ANS les mois qui ont précédé le treizième anniversaire
Dde l'intervention soviétique du 21 andt dans , les bu reaucrates tchécoslovaques se sont lancés dans une nouvelle vague répressive contre les militants des droits démocrati-
Rudolf Battek, porte-parole de la Charte 77 et membre fondateur du VONS (Comité de défense des personnes injustement persécutées) était lourdement condamné fin juillet ;
Petr Uhl, déjà emprisonné depuis 1979 où il fut condamné à cinq ans de détention se voyait, comme d'autres détenus politiques, toujours plus soumis aux brimades des autorités pénitentiaires ; enfin, 18 signataires de la Charte 77, dont 8 sont
Soucieux sans doute de parfaire une
« normalisation » contrariée par le lancement en janvier 1977 du Manifeste de la Charte 77, véritable programme de lutte pour les libertés confisquées (signé par 200 personnes au début, ce document regroupera par la suite plus de 1 200 signatures publiques), et par la création en avril 1978 du VONS, reconnu en 1979 par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) comme sa section tchécoslovaque, les bureaucrates de Prague avaient déjà condamné, en octobre
1979, Petr Uhl, Vaclav Havel, Jiri Dienstbier et Vaclav Benda - tous militants du
VONS et signataires de la Charte 77 - à de nombreuses années de prison. Cela a porté un coup sérieux au mouvement de la Charte 77 sans pour autant parvenir à l'anéantir entièrement.
Sur ce, intervenaient les grandes grèves en Pologne d'août 1980. Si les effets directs de la situation polonaise semblent avoir été limités, notamment à des grèves dans la région frontalière et industrielle d'Ostrava à l'automne dernier, c'est surtout l'exemple que constitue l'existence même d'un syndicat indépendant de 10 millions de membres — que les bureaucrates polonais et le Kremlin ont été incapables jusqu'à maintenant de mettre au pas - qui inquiète les dirigeants tchécoslovaques. En Tchécoslovaquie peut-être plus qu'ailleurs, tout signe de faiblesse de l'Union soviétique dans un autre pays du glacis pourrait signifier un immense encouragement à la lutte pour les travailleurs encore traumatisés par l'intervention militaire d'août 1968. D'autant plus que l'exemple polonais illustre aussi, à travers le rôle de détonateur du KOR (Comité d'autodéfense sociale), l'impact que peuvent avoir sur l'ensemble du mouvement ouvrier, dans une situation de crise sociale, de petits groupes contestataires dont l'audience était auparavant limitée à un milieu plutôt intellectuel.
à Prague cès staliniens des années 1950. tion. » (Le Monde, C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles le Parti communiste tchécoslovaque (PCT) monte en première ligne pour calomnier Solidarité et admonester les bureaucrates polonais. Ainsi, à la mi-juin, alors que se préparait un congrès du POUP qui allait s'avérer unique en son genre, Rude Pravo s'en prenait vivement aux « ennemis du socialisme en Pologne qui se ruent au pouvoir et se saisissent d'une position après l'autre, menaçant ainsi l'existence même de l'Etat polonais indépendant ». Dans la foulée de la campagne déclenchée alors par le Kremlin, l'organe du PCT se référait à « l'expérience » tirée par les bureaucrates tchécoslovaques des événements de 1968 pour encourager le POUP à « résister résolument aux éléments contre-révolutionnaires ». accentuation de la répression contre les militants du VONS et de la Charte 77. Le 6 mai 1981, 8 signataires de la Charte 77, pour la plupart connus dans le pays et jouant un rôle important dans la diffusion des samizdat, les journalistes Karel Kynel et Jiri Ruml, Eva Kanturkova (auteur d'un livre Douze femmes à Prague publié en français aux éditions Maspero), la sociologue Jirina Silkova et Jan Ruml, fils de Jiri Ruml et membre du collectif des porte-parole de la Charte 77, étaient arrêtés. Avec 9 autres personnes dont la femme et le frère de Vaclav Havel, ils sont accusés d'« activités subversives sur une large échelle et en rapport avec l'étranger », ce qui leur fait encourir des peines allant jusqu'à 10 ans de prison ...
Ces arrestations sont intervenues après celles, le 28 avril, de deux Français, membres du syndicat étudiant UNEF (indépendante démocratique), Gilles Thonon et Françoise Anis, accusés d'avoir « transporté des documents subversifs et de l'argent destinés à des citoyens tchécoslovaques » et qui seront ensuite expulsés le 20 mai après plusieurs semaines d'interrogatoires et de prison.
TCHECOSLOVAQUIE en détention préventive depuis le mois de mai 1981, attendent un procès qui risque fort de ressembler aux plus sinistres pro-
Le 5 octobre, une lettre ouverte des porte-parole de la
Charte 77, faisant le bilan de la « multiplication des actes autoritaires » des dirigeants tchécoslovaques, notait : « Si les autorités cherchent à convaincre que la Tchécoslovaquie ne connaitra pas une situation semblable à celle du voisin polonais, elles doivent se rappeler que celui-ci en est arrivé là parce que le gouvernement n'a pas résolu à temps les problèmes et qu'il a caché leur existence, la répression n'apportant rien à leur solu-
7 octobre 1981).
Bien qu'aucun lien entre les Tchécoslovaques inculpés et les Français arrêtés à leur entrée en Tchécoslovaquie n'ait été établi, la presse s'est livrée à une intense campagne contre les « centrales d'émigration étrangères » et leurs émissaires qui voudraient « déstabiliser » le pays. Rude
Pravo du 30 juin 1981, tentant de discré diter les militants arrêtés, vilipende « les centrales d'émigration qui cherchent, avec l'aide de leurs comparses dans le pays, divers moyens de nuire même à l'économie tchécoslovaque ». Et le plumitif de la bureaucratie de Prague en profite pour faire un parallèle avec la Pologne où, « sans les dollars et autres, les dirigeants réactionnaires de Solidarité d'autres associations douteuses ne pourraient pas faire grand-chose ».
l'arrestation même des deux Français semble avoir été préparée par des agents tchécoslovaques dans l'émigration. Car leur voiture était « attendue ». En effet, l'Agence France-Presse note que l'arrivée de la camionnette des
Français au poste frontière de Dolni Dvoriste et sa fouille étaient restransmises à
Mais, en s'en prenant ainsi à des intellectuels de renom qu'elle accuse d'être à la solde de l'étranger, la bureaucratie tchécoslovaque donnait un avertissement des intellectuels qui pourraient, notamment, depuis les événements de Pologne, être encouragés à soutenir un peu plus ouvertement les activités du
VONS et de la Charte 77.
C'est dans ce climat qu'est intervenue la lourde condamnation à sept ans et demi de détention et trois ans d'assignation à résidence, le 28 juillet, du porte-parole de la Charte 77 et membre fondateur
VONS : Rudolph Battek. Il a été du condamné lors d'un procès expéditif auquel aucun observateur ou avocat étranger n'a pu assister. On lui a reproché, entre autres choses, d'avoir envoyé des let tres aux dirigeants socialistes Willy Brandt
(RFA) et Bruno Kreisky (Autriche).
Cette condamnation a été un nouveau coup dur pour le mouvement démocratique en Tchécoslovaquie, d'autant plus que pour Rudolph Battek s'étaient mobilisées de nombreuses organisations ouvrières à l'étranger (comme le PS français, la CGT et la social-démocratie européenne).
Arrêté à Prague le 14 juin 1980, Rudolph Battek avait dans un premier temps été inculpé seulement de « voies de fait sur un représentant de l'ordre » pour une sombre affaire qui ressemblait fortement à une provocation organisée. Laissée de côté en janvier 1981 pour son peu de poids, bien que Rudoph Battek soit en prison depuis déjà plusieurs mois, cette
Best alors assortie de d'« activités subuersives sur une large échelle dirigée contre la République » pour avoir rédigé un essai prétendument « anti-socialiste » intitulé « la Liberté et le Pouvoir » dont des exemplaires ont été découverts chez lui lors d'une perquisition datant du 3 octobre 1979. Enfin, en avril dernier, le procureur « reformule » l'accusation en ajoutant que son délit a été commis « en connivence avec des puissances étrangères ». Ce n'est que début octobre, pour « harmoniser » la peine de Rudolph Battek avec celles de
Petr Uhl et de ses compagnons, que la cour d'appel décide de la réduire de deux ans.
Comme en témoigne l'aggravation de l'état de santé de nombreux prisonniers, les persécutions contre les militants tchécoslovaques pour les libertés démocratis'arrêtent pas à leur condamnation. Toute protestation contre leurs conditions inhumaines de détention entraine brimades ou condamnations supplémentaires, par exemple pour « entrave à la bonne application de la peine », comme dans le cas de Petr Cibulka qui s'était mis en grève de la faim.
Les brimades contre Petr Uhl ont été rendues publiques par sa femme Anna Sabatova qui, dans une lettre au procureur général, raconte : « Lors de ma derniere visite en novembre, mon mari m'a déclaré qu'il voulait que je sache que si jamais quelque chose lui arrivait dans le futur, il n'en serait pas responsable ... Mon mari est continuellement brimé et persécuté. En novembre, il a été puni par trois fois par les autorités pénitentiaires pour des motifs ridicules sur la base de faux prétextes. Le capitaine Moravek de la prison Mirou lui a dit : "Vous ne sortirez pas de ce trou !". »
Or, comme le précise Anna Sabatova, dans la prison de Mirov où est incarcéré
Petr Uhl, « 32 prisonniers vivent dans une pièce de 55 m2 et se partagent une toilette. Ce qui, naturellement, encourage les
Get provoque des névroses. En outre, les prisonniers politiques subissent une discrimination particulière. Résultats de ces intolérables conditions: trois prisonniers ont été poussés au suicide à Mirou l'année dernière. Le dernier était Julius Pospicil, le 18 décembre 1980 ».
Si la lutte des travailleurs polonais concentre, à juste titre d'ailleurs, l'attention et l'espoir de millions de travailleurs à travers le monde, les prisonniers polititchécoslovaques dans leurs geôles et ceux qui attendent un procès, dont tout porte à croire qu'il s'annonce déjà dans le pire style des procès staliniens des années 1950, ne doivent pas être oubliés. Bien au contraire, l'intérêt de millions de travailleurs pour le cours de la Révolution polonaise doit être mis à profit pour accentuer la mobilisation pour la libération de Petr Uhl, Vaclav Havel, Rudolph Battek et de tous les prisonniers politiques tchéco-
Vincent KERMEL 12 octobre 1981.