Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ITALIE

Le gouvernement Spadolini à la recherche d'un Pacte social

· Inprecor n° 111, 26 octobre 1981 · p. 17-19, 19-23 · 7 414 mots

Italie Syndicalisme Femmes France

Le président du Conseil a profité de l'été pour ses mauvais coups contre les travailleurs

ES trois mois d'été auront suffi pour convaincre ceux qui auraient pu en douter que le gouvernement du républi-

/cain Giovanni Spadolini, formé à la fin juin 1981, poursuit strictement la même politique que son prédécesseur démocrate-chrétien Forlani. La nouveauté représentée par l'avènement d'un président du Conseil laïc (1) a fait long feu :

il est laïc certes, mais tout aussi anti-ouvrier que tous les démocrates-chrétiens qui ont occupé le palais Chigi avant

Ouverture de négociations en vue d'imposer un Pacte social ; réduction massive des dépenses sociales de l'Etat ; feu vert à la construction de plusieurs centrales nucléaires ; décision de faire installer 112 missiles Cruise américains à Comiso en Sicile ; projet de loi pour limiter le droit de grève dans les services publics: Spadolini a mis les bouchées doubles au

Anna LIBERA

La chute du gouvernement Forlani, fin mai, a certes été précipitée par le scandale de la Loge maçonique P2 sur lequel nous reviendrons plus loin. Mais les raisons profondes de son échec résident ailleurs, dans la faillite de deux éléments clés de son plan d'attaque contre la classe ouvrière : la remise en cause de l'échelle mobile et le référendum contre l'avortement. Ces deux batailles sont très significatives de la volonté de résistance des travailleurs face aux tentatives de liquidation de leurs acquis, et de la volonté

- opposée - de capitulation des directions réformistes.

Au début de l'année 1981, le président du Conseil Forlani avait présenté un plan de « lutte contre l'inflation » qui se réduisait à un point essentiel : la réduction du coût du travail et le « gel » du mécanisme d'échelle mobile (2). Il l'avait fait d'autant plus ouvertement que les directions syndicales avaient souvent manifesté leur disponibilité à accepter une telle politique. Pourtant, au printemps, la résistance instinctive des travailleurs à toute remise en cause de l'échelle mobile va contraindre ces dernières à des adaptations tactiques qui ne modifient pas pour autant le fond de leur position.

Les directions syndicales ont tout d'abord annulé la consultation de la base qui devait se conclure par une Assemblée nationale des délégués habilitée à se pro-

Conscients du climat de mécontentement regnant dans les entreprises, gnaient par-dessus tout une telle Assemblée qui aurait sans aucun doute démenti leur politique qui, depuis plusieurs années déjà, se limite exclusivement à négocier les projets de politique d'austérité des gouvernements successifs.

Le gouvernement Spadolini

mains libres sur tout son programme. dominante. La direction de la Fédération unitaire CGIL-CISL-UIL a organisé en lieu et place de cette consultation de la base un séminaire des cadres des sommets syndicaux à Montecatini en mars dernier. Ce séminaire, tout en étant présenté comme un moment de réflexion a, en fait, pris décisions par-dessus la tête propos des prochains (renouvelables à l'automne 1981). Bien que les travailleurs aient re• jeté la politique d'austérité acceptée par les sommets syndicaux réunis à l'Assemblée de l'EUR en janvier 1978, elle a été reproposée dans sa substance à Montecatini : limitation des revendications salariales, abandon des revendications égalitaires, soutien aux entreprises par des accords sur la hausse de la productivité et une plus grande « mobilité » des travailleurs (3). A Montecatini pourtant, les dirigeants syndicaux étaient contraints de faire dire qu'ils étaient opposés à une ré. vision de l'échelle mobile.

LA DEFENSE

DE L'ECHELLE MOBILE ...

Le patronat et le gouvernement ont bien compris la faiblesse de la position de la Fédération unitaire : cette dernière accepte le gros de la politique d'austérité du gouvernement, mais prétend rejeter sa conclusion logique qu'est la remise en cause de l'échelle mobile ; de plus et surtout, elle refuse d'appeler à la mobilisation des travailleurs qui seule pourrait faire reculer le patronat et est donc piégée dans une politique de négociations où gouvernement et patronat sont maitres

La réponse de Forlani ne s'est pas fait attendre. A la veille de Pâques, il dévaluait la lire et décrétait une hausse des tarifs publics et une réduction des dépen-

ITALIE cours de l'été. Il l'a fait pour ses propres raisons, pour montrer son efficacité en opposition aux tergiversations des gouvernements démocrates-chrétiens. Mais il l'a fait aussi et surtout grâce à l'accueil favorable que lui ont réservé dans un premier temps les partis et les syndicats ouvriers qui lui ont laissé les

Pourtant, si les grandes lignes de l'action du gouvernement sont clairement tracées, la concrétisation de sa politique s'annonce plus ardue. En effet, Spadolini est confronté aux mêmes problèmes qui ont déterminé l'échec de Forlani au printemps dernier, à savoir la résistance des travailleurs qui, malgré les coups reçus, manifestent leur volonté de défendre leurs acquis.

C'est pour cette même raison que Spadolini ne représente pas un début de solution de la crise de la direction de la classe ses sociales de l'Etat. Il annonçait également que la phase suivante de son plan s'attaquerait à l'échelle mobile.

Mises devant le fait accompli, les disyndicales ont été incapables

Jusqu'à ce que, en bonne logique, au cours d'une réunion secrète, Pierre Carniti, secrétaire de la CISL, présente un plan en 18 points qui se résumait à une seule chose : la disposition des dirigeants syndicaux à céder sur l'échelle mobile. La substance de cette réunion « secrète » était immédiatement révélée par tous les journaux, selon une tactique désormais habituelle : on « sonde » la réaction des travailleurs grâce aux indiscrétions de la presse, puis on s'oriente en conséquence pour décider quoi céder sans trop créer de

A cette pratique qui bafoue ouvertement les règles élémentaires de la démocratie syndicale, point fort du syndicat des conseils, la réponse des travailleurs a été rapide et sans hésitations : c'est un

« non » massif qui s'est élevé des usines contre toute nouvelle attaque, surtout contre l'échelle mobile, alors que l'inflation frise déjà les 25 %.

Des centaines de conseils d'usine, de structures régionales de la Fédération unitaire, les branches industrielles de la CISL et la FLM ont pris position contre la re-

1. Le gouvernement Spadolini est le quarantième depuis la

Deuxiême Guerre mondiale et le premier qui ne soit pas présidé par un démocrate-chrétien.

2. L'échelle mobile des salaires a été instaurée en Italie par les gouvernements d'Union nationale au lendemain de la guerre. Ce système permet un rattrapage d'environ 60 a 70% des salaires par rapport à l'inflation.

3. Pour les directions syndicales italiennes, qui pensent pouvoir masquer les vrais problèmes aux travailleurs par des subtilités de langa-

« mobilité » signifie en fait

« licenciege, ment ».

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mise en cause de l'échelle mobile. A l'Alfa

Milan, en un temps record, plus de 8 000 signatures ont été rassemblées sur un appel allant dans le même sens. Et, surtout, le conseil d'usine de l'Alfa Romeo convoquait une assemblée de tous les conseils d'usines de Lombardie, invitant également les conseils de grandes usines d'autres villes. Réunie le 23 avril, cette assemblée opposait un « non » catégorique au blocage de l'échelle mobile. Une réunion similaire des représentants des travailleurs du Piémont prenait la même position. C'était un gouvernement et à la politique des diridécoudre des travailleurs, se trouvaient dans une impasse totale, comme cela est apparu lors du sommet syndical du 5 mai. La CGIL pensait qu'il fallait attendre de nouvelles propositions du gouvernement : la CISL et la UIL avançaient la nécessité de présenter un plan pour un pacte anti-inflation à Forlani.

La bataille pour les référendums et le scandale de la P2 allaient laisser un peu de côté cette question qui redeviendra centrale dès la formation du gouvernement ... ET DE L'AVORTEMENT LIBRE

Nous avions expliqué dans ces colonnes (4) pourquoi la question du référendum visant à supprimer la liberté de l'avortement jouait un rôle clé dans le projet de restauration de la bourgeoisie italienne et, pour cette raison même, pourquoi cette bataille était essentielle pour l'ensemble du mouvement ouvrier. La bourgeoisie, qui s'était rangée derrière le référendum du Mouvement pour la vie piloté par la hiérarchie catholique, entendait faire retourner les femmes en arrière et également faire un test sur les capacités de résistance du mouvement ouvrier et de tous les mouvements sociaux apparus tout au long de la dernière décennie. Le test a été probant, mais dans le sens contraire à celui souhaité par les patrons et les curés : plus de 70% des électeurs et électrices ont rejeté le référendum du Mouvement pour la vie, et ont ainsi dit « oui » à une conquête inaliénable des femmes. Ce résultat témoigne à la fois de la compréhension - à un niveau de masse - des droits des femmes et de la conscience qu'une défaite de celles-ci sur la Loi 194 aurait été une défaite pour tous et aurait ouvert la voie à d'autres attaques sur d'autres terrains.

Ces résultats représentent une grande défaite pour la Démocratie chrétienne (DC) non seulement parce qu'ils mettent ses projets restaurationnistes en difficulté, mais également parce qu'ils ont révélé une profonde division de l'électorat catholique — sa base sociale - face à la campagne cléricale. C'est un fait qu'une partie importante de cet électorat a voté contre les indications du Vatican et de la DC, pour le maintien de la liberté de l'avortement et force est de constater que le vieux ciment idéologique de la réaction italienne - le catholicisme - ne foncplus avec autant d'efficacité référendum sur l'avortement était le plus important des cinq organisés à la même date, il ne faut pas négliger les résultats enregistrés sur les autres, en particulier celui demandant l'abrogation de la Loi « anti-terroriste » Cossiga et celui demandant l'abolition de la peine de prison à perpétuité ; d'autant plus qu'ils vont dans un sens opposé et traduisent les effets catastrophiques sur la conscience ouvrière de la campagne des directions ré. bourgeoises. Les deux référendums ont été rejetés : 86 % des électeurs se sont prononcés pour le maintien de la Loi Cossiga qui restreint toute une série de libertés élémentaires, et environ 70 % pour le maintien de la détention à la perpétuité. Il est important de rappeler que le Parti communiste italien (PCI) était pour la Loi Cossiga, mais, par contre, avait appelé à voter « oui » à l'abrogation de la détention à perpétuité. Et c'est là qu'on voit les effets de sa politique : l'électorat qui suit traditionnellement le PCI n'a pas position différente sur deux référendums. Enrico Berlinguer a en effet toujours expliqué que le seul moyen

La P L'explosion du scandale de la L de lutter efficacement contre le terrorisme était d'introduire des lois d'exception et de durcir les peines. Et c'est ainsi que son électorat l'a compris, en votant à la fois pour le maintien de la Loi Cossiga et pour le maintien de la détention à perpé tuté. On ne peut à ce propos manquer de souligner l'orientation stupide du Parti radical (PR) — promoteur de ces deux référendums — et de son utilisation apolitique du droit de référendum : aujourd'hui en effet, la bourgeoisie peut se vanter d'un plébiscite populaire pour une partie

LES ELECTIONS DU 21 JUIN

Au lendemain du scandale de la P2 (voir encadré), Forlani n'a pas remis la démission de son gouvernement et il entendait poursuivre sa politique comme si de rien n'était. Personne ne songeait d'ailleurs à provoquer son départ. Ni la DO

Uses représentants étant « brûlés », aurait eu du mal à proposer un aucontre l'avortement, Une attaque contre le droit des femmes, une attaque contre tous les travailleurs », Inprecor, numéro 101, du 13 mai 2 : le super-scandale oge maçonnique P2 a accéléré la crise du

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tre candidat, ni le Parti socialiste qui préférait attendre le test électoral du 21 juin pour éventuellement relancer ensuite sa bataille pour une présidence du Conseil socialiste, ni Enrico Berlinguer dont les l'« alternative que » sont pour le dimanche et s'envolent en fumée dès qu'il s'agit de présenter une alternative dans les faits.

C'est la volte-face du PSI, membre du gouvernement, qui va obliger Forlani à laisser la place le 26 mai. Au lendemain du scandale de la P2, le parti de Bettino Craxi a maintenu une attitude prudente et discrète durant plusieurs jours ; il lui fallait faire oublier que plusieurs de ses membres éminents étaient impliqués dans l'affaire (tout comme le bras droit de Bet-

Martelli, avait été en son temps impliqué dans le scandale des pétroles). Mais, bien vite, Bettino Craxi a compris que, s'il ne prenait pas ses distances du parti le plus marqué par le scandale, il risquait d'être pénalisé aux électins. Il a donc précipité la crise et relancé l'idée d'une présidence du Conseil socialiste. C'est aussi le PSI qui a mené à l'échec la tentative de Forlani, chargé de former le nouveau gouvernement. Finalement, le président de la République, Alessandro Pertini, confiera cette mission au républicain Spadolini qui la mènera à bien fin juin.

Les élections du 21 juin étaient venues entre-temps confirmer que les attaques de la bourgeoisie sur le plan économique et les succès obtenus sur ce terrain n'avaient pas encore de pendant sur le

Les élections pour renouveler les régionaux concernaient 9 millions de personnes, à Gênes, Rome, Bari et en Sicile. Le résultat d'ensemble marque une nette baisse de la DC qui, avec 30,8% , atteint un de ses minimums historiques, et un renforcement de la gauche qui, avec 47,4 %, dé. passe les grands succès de 1975 et 1976

Au sein de la droite comme de la gauche, on a assisté à des transferts de voix significatifs dans le Sud. Ainsi, à Bari, la DC perd 5 % des voix alors que le Parti social-démocrate (PSDI) croît exactement dans les mêmes proportions. Il s'agit claicas, d'un transfert de clientèle. A Bari, les voix perdues par la DC ne se sont pas reportées sur des partis laïcs « honnêtes », mais sur un autre parti susceptible de continuer à faire profiter les potentats locaux des faveurs du pouvoir.

Des transferts de voix ont également eu lieu — à gauche - du PCI vers le PSI, et il est important d'en saisir les raisons. Tout d'abord, il faut souligner que le PCI récupère les pertes massives de voix enregistrées lors des élections de juin 1979 (- 4%) résultat de sa politique d'Union nationale. Quelques chiffres le montrent : à Rome, le PCI recueillait 35,9 % des voix en 1976, 29,7 % en 1979 et 35,9 le 21 juin dernier, redevenant le premier parti de la capitale. A Gênes, le PCI recueillait 37,6 % des voix en 1979 et 39,6 % le 21 juin. Par contre, il a enregistré une perte de plusieurs points à Bari au profit direct du PSI qui a atteint 14 % dans cette ville (contre une moyenne nationale de 10 à

Ce résultat a surpris, étant donné la compromission ouverte du parti de Bettino Craxi avec la politique gouvernementale. Pourtant, il serait superficiel de penser qu'une partie de l'électorat de gauche, en votant pour lui, a voté pour l'austérité, l'alliance avec la DC et la division entre les partis ouvriers (car il faudrait alors dire que la partie - bien plus massive - qui a voté pour le PCI a choisi la ligne du cassage des luttes, de la démobilisation et de la résignation face à l'attaque patronale). L'explication doit être cherchée ailleurs : le maintien et l'approfondissement de la

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larges secteurs à chercher une alternative d'ensemble. Pour une part importante des travailleurs, le PCI - qui recueille 32 à 33 % des voix - est l'axe d'une telle alternative. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que le PCI a rassemblé le plus large consensus électoral (34 %) en 1975-1976, précisément quand il présentait une perspective de participation à court terme au gouvernement avec le « compromis historique ». Or aujourd'hui, le PCI propose une hypothétique «alternative démocratique », sans formule ni programme, guère palpable pour les travailleurs. A l'opposé, Bettino Craxi semble mener une politique plus efficace : il a une proposition concrète de gouvernement, il donne l'impression de demander des comptes à la DC, alors que Berlinguer reporte toujours l'heure des comptes ... Enfin, Craxi ne charge pas d'autres forces de composer un gouvernement un peu moins démocrate-chrétien, il se propose lui-même comme alternative, et tout de suite. Pour illusoire que soit cette démarche, il est clair qu'elle est faite par des secteurs de l'électorat de gauche, d'autant plus facilement qu'il n'y a pas de différences substantielles entre les politiques réformistes des deux partis ouvriers. C'est cela qui a déterminé les déplacements de voix enregistrés à Bari.

En même temps, d'ailleurs, c'est cette même recherche d'une alternative d'ensemble par les travailleurs qui détermine les difficultés de la direction du PCI. En effet, Enrico Berlinguer ne peut pas envisager de maintenir congelés à long terme une tranche aussi consistante de l'électorat sans lui proposer une perspective, soit par une relance de la bataille pour entrer au gouvernement, soit par une relance des luttes sociales. C'est là que réside

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le nœud de la crise et du débat actuels du PCI que nous aborderons plus loin.

C'EST TOUJOURS

UN GOUVERNEMENT DEMOCRATE-CHRETIEN Si l'avênement d'un laïc à la présine représente nouveauté « positive » que beaucoup ont saluée, elle souligne néanmoins la crise de la DC et de ses méthodes de gouvernement. La bourgeoisie a favorisé cette solution parce que, à ses yeux, le scandale P2-DC risquait d'éclabousser toutes les institutions bourgeoises. Il fallait done prendre des mesures de sauvegarde pour revaloriser les institutions aux yeux des masses en mettant à leur tête un homme « probe », et laisser le temps a la DC, non pas de faire peau neuve, opération impossible, mais au moins de pratiquer un sé

La bourgeoisie ne mise pas pour autant sur la constitution d'une alternative à la Démocratie chrétienne ; les premiers éléments d'une telle alternative n'existent même pas et ce n'est pas en pleine crise qu'elle laissera tomber le seul instrument dont elle dispose. La DC, pour sa part, a commencé, dès la rentrée, à laisser entendre que le gouvernement Spadolini était un gouvernement de transition.

A regarder de plus près le gouverneSpadolini, on voit que par sa composition c'est le plus démocrate-chrétien de ces dernières années. Sur 27 ministres, 14 sont de la DC, 7 du PSI, 3 du PSDI et un du Parti républicain (PRI). La Démocratie chrétienne a mené une dure Enrico Berlinguer s'adressant aux ouvriers de la Fiat à Turin en septembre 1980. (DR)

bataille pour obtenir le plus de ministères possibles pour une raison simple : son pouvoir se fonde sur un clientélisme qui s'alimente aux caisses de l'Etat. Contrainte d'abandonner la présidence du Conseil, elle voulait se garantir le plus grand nombre de ministères pour maintenir et accroître sa clientèle, seul moyen pour elle de surmonter sa crise. Beaucoup de dirigeants démocrates-chrétiens n'ont d'ailleurs pas hésité à expliquer l'échec subi par leur parti, le 21 juin, par le fait qu'ils trop de ministères « rentables » - postes, transports - au PSI ou au PSDI ...

Le marchandage pour la formation du gouvernement a commencé à ouvrir les yeux à plus d'un naif des premiers jours. Le PCI a calmé ses enthousiasmes

Uses distances d'avec le nouveau gouvernement. Le PSI n'a pas abandonné ses ambitions, il attend seulement le bon moment - un échec des négociations sur le Pacte social par exemple — pour relancer la bataille pour une présidence du Conseil socialiste. La DC quant à elle, se prépare à reprendre au plus vite la place qu'elle estime être la sienne de droit. De ce seul point de vue, l'heure de la stabilité politique, c'est-à-dire de la résolution de la crise de direction de la bourgeoisie, n'a pas encore sonné en Italie.

L'UTILISATION DU

TERRORISME

CONTRE LES TRAVAILLEURS

Un autre élément de la crise italienne fait de nouveau peser sa menace sur les THAT luttes ouvrières : ce sont les actions terroristes et l'utilisation qui en est faite par le gouvernement et les directions réformistes contre les travailleurs combatifs.

L'enlèvement du juge d'Urso, à la fin 1980, avait marqué une reprise d'activité des Brigades rouges (BR) après de sérieux coups portés par la police à cette organisation. Ces derniers mois, les rouges ont multiplié les initiatives propagandistes dans les grandes entreprises (tracts, banderoles) comme l'Alfa Romeo, la Breda, l'OM, la Falck, la Marelli dans la région milanaise. De même, parmi les quatre enlèvements pratiqués au printemps par les BR, on trouvait le chef du personnel de l'Alfa Romeo, Sandrucei, et un responsable de la Montedison, Taliercio. En échange de ces deux personnes, les BR demandaient la suppression du chômage technique imposé à plusieurs centaines de travailleurs de l'Alfa Romeo et l'amélioration des conditions de travail à la Montedison (les deux autres personnes enlevées étaient Roberto Pecci, frère d'un terroriste « repenti », et Cirillo, dirigeant de la DC à Naples).

Plusieurs explications, pas nécessairement opposées, peuvent être données de la relance de l'activité des BR dans les entreprises. La première, c'est que les dirigeants des BR peuvent estimer - non sans

- que, vu l'aggravation des attaques contre la classe ouvrière et la politique de capitulation des directions syndicales, ils peuvent trouver un terrain de recrutement non négligeable dans les entreprises. La seconde, c'est que l'appareil d'Etat laisse consciemment des zones d'action libres aux terroristes, en aide même certains, quand cela peut servir ses projets. Car, s'il serait stupide de limiter le problème du terrorisme à une question de manipulation policière, il serait tout aussi stupide de nier que ce problème

Or, dans la phase actuelle, où l'objectif numéro un de la bourgeoisie est d'imposer l'austérité aux travailleurs, le terrorisme peut lui être utile. De nombreux éléments viennent à l'appui de cette affirmation. Rappelons d'abord que, lorsque la direction de la FIAT a licencié les « 61 » en octobre 1979 (avant-goût des 23 000 licenciés de l'automne 1980), elle a explicitement fait allusion à leurs prétendues sympathies terroristes. A l'Alfa Romeo de Milan, au cours de ces six derniers mois, plus de 80 travailleurs ont vu leur domicile perquisitionné ou ont reçu des communications judiciaires pour « appartenance à bande armée ». Un délégué de l'Alfa Romeo, Garofalo, a même été emprisonné durant sept mois avant d'être remis en liberté pour inconsistance du dossier (il avait été dénoncé par un « repenti »). Durant l'enlèvement de drucci, Gente a publié, sous le titre suggestif « Des analogies surprenantes », la photo de Sandrucci devant le drapeau des Brigades rouges portant le mot d'ordre de refus du chômage technique et la photo de l'affiche manuscrite de la cellule de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section italienne de la IVe Internationale, à

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Cortège de la Lega Comunista Rivoluzionaria (section italienne de la IVe Internationale) lors d'une manifestation à Milan. (DR)

pour un premier abonnement, qui n'est valable que pour les abonnements par l'Alfa Romeo, qui portait le même mot

Toujours durant la même période, la direction de l'Alfa Romeo a offert 50 millions de lires (250 000 francs français) à un employé pour qu'il dénonce comme terroristes des ouvriers connus comme mide Democrazia proletaria, de la LCR ou de la gauche syndicale.

Le PCI, champion de la lutte « antiterroriste », a repris à son compte cette identification entre certains mots d'ordre qui ne lui plaisent pas et le terrorisme. L'Unità du 11 juin dernier a ainsi publié un document du « ministère de l'Intérieur » du PCI qui soulignait que le mot d'ordre « Travailler moins pour travailler tous ! » était l'objectif caractéristique des BR aujourd'hui (5). Est-il besoin de préciser que le PCI est farouchement contre la réduction du temps de travail à

Mais grand mal lui en a pris ! Quelques jours plus tard, un dirigeant socialiste de la CGIL déclarait solennellement dans le quotidien Avanti que les terroristes noyautaient le syndicat, suggérant pesamment qu'on les trouvait surtout dans la composante communiste de l'organisa-

Le but de tout cela est clair : c'est de faire taire les travailleurs combatifs qui n'acceptent pas la résignation que leur proposent leurs directions syndicales.

Spadolini et le patronat n'ont pourtant pas attendu longtemps pour montrer que les travailleurs auront besoin de toutes leurs forces et de toute leur combativité pour repousser leurs attaques.

MISSILES ET AUSTERITE : LES MAUVAIS COUPS DE L'ETE

C'est au beau milieu des vacances d'août que le gouvernement a annoncé que les 112 missiles US Cruise destinés à l'Italie seraient installés à Comiso, près de Raguse en Sicile. Le gouvernement italien a ainsi été le premier en Europe à répondre à l'appel de Ronald Reagan. Le Parti socialiste, qui détient justement le minis-

. CONSIGLA AIZZE tère de la Défense, s'est fait le propagandiste acharné de la politique belliqueuse américaine. Bettino Craxi explique dans son journal que les risques de n'existent pas, que ces derniers temps il n'y a en fait eu de guerres que dans des extra-européens peut-être pas de « vraies » guerres ?), que ceux qui refusent les missiles sont des philo-soviétiques, etc.

Le PCI, lui, a réagi très fermement contre la décision gouvernementale et s'est lancé dans une vaste campagne pour

La cependant déjà pris un contour très institutionnel. Le PCI se prononce pour le désarmement bilatéral, le retrait des SS-20 soviétiques en échange de la non-installation des missiles US en Europe. Il se bat pour que l'Europe du Marché commun adopte une politique autonome face aux deux blocs. Il demande enfin l'ouverture immédiate de négociatins Est-Ouest. Pour lui, la mobilisation de masse ne peut venir qu'en appoint à une telle démarche ; depuis que le mouvement commence à prendre une grande ampleur et à se centrer sur le mot d'ordre de « Pas de missiles à Comiso ! », il adopte une attitude plus que prudente. Il a par exemple boycotté la manifestation qui a rassemblé 25 000 personnes à Venise, à la mi-septembre, à l'appel des radios démocratiques de la région.

Le programme de Spadolini tourne autour de trois points : « gel » de l'échelle

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à la forte augmentation des tarifs postaux.

LEGA

COMUNSTA

izione italiana del, rta Internazior mobile, réduction des dépenses sociales, imposition d'un Pacte social. Les directions syndicales qui avaient été obligées de s'engager à ne pas transiger sur l'échelle mobile sans consulter les travailleurs se sont empressées d'aller négocier une semaine à peine après la formation du gouassociations patronales avaient repris l'offensive sur l'échelle mobile, menaçant de dénoncer l'accord de 1975 toujours en vigueur. L'organisation

Confagricoltura a dénoncé la première cet accord. La Confindustria, demandé l'ouverture immédiate de négociations tripartites sur travail, déclarant à l'avance que, si les syndicats ne faisaient pas la preuve d'une également l'accord de 1975. Le chantage était évident, et d'autant plus facile que les dirigeants syndicaux sont depuis longtemps prêts à chanter. On a appris, par la suite, qu'à la veille de la réunion de la Confindustria, fin juin, son président, Merloni, avait rencontré Luciano Lama, le secrétaire de la CGIL, et en avait reçu l'assurance que le syndicat était prêt à ouvrir des négociations sur le coût du travail. Alors seulement la Confindustria a décidé de surseoir à la dénonciation de

5. L'Unità du 7 juin 1981 a publié une enquête sur l'Alfa Romeo visant à selon le titre , « Dans quelles eaux nage le poisson-BR/». « INPRECOR » prolonge jusqu'au 15 décembre 1981 son offre spéciale

90 FF 150 FF Nos tarifs passeront à 200 FF à compter du ler janvier 1982, pour pallier

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CISL : Confédération italienne syndicale du travail (centrale catholique).

CGIL : Confédération générale italienne du travail (pendant italien de la

CGT française).

UIL : Union italienne du travail (direction PSI et PSDI).

FLM : Fédération des travailleurs de la métallurgie (syndicat unitaire).

composé de la FIOM (liée à la CGIL), de la FIM (liée à la CISL) et de l'UILM (liée

Les discussions sur le Pacte social ont immédiatement commencé dès fin août. La proposition du gouvernement est la suivante : il s'agit d'imposer un « plafond » de l'inflation à 16 % par le blocage des prix ; les travailleurs ne verraient leurs salaires réajustés que dans la limite de ces 16 %. A la fin 1982, si l'inflation se révélait supérieure à ces 16 %, les travailleurs toucheraient une compensation. Mais il est aussi précisé qu'on ne tiendrait pas compte pour ce dernier calcul de l'inflation « importée » (pétrole, viande, fluctuation du dollar).

Le caractère totalement fumeux de ce plan saute aux yeux. Il est fondé exclusivement sur un hypothétique blocage des prix. Or, le gouvernement est le principal producteur d'inflation : au cours des six derniers mois, les prix de l'électricité et du combustible ont augmenté de 37 % et ceux des services de 23,5 %, et le gouvernement croit tellement au blocage des prix qu'il a déjà annoncé une nouvelle hausse de l'électricité. En outre, le blocage des prix au détail est laissé à la bonne volonté des commerçants; autant dire qu'il ne verra jamais le jour.

Le Pacte social comporte d'autres éléments : une forte réduction des dépenses publiques (des coupes sombres ont été annoncées à la mi-septembre budgets de la santé et des administrations locales, tandis que le budget militaire, lui, est augmenté) ; la diminution du coût du travail par une hausse de la productivité ; une plus grande mobilité de la main-d'œuvre assurée par une limitation à trois ans du droit à la Caisse de compensation (qui paie les salariés mis au chômage technique ; jusqu'ici la durée était illimitée). Le gouvernement fait le forcing sur le Pacte social pour une raison évidente : il veut ainsi vider de leur contenu les prochains contrats dont la négociation devrait commencer cet automne. Le renouvellement des contrats a toujours été un moment des revendications et des luttes ouvrières. Encore en 1979, après six mois de négociations sur la plateforme patronale, les luttes avaient fait sauter toutes les manœuvres. Le patronat veut éviter que cela ne se reproduise cette année et cherche donc à lier les mains des dirigeants syndicaux avec le

Les directions de la CISL et de la UIL sont tout à fait favorables à un tel pacte. Pour des raisons tactiques, la CGIL s'y déclare - au moins en paroles - opposée. Mais que s'empresse d'ajouter Luciano Lama dans une interview à la Repubblica début juillet? : « Il faut que le gouvernement ait un programme efficace contre l'inflation. Et alors, il est nomal que le gouvernement Spadolini dise aux partenaires sociaux, c'est-à-dire aux syndicats et à la Confindustria : "Regardez, dans l'intérêt du pays, je ferai la politiarticulée autour de ces points précis." Après l'avoir exposée, il est également juste que Spadolini nous demande, ainsi qu'aux employeurs, d'adapter notre comportement à ces lignes générales de lutte contre l'inflation. » Ce n'est sûrement pas ce genre d'« opposition » qui doit empêcher les patrons de

LA LEÇON MORALE DE BERLINGUER De même, I'« opposition » pratiquée par le PCI crée pour l'instant plus de problèmes à Enrico Berlinguer qu'au gouver-

Depuis le tournant effectué après la catastrophe électorale de 1979, le PCI connaît une absence de perspective stratégique qui, dans une situation comme celle que traverse l'Italie, le menace de paralysie. En juin 1979, le PCI perdait 4% des voix au niveau national ; Berlinguer admet, dans une interview à Repubblica : « Après les élections de 1979, nous risquions une défaite qui pouvait nous mettre à genoux. (...) Durant les gouvernements d'Unité nationale, nous avions perdu le contact direct avec les masses. (...) Nous avons vu s'affaiblir notre rapport avec les masses au cours de l'expérience des larges majorités de solidarité. (6) »

En novembre 1980, la direction du annonçait qu'elle remplaçait « compromis historique » par l'« alternative démocratique ». C'est-à-dire une alternative qui ne soit pas « de gauche », mais regroupe les partis de gauche bien sür, avec les partis laïcs et même au-delà, mais qui ne soit pas dirigée par la Démocratie chrétienne. Parallèlement, il maintenait une opposition « constructive » pour ne pas dire « collaborationniste ». Cette perspective floue quant à son contenu et inexistante quant à son programme et cette pratique de passivité ne de susciter des tiraillements en son sein ou des voix se font entendre pour privilégier les rapports avec le PSI. Lors de la réunion du Comité central de début juillet, Natta y répondait quand il disait que si les rapports entre PCI et PSI sont essentiels pour le renouvellement, il serait faux « d'assimiler et de réduire "Talternative démocratique" à l'alternative de gauche ou au regroupement des partis à la gauche de la DC ... ». Il soulignait ensuite l'importance de maintenir son attention vers la DC, « dans un moment où notre intervention et notre pression, ainsi que celle des autres forces de gauche, peuvent contribuer à déterminer quelques mises au point, un changement significatif dans la façon de faire de la politique et dans la ligne et les perspectives politiques de ce parti ».

Ainsi, au moment où la crise de la DC et du système de direction de la bourgeoisie est évident pour tous, et où l'avancée électorale de la gauche renforce la possibilité d'un changement, le PCI non seulement évite d'affronter le problème, mais commence à se sentir gêné par sa proposition d'« alternative ». La direction communiste craint en fait une perspective type Union de la gauche, non seulement pour des raisons de défense d'appareil, mais aussi par peur des effets déséquilibrants que cela pourrait avoir dans la si-

C'est pourquoi Enrico Berlinguer déploie tous ces efforts pour détourner l'attention de cette question centrale. C'est ainsi qu'il faut interpréter sa longue interview à Repubblica, fin juillet, consacrée à la crise morale qui mine l'Italie. Il y explique en substance qu'à son avis la dégénérescence des partis est la « raison essentielle de la crise italienne » ; leur occupation sans vergogne de tous les rouages de l'Etat et de la société, leur corruption, ont déterminé la crise des institutions ; ils soumettent la masse des Italiens à un chantage et c'est pourquoi ceux-ci, pour ne pas perdre les faveurs dont ils bénéficient, ne font rien pour changer la situation, etc. (7). Pas un mot sur la politique anti-ouvrière de la bourgeoisie, pas un mot sur les luttes des travailleurs... Quand il daigne aborder la politique concrète, c'est pour affirmer : « En bonne partie, il faut réduire les dépenses de l'Etat pour la santé. Le coût du travail doit être affron té et dans l'ensemble contenu, en agissant surtout sur le front de l'augmentation de la productivité. (8) »

Dans son discours de clôture de la Fête de l'Unità, Enrico Berlinguer a insisté de nouveau sur la question morale qui s'annonce clairement comme le gadget politique du PCI pour la saison 1981-

Avec sa leçon de morale, Enrico Berlinguer cache mal la crise de son projet politique, la fameuse « troisième voie » eurocommuniste et ne réussit pas à calmer les inquiétudes de ceux qui, dans les rangs de son parti et à la direction, voudraient utiliser autrement la grande force que constitue le PCI.

Enrico Berlinguer et les dirigeants du PCI ont multiplié les initiatives ces derniers temps pour « relancer » l'eurocommunisme : rencontre Santiago Carrillo-Enrico Berlinguer à Rome en juin dernier ; voyage d'Enrico Berlinguer en Yougoslavie à la mi-septembre ; rencontres multiples avec les grands partis sociaux-démocrates du nord de l'Europe ; préparation d'une rencontre entre Enrico Berlinguer et François Mitterrand à Paris, etc. Ils cherchent évidemment à redonner une crédibilité à l'« eurogauche » au moment où, face à l'offensive de Ronald Reagan, le PCI voit comme seule alternative une Europe unie et autonome ; dans ce cadre-là, il insiste beaucoup sur les rapports avec la social-démocratie de nombreux pays européens, dans la mesure où celle-ci est au pouvoir et peut donc vraiment « agir ». Enrico Berlinguer veut aussi donner une perspective de rechange à ses militants, leur montrer que sa politique en

6. La Repubblica, 28 juillet 1981. 7. Ibid. 8. Ibid.

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Italie fait partie d'une démarche plus générale en Europe, leur présenter quelque succès sur ce terrain, même si ce n'est que sous la forme d'un communiqué commun.

Pour le malheur d'Enrico Berlinguer, il faut bien reconnaître que son projet eurocommuniste a battu de l'aile à chaque fois qu'il a quitté le terrain des textes, des discours et des résolutions de congrès pour s'affronter à la politique concrète. Ce fut le cas avec l'expérience d'Unité nationale des années 1976-1979. On en a de nouveau aujourd'hui une bonne démons-

Deux des points centraux du projet eurocommuniste résident avec les socialistes et la lutte pour le socialisme dans la liberté, à partir d'une critique des sociétés de l'Est et de leur nécessaire démocratisation. Ces deux points sont actuellement passablement mis à mal par Enrico Berlinguer, si l'on en juge par la polémique entre son parti et le PSI d'une part, et ce qu'il dit à propos de la Pologne d'autre part. LE PROJET EUROCOMMUNISTE

A L'EPREUVE DES FAITS Il faut dire tout d'abord que la polémique entre le PCI et le PSI est largement réciproque et que chacune des directions de ces partis y trouve son compte.

Après la sortie du PCI de la majorité en 1979, Bettino Craxi a senti une possibilité de relancer son parti qui avait été laminé par le long flirt entre la DC et les communistes. Il abandonna dès lors la perspective de l'« alternative de gauche » qu'il opposait jadis au « compromis historique » et se tourna vers la participation gouvernementale avouée d'arriver à occuper bientôt le poste de président du Conseil. La direction du PSI estimait que, vu les crises respectives de la DC et du PCI, son projet pouvait avoir une certaine crédibilité. Il fallait, pour le mener à bien, isoler le PC et décourager les secteurs de la bourgeoisie qui pouvaient être tentés de recourir de nouveau à sa collaboration. D'où la polémique contre le PCI, parti non démocratique, étranger aux traditions occidentales (9) qui, il faut le dire, ne convainc que les convaincus, le PCI n'étant pas le PCF et

Berlinguer n'étant pas Georges Marchais, pour le grand malheur de Betti-

Le PCI, lui, a saisi la perche ainsi tendue pour dénoncer la collaboration du PSI au gouvernement, son approbation de les attaques anti-ouvrières, volonté d'enfermer le PCI dans un ghetto et de « rééquilibrer la gauche » à son profit. La préoccupation d'Enrico Berlinguer est double : il veut éviter à tout prix la formation d'un nouveau centre-gauche qui l'isolerait pour une longue période et, par sa polémique, il veut influencer les secteurs du PSI qui sont favorables à une politique d'unité ciation de tous les méfaits du PSI, rendre celui-ci responsable de l'absence de perspective, de l'impossibilité de concrétiser I'« alternative », et faire oublier que lui- même fait tout pour briser les reins à la riposte ouvrière. Le PCI espère ainsi maintenir sa sphere d'intluence, consacrer les consensus jusque-là recueillis pour les utiliser dès qu'il le jugera possible.

La polémique entre les deux partis ouvriers n'a pas, pour l'instant, les mêmes effets désastreux qu'elle a eu en France, unitaire de la classe ouvrière à travers les conseils d'usine qui ne répondent pas à des logiques d'appareil. Mais elle sente un obstacle majeur à la reprise des luttes d'ensemble sur les problèmes à l'ordre du jour et laisse les mains libres à la reconstitution d'une direction bourgeoise plus efficace.

La direction du PCI n'a pas saisi les événements polonais pour illustrer conception du socialisme dans la liberté en apportant un soutien inconditionnel à Solidarité et à la lutte pour un réel pouvoir démocratique des travailleurs. Il est intéressant de noter que l'attitude du PCI face aux événements polonais est différente de celle qu'il avait adoptée face au Printemps de Prague. Non pas que la situation internationale l'ait amené à taire ses critiques de l'Union soviétique (10), mais parce que le processus en cours en Pologne s'est déroulé totalement en dehors du parti et reste hors de son contrôle. En Tchécoslovaquie au contraire, on avait affaire à une tentative d'auto-réforme de la bureaucratie, initiée et contrôlée par une partie consistante du Parti comtchécoslovaque (PCT). Dans ce dernier cas, on pouvait tabler sur un processus graduel qui donnerait le pouvoir à Pologne, au contraire, on risque de voir se dérouler la pire des choses pour un esprit de bureaucrate : la prise en main des usines et du pouvoir par les travailleurs, ce qui ne manquerait pas de déstabiliser le statu quo en Europe, et, aussi, pourrait donner l'envie aux travailleurs occidentaux de se débarrasser de tous ces dirigeants qui les paralysent. De quoi donner des cauchemars à Enrico Berlinguer qui a salué avec enthousiasme le « renouveau » de Stanislaw Kania et ne cesse d'appeler à un compromis (historique, encore une fois) entre le POUP, l'Eglise et Solidarité (11). On peut relever la différence de traitement entre les deux expériences : la direction du PCI avait envoyé, en avril 1968, son secrétaire général Luigi Longo à Prague apporter son soutien à Alexandre Dubeek et la direction du PCI avait élaboré une résolution de soutien à l'expérience en cours ; rien de pareil pour la Pologne, qui n'a droit qu'aux articles d'actualité de l'Unità.

9. Cette dernière accusation ne manque pas de faire sourire quand on se rappelle l'orthodoxie philo-stalinienne affichée jusqu'en 1956 par le PSI, dont le secrétaire d'alors, Nenni, a même reçu le Prix Stalíne de la paix des mains du dictateur du Kremlin.

10. Dans son discours à la Fête de l'Unità, Berlinguer a dénoncé PURSS comme une des responsables de la tension internationale actuelle à cause de l'invasion de l'Afghanistan et des menaces qu'elle fait peser sur la Pologne (Unita, 21 septembre 1981). De même, le communiqué commun PCI-PCE de juin demande le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan.

L'offensive patronale contre l'emploi est certainement l'arme la plus acérée dont dispose le capital contre le dispositif de lutte des travailleurs. La défaite subie par les travailleurs de la FIAT (12) en octobre 1980 marque, de ce point de vue, un certain tournant dans la situation sociale. En effet, depuis lors, dans des cen-

- petites, moyennes et grandes — des milliers de travailleurs sont à la cassa di integrazione (en chômage technique, tout en recevant 80 à 90 % du salaire) pour une longue période et parfois même pour un temps indéterminé. Ces licenciements camouflés commencent à affaiblir les positions de la classe ouvrière et visent à porter un coup au syndicat des conseils, conquête de 1969. En effet,

«suspendus », nombreux sont les militants syndicalistes d'avant-garde. Face à cette attaque patronale, les directions syndicales n'ont orgaaucune riposte d'ensemble. Bien au elles invoquent la nécessité et l'inéluctabilité des restructurations capita-

L'ALTERNATIVE OUVRIERE

EST POSSIBLE ! Pourtant, aussi bien la crise politique très profonde que connaît l'Italie, que ces attaques contre les acquis des travailleurs sont là pour démontrer le besoin d'une riposte ouvrière à la crise. Cette dernière est possible. La résistance des travailleurs et travailleuses aux attaques, leur défense de l'échelle mobile et du droit à l'avortement, la contestation dans les rangs des syndicats à l'orientation leur vote massif pour les partis ouvriers en l'installation des missiles américains, tout cela montre que les forces existent pour s'opposer aux plans du capital, pour chasser la Démocratie chrétienne ou ses substituts du gouvernement, pour imposer un plan ouvrier pour sortir de la crise et un gouvernement des partis ouvriers.

C'est précisément force existe que les directions réformistes font tant d'efforts pour la démobiliser.

C'est précisément parce que l'alternative est nécessaire et possible qu'il faut l'organiser et la préparer à travers les luttes unitaires contre le Pacte social, pour l'ouverture immédiate de la consultation des travailleurs en vue d'élaborer la plateforme des contrats et contre l'installation des missiles américains à Comiso.

Anna LIBERA 5 octobre 1981. 11. Discours d'Enrico Berlinguer à la Féte de l'Unita (Unita, 21 septembre 1981). Notons que Berlinguer n'est pas seul sur cette longueur d'onde et est largement secondé par les rédacteurs du Manifesto : K.S. plein Congrès de Solidarité que le syndicat in« condamnés Rossana Rossanda, elle est allée jusqu'à souhaiter, pour redresser le PCI, qu'un Stanislaw Kania prenne la relêve d'Enrico Berlinguer ...

12. A. Duret, « FIAT, un premier point pour le patronat ». Inprecor, numéro 87-88, du

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