"Une rénovation du PSUC est nécessaire...
Entretien avec Leopoldo Espuny, membre du CC du PSUC
« INPRECOR »: - Quelles sont les raisons de fond qui ont mené au « renversement » de la majorité lors du Ve Congrès du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC) ? S'agit-il de réaction de la base du parti contre la politique suivie jusqu'alors ? Existe-t-il réellement des différences stratégiques au sein du parti catalan ?
Leopoldo ESPUNY: - Le Ve Congrès a été la réponse de la base du parti à l'échec de la stratégie appliquée par le PSUC dans la période qui a immédiatement précédé le Congrès, tant sur le plan de la politique internationale (qui ne répondait pas à la nouvelle situation créée par la crise de l'impérialisme), que sur l'attitude adoptée par le parti dans le processus de la « Réforme ».
Je pense qu'il y a également des divergences de stratégie, mais elles devraient être appréciées non pas en référence aux formulations générales qui ne contiennent pas toujours clairement de projet précis, mais par rapport à ce qui a changé dans la politique du PSUC depuis le Ve Congrès (dans ses textes, dans son programme), en considérant dans quel sens vont ces changements. Parce qu'il n'y a pas de position critique qui, si elle n'est pas de la démagogie, ne porte en elle-même une alternati-
Deux exemples de la nouvelle orientation apparue à partir du Ve Congrès : sur une question de politique internationale, face à une position - que nous pourrions caractériser d'« eurocommuniste » - qui se situait dans la perspective de la recherche d'une certaine tolérance de la part de l'impérialisme pour que les partis communistes d'Europe occidentale puissent accéder au pouvoir, le Ve Congrès a avancé la nécessité d'une politique anti-impé. rialiste où la lutte pour la paix occupe une place primordiale ; sur le plan de la politique intérieure, face à une politique de coopération pour sortir de la crise - donc avec des éléments de collaboration de classes —, nous avançons, nous, la nécessité d'établir une ligne de résistance qui permette à la classe ouvrière de reprendre l'initiative politique. Quels points de contacts y a-t-il entre ces deux stratégies ? La possibilité de parvenir à certains accords. Mais quelles divergences y a-t-il ? Nous autres, la majorité du Ve Congrès, nous pensons que l'issue de la crise ne peut etre négociée, qu'une chose est de faire des compromis précis pour modifier favorablement le rapport des forces, et autre chose est d'estimer que seule une issue négociée peut faire progresser la situation actuelle ; ce qui a mené à passer des compromis qui n'ont fait que favoriser la droite économique et sociale.
- A quoi correspondent dans ce cas les qualificatifs d'« afghans » et de « prosoviétiques » qui vous ont été attribués au sein du parti et par les mass media ?
- Au sein du courant qui a été majoritaire au Ve Congrès, il y a une concordance — qui n'est pas complète — sur l'appréciation à porter sur les pays socialistes, surtout sur le rôle qu'ils jouent dans la situation actuelle de crise de l'impérialisme, en tant qu'éléments fondamentaux d'une alliance anti-impérialiste formée par ces pays, les mouvements de libération nationale et la classe ouvrière des pays capitalistes. Mais on ne peut pas dire que nous soyons un courant qui aspire à un parti qui soit purement et simplement un retour en arrière, du temps de l'inconditionnalité et de la renonciation à la critique nécessaire de la réalité des pays socialistes. La question fondamentale est de savoir quelle position l'on prend face à l'impérialisme et, à partir de là, apprécier le rôle joué par les pays socialistes dans la lutte pour la paix, dans la solidarité avec les mouvements de libération nationale et dans la lutte anti-impérialiste en général. La différence avec les courants majoritaires d'avant le Ve Congrès (appelés improprement « eurocommunistes » alors qu'il ne s'agit pas d'un bloc homogène), c'est cette attitude par rapport à l'impérialisme. Dans leur cas, en plus, il y a une attitude européocentriste qui qualifie de «tiersmondiste » toute politique qui n'est pas « européenne » (c'est-à-dire qui se définit non seulement contre l'impérialisme amé. ricain mais aussi contre la bourgeoisie impérialiste européenne), et qui, sur le fond, fait le jeu des intérêts des secteurs les plus réactionnaires et les plus conservateurs de la société.
L'exemple du PASOK (Mouvement socialiste panhellénique) en Grèce - qui serait qualifié de tiers-mondiste en Espagne — avec une position critique face au Marché commun, face à l'OTAN et solidaire des pays du Tiers Monde, démontre qu'il ne peut exister de politique anti-impérialiste qu'en prenant cette direction. Nous nous orientons dans cette direction, en faveur d'une politique anti-impérialiste et de non-alignement, en insistant sur la nécessité pour les pays de l'Europe du Sud de rejoindre le Mouvement des non-
CATALOGNE alignés comme alternative à la politique des blocs et en exigeant la dissolution simultanée des deux blocs militaires.
Pour répondre à la question de savoir si nous sommes « pro-soviétiques » : s'il y a une position dans le secteur majori taire du Ve Congrès, c'est de considérer que toute tentative de créer un parti sur matrice pro-soviétique comme ce fut le cas dans le passé (PCOC-PCU) - est vouée à l'échec parce que, s'il y a besoin quelque part d'un parti « pro-soviétique », c'est en URSS et pas ailleurs ... Nous avons besoin en Espagne de notre propre parti communiste et, plus concrètement en Catalogne, d'un parti des communistes catalans.
- Quelle est votre analyse de la situation en Afghanistan et en Pologne ?
- Nous sommes conscients des complications entraînées par l'intervention soviétique en Afghanistan, sans cesser de considérer que cette intervention tendait à appuyer les secteurs les plus progressistes et révolutionnaires de la société afghane. La contre-partie de cette assistance soviétique a débouché sur une distorsion dans le cadre de la politique internationale et sur une initiative qui a favorisé les manœuvres de l'impérialisme pour en finir avec le climat de détente et aiguiser un climat de guerre froide. On nous a qualifié d'« afghans » dans le but de nous marginaliser et de nous isoler.
Sur la question de la Pologne, notre position - bien que nous n'en ayons pas beaucoup discuté lors du Ve Congrès — c'est que la solution à la situation polonaise, aussi difficile soit-elle, se trouve dans le renouveau socialiste. C'est-à-dire dans l'approfondissement du socialisme en Pologne, parce que les problèmes qui sont apparus ne proviennent pas d'un excès mais d'un manque de socialisme - pour prendre un exemple, la propriété de la terre est dans sa majorité privée -, accompagné d'un renouveau politique qui permette la participation démocratique du peuple polonais à toutes les questions touchant l'Etat et l'exercice du pouvoir. De plus, la solution doit venir exelusivement du peuple polonais, du parti polonais et des forces progressistes. Nous sommes d'accord, concrètement, avec le processus de renouveau qu'a proposé le ré cent IXe Congrès du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) et nous pensons qu'avec le temps, et malgré les difficultés, on pourra parvenir à cet objectif de renouveau socialiste de la société polonaise.
- Pour en revenir à la situation interne du PSUC, croyez-vous en un processus de « social-démocratisation » d'une aile du parti face à laquelle s'opposerait un courant favorable à un « retour aux sources », ou pensez-vous aussi à la nécessité d'élaborer une nouvelle alternative politi-
- Quand le contenu de classe de la politique d'un parti ouvrier vient à dégénérer, c'est à cause de facteurs fondamentalement liés au développement de la lutte des classes. Ce qui s'est passé en Catalogne, c'est que la pression du processus de la « Réforme » sur le parti, liée à l'offensive idéologique de la bourgeoisie dans les années 1960, a produit un changement qualitatif qui a amené le parti à modifier ses positions (dans un sens qualifié de « modéré » par la presse) et qui a signifié pour nous le renoncement aux principes d'un parti de classe, ouvrier, l'abandon des objectifs finaux, stratégiques. Le tacticisme, l'adaptation à la situation et au processus de la « Réforme », ont entraîné une dégénérescence politique dans le parti. Le Ve Congrès a mis l'accent sur la nécessité d'une régénération, d'une rénovation politique en profondeur du PSUC, dans un sens communiste.
L'« eurocommunisme » échoué, et les conditions permettant d'appliquer cette politique dans notre pays aujourd'hui n'existent pas, parce que la droite se sent forte et qu'elle n'est pas disposée à faire des concessions. Les secteurs qui brandissent encore cette bannière ont une orientation qui contient des aspects socio-démocrates. C'est ainsi, il n'y a rien de nouveau et cela correspond à une tendance spontanée du mouvement ouvrier vers des réformes, sur laquelle ces secteurs « eurocommunistes » s'appuient.
L'« eurocommunisme » ressemble également à la social-démocratie en cela qu'il fait toujours une analyse passablement pessimiste de la situation politique, présentée comme très statique, sans cette volonté de changer les rapports de force, ce qui lui sert toujours de justification à une politique de concessions constantes envers la bourgeoisie.
- Mais quel contenu pensez-vous qu'il soit nécessaire de donner à cette régénérescence que vous proposez ? Cela inclut-il, par exemple, une position plus critique sur la Constitution approuvée lors du référendum constitutionnel du 6 décembre 1978 ?
— Il y a eu au Ve Congrès une position claire sur la Constitution, qui partait d'une analyse critique de notre attitude dans le processus de la « Réforme » dans son ensemble. La Constitution comporte des éléments clairement négatifs, mais elle représentait un mieux du point de vue des conditions objectives pour la lutte politique. Cela étant, ce mieux est donné dans un cadre constitutionnel - suivi d'un développement législatif - qui est le plus conservateur et le plus réactionnaire d'Europe occidentale.
C'est pour cela que nous avançons comme alternative au cadre constitutionnel actuel deux objectifs indissociables : défense de la Constitution face aux risques de retour en arrière (il ne faut pas oublier que nous avons un appareil d'Etat qui ne correspond en rien à une situation de démocratie formelle), et transformation dans un sens progressiste et révolutionnaire de cette Constitution, dans la mesure où le rapport des forces le permet. Ces deux objectifs n'ont rien de contradictoire, mais il faut les moduler à chaque moment, en fonction de ce qui est le plus nécessaire. Le courant qui s'est retrouvé minoritaire au Ve Congrès pensait qu'il ne fallait en aucune manière mentionner cet objectif de transformation progressive, même comme objectif programmatique.
- Que pouvez-vous nous dire de la situation actuelle du PSUC et des perspectives ouvertes par le prochain Congrès extraordinaire ? Prévoyez-vous une scission ou vous proposez-vous de continuer à travailler au sein du Parti communiste espagnol (PCE) ?
- Le cadre dans lequel se situe la crise du PSUC est celui d'une situation nouvelle, radicalement différente de celle de la fin du franquisme. Les deux éléments qui ont influé sur ce changement sont, d'une part la crise internationale et la de l'impérialisme pour retrouver la domination qu'il avait — du moins en partie — perdue, et de l'autre les effets de la « Réforme » sur toutes les forces politiques qui se retrouvent toutes aujourd'hui dans un processus de recomposition, à droite comme à gauche. Dans ce contexte, il y a un risque qui est celui de la disparition pure et simple du parti communiste, par liquidation politique ou organisationnelle, et un gonflement du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) par le ralliement individuel de militants.
pourrait se voir réduit à l'état de groupuscule dans un processus dont nous avons déjà des éléments en Galice ou, de façon très particulière, dans la crise du parti en Euskadi. Cela pourrait se également en Catalogne. Si le prochain Congrès extraordinaire donnait victoire au secteur « eurocommuniste », le PSUC connaîtrait une transformation qualitative en devenant un parti dépourvu de toute base organisée dans la ceinture industrielle de Barcelone. Ce serait un parti de classe sans classe ouvrière. Nous aurions ainsi un parti « eurocommuniste » sans projet alternatif à celui offert par le Parti socialiste de Catalogne (PSC-PSOE). Cela conduirait également à la groupuscularisation ou à la disparition du PSUC, dans le cadre des « retrouvailles historiques » avec les socialistes que des
« eurocommunistes » considèrent aujourd'hui comme un objectif nécessaire dans la situation présente, et qui impliquerait aujourd'hui des « retrouvailles » avec les socialistes dans le cadre de l'hégémonie politique du PSC-PSOE.
Mais ce processus n'est pas inévitable dans le cas du PSUC. Si le prochain
Congrès extraordinaire est démocratique, selon les normes qui ont prévalu pour le Ve Congrès, nous pensons pouvoir gagner de nouveau, parce que nos positions politiques gagnent en influence. Mais nous devons aussi la gagner sur le terrain de l'organisation, en mettant en place une direction qui corresponde à ce que nous avons déjà approuvé au Ve Congrès.
Nous allons au Congrès extraordinaire avec la volonté et la certitude de gagner. Dans toutes les résolutions des instances de base, la politique du Ve Congrès a été la plus appuyée. C'est pour cela que la recomposition des forces en Catalogne se fait de façon différente. Nous sommes conscients que, si nous gagnons ce Vle d'« eurocommunistes » s'incorporer au PSOE, ce qui tendra à réduire l'espace politique du PSUC, mais cela ne doit pas nous préoccuper excessivement si nous pouvons nous élargir dans une direction différente, en incorporant des forces — organisées ou non — de caractère communiste qui existent dans la société catalane, avec pour objectif central de rétablir les liens entre les intellectuels de gauche et la classe ouvrière qui se sont dilués au sein du PSUC au cours de la derniere periode, de récupérer une grande partie des militants et de reconstituer un grand parti de masse en Catalogne, ce qui est évidemment une question de temps, mais qui serait possible à partir d'une vietoire au VIe Congrès.
- Mais, dans le cas d'une scission importante du parti, mettons 50 / 50 %, ne pensez-vous pas que cela entrainera plus de difficultés pour parvenir à cette recomposition?
- Une perte importante de militants serait sans aucun doute un élément fortement négatif, mais les perspectives demeureraient les mêmes: aller de l'avant dans la rénovation politique, avec une direction qui réponde à tout moment à cette orientation. Je crois que nous récupérerions ainsi beaucoup de militants et beaucoup de cadres du mouvement ouvrier. Et il ne faudrait pas attendre très longtemps pour que le PSUC redevienne un parti im-
- Mais votre projet se pose-t-il aussi par rapport au PCE dans son ensemble, où vos positions sont beaucoup plus mi-
- La situation est très inégale au niveau de l'Etat espagnol. Dans les endroits où le parti est à peine implanté, comme en Galice ou aux Canaries - où le PCE tend à devenir une force marginale →, d'autres alternatives surgissent qui doivent être considérées avec beaucoup d'attention, à cause de leur politique à contenu progressiste avec des éléments de radicalisation et disposant d'un appui électoral et de masse important, comme le Bloc national populaire galicien (BNPG) et l'UPC aux Canaries. Là, la situation passe par une recomposition des communistes, mais en prenant en compte l'exis-
tence de ces forces car, pas plus en Galice qu'aux Canaries, l'organisation du PCE ne sera la colonne vertébrale d'une alternative organisationnelle des communistes.
Dans d'autres régions, comme l'Andalousie, où le PCE dispose de forces plus importantes, nos positions politiques sont beaucoup plus fortes, y compris au sein du Parti communiste andalou (PCA), ce sont des positions comparables aux nôtres qui prévalent, même si elles sont formulées de façon différente, et même si elles ne s'opposent pas au terme « eurocommunisme ». C'est également le cas au sein de l'organisation du PCE à Madrid, où nous sommes encore faibles, uniquement parce que la gauche du parti a pêché par confusionnisme, sa force actuelle ne correspondant pas à ses potentialités. D'un côté, il n'y a pas eu suffisamment d'initiatives politiques prises à partir de positions cohérentes, et d'un autre côté cela a eu pour conséquence le départ du parti de plus de militants qu'en Catalogne.
Il doit y avoir un processus particulier à chaque région de l'Etat espagnol. Nous devons aborder cette recomposition des forces politiques de façon très ouverte quant à la configuration de partis communistes, qui doivent être très différents de ce que nous appelons des partis communistes traditionnels. Nous autres, voulons aller vers la création d'un parti communiste de masse, ni « radical » ni popu-
- Quelle est votre opinion sur ces problèmes dans les nationalités et comment appréciez-vous ce qui vient de se passer en Euskadi ? Etes-vous pour une alternative fédéraliste au PCE ?
- Ce qui se passe avec le PSUC est un phénomène atypique, car il existe deux partis communistes dans un même Etat, et c'est là une réponse très claire, très radicale apportée à la question nationale. Cela pour des raisons historiques et du fait du développement particulier du processus politique en Catalogne, où le PSUC - en tant que parti national et de classe — a eu une plus grande influence sur la société catalane que le PCE sur l'ensemble de la société espagnole, ce qui a été dans le sens de la consolidation du caractère indépendant de notre parti. Doit-il en être ainsi ailleurs ? Peut-être pourrait-il se passer la même chose en Euskadi, cela dépend de la clarté et de l'initiative politique qu'aura la nouvelle formation issue de la fusion de l'EPK (Parti communiste d'Euskadi) et de l'EIA (Parti pour la révolution basque) au sein d'Euskadiko Eskerra (Gauche d'Euskadi). Le problème c'est que le PCE a essayé de constituer des partis disposant de traits différenciés mais sans aller jusqu'au bout, et dans le cadre d'un processus qui a manqué de clarté : on ne sait pas très bien, par exemple, quelles sont les relations organiques et statutaires qui existent entre le PCE et l'EKP ; parce que les statuts ne résolvent pas ce genre de problème. La question est complexe et la solution est avant tout politique. Le conflit entre le PCE et l'EKP n'aurait pas eu lieu si le PCE avait été plus sensible à tout ce qui se passe dans la société espagnole. Nous considérons, pour notre part, comme totalement légitimes les positions du camarade Lertxundi qui s'appuient sur la majorité du Comité central du Parti communiste d'Euskadi. Un CC ne doit pas être dissous comme l'a fait Santiago Carrillo. Le PCE aurait pu donner l'impulsion au processus de fusion avec l'EIA, processus nécessaire s'il se déroule dans un cadre politique suffisamment clair. Mais la direction du PCE a prétendu rien de moins qu'Euskadiko Eskerra (qui est la force dominante dans le processus de fusion) assume une orientation « eurocommuniste », une politique qui a échoué, impraticable dans notre pays en ce moment. Comme Euskadiko Eskerra ne peut accepter cela, la position du PCE est de pure opposition au processus de fusion.
Le PCE se met ainsi en position d'être un frein au processus de renforcement organisationnel des alternatives révolutionnaires qui peuvent apparaître. Il faudrait une direction du PCE qui comprenne tous ces phénomènes nouveaux, qui sache impulser des processus de réorganisation politique des communistes, prenant des initiatives sur ce terrain, mais avec un grand réalisme, et qui admette que, dans certaines régions de l'Etat espagnol, le PCE ne sera pas nécessairement la force autour de laquelle va s'articuler une alternative ou une organisation qui réponde aux nécessités de notre temps.
Pour ce qui est de l'alternative fédéraliste, c'est un problème de forme. Je suis convaincu que nous devrons aller dans cette direction, pour en arriver à former un parti effectivement fédéral. Ou nous faisons cela, ou bien nous assisterons à une hémorragie de militants, à une régression organisationnelle, etc.
En Euskadi et en Galice, on ne peut penser qu'il soit possible de maintenir les formes organisationnelles traditionnelles. Tout cela nous amène à l'existence d'au moins trois partis : en Catalogne, en Euskadi et en Galice - les trois nationalités historiques —, mais il faut aussi prendre en compte le fait canarien, avec sa structure socio-économique très particulière qui peut former une nouvelle nationalité, et l'on voit poindre également des éléments du même ordre en Andalousie. Même si nous vivons à une époque de dépassement des frontières et d'internationalisation, le problème national n'est pas éliminé pour autant, parce que ce qui est remis en question ce n'est pas seulement les frontières, mais aussi les Etats surgis des révolutions bourgeoises. Cette remise en question se fait selon deux axes : l'un, l'internationalisation, l'autre, le processus d'autodétermination des peuples.
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- Comment appréciez-vous les dernières expériences d'unité d'action avec d'autres forces se réclamant du communisme sur la question de l'OTAN, sur la lutte contre l'Accord national sur l'emploi (ANE), etc. ?
- Nous pensons qu'il est nécessaire d'en finir avec le sectarisme et le patriotisme de parti. Il faut instaurer de nouvelles relations avec les secteurs communistes non organisés dans le PSUC comme le Mouvement Ligue communiste révolutionnaire (LCR), et une relation beaucoup plus politique, beaucoup plus étroite, avec des secteurs qui sont communistes et révolutionnaires mais qui sont aujourd'hui inorganisés. Cela ne signifie pas tant entrer dans des processus de recomposition en considérant cela dans un cadre strictement organisationnel, que de mettre à la première place la possibilité de convergences politiques dans le cadre de la formation d'une alternative politique d'ensemble de la
Sur ce terrain, nous avons pris et continuerons de prendre des initiatives unitaires sur la lutte contre P'OTAN ; il serait d'ailleurs nécessaire de créer un grand mouvement pour la paix, le désarmement et la dissolution des blocs. Les convergences que nous avons pu avoir avec le MC, la LCR et des indépendants vont se maintenir, et il peut également y avoir des accords sur la politique à mettre en œuvre aujourd'hui dans la situation de crise économique pour défendre les intérêts de la classe ouvrière et des couches
Il y a des points de convergence, cela se vérifiera dans le cadre d'un processus qui ira mûrissant, et dans lequel on peut créer les conditions pour aller vers le même cadre organisationnel. Nous, sans sectarisme et sincèrement, nous pensons que ce cadre doit être le PSUC. Naturellement si nos positions demeurent celles approuvées par le Ve Congrès. De plus, le PSUC est historiquement un parti d'unification des forces de la gauche révolutionnaire. Pourraient converger en son sein des secteurs importants de l'intelligentsia catalane de gauche et des forces politiques qui sont communistes.
Nous sommes dans une situation historique décisive pour le pays et nous avons une responsabilité très grande, nous tous qui nous revendiquons de la nécessité d'une politique communiste. C'est un moment, une occasion historique qui ne se reproduira pas si facilement dans le futur, pour que toutes les forces manifestent leur volonté de converger politique. ment pour apporter à la crise une issue de progrès et répondre au défi de la droite qui tente de réorganiser l'éventail des forces politiques du pays et de faire disparaître ou de marginaliser toute formation de type communiste.
Propos recueillis par Pep ROCA Barcelone, novembre 1981.