et la manifestation du 21 novembre portante manifestation contre l'implantation des missi E 21 novembre devait avoir lieu à Amsterdam une im-
• les. 150 000 personnes y étaient attendues. Ce n'est pas la première fois que d'importantes mobilisations se tiennent aux Pays-Bas contre les missiles et la bombe à neutrons. Les sondages indiquent que 69 % des Néerlandais sont opposés à septembre 1977, la Rencontre œcuménique pour la paix (IKV) a mis sur pied une campagne permanente sur le thème de « Toutes les armes nucléaires hors de la planète, en commençant par les Pays-Bas ! » L'IKV est aujourd'hui l'organisation numériquement la plus importante dans la campagne en cours. Elle possède plus de 300 sections locales. Formée à l'origine par des militants chrétiens, l'IKV regroupe également des membres du social-démocrate (Parti Arbeid - Parti du travail), des membres du Parti socialiste pacifiste (PSP) ainsi que des membres du Parti communiste néerlandais (CPN). L'IKV avance trois thèmes dans la campagne :
- Pour le désarmement unilatéral et - Pour une politique indépendante des petits pays du monde, aux côtés des
Pour la construction d'un mouvement fort au travers de ses propres cam-
L'IKV travaille avec d'autres organisations, telle l'organisation catholique Pax
Mais plus importants sont les comités Arrêtez la bombe à neutrons ! lancés par le Parti communiste néerlandais (CPN) en août 1977. Ces comités ont organisé au cours de l'année 1978 des manifestations qui ont attiré au total plus de 30 000 participants. La pétition lancée à l'époque a maintenant recueilli plus d'un million de signatures contre la bombe neutrons, sur une population totale de 14 millions d'habitants. Les principaux thèces comités reprennent ceux - Négociations entre l'OTAN et le Pacte de Varsovie ;
- Refus de discuter le rôle-même de - Mot d'ordre néo-neutraliste pour une Europe dénucléarisée « de la Pologne
L'IKV et les comités Arrêtez la bombe à neutrons ! travaillent ensemble dans un regroupement contre les armes nucléaires où l'on retrouve le PvdA, le Parti démocrate-chrétien, les libéraux de gauche de Démocrates 66 (D'66) - tous trois étant
La campagne anti-missiles
elles iront s'élargissant. représentés au gouvernement —, le Parti communiste néerlandais, le PSP, les chrétiens radicaux du PPR, et le Syndicat de soldats (VVDM) avec ses 7 000 membres. La Federatie Nederlandse Vakbeweging (FNV • Fédération des syndicats néerlandais) avec son million de membres n'a que le statut d'observateur dans ce Comité national de mobilisation.
Cet étrange regroupement a été à l'origine d'importantes initiatives, comme par exemple, en novembre et décembre 1979, quand se sont déroulées les premières manifestations contre les nouveaux missiles, auxquelles ont pris part plus de 60 000 personnes. Ils étaient 25 000 à la manifestation nationale d'Utrecht, 7 000 à la Haye à la manifestation femmes, 7 000 à Amsterdam et 1 000 à Apeldoorn, 1 500 à Leiden, 1 000 à Zwolle et 4 500 à Steenwijk, pour ne citer que quelques-unes des localités de moindre impor-
Face à de telles mobilisations - qui ont clairement montré que la population des Pays-Bas se sentait directement concernée —, le gouvernement démocrate-chrétien et son allié droitier du Pour la liberté et la démocratie (VVD) ont décidé de remettre à plus tard leur réponse sur le stationnement des missiles sur le sol
Comme le gouvernement se doit de faire connaître sa réponse définitive avant la fin de cette année 1981, la campagne a repris cet été apres avoir connu un certain ralentissement pendant toute une année. Un changement est survenu au gouayant été contraints de former une coalition avec le PvdA et D'66. Le Parti socialdémocrate est opposé aux nouveaux missiles et l'accord signé entre les membres de la coalition gouvernementale stipule que le gouvernement ne prendra pas de décision sur le stationnement des missiles. Mais personne ne croit vraiment en une telle promesse et les changements intervenus dans la composition du gouvernement n'ont en rien freiné la montée du comites de mobilisation sont maintenant présents dans plus de 150 villes et localités, auxquels participent toutes sortes d'organisations : les comités Soldats contre les missiles, les comités Femmes contre les armes nucléaires et les comités Femmes pour la paix. De plus, à
PAYS-BAS l'implantation des missiles sur leur propre sol. Cependant, ce sera la première fois que cette campagne aura un imp. t dans les syndicats et dans les usines. Elle ne se terminera donc pas avec la manifestation, d'autres initiatives seront entreprises et l'initiative de Rebel, organisation révolutionnaire de la jeunesse en solidarité avec l'IKB (section hollandaise de la IVe Internationale), des comités La jeunesse contre les missiles ont été mis sur pied dans certaines villes.
La faiblesse principale de la campagne contre les missiles et contre la bombe à neutrons a été jusqu'à présent son faible impact dans les syndicats et dans les usines. Et c'est une faiblesse importante, car seule la classe ouvrière peut, du fait de son poids politique, faire céder le gouvernement et elle seule peut également empêcher pratiquement le stationnement des missiles, soit en organisant la grève du transport du matériel nécessaire aux bases nucléaires, soit en refusant de fabriquer les pièces nécessaires à leur production. Bien sûr, la bourgeoisie sait que la force mouvement comme la campagne anti-missiles réside en partie dans les usi-
Pour renforcer la campagne, il faut donc l'organiser dans les syndicats et dans les usines, ce qui est en train de se produire aux Pays-Bas avec un succès qui dépasse toutes les espérances.
La campagne ayant une histoire déjà vieille de plusieurs années, la bureaucratie syndicale a finalement été forcée de prendre position. très longue discussion au sein des instances dirigeantes de la FNV, un document a été distribué pour discussion dans les sections locales et d'usines. Le titre de ce document est Pour la paix et le désarmement, mais la du désarmement est à peine abordée, la bureaucratie s'en tenant à la position selon laquelle le désarmement nucléaire est une question politique qui ne relève donc pas du syndicat.
Bien que ce document soit extrêmement décevant, la discussion au niveau des sections locales n'en demeure pas moins très animée. Ainsi la section locale de La Haye a décidé de mobiliser pour la manifestation du 21 novembre ; la section locale d'Amsterdam apporte son soutien aux propositions de désarmement unilaté. ral et réclame que les fonds dépensés pour l'armement soient utilisés pour les services sociaux et l'aide aux pays sous-développés, tout en insistant pour que la direction du syndicat veille à ce que de larges cortèges syndicaux d'usines participent à la manifestation du 21 novembre.
La section du syndicat de deux chantiers navals d'Amsterdam, T'ADM et la NSM, en a appelé à la direction nationale pour qu'elle mobilise et demande aux membres, par l'intermédiaire des syndicats, de mobiliser pour le même jour. La section d'entreprise de Windmill, une usine qui emploie 700 travailleurs à Rotterdam, a voté pour le retrait des Pays-Bas l'OTAN. Nombre de sections sont favorables à l'affiliation du Syndicat des soldats (VVDM) à la FNV.
La liste devient rapidement impressionnante quand on voit le nombre de syndicats qui ont apporté leur soutien à la manifestation du 21 novembre. Le Syndicat des enseignants avec ses 43 000 membres est du nombre, de même que le Syndicat de l'alimentation avec ses 60 000 membres. L'impact des manifestations dans les autres pays d'Europe en même temps que la décision prise à la conférence du TUC britannique, auxquels s'ajoutent les discussions au niveau des sections locales d'usines, ont amené la direction nationale à modifier sa ligne. La direction nationale de la FNV s'en est tenue à ne pas lancer d'appel à la manifestation tout en encourageant les membres à participer individuellement à la campagne et à se Cees Commandeur, auteur du document Paix et désarmement, remarque dans le numéro d'octobre de la revue de la Fédé ration : « Beaucoup de personnes participent aux réunions, et la tendance générale est que la FNV doit faire plus en direction du désarmement, la majorité des membres s'étant clairement prononcée contre les armes nucléaires. » Cela ne signifie pas pour autant que de larges contingents viendront des usines, même si tout doit être fait pour que ce soit le cas. Mais la nature des discussions au niveau des sections, l'expérience accumulée par les militants de l'Internationale Kommunistenbond (IKB - Ligue communiste internationale, section néerlandaise de la IVe Internationale) dans les entreprises et dans les syndicats, et le changement de ligne de la direction de la plus importante fédération syndicale, indiquent qu'il est possible de voir s'engager dans la campagne de nombreux travailleurs.
CE N'EST PAS UN PROCESSUS
SPONTANE Le principal obstacle à l'adhésion des trayailleurs à la campagne contre les missiles et la bombe à neutrons réside dans la façon même dont la campagne est organisée. La campagne est dirigée nationalement par une large coalition regroupant le Syndicat des soldats, les comités Arrêtez la bombe à neutrons !, l'IKV, les comités Femmes pour la paix, les comités Femmes contre les armes nucléaires, D'66, PvdA, CPN, PPR, PSP et d'autres groupes pacifistes plus réduits. La coalition nationale n'a pas d'orientation sur le problème de choisir selon quel axe il est plus important de construire la campagne. Quand les camarades de l'IKB avancent la nécessité de s'adresser prioritairement aux travailleurs et à la jeunesse, cela semble être compris - en principe - par tout le monde, mais sans plus. Mais si vous voulez construire la campagne dans les entreprises ou dans la jeunesse, il vous faudra le faire vous-mêmes ... S'orienter vers la jeunesse présente un problème spécifique du fait que toutes les organisations de jeunesse des partis politiques sont en déclin ou traversent une crise grave. La plupart n'ont même pas de membres à qui confier ce travail, ou pire ne pensent pas qu'il est prioritaire de s'impliquer dans la campagne anti-missiles, abandonnant à Rebel, l'organisation révolutionnaire nesse, seule force essayant d'organiser la jeunesse dans certaines villes, la campagne anti-missiles. Ce qui, bien sûr, n'est pas facile, parce que Rebel n'existe que depuis un an et manque donc encore d'expérience, ce à quoi PIKB, organisation de dimension encore réduite, ne peut pallier qu'en partie. La situation montre que, s'il y a de plus en plus de possibilité d'amener des travailleurs et des jeunes à participer activement à la campagne, seulement une partie du mouvement s'efforce de les mobiliser réellement.
Ce qui n'est bien sûr pas une coincidence. La faiblesse de la campagne est liée aux perspectives avancées par la plupart des organisations. Le CPN est pour le désarmement unilatéral, mais uniquement en l'OTAN et les bureaucrates soviétiques, et dans le cadre de la détente. Le Comité national de mobilisation est passé du mot d'ordre central de « Pas d'armes nucléaires en Europe occidentale ! » à « Pas d'armes nucléaires en Europe ! ». Le Parti communiste s'est clairement déclaré en faveur de cette nouvelle formule. Ce nouveau mot d'ordre est repris par le comité Arrêtez la bombe à neutrons ! depuis deux ans maintenant. Le CPN est pour une Europe dénucléarisée, et imagine Margaret Thateher, François Mitterrand, Josef Luns - le secrétaire de l'OTAN - et le ministre de la Défense des Pays-Bas Van Mierlo luttant à la fois contre les Russes et contre les Américains ... C'est pour cela que le Parti communiste ne veut pas que les Pays-Bas quittent P'OTAN, ce qui - de son point de vue - affaiblirait le mouvement. Et d'ajouter que cela n'est pas nécessaire si les petits pays se retrouvent côte à côte pour lutter contre les superpuissances, tout en demandant l'ouvertre de nouvelles négociations SALT et un désarmement équilibré des deux côtés.
Cette vision est pour le moins confusionniste car elle ne prend pas pour base une analyse de classe de la guerre et de la course aux armements, et ne dénonce pas clairement l'effort de guerre de l'OTAN.
La bourgeoisie n'a pas l'intention de rester inactive tant qu'elle n'aura pas ces missiles et qu'elle n'aura pas défait le mouvement anti-guerre. Demeurer dans l'OTAN est dangereux pour cette seule raison. De plus, il n'est pas possible de rompre avec la politique de Ronald Reagan sans rompre avec l'OTAN. Le stationnement des missiles est partie prenante d'un plan plus vaste de l'impérialisme qui lui permettra d'obtenir une puissance de feu supérieure à celle de l'Union soviétique, lui donnant ainsi une marge de manœuvre plus importante pour intervenir au Moyen-Orient, dans la Caraibe et partout ailleurs dans le monde. Demeurer dans l'OTAN signifie également que les impôts vont servir à financer les bases dans lesquelles Ronald Reagan veut installer ses bombes à neutrons, l'OTAN ayant mis sur pieds un fonds de développement pour le financement de telles bases.
L'IKV, de son côté, a plus ou moins une perspective identique, bien que sur certains points ses positions soient même moins incorrectes que celles du CPN. Ainsi, l'IKV a-t-elle tenu une conférence liant la solidarité avec le Salvador et la campagne contre les missiles. L'IKV s'oriente bien sûr en priorité vers les Eglises, et ne contrôle que deux sections syndicales et de jeunesse au niveau national.
Le CPN ne mobilise pas vraiment les travailleurs dans les entreprises parce qu'il ne veut pas perdre ses positions dans les syndicats et aussi à cause de son projet en direction du Parti social-démocrate et de mise sur pied d'une « Union de la gauche » qui comprendrait les libéraux de
Get certains secteurs du Parti démocrate-chrétien
Jusqu'où ira le CPN ? L'un de ses trois parlementaires l'a indiqué dans un article Politique et culture, lorsqu'il écrit que le mouvement néerlandais pour la paix est un « mouvement pacifiste national » très particulier ; un « mouvement pacifiste national peut être internationalisé, mais ne le sera pas, par quelque côté que ce soit ». Discours national-chauvin d'un membre dirigeant du parti qui a plus d'influence dans le mouvement pour la paix que n'importe quelle autre organisation, qui rend encore plus nécessaire la participation des révolutionnaires dans la campagne contre les missiles et la bombe à neutrons, surtout depuis que s'est ouverte la possibilité d'une extension de la campagne.
L'IKB, pour sa part, fait campagne autour de trois mots d'ordre contre les
- Les Pays-Bas hors de l'OTAN, à bas l'OTAN!
- Désarmement unilatéral, non aux - Des emplois, pas des bombes ! En étant partie prenante des comités de mobilisation, en vendant son journal et la brochure Des emplois, pas des bombes, en faisant pénétrer la campagne dans les entreprises, en apportant son soutien aux comités La jeunesse contre les missiles et d'autres structures particulières telles que Femmes contre les missiles, PIKB fait tout ce qui lui est possible pour amener le plus de gens à prendre part à la manifestation du 21 novembre à Amsterdam. Le résultat de ces luttes aura des consé.
importantes. Pas seulement quant à la possibilité pour l'impérialisme de commencer ou non de nouveaux Vietnam, mais aussi sur la conscience propre des travailleurs et de la jeunesse, et donc de leur confiance en leurs propres luttes.•
Robert WENT Amsterdam, 28 octobre 1981.