lutte des femmes doit aider les hommes à se rééduquer dans le sens de la société égalitaire que nous voulons construire ensemble.

nous sommes convaincus que cette lutte ne peut être séparée de la lutte de tous les Brésiliens pour leur libération. La question du féminisme n'intéresse pas seulement les femmes et ne se réduit pas à la conquête de libertés personnelles, qui ne sont parfois que de simples palliatifs bourgeois (...).

POUR LE DROIT

DE TOUTES LES MINORITES

Il y a dans notre pays une discrimination raciale particulièrement voilée. Un Noir sait pourtant que cette discrimination, qui peut paraître voilée à un Blanc, est réelle, agressive, profonde. Elle se ressent dans la peau. C'est pourquoi nous devons soutenir l'organisation pour leurs droits au sein de notre société, car c'est ainsi que sera porté à la lumière du jour le racisme que nous portons dans

Nous sommes pour le droit de toutes les minorités à s'organiser et à défendre leur place dans notre société. Nous n'accepterons pas, dans notre parti, que l'homosexualité soit traitée comme une maladie et encore moins comme un cas relevant de la police. Nous défendrons le respect que méritent les personnes, les appelant à s'engager plus résolument dans la construction d'une nouvelle société.

Nous accusons la FUNAI (1) de ne pas respecter les droits des nations indiennes dans notre pays. Nous dénonçons l'INCRA (2) et la grande propriété foncière comme responsables de l'invasion des réserves indiennes et des pares que ces communautés possédaient par tradition et par droit. Nous sommes solidaires de la cause indienne, du mouvement Union des nations indiennes, de leur droit à parler leur propre langue et a préserver leur propre culture (...).

Camarades, sur nous comme sur tous ceux qui luttent pour la justice et pour la liberté dans ce pays, pèse l'odieuse Loi de sécurité nationale (LSN).

Aussi longtemps qu'existera cette loi, qui légitime l'appareil répressif, nous ne pourrons cesser de résister au régime autocratique implanté au Brésil par le coup d'Etat de 1964. Il revient à toute la nation de manifester son rejet de cette législation (...).

Nous ne percevons pas l'« ouverture » politique comme un cadeau des dieux. Elle a d'abord été une conquête des mouvements populaires, de la lutte des campagnes pour l'amnistie, des protestations de l'Eglise et des autres secteurs de notre société civile. Est venu un moment où les maîtres du régime ont considéré qu'il était plus prudent de donner la bague que de courir le risque de perdre le doigt. La nouvelle conjoncture internationale exigeait que le Brésil prenNous ne nous faisons pourtant pas d'illusions. L'« ouverture » a seulement existé au sommet. En bas, rien n'a changé dans la classe travailleuse oppriIl y a quelque chose qu'il faut tirer au clair. Nous sommes un parti légal, un parti de masse, ouvert à tous les Brésiliens qui acceptent notre programme politique et l'assument dans leur activité sociale. Nous ne sommes pas apparus pour diviser l'opposition, car nous n'acceptons pas que la réglementation des activités des partis conçue par ce régime autocratique soit un critère d'unité (...).

Nous savons qu'il existe diverses tendances politiques dans notre société. Nous reconnaissons le droit à ces camarades de s'organiser autour de leurs conceptions et de leurs propositions. Nous regrettons que, du fait du régime répressif dans lequel nous vivons, ces tendances soient encore obligées d'agir dans l'illégalité, bien que leurs drapeaux soient justes et légitimes. Nous luttons et nous lutterons pour la légalisation de toutes ces tendances afin que leurs activités soient soumises à l'épreuve du verdict populaire.

Nous sommes préoccupés cependant si un militant, sous notre chemise, revêt chemise. Nous n'avons jamais demandé et ne demanderons jamais à percertificat idéologique. Nous sommes intéressés à ce que tous soient fidèles au programme et aux statuts du PT Nous sommes intéressés à ce que les caveuillent pas faire de notre parti la masse de manœuvre de leurs projets. Nous n'accepterons jamais que les intérêts des tendances l'emportent dans le parti sur les intérêts du parti.

Nous dénoncerons aussi souvent qu'il le faudra certaines déviations auxquelles nous pouvons tous être sujets, comme l'économisme qui prétend réduire la lutte des travailleurs à la conquête immédiate de leurs moyens de survie ; ou le politisme, qui veut imposer du sommet vers la base son jargon idéologique, comme si le discours révolutionnaire était synonyme de pratique révolutionnaire ; ou le coloniasme de ceux qui s'auto-proclamentavan arde du prolétariat sans même que le travailleurs les connaissent ; ou le gauchisme, qui exige du parti des déclarations et des positions incompatibles avec son caractère légal et sa nature populaire ; ou le volontarisme de ceux qui veulent aller plus vite que le mouvement social ; ou l'électoralisme de ceux qui veulent réduire le PT à un tremplin pour des mandats électoraux ; ou le bureaucratisme de ceux qui nous condamnent parce que nous allons aux portes des usines et veulent un parti bien organisé mais sans bases populaires ; ou l'opportunisme de ceux qui ne mettent qu'un pied dans le PT et gardent l'autre prêt à la course dès qu'ils sentent que leurs projets ne sont pas acceptés par

Nous allons participer aux prochaines élections et nous présenterons des candidats à tous les mandats, dans toutes les régions du pays. Cependant, nous croyons pas que les élections soient ce nitif pour notre parti. Sans doute, elles ont leur importance et nous devons conquérir sans cesse plus d'espace dans l'aire parlementaire et dans les fonctions exécutives, de façon à nous faire l'écho des revendications des travailleurs (...).

Je veux encore souligner notre estime pour les camarades qui, dans tous les recoins de ce pays font montre vouement effectif aux intérêts populaires, affrontant toutes sortes de persécutions, de calomnies, d'emprisonnements et d'expulsions : les membres des communautés ecclésiastiques de base, les prêtres et les évêques qui y sont liés. Nous ne sommes pas un parti confessionnel et nous n'accepterons pas que l'Eglise interfère dans nos activités, comme nous nous garderons d'intervenir dans les activités de l'Eglise. Entre l'Eglise et le parti, il doit exister la clarté des fonctions différentes, distinetes, bien que nous soyons souvent unis, dans la vie opprimée de notre peuple, par le même élan de libération (...).

Mais nous ne serons jamais un parti de croyants ou d'athées. Pour nous, la division est ailleurs. Elle est entre ceux qui sont du côté de la libération et ceux qui sont du côté de l'oppression. Le Parti des travailleurs ne pourra jamais représenter les intérêts du capital (...).

Il y a beaucoup de gens qui demandent : quelle est l'idéologie du PT ? Que pense le PT sur la société future ? Ceux qui posent ces questions avancent en même temps leurs propres réponses qui visent, dans certains cas, à critiquer le parti. Le PT ne serait-il qu'un parti travailliste de plus? Ne serait-il qu'un parti social-démocrate, intéressé à chercher des palliatifs aux inégalités engendrées par le capitalisme ? Nous savons d'où viennent ces doutes et ces interprétations. Et nous le savons parce qu'elles sont partagées par certains militants de notre parti qui ont construit à leur usage une étrange théorie selon laquelle le parti ne serait qu'un front ou un parti seulement tactique (...). « NOUS SAVONS QUE LE MONDE

VA VERS LE SOCIALISME ... »

Nous, au PT, nous savons que le monde va vers le socialisme. Les travailleurs qui ont pris l'initiative historique de proposer la création du PT savaient cela avant même d'avoir l'idée de la nécessité du parti. C'est pourquoi nous savons aussi qu'il est faux de dire que les travailleurs

1. La FUNAI est l'organisme officiel chargé de l'administration des populations indiennes, de la commercialisation de leurs productions artisanales, etc. Tout au long de ces dernières années, les dénonciations de la FUNAI, accusée d'oppression et de racisme, se sont multipliées.

2. INCRA : Institut national de la réforme agraire.

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ne sont pas prêts à passer spontanément sur le terrain de la lutte des partis et qu'ils sont condamnés à se limiter aux seules re. vendications économiques. De même, nous savons qu'il est faux de dire que les travailleurs brésiliens, laissés à leur propre sort, s'écarteront d'une société juste, libre et égalitaire. Les travailleurs sont les plus exploités dans l'actuelle société. C'est pourquoi nous sentons dans notre propre chair et que nous voulons de toutes nos forces une société qui, comme le dit notre programme, sera une société sans exploités et sans exploiteurs. Que sera cette société sinon une société socia-

Mais le problème n'est pas seulement là. Il ne suffit pas à quelqu'un de proclamer qu'il est socialiste. La grande question c'est : quel socialisme ? Serons-nous par hasard obligés de suivre tel ou tel modèle adopté dans tel ou tel pays? Nous, au Parti des travailleurs, nous voulons maintenir les meilleures relations d'amitié avec tous les partis qui luttent pour la démocratie et pour le socialisme dans le monde. Tel est le critère qui oriente et continuera d'orienter nos contacts internationaux (...).

Nous savons que nous marchons au socialisme, vers le type de socialisme qui nous convient. Nous savons qu'il ne nous convient pas et qu'il n'est pas dans notre horizon d'adopter l'idée du socialisme pour apporter quelques corrections aux maux sociaux causés par le capitalisme, ou pour gérer la crise dans laquelle se débat ce système économique. Nous savons également qu'il ne nous convient pas d'adopter la perspective d'un socialisme bureaucratique, qui satisfait davantage les nouvelles castes de technocrates et de privilégiés que les travailleurs et le peuple.

Le socialisme que nous voulons sera défini par tout le peuple, comme exigence concrète des luttes populaires, comme réponse économique et politique globale à toutes les aspirations concrètes que le PT sera capable d'assumer. Il serait très facile, ici, assis confortablement dans l'enceinte du Sénat de la République, de nous décider pour une définition ou une autre. Ce serait très facile mais très faux. Le socialisme que nous voulons ne naîtra pas d'un décret, ni de nous ni de personne.

Le socialisme que nous voulons se définira dans les luttes de chaque jour, de la même façon que nous sommes en train de construire le PT. Le socialisme que nous voulons devra signifier l'émancipation des travailleurs. Et l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes.

Merci beaucoup à tous. Luis Inacio DA SILVA, « LULA » 28 septembre 1981.

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