300 000 à Bonn contre l'installation des missiles américains
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RESSENTANT qu'un désaveu massif de son alignement crise interne que connaît le SPD et hypothèquerait l'équilibre instable de la coalition gouvernementale qu'il forme avec le parti bourgeois FDP, le chancelier Helmut Schmidt s'est vivement employé à tenter de détourner la jeunesse et les travailleurs allemands de la manifestation prévue à Bonn le 10 octobre dernier pour protester « contre la menace atomique » et prôner « le désarmement et la détente ».
Jusqu'à la veille même de la démonstration, Helmut Schmidt a essayé de dissuader les militants et députés du SPD d'y participer en affirmant que leur « désir de paix allait être manipulé pour des objectifs politiques » car « les organisateurs n'ont pas voulu se démarquer des groupes communistes ». Bien qu'il ait considéré le rassemblement de Bonn comme un « coup de poignard dans le dos du gouvernement », Helmut Schmidt n'est pas parvenu à mobiliser derrière lui l'intégralité de l'appareil du SPD.
CONTRE LA VOLONTE DE HELMUT SCHMIDT
Pourtant, le chancelier n'a pas hésité à accuser tous ceux qui s'opposent au déploiement fin 1983 des fusées américaines Pershing-II - comme le gouvernement allemand s'est engagé à le faire auprès de ses partenaires de l'OTAN en décembre 1979 — de faire en quelque sorte le jeu de l'Union soviétique.
Toutefois, ces mises en garde officielles ne sont pas parve. nues à empêcher le succès d'une manifestation qui a rassemblé plus de 300 000 personnes dont 60 000 étaient des militants du SPD.-Malgré le veto du chancelier Helmut Schmidt, 55 députés de son parti - soit le quart de la représentation social-démocrate au Parlement - se sont associés au rassemblement. De leur côté, 16 députés libéraux ont fait de même, passant outre les rappels à l'ordre du ministre des Affaires étrangères et dirigeant du FPD, Hans Dietrich Genscher.
Le 10 octobre dernier, c'est une masse de manifestants égale en nombre à la population de Bonn qui, acheminée par plus de 40 trains spéciaux et 3 000 autocars, s'est rassemblée dans cinq points différents de cette ville. Les cinq cortèges ont ensuite convergé vers le « Hofgarten », le campus universitaire où un meeting central a commencé au début de l'après-midi.
Outre des personnalités du mouvement pacifiste allemand, plusieurs dirigeants politiques ont pris la parole. Erhard Eppler, membre du comité directeur du SPD, y a dénoncé les USA qui « ont probablement l'intention de mettre les Soviétiques à genoux, alors qu'ils possèdent, compte tenu de leur potentiel économique et technologique, une supériorité évidente sur l'URSS ». Le général en retraite Gerd Bastian a affirmé, quant à lui : « Nous ne laisserons pas plus longtemps raconter ce conte de fées qui voudrait nous faire croire qu'il y aurait eu, à l'Est, une escalade d'armements nucléaires qui obligerait l'Ouest à une réponse d'équilibre », jetant ainsi à bas le principal argument de la politique d'armement à outrance de l'impérialisme américain.
Comme le note le Monde du 13 octobre, lors de cette manifestation qui a été la plus importante de toute l'histoire de la République fédérale, « slogans et discours ont seulement mis en cause l'implantation de fusées Pershing-Il et de missiles de croisière en Europe occidentale ».
Appelée à l'origine par des communautés ecclésiastiques, la manifestation de Bonn a finalement reçu le soutien de plus
REPUBLIQUE FEDERALE D'ALLEMAGNE de 800 organisations différentes. Pour la première fois depuis longtemps, militants du SPD et militants communistes manifestaient au coude à coude. Toutes les formations de la gauche allemande étaient représentées, ainsi que de nombreux groupes locaux contre le nucléaire et la politique de réarmement.
LE MOUVEMENT SYNDICAL ETAIT PRESENT
Malgré l'opposition de la direction de la confédération syndicale DGB, de nombreuses structures des jeunesses syndicales des secteurs industriels étaient représentées. Si seul le syndicat enseignant GEW avait ouvertement appelé à la manifestation, de nombreuses banderoles signalaient la présence du mouvement syndical dans le cortège. Ainsi, celle du syndicat du Livre où l'on pouvait lire : « Les travailleurs de l'IG Druck und Papier soutiennent la paix ! »
Dans plusieurs villes, tout un travail syndical a été mené pour préparer cette initiative. Ainsi, à Hambourg, après la circulation d'une pétition, un départ commun regroupant 23 autocars et environ 1 300 personnes a été organisé. Le syndicat des métallos a connu un important débat au sujet de l'attitude à adopter par rapport au rassemblement de Bonn. Malgré la décision de la DGB, le dirigeant syndical de la métallurgie Georg Benz a envoyé une circulaire aux syndiqués pour les informer de la manifestation.
Tant la présence de soldats derrière une banderole affirmant « Les soldats de l'OTAN contre les missiles nucléaires ! » que celle de personnalités du mouvement pacifiste américain donnait à cette manifestation une dimension anti-impérialiste. Le secrétaire général de l'OTAN, Joseph Luns, ne s'y est d'ailleurs pas trompé, qui a expliqué rageusement, après le rassemblement, que les « mouvements pacifistes sont sans le moindre doute manipulés par l'Union sovietique ». Tandis que certains démocrates-chrétiens affolés voyaient dans cette mobilisation « le spectre du Front populaire qui se lève ».
UNE LUTTE INTERNATIONALE
Mais, au-delà de l'impact national de cette manifestation qui succède aux mobilisations contre le nucléaire et à celle qui a accueilli le général Alexander Haig à Berlin en septembre dernier, les 300 000 manifestants de Bonn, comme les 10 000 qui ont défilé à Cossimo en Sicile contre l'installation de missiles américains, ou les différentes initiatives prises en Espagne contre l'intégration à l'OTAN, témoignent de la montée d'un mouvement de masse contre le surarmement à travers toute l'Europe et jusqu'aux USA (comme l'illustrent certains aspects de la manifestation du 19 septembre à Washington). Les rassemblements prévus fin octobre en France, en Grande-Bretagne et en Belgique en seront, à n'en pas douter, une nouvelle preuve.
V.K. 17 octobre 1981. ABONNEZ-VOUS A «INPRECOR » |
qu'il ait eu en face de lui Franz Josef Brokdorf près de Hambourg, qui est de.
Werner HULSBERG
ES derniers mois, le « modèle allemand a rapidement perdu de son
Pd attrait, et les promoteurs et propagateurs de ce slogan - la direction du SPD - se trouvent dans une crise profonde.
Une année après les dernières élections générales, au cours desquelles la coalition composée du SPD et du parti libéral bourgeois FDP l'a une nouvelle fois emporté contre la CDU-CSU, principal parti traditionnel de la bourgeoisie ouest-allemande, une question vient aujourd'hui au premier plan : « Combien de temps encore la coalition gouvernementale tiendra-t-elle, et quand donc le FDP fera-t-il volte-face pour aller rejoindre la CDU-CSU et renvoyer le SPD sur les bancs de l'opposition ? » Ce rapide processus d'usure du SPD est l'effet d'une pression qui s'exerce à trois niveaux sur la direction de ce parti : geois - puissamment soutenus par ceux de la droite du SPD — appliquent une politique d'austérité toujours plus dure, vu l'approfondissement de la crise économique, dont le cours a abouti pour la première fois à des attaques massives contre les conquêtes sociales de la classe ouvriere.
- La conséquence en est, et c'est le second facteur, un recul du soutien accordé à la politique du SPD par de larges couches de la population salariée, comme cela s'est manifesté lors de trois élections municipales pendant l'année écoulée où les résultats ont été catastrophiques pour le SPD.
- Enfin, au cours de la dernière année, dans la foulée de la mobilisation qui s'est développée contre la construction imposée de façon unilatérale des centrales nucléaires, un mouvement de masse beaucoup plus puissant est apparu, qui exerce son influence sur la social-démocratie et les syndicats : c'est ce qu'on appelle le Mouvement pour la paix qui est clairement orienté contre les projets d'armement de l'OTAN pour l'Europe de l'Ouest, projets soutenus par le gouvernement de Helmut Schmidt.
La manifestation du 10 octobre à Bonn, à laquelle ont participé plus de 300 000 personnes, est la plus grande mobilisation de ce type que l'on ait connu dans l'Allemagne fédérale de l'après-guerre. Elle atteste de la force de ce mouvement.
Le résultat de cette évolution est tout à fait clair : le SPD est enfoncé dans la crise. Plus rien ne va dans la direction du parti qui est largement contestée. Les formules de compromis et autres « programmes de crise » que l'on invente, ne font que repousser les échéances de quelques semaines. Les attitudes critiques vis-à-vis de la politique du SPD se sont développées jusque parmi les députés de ce parti au Bundestag (Parlement) où, pour la première fois, une « gauche parlementaire » composée de quelques dizaines de députés s'est constituée. Sur un certain nombre de questions précises, ces députés essaient de faire passer leurs positions en opposition avec celles de Helmut
Des sections entières du SPD s'opposent ouvertement à la politique du gouvernement Helmut Schmidt, avant tout en ce qui concerne les questions de l'armement et de la politique énergétique. On ne parvient à préserver l'impression que le parti est toujours uni qu'en menaçant ouvertement comme le fait Helmut Schmidt - et à son exemple les dirigeants du SPD au niveau des provinces - de démissionner des responsabiiités gouvernementales. Le seul élément à mettre au crédit de la direction du SPD - et qui est en l'occurrence décisif - c'est dans sa majorité, la bureaucratie syndicale reste d'une fidélité aveugle au gouvernement et accorde ce faisant un certain répit à la coalition SPD-FDP.
Aux élections fédérales d'octobre 1980, le SPD n'a pas gagné plus de 0,3 % de voix (passant de 42,6 à 42,9 %) bien Strauss, représentant de la CDU-CSU, de proue de la droite de ce parti, que Schmidt lui-même avait désigné alors son « adversaire préféré ». Le FDP a été le véritable vainqueur de ces élections, réalisant une progression de 7% à 10 % des suffrages. Ce résultat lui a donné les possibilités d'influer beaucoup fortement sur concrètes du gouvernement.
1. La cogestion paritaire dans l'industrie du charbon et de l'acier a été réalisée au cours des années 1950 comme substitut à leur nationalisation. Les syndicats désignent 50 % des membres du conseil d'administration, mais la voix prépondérante y appartient à un « indépendant ». Un syndicaliste est membre du présociétés par actions : il est responsable des relations du travail. Les syndicats ouest-allemands ont toujours rêvé d'étendre à l'ensemble de l'industrie cette collaboration de classe institutionnalisée, qui rapporte quelques avantages matériels au personnel des entreprises concernées.
Le conflit que nous mentionnons s'est pro-
La progression du FDP et la stagnation du SPD ont été les conséquences de l'orientation adoptée par Helmut Schmidt pour ces élections. Il ne voulait à aucun prix qu'avec la candidature de Franz Josef Strauss (que lui-même avait désigné comme le « Thatcher allemand ») se déve. loppe une mobilisation dans la classe ouvrière. Helmut Schmidt considérait que le véritable danger était que son petit partenaire bourgeois, le FDP, ne fasse les frais d'une telle polarisation comme cela s'était déja passé lors des élections au Parlement régional (Landtag) de Nord-RhénanieWestphalie en mai 1980, élections qui avaient eu lieu sous le signe de la candidature de Franz Josef Strauss qui s'annonçait, et où le FDP fut incapable de franchir la barre fatidique des 5%, nécessaire en RFA pour avoir une représentation parlementaire même dans les Parlements régionaux.
Le programme de gouvernement de la nouvelle coalition gouvernementale que Helmut Schmidt bricola avec le FDP -- sans même aucun contact avec la représentation parlementaire du SPD - portait de façon tout à fait claire la signature du partenaire libéral FDP. Même sur la question de la « cogestion paritaire dans l'industrie lourde » (1) - qui est le cheval de bataille de la bureaucratie syndicale social-démocrate -, on s'orienta selon les vœux du FDP. Il en découla que, pour la première fois, une critique virulente s'éleva dans le parti à l'adresse des membres gouvernement. Cette critique s'aiguisa au fur et à mesure que se développait l'action politique de la gouvernementale. seulement après les élections, toute la presse ne parlait que du « creux de la vague » du chancelier.
PROGRAMME NUCLEAIRE
Le premier point de friction était la question de la poursuite du programme de construction des centrales nucléaires. Au cœur de cette question, il y avait le projet de construction de la centrale de venue le symbole de la résistance à la politique nucléaire du gouvernement en
Déjà, lors du dernier Congrès du SPD, l'année précédente, une forte minorité d'environ 40% de délégués s'était la politique Schmidt sur cette question. Le SPD du Schleswig-Holstein avait mené victorieusement campagne pour les élections au duit lorsque le trust Mannesmann a voulu effectuer une restructuration qui aurait fait tomber la partie « sidérurgie » de ses activités en dessous du seuil qui impose l'application de la parité. Les syndicats ont réclamé une nouvelle loi qui assure la cogestion paritaire indépendamment de la part que la sidérurgie représente dans l'activité générale d'une société par actions. Par suite de la pression du FDP. la seule décision votée concerne une garantie pour une période de transition, remettant à plus tard un règlement définitif ... Le SPD avait fait de la garantie de la cogestion paritaire dans l'industrie du charbon et de l'acier un de ses mots d'ordre électoraux.
Le chancelier Schmidt, son ministre des Affaires étrangères Genscher et le général Haig lors que le gouvernement fédéral social-démo- alors égales à celles en faveur du SPD.
Parlement régional en défendant la position du « non » à la construction de la centrale de Brokdorf. A l'intérieur du SPD de Hambourg, on voyait s'annoncer un changement d'orientation sur la question de la construction des centrales nucléaires et spécialement de celle de Brokdorf. En dépit de cela, le gouvernement fédéral essaya de faire passer son programme de construction des centrales, en dépit de la résistance qui se manifestait à l'intérieur du SPD.
Plus de 100 000 personnes manifestèrent contre ces plans malgré l'interdiction et la présence la plus massive de policiers que l'on n'ait jamais connu dans l'histoire de la RFA. Pour la première fois, des sections entières du SPD prirent part à la mobilisation contre Brokdorf. C'est ainsi que le SPD de Kiel organisa un rassemble. ment de protestation contre la politique nucléaire du gouvernement fédéral. Pour protester contre l'orientation de Helmut Schmidt, le dirigeant du SPD du Schleswig-Holstein, Mathiessen, renonça à se présenter comme candidat du SPD lors des élections suivantes au Parlement ré. gional. Trois mois plus tard, c'est le maire de Hambourg, Klose, qui donna sa démission. Néanmoins, il parvint à obtenir dans le SPD de Hambourg une majorité contre Brokdorf mais échoua face aux amis de Helmut Schmidt dans l'administration de la municipalité de Hambourg.
POLITIQUE DE DEFENSE
ET DETENTE Le second point de friction fut la question de l'assentiment toujours plus évident que le gouvernement fédéral donnait au cours de réarmement du gouvernement américain de Ronald Reagan, de même que le commerce d'armes camouflé que Helmut Sehmidt faisait avec la Junte militaire chilienne. La « gauche parlementaire », rassemblant plus de 20 députés, refusa de voter le budget de la défense car sa revendication d'une réduction de 1% de ce budget en faveur de l'aide au développement avait été rejetée. Le budget de la défense ne put done être voté qu'avec les voix de l'opposition ...
Le point culminant de cette discussion fut une procédure d'exclusion entamée contre un député du SPD au Parlement, Hansen, qui avait qualifié - à propos des livraisons d'armes au Chili - la politique de Helmut Schmidt de « cochonnerie politique ». Un large mouvement de protestation contre la menace d'exclusion se développa à l'intérieur du SPD. Le Vorwärts, l'organe central du SPD fut quasiment submergé de messages de solidarité avec Hansen. Dans une publicité payante publiée dans le Vorwärts, presque 1 000 permanents du SPD déclaraient : « Nous ne voulons pas laisser disparaître la politique de détente qui est celle du SPD seulement parce que les Etats-Unis veulent en revenir à une confrontation globale .. De toute façon, nous n'avons pas conduit et gagné le combat contre Franz Josef Strauss pour de la tournée diplomatique de ce dernier en Europe en auril 1981. (DR) crate se retrouve à la traîne de la politique de Ronald Reagan. »
La droite du SPD commenca à per dre son sang-froid. Lorsqu'au Parlement les porte-parole de la « gauche parlementaire » voulaient défendre leurs propositions alternatives au budget de la défense de Helmut Schmidt et qu'ils eurent épuisé les cinq minutes de parole qu'on leur avait accordées, ils furent empêchés de parler par un « front unique » de la droite du SPD et des représentants la CDU-CSU qui fut à son comble lorsque dans l'ancien bastion du SPD que constituait Berlin (à l'époque où Willy Brandt en était le maire, le SPD y disposait d'une majorité d'environ 60 %), le Sénat dirigé par une majorité SPD-FDP fut obligé de démissionner à la suite d'un scandale lié à une affaire de corruption. Le FDP berlinois refusa d'accorder sa confiance au maire SPD, Stobbe. Ce n'est que lorsque le ministre de la Justice, Vogel, qui est considéré au sein du SPD comme « l'héde Helmut Schmidt, se laissa convaincre d'aller à Berlin assumer les fonetions de maire qu'une nouvelle coalition put être mise en place. Cependant, ce fut obtenu sous la seule condition de réaliser de nouvelles élections dans les trois mois suivants.
A cette époque, les sondages indiquaient une chute vers les 35 % des intentions de vote en faveur du SPD. C'est dans la jeunesse et parmi ceux qui votaient pour la première fois - deux catégories qui constituaient dans le passé un réservoir traditionnel pour le SPD - que la chute des intentions de vote en faveur de ce parti était la plus spectaculaire. Les intentions de vote en faveur des listes des « alternatifs » et des « verts » (2) étaient
Les élections municipales en Hesse (février 1981), en Basse-Saxe (septembre 1981) et les élections au Landtag de Berlin (en mai 1981) confirmèrent ce qu'avaient indiqué ces sondages. Les pertes que subit le SPD furent considérables. A Berlin, ce parti a perdu une nouvelle fois un certain nombre de points pour arriver à 38,3 % des suffrages. En Hesse et en Basse-Saxe, le SPD perdit environ 8%. C'est dans les grandes villes — où le parti social-démocrate est traditionnellement le plus fort - que ce phénomène est apparu de façon la plus claire. A Francfort par exemple, on constata une chute du pourcentage du SPD de 39,9 % à 34 %, et à Hanovre, une chute de 54,1% à 43,2 %. Bien sûr, de telles élections ne sont pas un bon baromètre. Elles ne sont pas dominées par la contrainte du vote « utile ». Et cela explique que la participation au vote ne fut que de 65 % environ alors qu'elle avait été de 85 % aux élections générales pour le Bundestag. L'élection de Berlin est, dans ce contexte, une exception, car c'est la seule occasion de vote direct pour les Berlinois qui ne prennent pas part aux élections au Bundestag du fait du traité quadripartite qui régit le
2. Il serait trop facile d'appeler « petites-bourgeoises » les formations « alternatives » en RFA, par analogie avec les partis écologistes d'autres pays. Toutes ces formations comprennent également des forces de gauche. Elles n'ont pas abandonné le marxisme dans son ensemble, mais partent de la nécessité d'une « étape démocratique » nécessaire pour briser « l'étau du système tripartite », etc. Cela est plus net dans le cas de la « liste alternative » de Berlin-Ouest. Presque tous les comités de jeunesses syndicales, presque toutes les organisations de gauche, la grande majorité des Falken (organisation des jeunesses socialistes formellement indépendante du SPD) y ont appuyé la « liste alternative ». Lors d'un sondage d'opinion, jusqu'à 90 % des électeurs de cette liste se sont eux-mémes situés « à gauche du SPD ».
Mais la situation était partout la même. Les électeurs traditionnels du SPD dans les zones industrielles lui ont fait connaitre leur opinion, tout simplement en s'abstenant d'aller voter.
C'est un phénomène qui s'était déjà manifesté à l'occasion d'élections de moindre importance au cours des années passées. Ce qui est nouveau, c'est que le SPD perd aussi de façon massive en chiffres absolus. En premier lieu dans la jeunesse qui constitue la réserve électorale des « alternatifs » et des « verts » qui, en de nombreux endroits, ont réussi a franchir la barre des 5 % et souvent d'ailleurs en faisant passer le FDP sous la barre des 5 % en lui prenant des voix (comme cela a été le cas aux élections municipales de Francfort). Donc, le SPD perd dans les " nouvelles couches moyennes », c'est-à-dire les salariés les plus favorisés et, dans une mesure croissante, des voix en faveur des « verts » et des « alternatifs » mais aussi en faveur des partis bourgeois. Cela a une signification précise pour la direction du SPD. En effet, si elle a adopté un cours d'adaptation au système capitaliste - comme elle l'a fait en 1959 avec le Programme de Bad Godesberg -, c'est précisément pour pouvoir mieux gagner ces couches. Or globalement, les élections manifestent un renversement du cours des choses qui n'est pas négligeable. Si l'on prend en considération l'essor de l'impact des « verts » et des « alternatifs », et si on les inclut dans la gauche, alors on constate sur le plan électoral d'un côté un léger déplacement en faveur du camp bourgeois (CDU-CSU et FDP), mais aussi de l'autre côté un déplacement signficatif des voix dans la gauche en défaveur du SPD.
La crise qui s'est fait jour dans le SPD n'est rien d'autre, en dernière analy-
Vue partielle d'un des cortèges de la manifestation du 10 octobre dernier à Bonn. (DR)
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se, que la traduction du débat qui est apparu sur les moyens politiques de sortir le SPD de cette situation qui le menace de tomber aux élections en dessous de la barre des 40%. Il faut noter, pourtant, que personne ne met en question l'idée de la coalition avec le FDP, ce qui est pour tant la question décisive. Quelles que soient les différences qui peuvent exister entre les différents courants dans le SPD, personne ne remet en cause fondamenta-
Après les négociations sur le budget de 1982 entre le SPD et le FDP, il y eut une discussion publique pour savoir s'il s'agissait d'un « tournant ». Le FDP l'affirmait alors que le SPD le niait bruyamment.
La volonté de réformes avec laquelle le SPD avait justifié sa participation gouvernementale au cours des années 1960 avait déjà été abandonnée en pratique dès 1973 sous Willy Brandt. Lors de la nomination de Helmut Schmidt au poste de chancelier, en 1974, elle fut rebaptisée cyniquement « politique de réformes qui ne coûtent rien ». Ces réformes s'avérèrent, dans la plupart des cas, des restrictions draconiennes de droits démocratiques, imposées sous la pression de l'hystérie anti-terroriste. Vers la fin des années 1970, le SPD et la coalition gouvernementale affirmerent vouloir « conserver l'acquis » plutôt que de réaliser de nouvelles réformes. « Attaquer l'acquis », tel a été le but avoué de la CDU. CSU, symbolisé par la candidature de Franz Josef Strauss comme chancelier fédéral.
lement la nécessité de cette coalition ni la politique du gouvernement fédéral. C'est sur cette question que capitulent même les fractions les plus gauches du SPD qui se plient devant l'argument de la direction suivant lequel une coalition SPD-FDP serait un « moindre mal » face à une coalition purement bourgeoise. Mais le refus de remettre en cause le bloc avec un parti de la bourgeoisie ne supprime pas les racines de la crise ... LA POLITIQUE D'AUSTERITE, LES SYNDICATS ET LA CLASSE OUVRIERE
Lors de la dernière campagne électorale, le FDP s'était déjà dégagé de la promesse de « conserver l'acquis ». Son ministre des Affaires économiques, le comte von Lambsdorff se fit un des protagonistes de l'attaque contre l'acquis social. C'est lui qui inventa la formule de « riposte à la menace japonaise », à savoir : travailler davantage, réduire les congés payés et les congés de maladie, « solidarité » avec les patrons, accepter les suppressions d'emplois à l'occasion de l'introduction de nouvelles technologies, etc. Cette offensive de la bourgeoisie a eu des effets au sein de la classe ouvrière ouest-allemande, parce que ni le SPD ni la bureaucratie syndicale n'étaient prêts ou capables de lui opposer une politique de rechange.
Tout cela s'est déroulé sur la toile de fond d'une situation économique (3) qui se détériorait. Les facteurs qui expliquent une évolution économique relativement plus favorable en RFA par rapport à ses voisins commencent à s'épuiser. Le capitalisme ouest-allemand ne pourra pas conserver sa forte position sur le marché mondial sans une attaque massive contre le niveau de vie de la classe ouvrière et une restructuration profonde de son industrie, au moyen de l'introduction massive de nouvelles techniques. Le déficit de la balance des paiements au cours des deux dernières années fut un premier signal d'alarme.
La récession généralisée a frappé cette année l'économie de la RFA. Le chômage s'est aceru d'un tiers par rapport à l'année précédente. Le taux de chômage a atteint la moyenne de 5%, mais il y a déjà des villes et des régions — notamment la Ruhr - où il oscille entre 8 et 11%. Même les milieux lent de 1,5 million de chômeurs pour la fin de l'année. Le taux d'inflation, qui avait été longtemps gelé à un niveau fort bas (pour certaines périodes, en dessous de 5 %), remonte de nouveau et se situe déjà à presque 7 %. Les « caisses sociales » (retraites, maladie et assurance chômage) affichent de forts déficits et doivent avoir recours à d'importants subsides de l'Etat.
La déclaration gouvernementale, au lendemain des élections, esquissait déjà un tournant vers une politique d'austérité. Le FDP a pu pleinement imposer son point de vue lors des négociations pour la
3. Voir Inprecor, spécial économique, du 16 février 1981, Winfried Wolf, « La spirale des récessions ne peut s'élargir à l'infini », la partie concernant plus particulièrement la RFA.
reconduction de la coalition. Il s'agissait surtout de l'augmentation des impôts indirects et des cotisations à la Sécurité sociale. On a essayé d'imposer aux syndicats une politique de « sagesse salariale ». On aussi de mesures d'économie dans les services publies plus de 4 millions de salariés, pour la plupart des ouvriers et des petits employés, soit 20 % de l'ensemble des salariés de la REA. On a augmenté les tarifs des servi-
Mais même ces mesures d'austérité ne furent considérées par le FDP que comme une « solution de compromis ». De nouvelles négociations, de même nature que les marchandages intervenus lors de la reconduction de la coalition, eurent lieu à l'occasion de l'élaboration du budget de 1982. Une partie du SPD défendit au début des « mesures favorisant l'emploi » (des « incitations » de 1,5 milliard faveur du secteur privé, pour encourager les créations d'emplois). Par la suite, cependant, tout le monde se rallia aux mesures d'austérité préconisées par le FDP qui frappent à 99 % les salariés. Le chancelier Helmut Schmidt répondit aux critiques qui s'élevèrent au sein de la fraction parlementaire du SPD qu'« un budget purement social-démocrate pour l'année 1982 n'aurait pas eu une configuration différente ».
Lors des négociations, manifesté sa volonté d'aller encore plus loin. Son président et d'autres dirigeants formulèrent tout haut des considérations sur l'opportunité de changer de partenaire de coalition. On finit par adopter le budget pour 1982, mais seulement après que le SPD eut promis qu'en cas de détérioration de la situation économique, il accepterait de nouvelles mesures d'austérité. Elles concerneraient surtout la suppression du paiement automatique du salaire pour toutes les journées de maladie. Il s'agit d'une véritable provocation à l'édes syndicats droit au paiement automatique du salaire constitue une des grandes conquêtes du mouvement ouvrier d'Allemagne occidentale d'après la Seconde Guerre mondia-
En pratique, la direction syndicale n'a pas réagi, même si elle a fait preuve de velléités d'opposition verbale. que les députés sociaux-démocrates critiques, la bureaucratie syndicale a peur de provoquer par des actions concrètes la rupture de la coalition de Helmut Schmidt.
Deux exemples illustrent ce comportement. Au lendemain des élections, le petit syndicat des postiers - il ne compte que 450 000 membres, contre 1,2 million de membres pour le syndieat OTV, qui regroupe la plupart des agents des services publies, dont 250 000 travaillent dans les chemins de fer - fut acculé à une grève sur des questions de paiement des heures supplémentaires, de congés et d'embauche. Les postiers ne trouvèrent aucun appui auprès d'autres secteurs des services publics. Ils furent obligés d'arrêter la lutte après cinq jours de grève presque sans résultats, après une forte pression du chancelier Helmut Schmidt qui voulait prodéclaration gouvernementale dans un climat de « paix sociale ».
Les négociations salariales du printemps 1981 ont offert une image similaire. Ce sont les métallos qui donnent en général le ton. La bureaucratie de ce syndicat indiqua dès le début qu'elle visait un accord autour de 5 % d'augmentation des salaires, ce qui était le taux d'inflation généralement prévu à ce moment-là. Cela représenterait déjà une diminution des salaires réels, car une augmentation du salaire brut de 5 % ne constitue qu'une augmentation du salaire nominal net de 3,6 %, vu le barême progressif de l'impôt sur les revenus.
Les patrons réagirent avec une proposition provocatrice de 2,5 % d'augmentation brute. La bureaucratie syndicale voulut éviter à tout prix une grève des métallos et répondit avec une « tactique de mobilité ». Plusieurs milliers de métallos participèrent à des grèves d'avertissement d'une durée ne dépassant jamais une heure. Mais comme ces grèves s'étendirent sur plusieurs mois et que la bureaucratie rejeta l'emploi de moyens de lutte plus durs, le mouvement s'arrêta dès que les patrons offrirent 5 % d'augmentation des salaires bruts, et ce malgré le fait que le taux d'inflation dépassait déjà nettement 5 %. Il est vrai qu'une large réaction des syndiqués a empêché la bureaucratie d'accepter à l'improviste une offre de
Dans le secteur privé, les accords oscillèrent la plupart du temps autour de 5 %, sauf dans les services publics ou ils se limitèrent à 4,2%. Il ne faut done pas être grand prophète pour prédire que l'année 1981 sera la première année d'après-guerre qui verra une réduction du pouvoir d'achat pour la classe ouvrière en RFA.
La bureaucratie syndicale n'a jusqu'ici pas bougé le petit doigt dans la lutcontre le chômage. D'ailleurs, des conventions collectives empêchent jusqu'en 1983 de soulever la question de la réduction de la durée du temps de travail. Et la bureaucratie ne fait rien pour préparer des luttes à l'échéance de 1983. Elle cherche au contraire des voies pour éviter la lutte pour une réduction générale de la durée du travail. La direction de PIG-Metall (le syndicat des métallos) a déterré la revendication de l'abaissement de consciemment à celle de la semaine de 35 heures. Son président, Loderer, a déjà déclaré qu'« en cas d'attitude raisonnable des patrons sur la question des retraites », il serait prêt « à accepter la semaine des 40 heures au-delà de 1983 ».
Au sein de la classe ouvrière, la question de la lutte contre le chômage, ou plus généralement celle d'une politique plus combative des syndicats, devient le problème central. Les attaques des patrons se dirigent de manière plus vigoureuse qu'auparavant contre les bastions traditionnels du mouvement ouvrier. Cela se manifeste avant tout dans la Ruhr. A Dortmund, on se prépare à fermer la plus grande aciérie ou du moins à réduire de manière draconienne son activité. Le taux
La jeunesse contre le service militaire. (DR)
déjà dépassé 10% dans cette ville.A Francfort, presque toute la métallurgie traditionnelle est menacée. Deux usines qui emploient plusieurs milliers d'ouvrières et d'ouvriers, sont menacées de fermeture. La récession de 1981-1982 n'épargne même plus la couche des travailleurs qualifiés, la base traditionnelle des syndicats.
Jusqu'ici, la bureaucratie maintenir son orientation favorable à la paix sociale par des moyens bureaucratiques. Mais elle ne peut plus étouffer la montée des critiques. Les forces d'opposition ont remporté de nouveaux succours des élections conseils d'entreprise du printemps 1981; les noyaux oppositionnels préalablement établis on pu - en gros - consolider leurs positions. Une tendance vers la recherche de formes de lutte nouvelles et plus efficaces se dessine dans les secteurs les plus menacés de la classe ouvrière. Au cours de conflits au sein des entreprises, tions - comme la mobilisation de quartiers entiers de la ville, des mouvements de solidarité d'autres syndicats, l'occupation d'usines, le début de contrôle ouvrier par le blocage du transport de stocks ou de machines - sont chaque fois diseutées ou même commencent à être mises en pratique. Il apparaît de plus en plus que la grande majorité des travailleurs s'engagerait dans l'action si les directions venaient à en donner le feu vert ... LE MOUVEMENT POUR LA PAIX,
LA SOCIAL-DEMOCRATIE
ET LES SYNDICATS Malgré le fait que le mouvement ouvrier organisé et les syndicats se trouvent sur la défensive, le Mouvement dit pour la paix, qui constitue en premier lieu une réaction contre les plans de réarmement de l'OTAN (stationnement des bombes à neutron et des fusées Pershing et
4. Le principe selon lequel les travailleurs malades continuent à toucher leur salaire a été arraché, en 1956, par la grève la plus longue de l'histoire de la RFA.
Cruise surtout en RFA) crée une force et un mouvement politique de masse qui dé. passent largement les mouvements de ces dernieres années, tant en ce qui concerne leur ampleur qu'en ce qui concerne leur de mobilisation. Tout en étant surtout porté par la jeunesse, ce mouvement réunit des personnes de tout âge. Il s'étend des jeunes chrétiens, qui y jouent un rôle très actif, aux militants d'organisations révolutionnaires. Contrairement à ce qui fut le cas avec le mouvement contre les centrales nucléaires, son influence et sa force d'attraction traversent profondément le SPD et les syndicats. Cela n'est pas seulement dû aux mérites du mouvement mais aussi aux traditions du mouvement ouvrier ouest-allemand.
Le mouvement a erû rapidement, surtout après le changement de président aux Etats-Unis et l'adaptation du gouvernement Helmut Schmidt à la politique militaire et de réarmement de Ronald Reagan. A l'occasion du 25e anniversaire de la Bundeswehr (l'armée allemande), le ministre social-démocrate de la Défense voulut organiser une cérémonie à la prussienne pour la prestation de serment des nouvelles recrues. Contre cette provocation, quelque 70 000 personnes ont manifesté au total dans diverses villes de la RFA au printemps 1981. Un appel dit de Krefeld, lancé avant tout par le Parti communiste allemand (DKP), et dirigé contre le réarmement et le stationnement d'armes nucléaires sur le territoire de la RFA, a réuni 800 000 signatures en l'espace de six mois.
Au cours du printemps, il y eut jusqu'à 40 000 personnes lors de manifes tations pacifistes locales et régionales. Il y eut une série de mobilisations autour d'endroits où des armes nucléaires sont stockées. A Berlin-Ouest, il y eut la plus large manifestation contre la politique américaine que cette ville ait jamais connue : 80 000 manifestants contre la visite du secrétaire d'Etat US, Alexander Haig, en septembre 1981 (à titre de comparaison : la grande manifestation de février 1968 contre la guerre du Vietnam avait réuni 20 000 personnes à Berlin-
Mais il ne s'agit pas seulement de protestation contre la politique du gouvernede l'opposition parlementaire (qui n'ont guère de divergences en la matière), ce qui provoque évidemment l'alarme au sein des directions du SPD, de la CDU-CSU et du FDP. En dernière analyse, le Mouvement pour la paix vise l'en-. semble de la politique étrangère de la RFA de ces dernières décennies : l'intégration au camp occidental; l'Alliance atlantique ; la participation à l'OTAN et l'alignement sur la politique étrangère des USA. Toutes ces constantes sont ébranlées par le Mouvement pour la paix et remises en question. Mais l'enjeu est bien plus décisif pour le SPD que pour les partis bourgeois. La direction du SPD n'avait pu imposer le ralliement à l'OTAN que vers la fin des années 1950, ensemble avec la révision de son programme tendant à une réconciliation avec le capitalisme
(Programme de Bad Godesberg). Si d'amples secteurs du parti, influencés par le Mouvement pour la paix, remettent en question les nouveaux piliers de la politique étrangère, cela pourrait rapidement se transformer en une discussion qui contesterait l'ensemble de cette orientation de la direction du SPD, et pas seulement en matière de politique militaire ... En outre, un mouvement autonome pour la paix constitue un énorme défi pour le SPD. Ce parti s'efforce de se donner lui-même l'image d'un « parti de la paix ». Il y était parvenu avec succès au cours des années 1960. Ses succès électoraux de 1976 et de 1980 ont résulté en partie du fait que la direction du SPD avait su se présenter à présenter la CDU-CSU comme « inaptes à la paix ». Si le mouvement pour la paix réussit à se stabilier, le choc électoral risque d'être pénible pour le SPD lors de futures élections ...
Les divisions au sein du SPD se sont cristallisées autour de la question de l'attitude à adopter à l'égard de la grande manifestation du 10 octobre 1981. Seules les Jeunesses socialistes ont appuyé cette manifestation au sein du camp social-démocrate. Puis E. Eppler, membre du présidium du SPD et considéré désormais comme la voix critique à l'égard de Helmut Schmidt la plus connue en RFA, s'est déclaré prêt à prendre la parole lors de la manifestation. Près de 50 députés du SPD ont affirmé qu'ils participeraient à la manifestation. La tentative de Helmut Schmidt d'imposer l'interdietion à tous les membres du SPD de participer à la marche sur Bonn du 10 octobre a échoué. Puis a éclaté une controverse Willy Brandt, président du parti, sur l'attitude à adopter vis-à-vis du Mouvement pour la paix et la possibilité de le réintégrer dans la « mouvance » social-démocrate. La bureaucratie syndicale qui a voulu s'aligner sur Helmut Schmidt sur cette question a également perdu des plumes. La direction de la confédération syndicale DGB a interdit à la commission confédé. rale des jeunesses syndicales d'appuyer officiellement la manifestation, mais cette interdiction a été débordée sur tous les commissions syndicales de beaucoup de centrales professionnelles ont appelé à participer à la manifestation ; tout le syndicat du Livre a conseillé à ses membres pareille participation ; le syndicat de l'Enseignement officiellement la manifestation dans de nombreuses villes, des syndicalistes connus appellent à la manifestation dans des annonces insérées dans la presse locale ; plusieurs directions syndicales locales ont mobilisé et même accordé un appui financier à la manifestation; un des orateurs prévus est Georg Benz, un des principaux dirigeants du syndicat des métallurgistes ...
La question principale est de savoir comment le conflit et la différenciation au sein du mouvement ouvrier organisé par le Mouvement pour la paix et la manifestation de Bonn se développeront à l'avenir. Pour le Gruppe Internationale Marxisten (GIM) (section allemande de la IVe Internationale), le mot d'ordre « Des emplois et non des fusées! » fait le lien entre la politique d'austérité et la politique de réarmement, dans le but de développer au sein du mouvement ouvrier organisé une lutte encore plus étroitement combinée contre ces deux axes de l'offen-
Car, ce qui continue à caractériser l'évolution sociale en RFA, c'est la désynchronisation non encore surmontée entre le mouvement de masse contre la remilitarisation - porté essentiellement par la jeunesse et des secteurs marginaux de la classe ouvrière — d'une part, et l'attitude défensive ainsi que la conscience de classe sous-développée de la classe ouvrière d'autre part, qui continue à être maintenue dans le corset social-démocrate par une des bureaucraties ouvrières les plus puis-
C'est seulement si l'on tient compte de cette désynchronisation qu'on peut comprendre pourquoi le processus de différenciation qui a commencé au sein de la social-démocratie profite en premier lieu à des groupements pour lesquels le mouvement ouvrier organisé ne constitue qu'un point de référence secondaire ou même sans importance (mouvements écologistes, listes « alternatives », etc.), pourquoi les groupements maoïstes et centristes s'effondrent (5) et pourquoi la masse des ouvriers sociaux-démocrates ne se détourne du SPD que de manière passive, pour autant qu'elle s'en détourne, en l'absence d'alternatives politiques credibles. Ils ne font que traduire les thèmes du mouvement écologique dans un langage réformiste social-démocrate et évitent comme la peste un affrontement avec la bureaucratie syndicale et une réponse au chômage qui dépasse le cadre des propositions néo-keynésiennes.
Pour renverser ce cours, il faut que la classe ouvrière s'engage effectivement dans la lutte contre l'accroissement du chômage et contre la politique d'austé. rité. Cela présuppose que l'emprise la bureaucratie syndicale sur les travailpas impossible, comme le démontre la crise dans laquelle le SPD s'est vu précipité presque du jour au lendemain.
Werner HULSBERG Francfort, le 8 octobre 1981. 5. Toutes les organisations révolutionnaires ont perdu des membres au cours des dernières années. Le KPD maolste s'était déjà dissous sans bruit en 1979. L'Union communiste (Kommunistischer Bund)(KB) s'était scindée en deux à la même époque: Une autre formation importante d'origine maoiste, le Kommunistischer Bund West-Deutschland (Union communiste d'Allemagne occidentale) (KBW) a également connu une scission et traversé pour la première fois un ample débat interne de crise. Le « Bureau socialiste » (SB), affirme lui-même se trouver au bord de la dissolution. Des éléments originaires du KBW, du KB, du SEW (parti stalinien de Berlin-Ouest) ainsi que des membres du SB essaient de rassembler des éléments de gauche au sein du mouvement écologique et alternatif, autour d'un projet de journal.