LA BUREAUCRATIE ATTAQUE, MAIS SES MARGES SONT REDUITES
REPORTAGE EN POLOGNE à la veille di
Jacqueline ALLIO
Varsovie, mercredi 2 décembre. — Un cordon serré d'environ 6 000 miliciens entoure l'Ecole des pompiers de la capitale. Un déploiement de forces comme on n'en avait jamais vu depuis les événements de 1970 sur la Baltique, disent certains. Alors que la grève active, proclamée par les étudiants refusant le statut militaire que les autorités entendent imposer à leur
Le but de toute cette opération ? « Faire une démonstration de force », dé-
Stefan Olszowski, membre du Bureau politique, interrogé à ce sujet. « Au demeurant, vous remarque rez qu'il n'a pas été fait usage de la force » ... La provocation est on ne peut plus évidente. Beaucoup penseront que le moment de la confrontation finale est
Et puis non. Dans les jours qui suivent, la bureaucratie marque certes des points, en obligeant un certain nombre des étudiants expulsés à signer un papier demandant leur admission dans une nouvelle Ecole des pompiers, et acceptant par là-même le statut paramilitaire de cette dernière. Mais la détermination dont la direction de Solidarité a fait preuve devant provocation obligera le gouverneL'ordre du jour de la 18e session du Parlement convoquée pour le 15 décembre, tel qu'il est publié dans la presse du 9, ne souffle mot de la discussion sur la question des « pouvoirs spéciaux » dont il est tant question depuis que le 6e plénum du Comité central du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) a voté une résolution faisant obligation à ses membres à la Diète de voter un texte allant dans ce sens. La première lecture de la Loi sur les syndicats est même annoncée pour la session suivante de la Diète, prévue le 21 décem-
Valse-hésitation une fois de plus ? Certes, les divisions au sein du POUP et du pouvoir accentuent cette impression d'hésitation permanente. Les dissensions entre les différentes fractions de la bureaucratie s'expriment clairement dans la presse au sujet du « Front d'entente nationale » (1).
Mais, sous l'œil des Soviétiques, il ne fait pas de doute que d'importants secteurs du gouvernement, au sein duquel les i coup de force de l'armée école, dure depuis plus d'une semaine, on est à la limite de l'explosion. Le gouvernement a déclaré que l'Ecole était dissoute. La presse officielle parle des « ex-élèves » de l'Ecole des pompiers. L'Ecole sera finalement évacuée par les forces de police sans incident. Mais tout le monde s'accorde à penser qu'il aurait suffi de quelques heures, voire de quelques minutes de plus, pour que se déclenche une émeute. militaires ont de fortes positions, sont prêts à renforcer leurs attaques contre Solidarité et les travailleurs. Ils feront tout pour provoquer le syndicat, le diviser et tenter d'écraser le mouvement de
En effet, ce que nous affirmions il y a plus d'un an, à savoir que l'épreuve de force engagée en Pologne entre les masses et la bureaucratie au pouvoir est une question de vie ou de mort pour cette dernière, prend tout son sens à l'heure ac-
C'est un euphémisme que d'affirmer que le parti a perdu du terrain depuis son Congrès de l'été dernier. Dans nombre de entreprises, l'organisation POUP n'existe tout simplement plus, si ce n'est par ses permanents. A Huta Katowice, la deuxième fonderie du pays en importance qui compte 16 000 travailleurs, le parti n'aurait plus, selon une source digne de foi, que 24 membres.
Ailleurs, l'existence du POUP est mise en cause par le refus des conseils ouvriers que les permaments d'une organisation qui ne représente quasiment plus rien budget de celle-ci (2). Et, dans de nombreux cas, si le parti perd ses permanents, il perd tout ... La situation est devenue suffisamment critique pour que Trybuna Ludu soit obligé de rendre compte dans ses colonnes de certains résultats des ré-
1. Cf. « Le Front d'unité nationale divise la bureaucratie » dans le reportage en Pologne de Jacqueline Allio, Inprecor numéro 114 , du 7 décembre 1981.
2. Selon une loi datant de 1949, les permanents organisations politiques et sociales présentes dans l'entreprise sont payés par cette dernière à raison d'un permanent pour 250 travailleurs. La plus grande partie des militants de Solidarité interrogés se montrent opposés à une telle conception, y compris en ce qui concerne le syndicat, proposant que le financement des permanents soit à la charge des organisations férendums organisés dans de nombreuses entreprises comme celle de « PonarZywiec » à Zywiec, où 970 ouvriers sur 1103 réponses valables se sont prononcés contre le fait que l'entreprise continue à financer les activités du parti, pour que ces dernières aient lieu exclusivement en dehors des heures de travail, et qu'on cesse de considérer comme indispensable de consulter les instances du POUP sur toutes les affaires ayant trait à la vie de l'entreprise (3).
Ce qui est en cause ici pour la direction du POUP, c'est ni plus ni moins la perte de la base sociale sur laquelle elle continuait à s'appuyer dans les entreprises. Aujourd'hui, l'image de la tête sans corps cesse d'en être une. Elle devient réalité.
Il ne fait dès lors aucun doute que les « durs » - les plus lucides et les plus cyniques dans cet appareil gangréné par les incapables - vont jouer leur va-tout pour essayer de sauver leur place. Ils y sont d'autant plus déterminés que le mouvement de masse, loin de marquer le pas, a tendu au contrairé ces dernières semaines à s'élargir et à diversifier le champ de ses
LA QUESTION DU POUVOIR
« Walesa a bien raison d'affirmer que les grèves non seulement ruinent l'écono mie mais nous détruisent moralement. Son projet de grève active est très bon car, dans le cadre d'une grève active, nous pouvons contrôler la distribution et tout le processus de production (4) », affirme T. Basak, président de la commission d'entreprise de l'usine de camions FSC, l'une des quatre principales entreprises de Lublin.
Cette conviction, les ouvriers de la cokerie de Czechowice près de Katowice la partagent, eux qui annonçaient une grève active pour le 9 décembre si la direction ne cédait pas immédiatement devant leurs revendications. Dans une interview donnée à la radio, tout en se montrant conscients des difficultés d'une telle entreprise, ils affirmaient s'être préparés concernées. Une nouvelle loi allant dans ce sens devait être soumise au Parlement le printemps prochain, la loi actuelle venant à échéance.
3. Trybuna Ludu, 5-6 décembre 1981. 4. Biuletyn Informacyjny, Lublin, 30 novembre 1981. Il faut préciser que c'est à tort que T. Basak attribue à Lech Walesa l'idée de la grève active. Si ce dernier à prononcé des paroles ambiguës à ce propos l'été dernier, alors que le débat la-dessus n'avait quasiment pas commencé, il semblerait plutôt, depuis qu'il suive ses conseillers, tel Bronislaw Geremek, dans leur rejet d'une telle perspective, au nom de la « complexité de la chose ».
politiquement et techniquement à une telle éventualité, ajoutant que, pour eux, c'était là le seul moyen possible pour « faire avancer les choses ».
Les travailleurs d'URSUS, la fabrique bien connue de tracteurs de Varsovie, sont eux aussi prêts à s'engager dans cette voie. Chacun comprend l'enjeu d'une telle perspective. Les ouvriers ne cachent pas l'impréparation qui est la leur dans une série de problèmes ayant trait à la gestion de l'entreprise et surtout au contrôle de l'ensemble des mécanismes économiques, dès lors qu'ils décideraient de prendre les choses en mains. C'est pourquoi ils attachent une grande importance à la mise en place de commissions de travail auxquelles participent divers experts (ingénieurs, économistes, juristes, etc.) afin de ne pas se lancer à l'aventure dans une expérience qui ne peut que déboucher sur un affrontement direct avec le pouvoir.
Mais la détermination affichée par la classe ouvrière ne touche pas seulement au domaine de la production. Beaucoup plus largement, c'est l'ensemble de la vie sociale que les travailleurs entendent contrôler. Si le débat sur l'autogestion territoriale reste encore souvent confiné à la question du mode d'élection aux conseils locaux et régionaux (comment comment voter, comment faire respecter une réelle démocratie, etc.), de nombreuses voix s'élèvent pour souligner même d'autogestion n'aura de sens que si elle s'appuie sur un processus d'auto-organisation à tous les
« Dans chacun de ces organes d'autogestion, la question essentielle d'ailleurs fondamentale
- c'est le degré d'organisation de la population. Ou plutôt d'autoorganisation, puisqu'il doit s'agir d'un processus partant de la base, spontané, se fondant sur la conviction que, dans la situation actuelle, chacun de nous doit prendre part à la gestion des biens collectifs », affirme une militante de Solidarité de la région de Cracovie dans une contribution au débat sur l'autogestion territo-
Les militants de Solidarité de Pulawy ont décidé de lancer une coopérative liée au syndicat afin de commencer à apporter des réponses concrètes au problème de la répartition de l'approvisionnement alimentaire, de la liquidation du marché noir et de la suppression des queues. Ce qui suppose de prendre des mesures pour modifier la production dans toutes les entreprises où cela est possible, d'augmenter la production de pièces de rechange et de machines agricoles, de coopérer étroitement avec les syndicats paysans, de
ABONNEZ-VOUS, RÉABONNEZ-VOUS A «INPRECOR » I mettre sur pied un système de transport efficace afin d'éviter tout gaspillage, de s'assurer des livraisons de charbon nécessaires dans les campagnes, etc. choses qui ne vont pas sans soulever une multitude de problèmes qui apparaissent souvent insolubles au premier abord.
Mais, comme l'affirmaient les participants de la réunion qui a décidé de s'engager sur cette voie, le 29 novembre à Pulawy : « Il faut partir de ce qui existe. Si cela réussit - et nous pensons tous que c'est possible — ce sera la meilleure propaque nous pourrons faire à cette Que l'exemple paie, cela paraît évident, comme le montre l'expérience faite à Lodz par rapport au contrôle de la distribution de l'approvisionnement alimen-
Devant le marché noir des cartes de rationnement qui tendait à se développer (on en recensait 200 000 en trop pour une population d'un peu plus d'un million d'habitants), la direction régionale de Solidarité a décidé, en octobre dernier, d'imprimer elle-même les cartes en question et d'exercer un contrôle sur leur dis-
LA DIRECTION DU SYNDICAT ENTRE LES PRESSIONS CONCILIATRICES ET LA RADICALISATION OUVRIERE En dépit de ses hésitations et de nombreuses ambiguités, la direction de Solidarité est très sensible à la détermination des travailleurs à prendre eux-mêmes les choses en mains. Cela se reflète de manière on ne peut plus évidente dans la résolution adoptée par le présidium de la Commission nationale (KK), réuni en séance extraordinaire avec les présidents de régions à Radom jeudi 4 décembre, au lendemain des événements de Varsovie.
Après avoir constaté que les autorités font tout pour empêcher un quelconque accord avec la société, la résolution affirme que la « démonstration de force » dont le pouvoir a usé lors de la grève des pompiers, ainsi que la menace d'accorder des « pouvoirs spéciaux » au gouvernement, montrent que les autorités « sont incapables de gouverner autrement que par la voie de la terreur. (...) Au cas où le Parlement adopterait une résolution donnant de tels pouvoirs à l'exécutif, le syndicat déclare qu'il appellera aussitôt à une grève générale de protestation de 24 heures. Si, de plus, le gouvernement, utilisant les prérogatives que la Diète lui aura accordées, prend des mesures exceptionnelles, toutes les organisations du syndicat et tous les travailleurs devront commencer immédiatement une grève géné-
La résolution rejette le projet de réforme présenté par le gouvernement « qui maintient en pratique l'ancien système de domination économique tout en faisant peser sur les entreprises et sur les travailleurs eux-mêmes la responsabilité matéde décisions qui restent entre les mains des organes centraux ».
Elle rejette également toute perspective d'un « Front d'entente nationale » qui lierait les mains du syndicat et ne re. présenterait qu'une façade de l'ancien tribution au niveau des entreprises et des administrations.
L'objectif du syndicat, qui était d'exercer un contrôle sur l'ensemble de la chaîne de distribution, a été atteint. Selon le responsable régional avec lequel j'ai pu m'entretenir, le marché noir des cartes a été éliminé, puisque, pour novembre, les cartes ont été honorées, et il a été possible de recenser le nombre de personnes qui devaient bénéficier d'un traitement privilégié (invalides, personnes âgées, femmes enceintes, ete.). Désormais, les magasins les serviront en priorité le mercredi, afin de leur éviter de faire des queues
Le contrôle de la distribution des cartes a débouché tout naturellement sur le contrôle de la production et des stocks des usines alimentaires, permettant d'établir une liste des denrées manquant le plus et de faire des propositions pour modifier la production en fonction de ces besoins. L'étape suivante, prévue pour les semaines à venir, étant le contrôle des magasins et des points de distribution au travers de la mise sur pied de groupes d'habitants chargés de cette tâche. pouvoir étatique. Les exigences formulées au terme de ce texte sont suffisamment claires pour que toute la presse officielle ait crié au scandale, accusant la direction de Solidarité de « terrorisme » et de chercher la confrontation à tout
A la suite de la réunion de Radom, les directions régionales du syndicat avaient pour mission d'organiser une enquête systématique auprès des travailleurs pour s'assurer de l'appui de toute la population en cas d'affrontement, et surtout d'impulser l'auto-organisation à tous les
« Si le pouvoir nous contraint à une grève qui, nous le savons, ne résoudra rien, il faut que celle-ci repose sur une nouvelle phase d'organisation de la société », devait affirmer Jan Bartezak, président de Solidarité de Lublin, lors d'une des délégués entreprises de la région au surlendemain de la réunion de Radom. Et il ajoutait : « Il faut que cette grève leur fasse mal à eux, et non à nous. Il faut donc choisir soigneusement la méthode et les secteurs concernés en priorité par une telle action. Il faut, dans les deux semaines à venir, organiser des équipes de militants qui se déplaceront dans toute la région pour expliquer nos objectifs aux travailleurs et à la population en général. S'il doit y avoir
Oil faut que nous en sortions avec des groupes de citoyens prêts à mener la bataille suivante : celle des élections aux instances de pouvoir locales et régionales. Il faut que cette préparation à l'action se fasse dans l'unité la plus étroite avec nos
5. Goniec, bulletin de la région de Craco6. Informator Solidarnose, Lublin, numéro
alliés : les paysans, les étudiants, les in- ces derniers jours dans les usines. « Ils
SOLiDARNOSC tellectuels. »
A côté de la combativité affichée par ce dirigeant régional, les faiblesses de la Commission nationale (KK) de Solidarité apparaissent évidentes. Jusqu'ici, elle n'a pas encore adopté de position claire face à l'existence de la Fédération nationale de l'autogestion et du projet de référendum sur l'autogestion. Une grande partie de ses membres se montre extrémement réticente - pour ne pas dire plus - devant le projet de la grève active. Au point que Bronislaw Geremek, l'un des experts qui a toute la confiance de Lech Walesa, a pu se permettre, lors d'une réunion publique à Lublin le 4 décembre, d'attaquer cette perspective « comme une idée lancée par les gauchistes et les trotskystes, comme un mot qui sonne bien mais dont personne ne sait exactement ce qu'il veut dire ». Ce qui devait d'ailleurs lui attirer une verte réponse de la part de plusieurs ouvriers présents, extrêmement choqués qu'on les prenne pour des imbéciles, eux qui discutaient concrètement de la manière d'organiser une grève active dans leur usine ...
Ces travailleurs se sont montrés de même très peu satisfaits des réponses ap portées aux questions qu'ils posaient à propos du problème de l'autodéfense. Alors que Bronislaw Geremek affirmait que prendre des mesures allant dans ce sens apparaîtrait comme une provocation immédiate vis-à-vis du pouvoir, plusieurs travailleurs et l'un des membres du prési dium de la région affirmèrent leur désaccord total. « Si Solidarité ne se prépare pas sur ce plan, nous serons pris par surprise et incapables de résister. Il faut non seulement que nous nous préparions à la grève active, mais que nous mettions tout en place pour nous défendre contre les attaques et les provocations des autorités. Ce sera le meilleur moyen de faire reculer les autorités. Car, dans la partie qui est engagée, celui qui perdra sera réellement perdant », devait affirmer l'un d'eux.
A Lodz, à Varsovie et dans d'autres villes, des ouvriers, militants de Solidarité, interrogés à ce sujet, exprimaient exactement la même opinion. Ils insistaient notamment sur le danger de la présence des « groupes d'action » de l'armée envoyés sont là prétendument pour nous aider à résoudre certains problèmes techniques, mais nous savons très bien qu'ils sont là pour observer comment fonctionne l'entreprise et préparer la relève en cas d'affrontement. Nous ne sommes pas idiots... Je ne peux pas vous donner de détails sur le plan que nous avons mis en place dans mon usine pour parer à une telle éventualite, mais je peux vous assurer que la plupart des entreprises en font autant », m'a dit le responsable d'un conseil ouvrier d'une usine de moyenne importance.
Comme à de nombreuses reprises dans le passé, on constate donc que la base du syndicat se montre non seulement plus radicale, mais plus lucide qu'une grande partie de sa direction qui, sous l'influence de la hiérarchie catholique et d'une aile de l'intelligentsia, continue de tenter de « préserver l'équilibre » à tout prix. Certes, les déclarations du primat de Pologne, le cardinal Glemp, exprimant clairement son désaccord avec les méthodes utilisées par le pouvoir, apparaissent à beaucoup comme une aide au combat livré par Solidarité — et l'est dans une certaine mesure. Mais, s'appuyant sur ce sentiment, la hiérarchie catholique multiplie les pressions sur les syndicalistes pour leur faire accepter un compromis, qui en l'occurrence serait un recul.
Une fois de plus, le problème n'est pas de dénoncer le fait qu'un compromis soit passé à tel ou tel moment. Le problème est de savoir si le compromis en question représente une pause qui permet au mouvement de masse de souffler pour mieux aller de l'avant, ou bien s'il entraîne un découragement et donc un reflux dans l'action et dans le processus d'autoorganisation.
Et, à l'heure qu'il est, nul ne peut douter que l'épreuve de force se profile à relativement court terme. Ce qui importe en conséquence, ce ne sont pas les discussions au sommet, mais la préparation de la grève active et la mise en place systématique d'organes d'autodéfense comme le propose le présidium de la région de Lodz qui entend soumettre une résolution dans ce sens lors de la prochaine réunion de la KK.
Ce qu'il faut, c'est la mise en place d'un Plan d'urgence permettant de répondre aux besoins de la population, dont le premier est celui de l'approvisionnement alimentaire (7). Et cela ne peut être que le fruit de l'élargissement du processus d'auto-organisation et de la coordination de toutes les forces sociales qui, aujourd'hui, posent la question du pouvoir et se montrent prêtes à prendre leurs affaires en mains.
QUELLES PERSPECTIVES ?
Le problème du renversement de la bureaucratie est posé, non plus en termes historiques, mais en termes d'actualité. Si bon nombre de dirigeants de Solidarité ont refusé - et pour certains continuent à refuser - de se rendre à l'évidence tous ces derniers mois, certains, tels Z. Bujak, affirment clairement qu'« il faut s'opposer de manière déterminée à la tactique actuelle des autorités », tant en ce qui concerne la question de la réforme économique que la question des élections : « Ce qui implique un conflit avec le pouvoir, quasiment le conflit ultime, un conflit de la dimension de celui de Bydgoszcz, mais cette fois-ci sans concessions. Nous sommes sûrs que c'est la seule voie que nous pouvons choisir. Si nous perdons, la situation ne sera guère différente de ce qu'elle est aujourd'hui, mais nous serons en meilleure position que si nous faisons des concessions. Car, choisir cette voie-la, cela signifierait renoncer (ce que propose une grande partie des membres de la KK) à se défendre de manière déterminée, cela signifierait se replier sur des positions strictement syndicalistes. Une telle tactique ne pourrait qu'impliquer une limitation dans la possibilité d'exercer une influence sur les changements en cours dans notre pays.»
Jacqueline ALLIO Varsovie, 10 décembre 1981. 7. En ce qui concerne la viande, et pour autant que le Plan soit réalisé - ce qui est loin d'être évident —, les quantités mises à disposition sur le marché seront d'un tiers moins importantes que l'an dernier. Quant à la proportion qui sera disponible dans les magasins d'Etat, c'est encore une autre affaire ... le marché noir se développant à la mesure de la rareté des denrées.