Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Une proposition pour un plan d'urgence

· Inprecor n° 114, 7 décembre 1981 · p. 12-13 · 2 241 mots

Pologne Syndicalisme

Disnait la nécessité pour te mouvement des conseil d'élaborer un Plan économique. D'autres ont également avancé cette perspective ; nous publions ci-dessous un extrait de l'article de Jozef Kusmierek, journaliste économique et militant socialiste de longue date, animateur de l'Agence nationale des actualités ouvrières (KARA), publié dans Niezaleznose (Indépendance), le bulletin quotidien de Solidarité de la région de Varsovie, numéro 167 du 6 novembre dont ils disposent pour l'instant. Mais ils sont conscients qu'au-delà des victoires psychologiques remportées dans la quasitotalité des conflits ces derniers mois, ils n'ont pu améliorer leur situation. « Les autorités n'ont pas peur des grèves, au contraire, elles auraient même plutôt tendance à les provoquer dans notre ré-

1981. L'auteur y présente l'esquisse de

Jozef KUSMIEREK

La croyance - incompréhensible pour moi et suicidaire pour l'autogestion et donc également pour les travailleurs et plus généralement pour les citadins — selon laquelle les autorités seraient au service de la population, la confiance en leur bonne volonté et leur capacité d'agir, ont conduit à ce que les organes d'autogestion se retrouvent sans défense devant l'effondrement du système de rationnement.

Dans cette situation, la première et la seule tâche décisive des organes d'autogestion est d'assurer la survie des travailleurs, c'est-à-dire de garantir la production indispensable à l'approvisionnement alimentaire. Pour cela, il faut :

1.- Créer un comité d'approvisionnement inter-entreprises à l'échelle de la ville ;

2.- Présenter à ce comité les propositions de productions qui peuvent être livrées jusqu'à la fin de l'année économique en cours, c'est-à-dire jusqu'à la fin juin 1982 ;

3.- Mobiliser les entreprises pour qu'elles soient capables d'offrir des services de plomberie, d'électrotechnique, d'installations sanitaires et des appareils automatiques simples pouvant servir à préparer les fourrages et à alimenter les animaux, ainsi qu'à la construction des sécheries ;

4.- Destiner tous les tracteurs, utilisés jusqu'à présent dans les entreprises et dans les services de voirie, ainsi que le maximum de camionnettes de type Zuk et Nysa, à la vente ou à la location aux agriculteurs ;

5.- Recenser les capacités de réparation et d'entretien des machines agricoles au sein des entreprises ;

6.- Développer la coopération avec l'appareil de la coopérative Spolem en vue d'utiliser ses capacités de gion », affirme H. Neuman, du présidium de Solidarité de la mine « Jastrzebie ». « Chez nous, le parti va même jusqu'à soutenir les grèves (en paroles) pour essayer de regagner la confiance des ouvriers ... et pour mieux leur taper sur la gueule ensuite. Ils cherchent à organiser des provocations, pour susciter des grèves ANS son numéro 2 de novembre 1981, Inprekor (édition polonaise), soud'urgence, en vue de mettre un terme à la détérioration de la situation ce que pourrait être un tel Plan. distribution de marchandises ; en cas de refus, d'inertie ou de tentatives de sabotage de la part de la centrale, mettre la coopérative sous tutelle ;

7.- Après avoir recensé les offres de production et de nouer des contacts avec l'appareil des coopératives de villages, qui pourrait organiser l'achat des denrées alimentaires aux paysans en contrepartie des marchandises offertes. l'appareil de ces coopératives et d'autres institutions à créer localement des centres de conditionnement de

8.- Nouer des contacts avec des comités similaires, en particulier ceux de Katowice et de Lodz, en vue de la prise en charge de la distribution de leurs produits, c'est-à-dire du charbon et des textiles ;

9.- Nouer des contacts avec les comités régionaux qui disposent dans leur région d'entreprises de menuiserie de construction. Dans les usines, développer la production d'éléments de toiture et de préfabriqués légers, utilisables dans la construction rurale. Mettre une partie des moyens de transport à la disposition de l'acheminement des marchandises dans les relations ville-campagne et campagne-

10.- Dans les grandes agglomérations, il ne sera peut-être pas possible d'assurer la distribution de la nourriture. En conséquence, il faudra transformer tous les restaurants actuellement fermés et toutes les cantines d'entreprises en cantines populaires ; les conseils prendraient alors en charge la distribution des tickets d'alimentation.

11.- Préparer un plan d'évacuation des immeubles et quartiers qui ne pourraient pas être chauffés en cas d'hiver particulièrement rigoureux.

Jozef KUSMIEREK « Niezaleznosc », numéro 167, 6 novembre 1981.

et tenter de diviser ainsi le syndicat. Nous n'avons rien à gagner avec les grèves. II faut que nous prenions nous-mêmes la production et la distribution en mains, cela serait autrement plus efficace. Vous savez qu'il existe un projet pour réorganiser la production dans les mines en vue d'éliminer la gabegie et d'augmenter la production (9). Nous sommes prêts mais, pour que cela puisse se faire, il faut que nous discutions avec ceux du PKS (les bus) pour que le transport des ouvriers soit réorganisé en fonction de l'existence de quatre équipes, et non de trois, comme c'est le cas actuellement. »

Ces propos reflètent bien l'état d'esprit rencontré dans d'autres mines de la région. Dès lors, le seul courant qui apparait comme capable de fournir une persmilitants de Solidarité qui travaillent au développement des conseils ouvriers dans les entreprises et d'organes de contrôle social à tous les niveaux de la vie socio-économique. C'est celui qui se prononce pour la grève active (10), c'est-à-dire en faveur d'« une forme d'action qui nous permette d'exercer un contrôle total depuis le début de la production dans l'entreprise jusqu'à l'arrivée du produit chez son destinataire », selon les termes em-

LE DEVELOPPEMENT DES CONSEILS OUVRIERS Bien qu'avec certaines lenteurs dues aux réticences d'une partie de la direction nationale de Solidarité d'appuyer la création et le développement de la Fédération nationale de l'autogestion (11), cette dernière a connu un développement important depuis sa création, le 17 octobre. 26 régions en font aujourd'hui partie, contre 17 au départ. Des réunions communes avec les responsables de Solidarité chargés de la question de l'autogestion ont lieu régulièrement, l'agence de presse de Solidarité, AS, rend compte de la progression de ses travaux et elle possède maintenant son propre organe de propagande au niveau national, Samorzad (Autogestion), dont le numéro 3 est sur le point de paraître. Mais, comme le disait A. Koclega, un des responsables du présidium de la Fédération, lors d'une réunion de quelque 1 000 délégués des conseils ouvriers organisée par la coordination régionale de Silésie des conseils, le 19 novembre à Katowice : « Il reste encore un énorme travail d'information et de propagande à faire pour que notre mouvement s'étende à toute la classe ouvrière et qu'un véritable système d'autogestion puisse s'instaurer. »

9. Cf. le reportage de J. Allio, « Face à la paralysie du pouvoir et devant la combativité ouvrière, quelles perspectives pour Solidarité ? », Inprecor numéro 112, du 9 novembre 1981.

10. Cf. « De la tactique de la grève active », position du Comité régional de Lodz, Inprecor numéro 110, du 12 octobre 1981.

11. Cf. « Déclaration de constitution de la Fédération nationale de l'autogestion », Inprecor numéro 112, du 9 novembre 1981.

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Dans ce sens, l'organisation du référendum sur l'autogestion - dont la perspective avait déjà été débattue au moment du ler Congrès national de Solidarité - apparaît comme un élément essentiel pour élargir le mouvement. Le projet soumis par le « Groupe de travail pour l'initiative de coopération inter-régionale conseils ouvriers » (appelé aussi « Groupe de Lublin ») sur le contenu que devrait avoir ce référendum doit être discuté lors de la prochaine réunion de la Commission nationale (KK), le ler décembre. C'est à ce moment-là que la date du référendum sera fixée.

Parallèlement, le mouvement d'autoorganisation pour contrôler la distribution de l'alimentation, des biens de consommation et les divers aspects de la vie sociale en général, fait lui aussi des progrès rapides. A Varsovie, cela passe par la mise en place des « commandements d'hiver (12) », chargés, au niveau de la région, de la ville, du quartier, de l'immeuble, d'empêcher la dégradation de la situation, de garantir l'approvisionnement en vivres, en électricité et le chauffage.

A Lodz, des travailleurs ont saisi leur direction régionale du problème de la distribution du carburant, dénonçant l'utilisation de l'essence destinée aux entreprises par des particuliers — occupant des postes de direction — et exigeant que soit mis fin à ces privilèges afin de respecter les besoins et les priorités concernant toute la

A Cracovie, la direction de Solidarité s'est opposée avec détermination - comme récemment à Lodz (13) — à tout systeme de troe entre une entreprise déterminée et tel ou tel secteur de la production agricole. Elle propose au contraire d'instaurer un système de contrôle s'appuyant sur des comités chargés d'informer la population de l'état réel des stocks, de contrôler la distribution et d'assurer une véritable égalité de tous face à la pé-

Pour l'instant, ces initiatives restent dispersées. Mais la réunion nationale sur l'autogestion territoriale, qui s'est tenue à Cracovie les 21 et 22 novembre, signe du début d'une prise de conscience de l'importance du développement d'un mouvement d'autogestion et d'auto-organisation qui devrait permettre à la population de prendre ses affaires en main à tous les niveaux de la vie sociale.

D'UN PLAN D'URGENCE

Dans la situation de crise profonde décrite précédemment, il est évident que des choix s'imposent et que la mise sur pieds d'un Plan d'urgence — prenant en compte les besoins sociaux essentiels et les ressources réelles existant dans le pays — est la seule solution à même d'apporter une réponse à la question angoissante que posent les travailleurs : « Comment passera-t-on l'hiver? ».

Un tel Plan implique que des priorités soient établies dans tous les domaines

Grève à l'usine de tracteurs d'Ursus en mars-auril de la vie socio-économique, depuis l'affectation de l'énergie jusqu'à l'organisation des transports et de la distribution biens. Dans ce sens, la mise en commun de tous les efforts, la coordination de toutes les activités et de toutes les initiatives des travailleurs est vitale. D'où le rôle décisif de la Fédération de l'autogestion, en coordination conseils ouvriers et des organes d'autogestion territoriale qui commencent à mettre en place. Ce n'est qu'en recensant tous les besoins, en créant une banque d'informations permettant de connaître l'état réel de l'économie, qu'il sera possible de tracer les perspectives d'action permettant de sortir de la crise et confirmant ce que la plupart des ouvriers continuent de penser : « Ça doit être possible, il faut que nous trouvions une issue. »

Le prolétariat polonais est loin d'avoir baissé les bras malgré les difficultés incroyables qu'il rencontre dans la vie quotidienne. La meilleure preuve de sa combativité, c'est l'impact immense de l'idée de la grève active comme premier pas sur la voie du contrôle, qui permettra à la classe ouvrière de décider elle-même des choix les plus immédiats. Les enquêtes menées dans les entreprises de Lodz — - la première région où cette idée a été discutée - montrent que la très large majorité des travailleurs (64 % de la population dans son ensemble) est prête à s'engager dans cette voie. Les réactions sont identiques dans nombre de régions.

« La grève active, c'est la seule manière de commencer à imposer un contrôle social sur la production », m'ont affirmé de nombreux mineurs et sidérurgistes de la région de Katowice. D'ailleurs, septembre, lorsque les mineurs avaient accepté de travailler pendant deux samedis libres à condition d'avoir le droit de contrôler l'affectation du fruit de leur travail, ils ont fait la preuve que c'était possible, même si l'expérience s'est effectuée sur une échelle réduite. Ainsi, les travailmine « Manifest Lipcowy» ont non seulement livré le charbon à des cokeries dont ils savaient qu'elles peuvent le transformer, mais, en commun avec les ouvriers des cokeries, se sont assurés que

1981. (DR) le coke produit était bien arrivé aux hôpitaux et écoles auxquels ils le destinaient.

Les bureaucrates ne se trompent pas lorsqu'ils dénoncent la grève active. Car un tel mouvement, s'il prenait de l'ampleur, ne tarderait pas à mettre à nu toute l'incapacité de la couche dirigeante en montrant très concrètement ce que chacun suppute à l'heure qu'il est : il est possible de modifier radicalement la situation à condition de le vouloir. Dans une allocution prononcée devant le plénum régional du POUP à Wloclawek, S. Olszowski s'en est pris très violemment à « certains dirigeants et conseillers de Solidarité qui ont tenté et qui continuent à s'efforcer de mener l'Etat socialiste à sa perte. Une conception particulièrement dangereuse est celle de la prétendue "grève active". (...) Accepter une telle perspective reviendrait à briser totalement et à tous les niveaux la chaîne de la production, de la coopération, détruisant ainsi le système de communications, de l'énergie et donc toute la vie intérieure du pays (14) ».

Les ouvriers favorables à la grève active, et notamment ceux des mines de la région de Katowice, sont conscients de la dynamique d'affrontement avec la bureaucratie dont est porteur un tel processus : « Il est évident que les autorités, qui n'ont jamais subi aucun contrôle, n'acceptent pas cette idée. La grève active peut fort bien nous amener à une confrontation directe avec le gouvernement. Mais, quelles que soient les difficultés qui nous attendent, nous n'avons pas C'est la seule voie qui s'ouvre à nous. » •

Varsovie, 22 novembre 1981. 12. Cf. entretien avec Zbigniew Bujak, président de Solidarité de la région de Varsovie, « Sur la voie du contrôle des travailleurs », Inprecor numéro 113, du 23 novembre 1981.

13. Cf. résolution de la direction régionaravitaillement ». Inprecor numéro 113, du 23

14. Trybuna Ludu, 12 novembre 1981.

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