Ronald Reagan renforce le soutien US au régime raciste de Pretoria
AFRIQUE DU SUD / ETATS-UNIS
A tare re at le Cration de Ronald sur lamendement lors que l'administration de Ronald Reagan s'efforce de
-Clark adopté en 1976 qui « interdisait » l'aide de la CIA à l'organisation sécessionniste angolaise
- l'UNITA —, l'Afrique du Sud vient d'annoncer une nouvelle invasion de l'Angola. Cette « Opération Pâquerette » s'est déroulée au mois de novembre contre une concentration de la
SWAPO (Organisation des peuples du sud-ouest africain) à
240 km à l'intérieur du territoire angolais.
Comme à leur habitude ces derniers temps, les Etats-Unis n'ont pas bronché devant cette nouvelle agression contre l'Angola. Bien plus, c'est à peu près à la même époque que Ronald
Reagan décidait de prendre langue officiellement avec Jonas
Sawimbi.
Début décembre, Rush Taylor, porte-parole du département d'Etat américain, affirmait que le dirigeant de l'organisation pro-sud-africaine UNITA serait bientôt reçu par des officiels américains. C'est un honneur que lui avait refusé, en son temps, l'administration du président Carter.
Ernest HARSCH
Presque aussitôt après avoir entamé son mandat présidentiel, Ronald Reagan a annoncé une « nouvelle orientation » en politique extérieure.
Rapidement, un groupe de conseillers a commencé à évaluer les intérêts et les options de Washington dans plusieurs régions clés du monde.
Parmi celles-ci, l'Afrique australe n'est pas la moindre, et particulièrement la puissance déterminante de cette région, l'Afrique du Sud.
L'essence de cette « nouvelle orientation » de Ronald Reagan envers l'Afrique du Sud a été divulguée à la presse au début de l'année par un dossier émanant d'importantes personnalités gouvernementales. Un des buts centraux de l'administration américaine, y est-il expliqué, est « d'œuvrer pour mettre fin à l'image l'Afrique négative de du
Sud dans le monde et de chercher à lui restituer dans la région sa place de protagoniste légitime et important avec lequel nous pouvons coopérer d'une manière pragmatique ».
Au moment où l'exigence de sanctions économiques et d'autres mesures sont en train de devenir de plus en plus populaires dans le monde entier, Ronald
Reagan se précipite dans les bras de l'infâme régime sud-africain. Cela fait longtemps que l'alliance entre l'impérialisme americain et le régime blanc qui regne en maître en Afrique du Sud n'avait été aussi tapageuse et non dissimulée.
Bien que Ronald Reagan ne soit à la
Maison Blanche que depuis moins d'un an, son administration a déjà donné de nombreux exemples de son soutien au gouvernement de Pretoria.
de Jonas Sawimbi hérent avec cette politique ». tration Reagan. cette collaboration. En août 1981, alors que les forces arsud-africaines venaient d'envahir massivement l'Angola, la Maison Blanche s'est refusée à les condamner, bien que presque tous les autres gouvernements dans le monde l'aient fait. Le département d'Etat a même essayé de justifier l'agression, en indiquant que « des forces combattantes cubaines sont toujours présentes en Angola » et que le gouvernement angolais donne asile aux combattants de la liberté namibiens. Le représentant des Etats-Unis a été le seul à opConseil de sécurité de l'ONU condamnant fermement l'invasion sud-africaine.
REAGAN AU SECOURS
DE PRETORIA Depuis mars 1981, la Maison Blanche exerce des pressions sur le Congrès pour qu'il revienne sur l'amendement Clark qui interdit l'assistance (Union nationale pour l'Indépendance totale de l'Angola), un groupe terroriste soutenu par l'Afrique du Sud. Le secrétaire d'Etat aux Affaires africaines, Chester A. Crocker, a présenté l'UNITA comme « un protagoniste légitime de la situation politique angolaise ».
En mars dernier, le gouvernement du Mozambique a expulsé six Américains accusés de travailler pour la CIA et de communiquer au régime de l'apartheid des renseignements sur les exilés sud-africains au Mozambique.
Les contacts diplomatiques et militaires entre Washington et Pretoria ont sensiblement augmenté. Toujours en mars,
Dans le International Herald Tribune du 4 décembre dernier, Rush Taylor précise que « les Etats-Unis considèrent
"'UNITA comme une force politique légitime en Angola, qui doit être prise en compte. Profiter de l'opportunité de la visite privée de M. Sawimbi pour échanger nos points de vues est co-
Ce rapprochement américain avec l'Afrique du Sud et ses alliés contre-révolutionnaires dans la région fait partie de la
« nouvelle orientation » diplomatique adoptée par l'adminis-
Ernest Harsch, membre du comité de rédaction de la revue
Intercontinental Press publiée à New York, analyse ci-dessous pour Inprecor les soubassements économiques et politiques de
V.K
7 décembre 1981.
cinq hauts responsables de l'armée et des services secrets sud-africains se sont rendus aux Etats-Unis. Ils ont même rencontré la représentante américaine à l'ONU,
Jeanne Kirkpatrick. En avril, Chester A.
Crocker s'est rendu à Pretoria. Le mois suivant, le ministre des Affaires étrangères sud-africain, Rælof « Pik » Botha, rendu à Washington, où il a rencontré Ronald Reagan avec lequel, selon un porte- parole de la Maison Blanche, il a eu une discussion « amicale ». En contradiction avec la politique suivie antérieurement, trois policiers sud-africains de haut rang ont eu la permission d'assister en septembre à une conférence internationale de la police à la Nouvelle-Orléans et à New
York. En octobre, quatre responsables américains se sont rendus en Afrique du
Sud pour mener des discussions concernant la collaboration nucléaire entre les deux pays. Le département d'Etat a d'ailleurs annoncé qu'il allait accepter d'entraîner des officiers sud-africains avec les gardes-côtes américains sur la base des
« pratiques habituelles ».
Apres le dépôt de quelques propositions de lois au Congrès réclamant, entre autres, l'arrêt des investissements américains en Afrique du Sud et l'interdiction des prêts américains au gouvernement raciste, la Maison Blanche s'est, en octobre, déclarée opposée à de telles mesures et s'est activée dans les couloirs pour en empêcher le vote. Selon le secrétaire d'Etat adjoint, Princeton Lyman, ces propositions étaient « délibérément provocatrices ».
L'exposé le plus détaillé de la politique de Ronald Reagan envers l'Afrique du Sud a peut-être été le discours fait par
Chester A. Crocker, le 29 août dernier, au plus chaud de l'invasion sud-africaine en Angola. Il soulignait que « dans ce pays riche de peuples différents et talentueux, des intérêts économiques, stratégiques, moraux et politiques, importants pour l'Occident, sont en jeu ...
« L'Afrique du Sud est un élément important et inséparable du système économique global, et elle joue un rôle économique prépondérant dans sa propre région. Nous ne soutiendrons pas la rupture de ces liens. Il ne sert pas nos intérêts de touner le dos à l'Afrique du Sud ... »
Dans son ébauche des « réalités » de l'Afrique australe, le premier point énoncé par Chester A. Crocker était que « les intérêts économiques des Etats-Unis en Afrique subsaharienne sont fortement concentrés dans le tiers sud du continent. Presque 3 milliards de dollars d'investissements directs, autrement dit 60 % du total au sud du Sahara, sont localisés dans cette région. Notre commerce avec l'Afrique du Sud dépasse les 6 milliards de dol-
Bien que Chester A. Crocker ne l'ait pas dit explicitement, il est évident que l'administration Reagan, comme ses prédécesseurs, considère le régime comme le principal défenseur des intérêts impérialistes en Afrique australe. Avec une économie industrielle très développée, une bourgeoisie forte (et exclusivement blanche) et un appareil militaire puissant, Pretoria est le seul allié américain dans la région capable de porter des coups sérieux aux mouvements de libération. En fait, il est lui-même une puissance impérialiste. Plus faible si on la compare à ses alliés nord-américains et européens, et dépendante de leur aide, l'Afrique du Sud a néanmoins une grande influence économique et politique sur les autres pays de l'Afrique australe. Mais Pretoria n'est pas seulement important pour Washington pour son rôle de gendarme régional. C'est, par-dessus tout, le gendarme de sa propre majorité noire Afrique du Sud. C'est son système de l'apartheid - système d'oppression nationale rigoureusement appliqué sur tous les plans - qui rend possible la surexploitation de la main-d'œuvre majoritairement noire du pays et, par voie de conséquence, le taux de profit élevé que les investisseurs étrangers, et les Américains parmi eux, trouvent si attirant.
C'est peut-être à cela que pensait Kirkpatrick lorsque, au d'une conférence de presse en septembre, elle a laissé échapper que le système politique sud-africain « possède quelques très bons côtés ».
LES BONNES « AFFAIRES »
DES SOCIETES US C'est exactement cela que pensent beaucoup d'hommes d'affaires américains depuis pas mal de temps. Cela fait longtemps qu'ils participent avidemment à l'exploitation de l'importante classe ouvrière noire d'Afrique du Sud et des vastes ressources minières du pays. Mobil Oil et General Electric (GE) ont com-
Standard Oil
TBM
MORGAN ES
HARVARD OUT NoW! Les compagnies américaines profitent de l'apartheid. (DR) mencé à faire de bonnes affaires en Afrique du Sud dès le début des années 1890. Âu cours des décennies suivantes, ils ont été rejoints par d'autres sociétés géantes, comme Texaco, Colgate-Palmolive et Gillette. En 1917, le magnat de la finance americaine, J. P. Morgan, a fourni une partie du capital nécessaire au lancement de l'Anglo American Corporation, qui est aujourd'hui l'un conglomérats de mines, d'usines et de la finance d'Afrique du Sud.
Mais ça n'a été qu'après la Deuxième Guerre mondiale que le capital américain a commencé à investir en Afrique du Sud sur une plus grande échelle. coïncidé avec l'extension brutale du sysde domination blanche, mis en œuvre sous le nom d'apartheid avec l'arrivée au pouvoir du National Party (Parti national) en 1948.
La plupart des investissements américains ont été réalisés directement travers l'installation de filiales américaines. A la différence des filiales britanniques, elles appartenaient généralement entièrement aux maisons mères américaines. Tandis que les investissements américains continuaient à affluer dans le secteur minier sud-africain, ils ont de plus en plus eu tendance à s'orienter vers l'industrie au fur et à mesure de l'élargissement de la base industrielle de l'Afrique du Sud.
Attirés par le coût extrêmement bas de la force de travail sud-africaine, les investissements des industriels américains y ont augmente plus rapidement que dans le reste du continent. Rien qu'entre 1965 et 1975, ils ont doublé, atteignant 40% des investissements américains directs pour l'Afrique tout entière.
Aujourd'hui, les investissements américains en Afrique du Sud représentent
Citicorp TWA
RC
Pittsbury
2,01 milliards de dollars. Avec environ un tous les investissements étrangers en Afrique du Sud, les intérêts américains dans ce pays placent les EtatsUnis au second rang derrière la GrandeBretagne, qui a gouverné l'Afrique du Sud jusqu'en 1910. Mais les Etats-Unis arri vent en tête des échanges commerciaux; en 1980, ils ont exporté pour l'équivalent de 2,5 milliards de dollars de marchandises vers l'Afrique du Sud, et en ont importé pour 3,3 milliards de dollars. mois de juin 1980, les prêts bancaires américains à l'Afrique . du Sud atteignaient de leur côté 1,37 milliard de dol-
Johannesburg, Cape Town, Durban - en fait toutes les grandes villes d'Afrique du Sud - portent la marque de la pénétration économique américaine. Partout, et particulièrement dans les centres villes et les quartiers blancs, on trouve des affiches publicitaires pour Westinghouse, Avis, Coca-Cola, Mobil, Motorola, Kodak, Xerox et d'autres firmes très connues. Les magasins sont approvisionnés d'une multitude de produits américains. Les routes sont pleines de voitures américaines
Au total, plus de 340 sociétés américaines mènent des activités directes en Afrique du Sud et quelque 6 000 autres font du commerce avec ce pays. Cependant, à peu près les trois quarts des investissements directs américains sont efpar seulement une douzaine de firmes : General Motors (GM), Ford, Goodyear, IBM, Firestone, 3 M, Caterpillar, Chrysler, ITT, Caltex (compagnie détenue conjointement par Texaco et la Standard Oil of California) et Gene-
Les porte-parole de ces sociétés essaient souvent de justifier leur présence en Afrique du Sud en expliquant qu'elles
----- photo credits and running heads -----
GENERAUST) ELBORC Honeywell AMERICAN EXPRESS SCHASET SONMNENTAO 1400
loppée comme une puissance industrielle et Mobil - contrôlent 42 % des capacités créent des emplois ou qu'elles font pression dans le sens d'une libéralisation du système de l'apartheid. Mais, en fait, elles ne sont là que pour une seule et bonne raison : les profits qu'elles retirent. Comme un journal gouvernemental sud-africain a pu fièrement le déclarer, l'Afrique du Sud offre « le profit le plus important pour le capital américain investi à l'étranmis à part les champs pétrolifères hors des USA ».
Pendant la décennie des années 1960, le taux de profit des sociétés américaines y était de 18,6% en moyenne, alors que leur taux mondial était de 11%. Bien qu'il ait quelque peu baissé depuis, ce taux était encore de 14,9% en après déduction des taxes locales.
L'importance du système de l'apartheid sud-africain dans le maintien de tels taux de profit devient tout à fait évident quand on les compare à ceux réalisés dans le reste de l'Afrique : en 1973-1974, les taux de profit moyens des compagnies minières américaines et des institutions financières étaient trois fois plus élevés en du Sud que dans le reste du continent africain, et les industriels ont obtenu des taux jusqu'à six fois supé-
Les intérêts américains en Afrique du Sud ne représentent que 1,1 % de l'ensemble des investissements américains à l'étranger. Mais, en plus de leur rentabilité particulière, certains de ces investissements concernent de nombreux-minerais vitaux du point de vue stratégique pour l'impérialisme américain. En 1979, au moins un tiers des importations américaines en minerais de chrome, d'antimoine, de vanadium et de platine provenait d'Afrique du Sud.
Les intérêts américains en Afrique du valeur pour les autorités de l'apartheid que leur simple montant en dollars. Pour ils représentent une affirmation concrète de l'intérêt de la classe dominante américaine pour la survie du régime de domination blanche en Afrique du Sud et de la reconnaissance de son rôle de pourvoyeur indispensable de matières premières pour le pays impérialiste le plus puissant du monde. Quand le gouvernement de Pretoria est confronté à sa propre majorité noire rebelle, il aime se vanter de ses puissants alliés.
En plus de tout cela, la forte concendes investissements américains dans l'industrie et le pétrole donne aux entreprises américaines un rôle dominant dans quelques-uns des secteurs les plus de l'économie sud-africaine, secteurs vitaux pour les efforts entrepris par l'Afrique du Sud pour diversifier son industrie et édifier sa propre force mili-
Comme l'a indiqué une étude détaillée sur les investissements étrangers en Afrique du Sud, « dans des secteurs cruciaux, c'est avec l'assistance des milieux financiers américains, et parfois sous leur direction, que l'Afrique du Sud s'est dévemajeure sur le continent africain et qu'elle est en train d'achever son intégration dans le système économique occidental dominé par les Etats-Unis. Bien que le pourcentage total des investissements américains en Afrique du Sud ne représente qu'une faible part du total des investissements des Etats-Unis à l'étranger, ils ont été faits dans les secteurs fondamentaux pour le développement d'une société industrielle (1) ».
Parmi les industries de transformation, le secteur qui a le plus attiré d'investissements américains est celui de l'automobile. Classées en termes d'avoir, les filiales de la General Motors et de Ford sont parmi les 15 plus grandes sociétés d'Afrique du Sud. Il y a tellement d'entreprises automobiles US ou liées à elles dans la cité côtière de Port Elizabeth que cela lui a valu le surnom de « Petit Detroit ».
WE RE
GONNA
Fight PIGHT
FIGHT:
AGAINST
APARTHEID
En réponse aux mesures gouvernementales des années 1960 tendant à stimuler la production locale d'automobiles (en opposition au simple assemblage de voitures à partir de pièces importées), Ford, General Motors et Chrysler ont construit sur place un grand nombre de nouvelles usines. En plus de tout l'éventail des méthodes de production de technologie avancée, les entreprises automobiles nord-américaines ont développé en Afrique du Sud la construction de voitures, de camions et d'autres véhicules à moteur, stimulant par là d'autres industries et notamment celles de l'acier, caoutchouc, des pièces détachées, du verre et du pétrole. Durant les années 1960, par exemple, l'activité de l'industrie des pièces détachées automobiles — à elle seule - a été multipliée par onze.
L'industrie pétrolière est le second secteur important dans lequel les firmes américaines jouent un rôle clé. C'est aussi le point sur lequel Pretoria est le plus vulnérable aux sanctions ou mesures de boycott internationales, car l'Afrique du Sud n'a pas de réserves connues de cette importante matière première: elle doit importer 90% de ses besoins pétroliers (le reste étant fourni par le procédé très coûteux de transformation du charbon en
Deux sociétés américaines - Caltex sud-africaines de raffinage de pétrole et 40 % du marché des produits pétroliers.
Avec des investissements en Afrique du Sud s'élevant à 784 millions de dollars, ces deux firmes détiennent les deux cinquièmes de tous les avoirs américains dans ce pays. Malgré les résolutions de l'ONU demandant à tous les Etats membres de s'abstenir de fournir du pétrole à l'Afrique du Sud, Caltex et Mobil ont augmenté de manière significative leurs opérations. En 1978, dans la foulée des soulèvements de masse des Noirs intervenus deux ans auparavant, Caltex a achevé le montage de sa raffinerie de Milnerton près de Cape Town pour un montant de 135 millions de dollars, augmentant ainsi de 11 % la capacité de raffinage totale de l'Afrique du Sud. A la même époque, Mobil a installé une nouvelle usine de recyclage pour lubrifiants, la seconde du pays en importance. Les deux sociétés, Caltex et Mobil, sont aussi activement associées à l'exploration pétrolière, autre géant américain du pétrole, Exxon, fait de la prospection d'uranium.
A peu près 70 % du marché des ordinateurs d'Afrique du Sud sont contrôlés par des entreprises américaines où IBM vient en tête. IBM, Burroughs et Sperry Rand ont vendu des ordinateurs qui ont aidé l'Afrique du Sud à mettre en œuvre la tristement célèbre législation sur les laissez-passer pour les Noirs, reliant le tout à une centrale de données à Johannesburg, qui tient à l'œil toute la population adulte noire. Des ordinateurs américains sont également utilisés par l'armée, la police et le Commissariat à l'énergie atomique d'Afrique du Sud.
L'industrie qu'un exemple de la manière dont les sociétés américaines prêtent assistance à la police et aux forces armées de Pretoria, souvent en violation ouverte des lois américaines qui interdisent de telles ventes. Caltex, Mobil et d'autres compagnies pétrolières américaines vendent du pétrole raffiné qui est utilisé par la police et l'armée. Ford et General Motors leurs fournissent des véhicules, en dépit des règlements du département américain du Commerce qui interdit la vente de matériels américains à l'armée et à la police sud-africaines. Récemment, on a révélé que General Motors a élaboré des plans d'urgence par lesquels cette société s'engage à coopérer totalement avec le ministère sud-africain de la Défense « en cas de troubles
Des responsables de Motorola ont fermement défendu la vente de leurs systèmes de communications, d'enregistrement de données et de contrôle à la police sud-africaine, en arguant du fait qu'ils vendu aux Sud-Africains leurs meilleurs équipements, ment leur gamme de deuxième choix. Leur matériel le plus sophistiqué, ont-ils expliqué, était réservé à la police de la ville de Chicago.
des principales ses américaines investissant en Afrique du Sud adhérent aux prétendus « principes »
1. Ruth First, Jonathan Steele, Christabel Gurney, The South African Connection : Western Investment in Apartheid, Harmondsworth, Middlesex, Penguin Books, 1973, p. 280.
de Sullivan, un ensemble de « normes » à suivre pour les sociétés américaines en Afrique du Sud élaborées par le révérend Leon Sullivan, un Noir membre de l'équipe de direction de la General Motors. Ces principes engagent ceux qui y adhèrent formellement à abolir la ségrégation raciale dans les usines, à mener une politique d'égalité des salaires et de l'embauche entre les employés blancs et noirs, à promouvoir les Noirs à des emplois qualifiés et de responsabilités, et à contribuer à l'amélioration du logement, de la santé, de l'éducation et d'autres services dans la communauté noire.
Des dizaines d'entreprises américaines ont signé cette déclaration de principes pour essayer de calmer les exigences de plus en plus pressantes qui sont formulées à l'intérieur des Etats-Unis comme en Afrique du Sud même, pour qu'elles se retirent totalement de ce pays. La signature du code de conduite Sullivan sert, pour ces compagnies, à justifier la perpétuation de leur participation au système de l'apartheid, sous couvert de « l'amélioration » du sort de leurs travailleurs noirs.
Mais signer cette déclaration de principes et les suivre sont deux choses entièrement différentes, comme de nombreux employés noirs de ces compagnies américaines ont pu en faire l'expérience. Et cela malgré le caractère extrêmement limité des principes édictés par le révérend Sullivan.
Une étude effectuée en 1979 par l'Investor Responsability Research Center
(IRRC) de Washington a montré que 95% des compagnies américaines ayant répondu à leur enquête payaient en fait leurs travailleurs noirs à un salaire infé. rieur à 238 dollars par mois, chiffre lui-même bien inférieur au minimum vital établi en 1978 et qui est un des indices utilisés en Afrique du Sud pour mesurer le niveau de pauvreté des Noirs. Une étude du département d'Etat américain, publiée en 1979 également, a montré que 40 % de toutes les compagnies américaines investissant en Afrique du Sud payaient des salaires de moins de 192 dollars par mois aux travailleurs noirs ...
Selon Tozamile Botha, le principal dirigeant de la grève de décembre 1979janvier 1980 à la Ford Motor Company de Port Elizabeth, « les multinationales signataires de la déclaration de principes du révérend Leon Sullivan alleguent qu'elles sont en train de pousser à des changements tendant à améliorer la qualité de la vie des Noirs. Mais, si l'on considère la grève de chez Ford, qui a démarré dans une usine considérée comme étant la plus avancée dans l'application des principes du révérend Leon Sullivan, vous voyez à partir des revendications des travailleurs que, en fait, Ford n'a rien fait ».
Avec une perspective différente, William Bowdler, l'ambassadeur américain en Afrique du Sud sous l'administration Carter, en était arrivé à une conclusion identique. « Les Noirs, écrivait-il dans un mémorandum confidentiel adressé au département d'Etat en mars 1977, voient les investisseurs étrangers comme volontairement aveugles devant les inégalités du système social sud-africain et tout prêts à en tirer profit au travers des bas salaires et de la force de travail docile qu'il offre ... Même si les firmes étrangères procèdent à quelques menues réformes, c'est seulement pour créer une classe moyenne noire capable de perpétuer l'exploitation des masses africaines ... »
Bien qu'il soit considéré à Pretoria comme un crime, par la législation du Terrorism Act, de revendiquer l'arrêt des investissements étrangers ou l'imposition d'autres sanctions économiques contre l'Afrique du Sud, presque toutes les organisations politiques noires représentatives et de nombreux dirigeants de ces organisations, à titre individuel, ont exprimé clairement qu'ils étaient partisans de telles mesures.
Mais, au mépris de ces exigences, l'administration Reagan s'est opposée à tout ce qui pourrait aller à l'encontre des fructueuses relations qu'entretiennent les entreprises américaines avec l'Afrique du Sud. Bien plus, elle s'efforce d'étendre enconre les liens économiques déjà étroits entre Washington et Pretoria dans les domaines politique et militaire.
Comme cela a toujours été le cas, ce sont les masses africaines d'Afrique du Sud et de la région tout entière qui constituent la cible d'une telle collaboration.•
Ernest HARSCH New York, 23 novembre 1981. FRANCE