La jeunesse contre la militarisation
Les mobilisations pour la réduction du service militaire à six mois
'IMPORTANTES mobilisations de la jeunesse se préparent actuellement en France. Depuis plusieurs semaines, dans les lycées, les quartiers et les foyers de jeunes travailleurs, circule une pétition qui demande que soit tenue la promesse de François Mitterrand - lorsqu'il n'était que candidat à la présidence de la République — de réduire de moitié la durée du service militaire. Dans le même temps, à l'initiative de plusieurs coordinations régionales de comités de soldats, cir-
Verveine ANGELI
Jean-Louis MICHEL
La victoire électorale de François
Mitterrand a été acquise le 10 mai parce que la jeunesse a massivement voté contre
Valéry Giscard le candidat de la droite, d'Estaing. Dans les dernières semaines de son septennat, celui-ci n'avait pas hésité à faire emprisonner une centaine des soldats signataires d'un appel à le battre aux élections. Aussi, c'est avec un immense espoir que la situation change vraiment que la jeunesse a accueilli la victoire du
10 mai.
comme promis par François Mitterrand le combat contre la militarisation. Parmi les promesses faites aux jeunes par François Mitterrand et le Parti socialiste (PS), il y en avait une qui prévoyait la réduction à six mois du service militaire. Celle-ci est très populaire parmi la jeunesse parce qu'elle signifie « une réduction de peine de moitié » par rapport à la situation actuelle où les jeunes restent encasernés pendant un an face à la hiérarchie militaire sans disposer d'aucun droit. Mais le nouveau ministre socialiste de la Défense, soutenu par le Parti communiste (PCF) devait annoncer durant l'été que « l'idée d'une réduction à six mois était abandonnée ». Aussitôt, les cule une autre pétition dans les casernes qui exige le service militaire à six mois et les mêmes droits pour les soldats que pour les autres citoyens. Les Jeunesses communistes révolutionnaires
(JCR) et la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) jouent un rôle de tout premier plan dans l'animation de cette mobilisation qui a déjà réussi à entraîner des dizaines de milliers de jeunes - dont des centaines et des centaines de soldats - dans
JCR diffusaient massivement dans tout le pays une lettre ouverte au président François Mitterrand où elles réfutaient les mauvais arguments du ministre de la Défense Charles Hernu. Celui-ci avait pliqué : « Il y a trop de chômage chez les jeunes.
Réduire la durée du service, c'est augmenter le nombre de chômeurs. » ...
« Ce n'est pas aux jeunes de faire les frais du chômage, surtout quand on sait ce qui est dépensé dans le budget pour les généraux. Vous ne devez pas confondre les bureaux de recrutement militaire avec l'Agence nationale pour l'emploi », lui répondaient les JCR.
La délégation des jeunes signataires de la pétition pour le service militaire à six mois avant leur rendu Collectif national auquel le ministre de en 1977 à l'arme nucléaire, à la force de s'y oppose. Mais les conditions sont aujourd'hui favorables pour gagner sur nos releurs se donnent des syndicats pour défendre leurs revendications : à l'armée, les soldats doivent pouvoir s'organiser aussi en toute indépendance pour faire tion du service militaire à six mois. C'était une promesse importante, répondant aux vœux de centaines de milliers de jeunes, dans les usines, les lycées, les déclaré que l'idée du service militaire à six mois était abandonnée, croyant bon
SERVICE
POUR contre avec les autorités gouvernementales. (DR)
C'est sur cette base qu'une pétition déjà signée par 1 500 jeunes à Caen allait constituer le point de départ de la création, dans une centaine de villes, de comités unitaires « pour les six mois comme promis ». De nombreuses organisations de jeunes participent désormais à la campagne pour les six mois, y compris des sections locales du Mouvement de la Jeunesse socialiste (MJS) et de nombreux militants des Jeunesses communistes (JC).
Dans le mouvement ouvrier adulte, les prises de position en faveur des six mois se multiplient dans les syndicats. Le récent Congrès du PS à Valence a même voté à une écrasante majorité une motion dans ce sens. Les groupes parlementaires du PS et du PCF ont reçu des délégations
LA PETITION NATIONALE DES SOLDATS vendications essentielles et il faut aller de l'avant.
restent très en deçà de ce qui est possible et nécessaire.
François Mitterrand.
valoir leurs droits.
- Liberté d'information dans les casernes, sans censure !
- Liberté d'expression sans autorisation préalable !
blèmes !
universités et les casernes.
d'invoquer le mauvais prétexte du chômage.
La promesse de François Mitterrand doit être tenue.
MILITAIRE
1300jEUNES-CAEN
MIS COME PRONS la Défense a écrit pour promettre à nouveau que les engagements pris seraient tenus d'ici la fin du septennat présidentiel.
Il est évident que les jeunes ne sont pas prêts à attendre sept ans: toutes les conditions sont donc réunies pour que, dans les mois qui viennent, s'affirme un large mouvement unitaire de toute la jeunesse autour de cette revendication.
CONTRE LE MILITARISME,
AVEC LES SOLDATS
La revendication des six mois a une importance décisive en France, parce qu'elle touche au cœur des problèmes de l'organisation des forces militaires de la bourgeoisie. En se ralliant honteusement
Le gouvernement a pris des mesures concernant le service militaire : elles
Nous demandons la réduction du service à six mois comme promis par
Nous exigeons les mêmes droits démocratiques que les civils. Les travail-
- Liberté de réunion dans les unités pour débattre entre nous de nos pro-
LA PETITION SIGNEE PAR PLUS DE 50 000 JEUNES
Pendant sa campagne électorale, François Mitterrand avait promis la réduc-
Pourtant, en août 1981, Charles Hernu, ministre socialiste de la Défense, a frappe, les dirigeants du PCF et du PS ont clairement opté pour le maintien en l'état des forces militaires de la bourgeoisie. Par le coût qu'elle représente, la réduction à six mois entre directement en contradiction avec le programme de sur-armement décidé par le Conseil de défense du 30 octobre 1981 (un septième sous-marin nucléaire, un nouveau missile tactique, la bombe à neutrons ...). Il faut done choisir entre les exigences de toute la jeunesse d'une part, et les pressions des généraux mis en place par Valéry Giscard d'Estaing d'autre part, tel est le dilemme du gouvernement.
D'autant que la situation se tend dans les casernes. Là encore, les dirigeants du PS comme ceux du PCF avaient fait de nombreuses promesses en direction des soldats. Or, la situation n'a guère changé depuis six mois dans les bases et les casernes. Si quelques mesures positives ont été prises - bien timidement d'ailleurs par le gouvernement, la hiérarchie militaire durcit le ton, cherche à prendre sa revanche sur le mouvement ouvrier et s'en prend pour l'instant, compte tenu du rapport des forces, aux soldats qui s'en récla ment. Ainsi, un jeune soldat de la base aérienne de Cognac a été arrété et maltraité par la Sécurité militaire (SM) alors que le ministre de la Défense Charles Hernu venait d'annoncer la dissolution de cette officine de police illégale, responsable de l'arrestation de plusieurs milliers de soldats depuis dix ans. Le crime de ce jeune soldat : avoir participé, avec le syndicat local CFDT, à la sortie d'un tract destiné aux soldats. La solidarité avec Hans Schiller s'est aussitôt développée partout, et c'est tout naturellement que les comités de soldats se sont trouvés au coude-à-coude avec les comités civils dans la campagne en faveur des six mois. Le 13 novembre, lors de la manifestation parisienne pour le service à six mois, à l'occasion du débat à l'Assemblée nationale sur le projet de budget du ministère de la Défense pour 1982, le représentant des comités de soldats, en uniforme et sans masque - une première en France — a pris la parole pour appeler au combat uni de toute la jeunesse encasernée ou non contre le militarisme des patrons et des généraux.
C'est en ce sens que l'actuelle mobilisation participe du vaste mouvement anti-guerre, anti-impérialiste et antimilitariste qui est en train de prendre son essor dans toute l'Europe capitaliste. De plus, c'est la première fois en France que la jeunesse dans son ensemble commence à se mobiliser de manière unitaire ; il ne s'agit plus seulement de la jeunesse scolarisée : la jeunesse ouvrière et pré-ouvrière tient désormais un rôle important dans cette campagne. Autant de raisons qui justifient la place prise dans ce combat par les JCR et la LCR, dans la perspective d'une mobilisation prolongée de la jeunesse et du mouvement ouvrier contre le militarisme.
Verveine ANGELI Jean-Louis MICHEL 30 novembre 1981.