cle sur la grève du textile de Zyrardow. L'auteur, J. Klosinski, y écrit : « C'est le premier jour de la grève dans l'entreprise des textiles techniques de Zyrardow
(la grève a débuté le 14 octobre). Ecoutons ces femmes qui disaient qu'elles arrive à l'usine, et on ne sait même pas si on trouvera dans la boutique des sandwiches avec du fromage aigri (tellement aigri que même les chats n'en veulent pas) et du beurre rance. On ne sait pas si on aura quelque chose à se du matin, je prenne ma place dans la queue, que j'y reste un jour et une nuit.
Et le mardi, soit je pourrai acheter quelque chose, soit il n'y aura rien. Les cinq envoient parfois cinq kilos de saucisson. Les retraités, qui restent tout le temps dans la queue, jour et nuit, arrivent parfois à acheter quelque chose, mais ceux sans tickets de rationnement. On se sent brimées par rapport à Varsovie. Là- bas, on peut acheter des sucreries, du café avec le bon de vodka, et chez nous :
rien ! Certaines d'entre nous travaillent à Zyrardow, mais habitent dans le département de Varsovie, mais dans ma ville, par exemple, les tickets de Zyrarfaire, ni un gâteau, ni des pâtes, et la farine est gaspillée. Hier, la vendeuse a ounuent à produire. (...) Il n'y a ni aiguilles, ni fil, ni draps, ni serviettes, ni chaussettes, ni bas, ni linge. Mais c'est nous qui produisons tout ça, et nous avons
Notre vie doit s'améliorer. Il n'y a rien pour se laver. Où qu'on se tourne, on entend que les enfants ont des poux. Les enfants sortent de l'école pour faire la queue. Ils savent qu'à la maison on manque de tout et que, s'ils amènent quelj'ai fait la queue trois jours et trois nuits, du vendredi au lundi. La foule a cassé la vitrine, et il y a eu la scène suivante : les gosses ont réussi à passer par cette vitrine et ont pu acheter des chaussures pour la mère. Mon Dieu, quelle joie c'éface à la paralysie du pouvoir et devant la Jacqueline ALLIO
Il y a quelques mois à peine, en dépit des secousses profondes qui secouaient le parti à la veille du IXe Congrès extraordinaire du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), le gouvernement de Varsovie semblait encore avoir un semblant d'existence. Ne serait-ce qu'en raison des illusions qu'une partie de la société conservait en la figure du général Jaruzelski appelé au poste de Premier ministre en janvier dernier et du vague espoir que le programme adopté par le Congrès du POUP tracerait des perspectives pour sortir de la crise.
C'est ce qui laissait une certaine crédibilité aux positions développées depuis l'été 1980 par nombre de représentants du Comité d'auto-défense sociale • KOR, et par Jacek Kuron en particulier, lorsqu'ils affirmaient que le mouvement « ne pouvait proposer le renversement du pouvoir politique », dans la mesure où cela impliquerait un danger immédiat d'affrontement avec l'URSS et quand ils proposaient d'aider le pouvoir à satisfaire les revendications du mouvement de masse en participant, avec l'aide des experts et des hommes de science, à l'élaboration d'un programme de réforme économique ...
LA PARALYSIE DU POUVOIR
Aujourd'hui, bien rares sont ceux en Pologne - qu'ils soient membres du POUP ou non - qui osent s'aventurer à parler en privé du « programme » du parti, tant il est évident que celui-ci a fait faillite.
La paralysie du pouvoir se mesure au vide de ses propositions actuelles, et à la fréquence des appels angoissés que les autorités adressent à toutes les forces sociales pour qu'elles « coopèrent à trouver les solutions qui permettront de sortir de la crise ». Le fait que de tels appels soient régulièrement précédés de trois colonnes d'anathèmes contre les « anti-socialistes » qui veulent transformer Solidarité en parti politique d'opposition, et d'attaques d'une invraisemblable violence verbale contre le syndicat ne change rien à l'affaire. La seule « proposition » des bureaucrates, c'est de demander aux ouvriers de ne pas faire grève pour éviter une chute supplémentaire de la production.
« Les paysans ont besoin d'articles industriels, ils ont besoin de machines et de pièces de rechange », dit par exemple une déclaration de l'exécutif du POUP de
Lodz datée du 19 octobre en réponse à une résolution de la direction régionale de
Solidarité expliquant l'impatience des travailleurs et réclamant un véritable contrôle social sur les décisions des autorités.
« Aucun pouvoir au monde ne pourrait s'attendre à une patience aussi grande de la part d'une population à laquelle on a donné des cartes de rationnement tout en se montrant incapable d'en assu-
Ce que disent les ouvrières de Zyrardow en grève n'avaient pas d'autre solution que de faire la grève jusqu'au bout. » mettre sous la dent.
premières personnes trouveront quelque chose et les autres n'auront rien.
qui travaillent n'ont rien.
dow ne sont pas pris en compte.
vert sous mes yeux un sac de farine : à l'intérieur il y avait de gros vers.
même augmenté la production ... Alors ?
que chose, c'est une si grande joie...
POLOGNE combativité ouvrière rer la contrepartie. (...) Les autorités ne veulent pas comprendre que ce sont elles qui sont au service de la société, et non la société à leur service », affirmait notamment la résolution de Solidarité publiée sur la même page que la réponse du parti.
Il n'y a quasiment plus rien à manger et les hôpitaux ne savent plus où donner de la tête face à tous les cas d'ouvriers tombés d'inanition qu'on leur amène
Le bulletin de Solidarité de Varsovie a publié, le 23 octobre 1981, un arti-
« Toute la journée on se traîne dans les magasins, la langue pendante. On
« Si je veux acheter de la viande le mardi, il faut que le lundi, à 6 heures
« On a un paquet de margarine par mois, alors qu'à Varsovie on en trouve
« Qu'est-ce que c'est qu'un kilo de farine par mois ? On ne peut rien en
« Et que deviennent les autres articles ? Pourtant, les entreprises conti-
« On fera la grève tant que les autorités ne s'engageront pas concrètement.
« Tout ça c'est devenu normal pour eux. (...) Pour acheter des chaussures,
« Niezaleznose », numéro 153
Varsovie, 23 octobre 1981.
L'EXPRESSION DE LA FAILLITE DE LA BUREAUCRATIE CIVILE d'être un tabou pour les militants de Solidarité. En témoigne le télex envoyé par le syndicat Solidarité de la fonderie Huta Batory de Katowice à toutes les entreprises : « Il faut organiser des rencontres avec les appelés qui partent à l'armée, comme nous l'avons fait dans notre entreprise le 20 octobre dernier sur le thème : "Plus jamais les soldats ne doivent utiliser la force contre les travailleurs comme ce fut le cas en 1956, 1970 et 1976. " Organisez des rencontres l'armée elle-même. Ainsi, la prolongation de deux mois du service militaire, pour ceux qui ont déjà servi pendant deux ans, a été très mal accueillie. En témoigne la lettre des soldats de la caserne de Lublin : « Les autorités espèrent que, en tant que "non encore contaminés" par Solidarité, nous exécuterons tous les ordres sans réfléchir, s'il y a des émeutes. Nous déclarons done que, si nous ne pouvons pas encore faire partie du syndicat, nous sommes de tout cœur avec vous. Nous ne serons pas un outil dans les mains du pouvoir. Nous déclarons que nous ne voulons pas lutter contre les ouuriers, nous voulons les servir et nous le ferons ! » Le bulletin syndical de Varsovie qui publie cet extrait - Niezaleznose du 21 octobre - ajoute que les soldats de Lublin
« s'adressent à toute la société en lui demandant de l'aide ». Et également :
d'urgence. Les vitrines des magasins en général sont de plus en plus vides - sans parler du fait que ces derniers sont de plus en plus fréquemment fermés tout simplement - faute de tout: plus de chaussures, plus de cahiers, plus de verres de lunettes. La production des entreprises est en chute libre faute d'énergie ou de pièces de rechange. Il n'y a plus d'essence - il faut faire la queue entre trois et huit heures à Varsovie pour en obtenir et, ailleurs, de très nombreuses pompes ont tout bêtement cessé de fonctionner - et les transports en commun sont réduits de jour en jour par des circulaires décrétant que telle ligne de bus est supprimée ou que les voitures en service ne s'arrêteront plus qu'à un nombre minimum d'endroits. On parle de supprimer totalement les lignes aériennes intérieures. L'hiver arrive, et il n'y a pas de sel ni d'engins pour déblayer les routes. On sait en conséquence déjà que toute une partie des axes routiers seront fermés à la circulation dès l'arrivée des grands froids. Les autorités se montrent totalement impuissantes depuis des mois à améliorer la situation en quoi que ce soit.
Les innombrables résolutions adoptées demandant la révocation de personnes « fautives » dans l'administration et dans les directions d'entreprises sont restées sans effet la plupart du temps : les intérêts de groupes au sein de la bureaucratie se sont avérés plus forts que toute la « bonne volonté » des « libéraux » du POUP. La paralysie du pouvoir est tellement flagrante que cela se traduit entre autres par une véritable hémorragie dans les rangs du parti. « Ce ne sont plus tellement les jeunes qui démissionnent du parti, mais les ouvriers qui, dans les années 1940, ont construit les fondements de la Pologne populaire » devait affirmer le secrétaire du POUP à FSO (FIAT-Polski) lors de la discussion du IVème Plenum du parti. « Le Bureau politique dit qu'il faut procéder à la "vérification" de la reprise des cartes. Malheureusement, cette "vérification" s'est déjà faite d'elle-même en ce qui concerne la masse des ouvriers ... Le gouvernement se plaint qu'il perd le contact avec la société. Moi, j'affirme qu'il en est de même en ce qui concerne le Bureau politique et le Comité central. Nous perdons le contact avec la des membres du parti... Si cela continue, nous allons perdre totalement la confiance de la société » devait ajouter un autre membre du Comité central. Le
Dès lors, le caractère illusoire de la démarche politique préconisée par Jacek Kuron et la plupart des membres connus de l'ex-KOR n'en apparaît que plus cruellement. En quoi le maintien au pouvoir d'un parti aussi incapable serait-il une garantie quelconque pour éviter un affrontement ?
Tout indique d'ailleurs que l'état de choses décrit plus haut ne saurait durer. L'explosion sociale et la multiplication des arrêts de travail (grèves à Zielona Gora, à Tarnobrzeg et ailleurs) et des affrontements locaux qui ont précédé la grève générale de mercredi 28 octobre montrent que la patience des travailleurs a des limites.
Manger, se vêtir, se chauffer, ce sont là des besoins sociaux élémentaires ressentis avec d'autant plus d'acuité que ce pays a connu il y a peu une période de développement économique qui laissait espérer d'autres lendemains du point de vue du niveau de vie de la population. Il
La destitution de Stanislaw Kania comme premier secrétaire du parti, son remplacement par le général Jaruzelski qui reste par ailleurs ministre de la Detense et Premier ministre —, la nomi nation de nombreux militaires à des pos tes de responsabilité (ministères des Mines, de la Science, des Universités, de l'Education, des Transports et de l'Industrie mécanique, c'est-à-dire de l'armement), l'entrée d'un deuxième général (Florian Siwicki) au Bureau politique, de même que la mise sur pied de « groupes opérationnels » de soldats encadrés par des ofadministratives et économiques (...) et à venir en aide à la société », apparaissent comme autant de mesures qui pourraient ultérieurement servir à l'avènement d'un gouvernement musclé décidé à casser le processus de mobilisation des masses po
Comptant sur la lassitude des ouvriers découragés par des conditions de vie aussi insupportables, ainsi que sur les aspirations au calme et à l'ordre à tout prix de la partie la plus arriérée de la population, une aile de l'appareil bureaucratique entend bien jouer cette carte dès maintenant. Les multiples provocations contre des militants de Solidarité sont là pour en témoigner. Arrestations, passages à tabac, saisies de matériel, interdiction de coller des affiches, mise à sac de locaux de Solidarité : la liste des agressions
Premiers remous dans l'armée similaires dans vos entreprises. »
« Des signaux similaires nous parviennent d'autres régions » ...
faudra bien que quelqu'un y réponde, d'une manière ou d'une autre. Si ce n'est pas Solidarité - s'appuyant sur les organisations sociales de masse et en particulier sur le mouvement des conseils ouvriers pour faire triompher un système de direction et de pouvoir n'ayant pas grand chose à voir avec la dictature bureaucratique en vigueur en Pologne —, ce sera la bureaucratie. L'ARMEE A LA RESCOUSSE : de la milice et de la police à l'encontre des militants du syndicat dressée par le bulletin national d'information de Solidarité - AS - dans ses deux derniers numéros montre que la répression — pour sélective qu'elle soit encore - tend à devenir une arme quotidienne dans les mains des autorités. Et cela dans toutes les régions dans l'immédiat, le recours à des militaires et à des unités de assurer l'ordre doit être comme l'expression de la faillite de la bureaucratie civile. La tentative d'y substituer l'appareil de l'armée - dont la crédibilité est beaucoup moins entamée — se fonde sur l'espoir que ce dernier fera preuve d'un peu plus d'ef ficacité, vu les habitudes de discipline et les méthodes de direction en vigueur dans l'armée. Cet espoir est renforcé par le fait que les militaires - y compris les officiers — ne bénéficient pas des mêmes privilèges que les bureaucrates de l'appareil administratif civil actuel et qu'ils seront donc moins sensibles à la corruption. Du moins dans un premier temps ... Car la logique inévitable de corruption qui pré vaut dans toute bureaucratie ne tardera pas à gangréner l'appareil militaire à son tour.
Le fait, cependant, que l'appareil administratif ait été obligé d'accepter les mesures récentes de militarisation du pouvoir en dit long sur la paralysie dont il Propulsée de plus en plus sur le devant de la scène politique, l'armée cesse Cette préoccupation coïncide avec les premiers remous perceptibles dans
que, pour toute une partie de la direction te de mettre en place aupres du Conseil est victime. Car, si ce processus se poursuivait, cela signifierait à terme la possidestitution de milliers de fonctionnaires-bureaucrates dont l'incapacité a été largement dénoncée et démontrée depuis des mois. Que ceux-ci soient prêts à tout pour défendre leurs privilèges, ne fait pas de doute. Ce qui annonce veaux et importants remous au sein de la bureaucratie.
ailleurs, que la direction du POUP soit résolue à tenter de reprendre Qu'elle sache exactement où elle va, c'en est une autre. Les objectifs des 2 000 groupes opérationnels de soldats envoyés dans des villes et des villages de province, tels qu'ils ont été définis par le général
LES TENTATIVES D'IMPOSER L'UNION NATIONALE SE HEURTENT A LA DYNAMIQUE DES LUTTES En tout état de cause, il faut souligner du POUP, les mesures de militarisation qui viennent d'être prises ne sont pas contradictoires avec son insistance à proposer la mise en place d'un Front d'unité nationale, comme le montre le discours du général Jaruzelski lors du du Comité POUP qui s'est tenu les 28 et 29 octobre derniers. Tous ses propos indiquaient clairement qu'il entendait poursuivre son ouverture vers les diverses forces politiques en présence « afin d'élargir sa base sociale ». En témoigne également le fait qu'il ait finalement renoncé à soumettre au vote de la Diète du 30 octobre le projet de loi suspendant provisoirement le droit de grève, comme il avait l'intention de le faire à l'origine. A l'évidence, le gouvernement n'est pas prêt à entrer en conflit ouvert avec Solidarité et avec ses propres alliés au Parlement qui, tous, étaient opposés à ce projet.
Loin d'être contradictoires, les mesures tendant à renforcer le poids de l'armée dans le gouvernement et la proposition de constituer un Front d'unité natiosont au contraire les deux faces d'une même médaille. L'objectif final des bureaucrates de l'aile « dure » et de l'aile « modérée » étant en définitive la même : sauver leur place et leurs privilèges et imposer le maintien du système bureaucratique existant en s'appuyant sur l'aile la plus hésitante et la plus modérée de Solidarité pour diviser le mouvement des mas-
C'est justement ce que dénonçait la direction du syndicat de Lodz dans sa résolution du 19 octobre : « Les autorités pensent qu'en usant du chantage politique, elles parviendront à contraindre Solidarité à participer à des institutions telles que la "Commission mixte" ou le "Front national d'entente et de coopération". Dans leur esprit, il s'agirait d'institutions à caractère décoratif dont les compétences seraient limitées et la composition peu représentative. Leur création aurait pour but de mettre en place un semblant de contrôle sur les initiatives des autorités et de leur restituer ainsi une certaine légiti-
Hupalowski dans son allocution télévisée du 26 octobre, risquent en effet d'entraîner une désagrégation de l'unité et de la discipline de l'armée dans des délais plus ou moins brefs. Sans parler des protestations qui commencent à parvenir contraints à prolonger leur service milideux mois (voir encadré). L'exemple du Portugal est là pour montrer que l'utilisation de soldats dans des tâches d'assistance sociale à la population risque d'entraîner très vite une coupure entre le sommet et la base de l'armée, cette dernière tendant à s'identifier toujours plus aux masses nes et aux aspirations dont elles sont
La proposition de Jaruzelski à la Diédes ministres un « conseil facultatif » - dont ni la composition ni le mode de désignation ne sont précisés - mais dont les tâches ressembleraient singulièrement à celles du « Conseil social pour l'économie nationale » exigé par Solidarité n'est qu'un exemple de plus des tentatives que fait le pouvoir pour essayer de semer le doute et le désarroi dans les rangs du
Mais la marge de manœuvre dont dispose la bureaucratie pour imposer son projet de Front d'unité nationale apparaît des plus etroite, au vu de ce qui s'est passé à la Diete. Sans parler du fait que le président du Parti paysan a refusé d'entrer au gouvernement, témoignant d'une défiance ouverte à l'égard du pouvoir actuel. N'a-t-on pas vu l'un des représentants des groupes catholiques au Parlement, M Zablocki, affirmer froidement que l'Eglise ne saurait accepter de participer à un tel projet si on ne lui accordait pas le droit de s'organiser dans un parti catholique, comme il en avait existé un en Pologne populaire jusqu'en 1950?
Les dirigeants du POUP sont en train de prendre conscience que le prix a payer pour imposer leur projet d'« entente nationale » risque d'être beaucoup plus lourd que prévu.
Si un tel compromis était accepté par la direction de Solidarité, si les bruits de couloirs sur la cooptation à des postes de responsabilité gouvernementale d'experts syndicaux tels T. Mazowiecki et B. Geremek s'avéraient fondés, alors oui, cela donnerait à l'aile dure de la bureaucratie le répit dont elle a besoin pour procéder au regroupement des forces déterminées à maintenir l'ordre actuel par tous les moyens, y compris par la force, et en appelant le « grand frère » soviétique à l'aide au besoin pour appuyer son action (la proposition d'organiser des détachements armés de militants du POUP a en effet déjà été faite par certains dirigeants du parti). Mais on n'en est pas encore là.
D'une part, l'unité nécessaire d'une fraction majoritaire de la bureaucratie pour adopter une telle orientation dans l'immédiat est loin d'être réalisée. Et surtout, un tel schéma, pour aboutir, impliquerait qu'on assiste au moins à un début de reflux du mouvement des masses. Ce qui n'est pas le cas, bien au contraire.
L'ampleur de la grève générale qui a paralysé tout le pays durant une heure le 28 octobre l'a bien montré. La combativité non démentie du prolétariat polonais s'exprime aussi bien au travers du refus des mineurs de se laisser acheter par des augmentations salariales exorbitantes que dans des luttes comme celle des ouvrières
Zyrardow, qui entendent poursuivre leur grève commencée plus de trois semaines et refusent de céder tant qu'elles n'auront pas reçu de garanties matérielles quant à l'amélioration de l'approvisionnement dans leur région. L'allocution que Lech Walesa a prononcée devant elles, la veille de la grève générale, montre qu'il a compris qu'il ne pouvait apparaître comme un briseur de grève et que la direction de Solidarité devait compter avec la volonté de la classe ouvrière d'en découdre avec le pouvoir.
« Jusqu'ici, conduits en gentlemen, nous avons dit: "Nous ne renversons pas ce gouvernement ni le socialisme, nous voulons qu'il soit à notre service et qu'il nous appartienne. Mais s'ils continuent à nous mentir et à nous écraser, nous serons obligés de trouver une autre solution ... » Ce qui n'empêchera pas le même Walesa de lancer, le lendemain même, au nom du Presidium de Solidarité, un appel enjoignant les militants du syndicat « à cesser immédiatement tout acte de grève » (tout en insistant sur le fait que « personne ne peut prétendre nous priver du droit de grève et nous ne le permettrons pas »).
Certes, le risque de dispersion des forces et le danger de luttes éclatées et non contrôlées par Solidarité est un réel problème pour l'unité syndicale, et un problème qu'on ne saurait traiter à la légère. Mais le seul appel à ne pas faire grève ne résoud rien, comme en témoigne la lutte des ouvrières de Zyrardow qui, elles, ne voient pas d'autres solutions pour se faire entendre. La seule manière d'éviter que le syndicat ne se divise, c'est d'avancer des perspectives concrètes confiance aux travailleurs qu'ils peuvent prendre leurs affaires en mains et que cela change quelque chose. C'est d'aller de l'avant sur la voie du contrôle social et de l'autogestion.
LE CONTROLE SOCIAL
AU CENTRE DES DÉBATS
« Solidarité ne pourra prendre part qu'à des institutions réellement représentatives de la société et assurant à celleci un véritable contrôle sur les initiatives des autorités », affirme la résolution de la direction de Lodz déjà mentionnée. Mais cette démarche, revendiquant le droit de contrôle et le droit de veto du syndicat sur les décisions du pouvoir, est radicalement différente de celle qui voudrait que Solidarité participe aux décisions concernant la politique économique, autrement dit entérine les propositions de cogestion faites par les bureaucrates.
Deux courants de pensée s'affrontent à l'évidence au sein du syndicat, même si ce n'est pas toujours de manière claire : celui qui, derrière les experts catholiques et l'aile la plus modérée de la direction, est prêt à une série de concessions vis-àvis du pouvoir en pensant éviter une confrontation ; et celui qui refuse toute cogestion en proposant notamment la mise en place d'un Conseil social de contrôle de l'économie nationale qui aurait droit de veto sur la politique économique du gouvernement et libre-accès aux mass media pour défendre ses positions. Cependant, la création d'un tel Conseil n'aura de sens que si elle s'accompagne et si elle couronne un processus de contrôle et d'auto-organisation des masses ouvrières à tous les niveaux.
De premiers pas ont été faits dans ce sens avec l'extension du mouvement pour l'autogestion. Les coordinations régionales des conseils et des comités fondateurs pour l'autogestion se sont multipliées ces dernières semaines, et l'initiative prise par les régions les plus fortes de constituer une Fédération nationale de l'autogestion, regroupant des délégués de toutes les parties du pays, indique qu'un nombre croissant d'ouvriers ressentent le besoin de coordonner leur action.
Il faut souligner à ce propos que les positions des experts appuyant l'idée de la concurrence inter-entreprises pour permettre la réalisation du profit, telles qu'elles s'étaient exprimées dans de nombreuses interventions au ler Congrès national de Solidarité, apparaissent un peu comme un débat académique à l'heure qu'il est. Pour ceux qui concrètement ont commencé à prendre leurs affaires en mains et qui discutent de la réorganisation de la production, il ne fait pas de doute qu'ils doivent chercher des solutions collectives à la crise, avec les ouvriers des autres usines de leur secteur ou de leur région. Quand certaines d'entre elles ne fonctionnent plus qu'à 20 % de leur capacité, faute d'alimentation en énergie, comment envisager qu'il sera possible de modifier la situation en prenant des mesures au seul niveau de l'entrepri-
Les mineurs de Silésie qui ont commencé à réfléchir à ces questions font certaines propositions visant à changer le système actuel d'organisation du travail pour diminuer les temps morts au mochangements d'équipe et introduire un équipe supplémentaire dont les tâches seraient concentrées durant six heures sur les problèmes d'entretien du matériel afin de libérer un potentiel énergétique qui pourrait être mis à profit pour alimenter les usines des environs. Dans l'immédiat, cela tendrait moins augmenter la production qu'à diminuer les gaspillages. Mais l'important est que cela s'incrive dans une tentative de ré. pondre aux besoins sociaux de l'ensemble des travailleurs et non à la volonté de telle ou telle mine de réaliser des profits au bénéfice des ouvriers de cette seule
Cette question du manque d'énergie pousse les travailleurs à rechercher des solutions collectives dans d'autres domaines également, comme le montre la naissance des comités de quartiers qui commencent à foisonner dans une ville comme Varsovie, et dont l'une des tâches est de contrôler l'alimentation en électricité du quartier et le chauffage des maisons.
L'objectif de tels regroupements qui se constituent par blocs d'immeubles à l'appel des militants de Solidarité reste bien sûr centré sur la question de l'approvisionnement en vivres. Ainsi, Z. Bujak, président de Solidarité de Varsovie, proposait récemment de s'appuyer sur les coopératives existantes, qui commencent à se libérer de la tutelle bureaucratique, organiser la distribution sous le contrôle de Solidarité et des comités de
Seule la conjonction entre le dévelopmouvement ouvriers dans les entreprises et celui de l'auto-organisation des travailleurs visant à contrôler toutes les sphères de la vie sociale et à décider eux-mêmes de tout ce qui touche à leur vie quotidienne, permettra de forger une réponse alternative à celle de la bureaucratie tentant d'enfermer les aspirations des masses dans le cadre de structures de participation et de
Une course de vitesse est engagée. La classe ouvrière ne pourra supporter longtemps les conditions de vie qui sont les siennes aujourd'hui. La capacité du courant le plus radical du syndicat s'appuyant sur le mouvement des conseils à formuler - ce qui n'a pas encore été le cas jusqu'ici - une perspective d'ensemble portant sur les choix de société s'avère donc plus décisive que jamais.
Best loin d'être gagnée, comme le montrent les hésitations et les concessions de la direction de Solidarité insistant sur la nécessité d'une « entente nationale » au soir même de la grève générale, et cela sans en préciser concrètement
Mais la question du pouvoir est posée de plus en plus ouvertement en Pologne, que ce soit dans les réflexions d'ouvriers qu'on entend à tout propos ou dans les bulletins de Solidarité.
La discussion engagée dans l'ensemble de Solidarité sur la perspective de la grève active, développée par Z. M. Kowalewski du présidium de Solidarité de Lodz (cf. Inprecor numéro 110, du 12 octobre 1981) - reprise et mentionnée dans un nombre croissant de résolutions du syndicat comme le meilleur moyen pour les travailleurs de prendre leurs affaires en
Les bases objectives existent pour que les perspectives avancées par ceux qui proposent la tenue de congrès régionaux, puis d'un Congrès national des conseils ouvriers et qui prennent des mesures concrètes pour la mise en place de comités de contrôle social au niveau local, régional et national, apparaissent aux larges masses comme les seules capables de ré.
aux aspirations dont elles sont