Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HONDURAS

Le spectre de l'armée plane sur les élections

· Inprecor n° 113, 23 novembre 1981 · p. 11-12 · 2 066 mots

Amérique centrale El Salvador États-Unis

D 1978 et sa promese de « normalisation complete destins. EPUIS le coup d'Etat du général Policarpo Paz Garcia en titutions », un processus d'« institutionnalisation, im pliquant la transition vers un service civil, est à l'œuvre au

Le 20 avril 1980, des élections à une Assemblée constituante auxquelles participaient les deux partis bourgeois traditionnels, le Parti libéral (PL) et le Parti national (PN) et le Parti de l'innovation et de l'unité (PINU), récemment constitué, marquaient une nouvelle étape de cette évolution.

Malgré une campagne intensive pour l'abstention menée par le Front patriotique hondurien (FPH) — constitué à l'époque du Parti communiste hondurien (PCH), du Parti communiste marxiste-léniniste (PCml), du Parti socialiste (PASO) et du Parti démocrate-chrétien électeurs inscrits ont participé au scrutin. Le Parti libéral qui d'une image d'opposant aux militaires en est sorti, contre toute attente, grand vainqueur. Impulsée par l'impérialisme américain, soucieux d'éviter au Honduras une évolution analogue à celle des dictatures voisines du Guatemala et du Salvador, cette « ouverture » se heurte aux secteurs les plus réactionnaires de l'armée et à l'oligarchie locale.

Cela marque donc d'emblée les contradictions et les limites d'une évolution qui a vu la majorité des députés de l'Assemblée constituante élire le 25 juillet 1980 le général Policarpo Paz Garcia comme « président provisoire ». Les dirigeants du Parti libéral et du Parti national entendaient par ce geste exprimer « leur reconnaissance aux forces armées pour avoir permis le déroulement des élections à la Constituante dans une atmosphère de liberté et de démocratie » (le Monde, 1er août 1980). Seuls les trois députés du PINU se sont abstenus sur cette décision qui reconduisait Policarpo Paz Garcia jusqu'aux élections présidentielles et législatives prévues pour

Ce processus institutionnel va de pair avec un considérable renforcement du potentiel militaire des forces armées honduriennes. En mai 1980, le Honduras recevait des Etats-Unis 10

LATIN AMERICA WEEKLY REPORT

Les forces armées doivent se retirer du devant de la scène politique en novembre 1981 au moment où les électeurs se rendront aux urnes pour désigner un président civil et élire une nouvelle Assemblée constituante. Certains observateurs pensent cependant que les militaires continueront de projeter leur ombre menaçante sur la scène politique.

Ni le Parti libéral ni le Parti national ne sont susceptibles d'obtenir à la fois la présidence et une majorité avec laquelle ils pourront gouverner à l'Assemblée. Dans les premiers mois de cette annee, les libéraux semblaient s'être préparés à la victoire, mais la récente querelle dans leur parti rend prévisible un taux d'abstentions élevé parmi les supporters de la tendance dissidente ALIPO. De plus, de récents développements liés à des accusations de fraude, font que le prochain gouque latine. (PDC) - pres de 80% des vernement sera vraisemblablement le fruit d'un compromis, aboutissant à chacun des quatre principaux partis obtienne des ministères ...

Voilà deux mois, le Parti national, aux côtés du Partido de Innovacion y Unidad (PINU - Parti de l'innovation et de l'unité) et du PDC, a accusé le Tribunal électoral (dominé par les libéraux) de falsifier les listes d'électeurs ; et il a semblé un moment que l'Assemblée constituante allait se prononcer pour un ajournement des élections jusqu'à ce que ces problèmes soient résolus. Mais, sous la pression conjuguée de Washington et des militaires, les partis ont accepté de travailler ensemble pour résorber ces irrégularités. Et, afin de se prémunir contre la fraude, ils se sont mis d'accord provisoirement pour préparer une plate-forme commune qui sera mise en application par

Miguel Andonie Fernandez du PINU

HONDURAS hélicoptères Huey, du type de ceux utilisés pendant la guerre du Vietnam. De 5 millions de dollars en 1981, l'aide militaire américaine passera à 10 millions pour 1982. Le Honduras est ainsi au troisième rang des pays assistés par les USA en Améri-

L'arrivée de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis et la radicalisation des luttes révolutionnaires en Amérique centrale n'ont pu que confirmer l'impérialisme américain dans sa volonté d'impulser, conjointement au processus d'institutionnalisation, une amélioration de l'équipement des forces armées honduriennes dont l'aviation est déjà considérée comme la plus puissante et la mieux entraînée de la région. Tout récemment, pour faire du Honduras la colonne vertébrale de la contre-révolution dans la région, les USA y ont envoyé une cinquantaine de conseillers militaires et de bérets verts. Déjà, l'armée hondurienne remplit partiellement cette fonction en intervenant au Salvador en soutien à la Junte militaire et démocrate-chrétienne de Napoleon Duarte et en incitant les 6.000 gardes somozistes basés à la frontière nicaraguayenne à des actions contre la révolution sandiniste. Ce dernier élément prouve d'ailleurs que l'objectif de l'impérialisme américain est de donner un coup d'arrêt à l'expansion de la révolution dans la région en faisant refluer le processus en cours au Nicaragua.

Les contradictions internes à la classe dominante hondurienne et la situation régionale font que la tenue des élections novembre prochain n'est pas entièrement assurée, comme le décrit l'article de la revue Latin America Weekly Report que nous publions ci-dessous. D'ailleurs, aussi bien le PDC que le PINU et l'Eglise hondurienne ont dénoncé les manipulations frauduleuses dans l'établissement des listes électorales. Quant au Parti libéral, son candidat Roberto Suazo Cordova s'est fait prendre à partie par l'aile gauche du parti, constituée en Alliance du peuple (ALIPO), qui l'accuse d'avoir manipulé les élections internes du parti en juillet dernier pour évincer ses représentants des listes de candidatures.

V.K. et Hernan Corrales Padilla du PDC, candidats à la présidence de la République des deux plus petits partis, ont joué un rôle important dans la conclusion de cet accord. Tous deux veilleront à ce que la plate-forme minimum commune comprenne des réformes sociales modérées. Le PINU, dont les trois députés auraient pu faire basculer l'équilibre dans l'Assemblée constituante au cours du vote sur l'ajournement, peut avoir utilisé cette monnaie d'échange pour s'assurer des portefeuilles pour lui et pour les démocrates-chrétiens dans le prochain gouverne. ment et pour obtenir la réalisation des réformes sociales modérées contenues dans la plate-forme minimum commune. Les deux partis ont dans leurs rangs un certain nombre d'hommes d'affaires efficaces et de technocrates qui commencent à percer et qui sont des candidats tout indiqués pour des postes gouvernementaux.

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Les démocrates-chrétiens participent colonel Gustavo Alvarez, qui prendrait les

BELIZE

•Golfe du Honduras

Monts Mayas

Pto Barrios

Cobán

S. Pedro Sula ezaltenango

Zacana GUATEMALA

San José SALVADOR San Salvador

OCEAN

Miguel PACIFIQUE aux élections pour la première fois. Leur influence principale se situe dans le mouvement paysan et syndical, bien que récemment le parti ait commencé à gagner le soutien d'une frange de la classe moyenne urbaine. Le PDC hondurien est parmi les plus radicaux du continent ; il est un des rares partis démocrates-chrétiens à ne pas soutenir le Parti démocrate-chrétien au pouvoir au Salvador.

Fondé en 1978, le PINU est un parti moderniste du centre qui a des positions critiques face à la corruption et qui se prononce pour des réformes sociales. Bien que Miguel Andonie Fernandez soit plutôt un conservateur en matière de réformes sociales, il faut noter que beaucoup des cadres plus jeunes du parti ont des vues plus radicales que lui. Ils ont été à l'initiative d'efforts fructueux de liaison du PINU avec les mouvements ouvriers et paysans liés au syndicat ORIT, et de l'élargissement de la base actuelle du parti au sein des classes moyennes urbaines.

Que cet arrangement, s'il se matérialise éventuellement, produise un gouvernement plus dynamique que l'actuel gouvernement de Policarpo Paz Garcia, dépendra très largement de l'attitude des forces armées. Mais les principaux chefs militaires ne se distinguent que par le degré de leurs sympathies de droite, et il est peu probable qu'ils soient particulièrement enthousiasmés par des réformes sociales qui pourraient bouleverser leurs intérêts dans le maintien de l'ordre existant. Nombre de colonels ont fait fortune dans les dix années de dictature militaire.

De plus, la ligne ultra-conservatrice, favorable à une collaboration accrue avec le Guatemala et le Salvador et à l'usage d'une répression impitoyable contre tout mouvement de mécontentement de gauche, est susceptible de l'emporter si les 27 membres du Conseil supérieur de l'armée s'en tiennent à leur choix initial : le

MER DES CARAIBES Tela ® le Ceiba Truitto

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Tegucigalpa

NICARAGUA fonctions de chef d'état-major des forces armées en remplacement du président Policarpo Paz Garcia quand le nouveau gouvernement entrera en fonctions. Gustavo Alvarez est un extrémiste de droite qui entretient des liens directs avec les militaires du cône Sud du continent.

Le pouvoir économique accru de l'armée lui a donné une plus grande indépendance et, dans les deux ou trois dernières années, elle a abandonné ses relations privilégiées avec le Parti national avec lequel elle a été le plus liée historiquement. Les colonels se sentent suffisamment forts pour imposer leurs conditions au parti qui parviendra au gouvernement. Le Parti libéral a bien travaillé pour faire oublier son image de formation hostile aux militaires et gagner la confiance de l'armée. Roberto Suazo Cordova, le dirigeant du Parti libéral, est en de bons termes avec le président Policarpo Paz Garcia et avec le colonel Gustavo Alvarez ...

Néanmoins, nombre de partisans du Parti libéral qui font le lien entre la stagnation économique du pays, la pauvreté et la dictature militaire, considèrent leur parti comme un parti hostile à l'armée, et s'attendent à voir des changements radicaux si Roberto Suazo Cordova devenait président.

La désillusion semble inévitable, et les observateurs pensent qu'elle pourrait rapidement se transformer en violence anti-gouvernementale, tout particulièrement dans les régions les plus pauvres et les plus arriérées de l'ouest du pays. L'armée serait alors forcée d'intervenir, taurer la paix sociale », et d'instaurer une

Bien que Gustavo Alvarez, et peutêtre une majorité des colonels, puissent être prêts à accepter une telle possibilité, il n'en serait pas de même pour nombre d'autres officiers qui pourraient être plutôt tentés par un coup d'Etat « réformiste ». On rapporte également que le président Policarpo Paz Garcia, qui est désireux de rester à son poste, carresse l'idée d'un régime qui serait réformiste au Honduras même et non interventionniste en Amérique centrale. Policarpo Paz Garcia a déjà participé à certaines manœuvres d'apaisement en direction de l'opposition salvadorienne. A la suite de sa visite récente au Mexique, il a accepté de relâcher 50 prisonniers salvadoriens emprisonnés dans les geôles honduriennes et qui ont été envoyés au Mexique. On rapporte également que Policarpo Paz Garcia a eu des diseussions avec des dirigeants du Front démocratique révolutionnaire (FDR) du Salvador. Il a déclaré que l'armée hondurienne mettrait un terme à ses opérations au Salvador si le FDR arrêtait les siennes au Honduras.

Deux forces du centre-gauche pourraient probablement collaborer avec les militaires si ces derniers se décidaient à adopter le plan réformiste. Les dirigeants de l'ALIPO ont tenu des réunions secrètes avec Policarpo Paz Garcia en septembre, et leur plan qui viserait à frapper d'illégalité les élections internes du Parti libéral, pourrait bien encore bouleverser le processus électoral. A la suite de ces élections internes, l'ALIPO, forte d'au moins 80 000 votes, a prétendu constituer la troisième force politique du pays. Elle compte sur une base non négligeable parmi des secteurs de la communauté commerçante de San Pedro Sula, classe ouvrière organisée dans le Nord et des secteurs de la classe moyenne.

Sept groupes récemment créés pourraient également jouer un rôle dans les plans du président. L'un d'eux est le Movimiento de Renovacion Patriotica de Mario Maldonado, un colonel en retraite, qui, à la tête de l'Institut de la réforme agraire, avait eu un rôle important durant la période de la réforme. Mario Maldonado prétend que son groupe comprend beaucoup de personnes qui sont désenchantées par la corruption. Ce groupe compte également sur le soutien du mouvement des habitants des bidonvilles de la capitale, Tegucigalpa. Plus important, bien évidemment, est le soutien qu'il reçoit de la part de certains secteurs des forces armées.

Cependant, sans l'accord des EtatsUnis, il est peu probable que l'armée s'embarque dans un coup d'Etat « réformiste». L'influence américaine a traditionnellement été forte dans les forces armées honduriennes, et elle s'est renforcée cette année par le biais de l'aide militaire accrue et de l'arrivée de nouveaux conseillers militaires. Un coup d'Etat « réformiste » bouleverserait les plans américains dans la région et ne peut être envisagé que dans le cadre d'une modification significative de la politique de Washington vis-à-vis de l'ensemble de l'Amérique centrale.

LATIN AMERICA WEEKLY REPORT

Londres, 23 octobre 1981.

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