Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BRESIL

Mario Pedrosa (1900-1981) : un symbole du combat anti-dictatorial

Inprecor n° 114, 7 décembre 1981 · p. 35 · 600 mots

Brésil

Mario Pedrosa vient de mourir à Rio de Janeiro à l'âge de 81 ans.

Il aimait à dire avec fierté : « Je suis le numéro 1 du PT ». Les dirigeants syndicaux fondateurs du Parti des travailleurs (PT) lui avaient en effet rendu l'hommage, il y a deux ans, de lui réserver la première fiche d'affiliation au nouveau parti. Hommage mérité à une longue vie mili-

Des 1922, membre du Parti communiste brésilien (PCB), déjà hors-la-loi, Mario Pedrosa était envoyé en URSS par la direction du parti. Il dut d'abord séjourner à Berlin avant de pouvoir enfin entrer en URSS pour étudier à l'Ecole Lénine. C'était la période de montée du stalinisme. Il prit position en faveur de l'Opposition de gauche : « Quand Trotsky fut envoyé à Prinkipo, raconte Mario Pedrosa, ce fut un grand choc pour tout le monde. A cette époque, je reçus les documents de l'Opposition de gauche et je pris position en sa faveur. Via l'Allemagne, j'envoyai au Brésil les premiers documents de l'Opposition internationale, et je vins rejoindre ensuite l'Opposition qui s'était formée ici dans la lutte interne. Je formai alors, avec une cellule qui venait d'être expulsée du PC à Rio de Janeiro, le Groupe communiste léniniste (GCL) qui édita le journal Lutte de Classe et devint ensuite la section brésilienne de l'Opposition de gauche internationale. »

En 1937, après le coup d'Etat de Getulio Vargas, poursuivi par les forces de répression, Mario Pedrosa dut s'exiler une fois. Il participa en 1938 à la Conférence de fondation de la IVe Internationale et fut élu à son premier Comité exécutif. Au moment où le nazisme déferlait sur l'Europe, la direction de l'Internafut transférée aux Membre du Secrétariat international (SI), Mario Pedrosa prit alors parti pour les positions de Schachtman et CRL James sur la nature de l'URSS, et il rompit avec l'Internationale en leur compagnie.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Mario Pedrosa put rentrer au Brésil. Il participa alors à la formation d'un parti socialiste indépendant et lança avec Vieux camarades le journal Avant-garde coup d'Etat de 1964 le contraignit une nouvelle fois à l'exil. Réfugié au Chili, il participa au mouvement de résistance des exilés au coup d'Etat de Pinochet en 1973, puis dut partir une nouvelle fois pour l'Europe.

Deja malade, il ne put rentrer au Bré sil qu'en 1977. Il s'enthousiasma aussitôt pour le projet de constitution du PT. Dans une lettre du ler août 1978, il écrivait à Luis Inacio da Silva « Lula » : « Je peux maintenant espérer et croire que le Brésil sera un pays heureux : voici l'heure de l'apparition de la nouvelle classe ouvrière et d'un nouveau Brésil. Depuis que Karl Marx a proclamé au siècle dernier que l'émancipation des travailleurs serait l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, cette vérité ne s'est plus jamais éteinte dans l'histoire. »

En 1980, il publiait un petit recueil d'articles et de textes sur le Parti des travailleurs, dans lequel il écrivait : « Un nouveau moment historique apparaît avec force pour projeter une lumière nouvelle dans toutes les couches de la population jusqu'à présent sans expression et sans espoir. Cette lumière nouvelle se concrétise dans cette grande entreprise de classe des militants ouvriers qui, rassemblant leurs luttes, se sont réunis pour former le nouveau Parti des travailleurs, drapeau qu'aucun Brésilien rejetant sans compromis la domination des classes dirigeantes ne peut

Passionné par les arts, un temps directeur du Musée d'art moderne de Rio de Janeiro, Mario Pedrosa a écrit plusieurs ouvrages sur l'art et la culture.

Inprecor salue la mémoire de ce vieux militant infatigable.

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