Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

L'échec de l'eurocommunisme espagnol

· Inprecor n° 114, 7 décembre 1981 · p. 14 · 1 141 mots

État espagnol Euskadi

ETAT ESPAGNOL E de Codagne (PS) renait la plus grave crie poligue + N janvier 1981, le Ve Congrès du Parti socialiste unifié

/ qu'ait connu le Parti communiste espagnol (PCE) depuis cinquante ans, depuis que s'est constitué en 1933-1936 l'appareil de direction dont est directement issu celui qui est en place actuellement. Ce Congrès a été marqué par le rejet — par la majorité des délégués - de l'expression « eurocommunisme » ; cela s'explique fondamentalement par la rebellion d'une grande partie de la base ouvrière du PSUC contre la politique désastreuse de la direction, depuis la signature du Pacte de la Moncloa en 1977.

On pouvait penser que le choc provoqué par le coup d'Etat manqué du 23 février 1981 allait provoquer un regroupement des forces et précipiter la solution de la crise. Carrillo a pris l'offensive en passant un accord avec la nouvelle direction du PSUC et en obtenant que soit convoquée une Conférence extraordinaire qui reprenne dès juillet l'expression maudite d'« eurocommunisme ». Cela a pu apparaître comme une vietoire, mais cela a été une victoire à la Pyrrhus. La façon éhontée dont ont été bafoués les résolutions du Ve Congrès a alimenté l'offensive de l'aile gauche du parti et dissipé la confiance que de nombreux militants pouvaient avoir dans l'équipe dirigeante qui s'était intitulée « léniniste », insultant ainsi Lénine.

Pendant ce temps, d'autres révoltes, bien que de moindre importance que celle de Catalogne, se sont étendues : en particulier dans les deux autres grands bastions ouvriers du PCE, en Andalousie et à Madrid. Il ne pouvait en être autrement : cette révolte est nourrie par l'expérience et le bilan qu'en tirent des secteurs entiers de la base ouvrière du parti. Elle s'est amplifiée alors que la politique du PCE depuis le 23 février 1981 n'est plus que l'ombre de celle du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), laquelle se caractérise par un appui sans fard à la « contre-réforme » du président du conseil de gouvernement Calvo Sotelo.

La signature du pacte social le plus dur de l'après-franquisme, l'ANE (Accord national pour l'emploi), a renforcé encore davantage la détermination de ces secteurs de gauche. En témoignent la victoire de listes oppositionnelles dans les congrès provinciaux des Commissions ouvrières (CCOO) comme à Madrid, ainsi que les 25 % des voix recueillies par la liste d'opposition au Congrès confédéral.

C'est dans ces conditions que s'est réuni à Madrid, à la fin du mois de juillet, le Xe Congrès du PCE (1). Au cours de ce Congrès s'est manifesté un phénomène important pour le développement ultérieur de la crise : la bataille contre la direction a été menée par le courant dénommé « rénovateur » et par des secteurs des organisations du PCE dans les nationalités, au nom de la démocratie interne et du renouvellement de l'équipe dirigeante. Les secteurs de gauche, sous-représentés par rapport à leur influence réelle, ont renoncé pratiquement à mener tout combat à cette occasion. La conséquence en a été qu'il y a eu peu de débat sur la ligne politique et que la gauche a perdu une grande occasion de prendre la tête de la défense de la démocratie dans le parti.

Quasi simultanément au Xe Congrès du PCE, s'est déroulé en Euskadi celui de l'organisation nationaliste-révolutionnaire EIA (Parti de la révolution basque). La majorité de ce Congrès (60 % des voix) a adopté une ligne qui combine le nationalisme avec un « eurocommunisme » qui ne veut pas dire son nom ; la minorité (40 %) a exprimé une certaine opposition de gauche, d'un point de vue nationaliste radical. Le Congrès a décidé de constituer en parti ce qui n'était jusqu'alors que le « front de masse » de l'organisation, à savoir Euskadiko Esquerra, et de dissoudre l'EIA en son sein.

Dans les premiers jours de septembre, l'organisation du PCE en Euskadi s'est adressée à l'EIA, pour solliciter sa participation au processus de constitution de Euskadiko Esquerra en parti. Ainsi a commencé la deuxième phase de la crise du PCE, dans laquelle nous nous trouvons à l'heure actuelle, marquée fondamentalement par le combat de Santiago Carrillo et de sa fraction dans l'appareil contre l'opposition la plus significative du Xe Congrès, c'est-à-dire les « rénovateurs » et les « nationa-

La scission en Euskadi a déjà eu lieu. Un membre du Comité exécutif du PCE (Manuel Azcarate) et 5 membres du Comité central (P. Brabo, C. Alonso, N. Sartorius, J. Segura et P. Arroyo) ont été exclus de la direction ; 5 conseillers municipaux de Madrid sont menacés d'exclusion du parti s'ils ne se démettent pas de leurs charges; les comités de direction de Valladolid, Salamanque et d'autres quartiers de la ceinture industrielle de Madrid ont été dissous.

Le vote du Comité central sur les exclusions a été de 67 pour, 24 contre et 8 abstentions. Une vois de plus, une victoire à la Pyrrhus, parce que, pour ne prendre que quelques exemples, la majorité du Comité de l'Andalousie, l'organisation la plus forte qui reste au PCE, a adopté une motion s'opposant aux sanctions contre l'avis de son propre secrétaire général F. Alcaraz. Parmi les cadres du PCE de Madrid, des signatures ont été collectées pour réclamer la convocation d'un Congrès extraordinaire du PCE. Après la réunion du Comité central, les prises de position favorables à la levée des sanctions ont continué. Enfin, une brèche s'est ouverte au cœur même de l'appareil, quand Marcelino Camacho, secrétaire général des Commissions ouvrières et Nicolas Sartorius, vice-secrétaire du PCE et principal aspirant à la succession de Santiago Carrillo, ont voté contre les expulsions. Et Marcelino Camacho a annoncé sa démission du Comité exécutif, d'après ce qu'il dit « non pour des raisons politiques, évidemment ». Evidemment ...

La crise continue donc. La fraction de Santiago Carrillo est à l'agonie et l'appareil du parti pousse à l'émergence d'une équipe de rechange, dans laquelle Nicolas Sartorius et Marcelino Camacho aspirent déjà ouvertement à des postes de direction. Avant de disparaître de la scène politique, Santiago Carrillo a un dernier travail à accomplir dans l'intérêt de l'appareil : liquider l'ennemi principal, c'est-à-dire le secteur de gauche, tout en évitant que cela ne provoque un renforcement de la gauche révolutionnaire.

Cela sera la troisième phase de la crise et son étape décisive. Son expression la plus importante se situe pour le moment en Catalogne. Un des principaux dirigeants de cette gauche, membre du Comité central du PSUC, Leopoldo Espuny, a donné une interview à Inprecor, que nous publions ci-après, à la suite d'un article de notre camarade Joan Font.

Angel MUNOZ 1. Cf. Jaime Pastor, « Le Xe Congrés du Parti communiste espagnol, une victoire à la Pyrrhus pour Santiago Carrillo », Inprecor numéro 108, du 14 septembre 1981 ; et « Où va le Parti communiste espagnol ? », Inprecor numéro 109, du 28 septembre 1981.

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