Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CONFERENCE DE CANCUN

Aucune réponse pour les 800 millions de « pauvres absolus » de la planète

Inprecor n° 112, 9 novembre 1981 · p. 13 · 792 mots

• de réunir un sommet mondial d'un nombre limité de E Rapport Brandt proposait, au début de l'année 1980,

« pays clés ». Le Mexique et l'Autriche en ont repris l'idée. Deux réunions préparatoires se sont tenues à Vienne, sous l'égide du chancelier Bruno Kreisky, le dirigant socialdémocrate autrichien, fin 1980 et début 1981.

Ces derniers jours, à Cancun au Mexique, 22 pays viennent de se réunir. Leurs représentants ont été bien logés et bien nourris. Au centre des discussions, on a pu retrouver tous les thèmes avancés par les classes dirigeantes des pays semi-coloniaux depuis 1964 ... avec les résultats que l'on sait ...

Pendant ce temps, la situation économique et sociale dans les pays dits en voie de développement n'a cessé de s'aggraver. Selon la Banque Mondiale, 800 millions de personnes — parmi lesquelles 40 % d'enfants de moins de 10 ans — sont dans un état de « pauvreté absolue ». Elles se concentrent avant tout dans les campagnes et dans les bidonvilles gigantesques qui croissent comme des champignons dans le Tiers Monde et qui accueillent les paysans paupérisés chassés de leurs terres. Chômage et sous-emploi se développent, avec la surexploitation meurtrière qui en découle : « Dans certains quartiers de Bombay en Inde, 25 % des enfants commencent à travailler entre 6 et 9 ans : 48 % le font entre 10 et 12 ans et 27 % font leur en trée sur le marché de travail (sic) entre 13 et 15 ans, malgré un très fort chômage adulte qui affecte au moins 40 % de la population active » (le Monde, 13-14 septembre 1981).

Le déficit céréalier des pays de la « périphérie » ne fait que croître. Leurs importations de céréales ont triplé en 20 ans. Cela est dû non pas à des causes « naturelles » ou « démographiques », mais avant tout au pillage impérialiste et à la rapacité des classes dominantes indigènes : structure agraire de grande propriété, subtitution des cultures alimentaires par des cultures d'exportation, épuisement des sols selon la logique de l'agro-business, augmentation de la demande alimentaire liée à l'urbanisation accélérée (bidonvilles), politique délibérée de l'impérialisme - avant tout américain — de vendre ses surplus sous l'étiquette de l'« aide alimentaire » dont les effets sur le développement de l'agriculture sont négatifs, etc.

Actuellement, 29 pays, sur la cinquantaine que compte l'Afrique, souffrent de carences alimentaires graves, tandis que les profits des pays impérialistes exportateurs de céréales se portent fort bien, et que leurs surplus (!) sont importants.

Les crises cycliques des économies impérialistes provoquent une baisse du volume et des prix relatifs des matières

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Aucune réponse à Cancun

de la planète

premières exportées par les pays semi-coloniaux. Or, ces produits représentent toujours l'essentiel des sources de devises susceptibles de financer leurs importations. En outre, la crise des économies impérialistes pousse les gouvernements à renvoyer beaucoup de travailleurs émigrés dans leur pays. Ainsi, une autre source de devises se tarit. Les mesures protectionnistes prises par les pays impérialistes, sous diverses formes, freinent les exportations des pays semi-coloniaux. Si l'on ajoute à cela les effets des « chocs pétroliers » successifs, la situation financière de ces pays est catastrophique. Ce qui n'empêche pas les firmes multinationales de transférer des capitaux vers le « cen-

La « solution capitaliste » à ce déséquilibre financier (balance des paiements), à cet étranglement, est classique : extraire avec brutalité des travailleurs et masses paysannes la quantité de plus-value nécessaire pour rééquilibrer les finances du pays. Ainsi, toute une série de plans dont le Fonds monétaire international (FMI) se fait le champion, sont mis en place par les bourgeoisies autochtones :

La) Augmentation des prix des biens de première nécessité, entre autres alimentaires, afin de réduire encore plus la consommation (et même d'accroître les produits disponibles pour l'exportation) ;

Mb) Dévaluations qui ont aussi pour effet de diminuer les importations en les rendant plus chères, tout en abaissant les prix des produits exportés (les matières premières destinées aux pays impérialistes) ;

Gc) Blocage des salaires, augmentation des heures de travail et des cadences, etc., afin d'accroître de façon forcenée la plus-value absolue et relative (pour cela des régimes dictatoriaux et policiers doivent permettre de mater les masses laborieuses exploitées de concert par les multinationales et les capitalistes locaux).

Voilà le genre de « dialogue » qui constitue l'essentiel des échanges entre le Nord et le Sud. L'article d'André Gunder Frank que nous publions ci-dessous opère un démontage systématique du Rapport Brandt — fleuron de la Ile Internationale — et indique sa portée et sa fonction effective. Il éclaire ainsi, on ne peut mieux, la réunion qui vient de se tenir à Cancun.

25 octobre 1981.

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