Entretien avec un dirigeant du Parti direction du Parti des travailleurs et dins (e), re de t OUs publions ci-dessous l'interview d'un membre de 1 début décembre, Organisation fondée en 1966 et initialement d'orientation pro-maoiste, le PTH, qui a adopté depuis
« INPRECOR » : - La presse internationale a signalé en diverses occasions que, vers la fin des années 1970, le gouvernement haitien avait esquissé orientation nouvelle. Que peux-tu nous dire à ce sujet ?
- Il s'agit plus précisément de la période comprise entre 1977 et 1980. On a parlé à l'époque de promouvoir en Haïti une économie du type de celle de Hong Kong en faisant du pays une espèce de vitrine de l'Occident dans la Caraibe. En fait, ce qui a été développé, ce sont les usines de montage à partir de 1972. Il s'agit d'une espèce de zone franche économique ou travaillent 40 000 ouvriers environ (en République Dominicaine voisine, les ouvriers de la zona franca sont moitié moins nombreux). Les entreprises de cette enclave ne remplissent que des fonctions très parcellisées dans le processus de production des marchandises. C'est le cas, par exemple, de la production de balles de base-ball. La quasi-totalité des balles utilisées dans ce sport si populaire aux Etats-Unis (alors que les Haïtiens préfèrent le football) proviennent de Haïti.
— Cela n'a-t-il pas impliqué des changements appréciables dans l'économie du pays?
- Il n'y a eu, en fait, qu'un développement très limité et très précaire. La zone franche elle-même a cessé de se développer et le cadre d'ensemble reste littéralement dramatique : le taux de chômage et de sous-emploi se situe entre 40 et 50 % de la population active et autour de 65 % dans la capitale, Port-au-Prince, qui compte quelque 800 000 habitants; si le revenu par tête d'habitant est, en moyenne, de 150 dollars par an (ce qui place Haïti parmi les pays aux plus bas revenus), 61 % de la population ne dispose que de 60 dollars et 17 % de la population paysanne ne dépasse pas les 17 dollars (le seuil de la pauvreté absolue est évalué à un revenu annuel inférieur à 300 dollars) ; l'espérance de vie se situe entre 40 et 50 ans et la mortalité infantile est de 14,1 %. L'analphabétisme atteint le niveau record de 95 % et, dans la capitale, on évalue à 40% la part de la population ne disposant d'aucun logement.
des travailleurs haïtiens
à Saint-Domingue, pour Inprecor.
dynastie des Duvalier. une position plus
Haiti est resté un pays essentiellement agraire. Le pourcentage de la paysannerie dans la population active est parmi les plus élevés du monde : 80%. La production agricole représente 43% du produit national brut (PNB). Les grands propriétaires accaparent près des deux tiers de la terre qu'ils exploitent avec des ouvriers agrioles sur-exploités et le métayage. La pénétration des formes typiquement capitalistes à la campagne est sensiblement plus limitée que dans la République Dominicaine voisine.
- Peux-tu revenir sur la période 1977-1980 du point de vue politique ?
- Je rappelle que c'était alors l'époque de la démagogie de Jimmy Carter sur les droits de l'homme. Les Etats-Unis des brèches ont été ouvertes. La presse a commencé à écrire plus librement et surtout il y a eu des radios qui ont pu développer leur audience du fait de leur attitude indépendante et critique par rapport au pouvoir. Le cas le plus significatif a été celui de Radio Haïti-Inter. En même temps, un important mouvement théâtral s'est développé. Des pièces de théâtre ont commencé à être jouées sur les places des villes et dans les villages et ont remporté un très grand succès, dans la mesure où elles exprimaient les sentiments et les aspirations du peuple. Qui plus est, le mouvement syndical a connu une certaine réactivation, et des mouvements de lutte importants se sont développés. La même chose s'est produite au niveau étudiant, où l'Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH), à direction communiste, fondée en 1959, s'est réorganisée. En outre, est né un mouvement revendiquant la reconnaissance du créole comme langue officielle. Pour Jean-Claude Duvalier et ses complices, l'affaire devenait dangereuse ...
- Comment ont-ils réagi ? - Le signal a été pour eux l'élection à la présidence des Etats-Unis de Ronald Reagan. Ils n'ont pas perdu de temps. Dès le 28 novembre 1980, ils ont frappé toute
HAITI indépendante de Pékin, est, avec le Parti unifié des communistes haitiens (PUCH), pro-soviétique, l'une des principales organisations ouvrières d'opposition au pouvoir sanglant de la l'opposition, dont ils ont déporté ou emprisonné les éléments les plus représentatifs. Radio Haïti-Inter a été fermée, le mouvement théâtral mis hors-la-loi. Tous les partis ou groupes politiques ont été de nouveau rejetés dans la clandestinité la plus stricte.
- Quelles sont les forces politiques en Haiti ?
- Avant le coup de force du 28 novembre 1980, il y avait deux partis sociaux-chrétiens légaux. Aujourd'hui, ils ont presque complètement disparu. Dans la clandestinité, il n'y a done que des partis se réclamant du mouvement ouvrier et des organisations liées à ces partis. Le parti qui dispose de l'influence la plus importante est le Parti des travailleurs haitiens (PTH), fondé en 1966, qui a eu pendant une certaine période une position maoïste mais qui suit maintenant une orientation indépendante. Le PTH est partie prenante de l'Union des forces patriotiques et démocratiques haitiennes (IFOPADA) à laquelle participe également une tendance socialiste catholique. L'IFOPADA défend une orientation antiimpérialiste, anti-féodale et andi-dictatoriale et elle entend rassembler toutes les forces antiduvaliéristes. Il existe, en deuxième lieu, le Parti unifié des communistes haitiens (PUCH) d'orientation pro-soviétique, dont les forces principales sont dans l'émigration et dont le dirigeant le plus connu est Gérard Pierre-Charles. Le PUCH est partie prenante de l'UDEH (Union démocratique haitienne). Finalement, deux nouveaux groupes communistes se sont formés dans l'émigration, ce sont les groupes « 18 Mai » et « En avant ».
- Pourrais-tu nous dire quelques mots de l'histoire du mouvement communiste haitien ?
- La naissance du mouvement communiste haitien remonte au début des années 1930. Entre 1932 et 1945, il a été représenté par le Parti communiste haïtien (PCH). Après 1946, à la suite d'une scission, il y a eu, d'un côté, le parti qui a conservé le même nom et, de l'autre, le Parti socialiste populaire (PSP). En 1948,
Dessins parus au Canada dans le journal quotidien « La Presse » de Montréal en novembre 1981 et stigmatisant les amitiés particulières de Valéry Giscard d'Estaing et son ministre de la Coopérale PSP s'est dissous sous l'influence des idées défendues à l'époque par le dirigeant du PC nord-américain Earl Browder. Par la suite, ce parti s'est reconstitué et il a pu mener une activité légale. Le mouvement communiste voit ses deux composantes disEn 1954, se forme le PPLN (Parti populaire de libération nationale) et, en 1959, des intellectuels qui avaient milité auparavant dans le PCH, fondent le PEP (Parti d'entente populaire). Ces deux derniers partis se réclament du marxisme-léninisme. Ils connaissent l'un comme l'autre de profondes divisions internes qui débouchent sur des scissions. Il y a finalement une recomposition d'où surgissent le PUCH et le PTH.
Le PTH a partagé pendant toute une période les critiques adressées à la direction soviétique par le Parti communiste chinois (PCC) et le Parti du travail d'Albanie. Mais nous avons changé notre attitude vis-à-vis de ces deux partis en 1976, en estimant que les Chinois avaient adopté à leur tour une ligne révisionniste.
- Quelle est l'attitude du PTH vis-àvis de Cuba ?
- Nous estimons maintenant que nous devons mettre l'accent sur la solidarité face aux menaces impérialistes et non sur les critiques. Nous pensons, toutefois, que les Cubains subissent l'influence soviétique et s'inspirent du modèle économique de l'URSS.
- Que penses-tu des événements de - Je veux préciser que - traditionnellement — il y a à Haiti un intérêt pour ce qui se passe en Pologne. Pendant la guerre d'Indépendance, au début du XIXe siecle, des soldats polonais de l'armée française sont passés du côté des patriotes haitiens. Par ailleurs, nous avons critiqué la direction révisionniste polonaise à partir de 1966, en établissant à l'époque des rapports avec des marxistes-léninistes polonais. Nous pensons que Solidarnose est un mouvement différencié où il existe des courants qui subissent l'influence de l'impérialisme. Mais, dans l'ensemble, il s'agit d'un mouvement de masse contre la bureaucratie qui doit être soutenu. Nous sommes, donc, solidaires de Solidarnosc.
- Peux-tu nous dire quelque chose sur le mouvement syndical
- Il faut rappeler qu'entre 1958 et 1965 il a existé à Haiti un très fort mouvement syndical. Ce mouvement était unifié : un seul syndicat existait dans les entreprises et il n'y avait qu'une seule centrale au niveau national, l'Union intersyndicale haitienne (UIH) , celle-ci était dirigée par les communistes. Après 1965, le régime a imposé par la répression ses syndicats « jaunes ».
En 1970, il y a eu de nouveaux mouvements et une phase de recomposition a tion.
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LUi OFF/' ledo tion avec le régime défendu par les « tontons macoutes ». (DR) commencé. En 1978-1979 notamment, il y a eu un travail à la base pour réorganiser une centrale nationale. Les communistes ont repris le contrôle de certains syndicats et des grèves ont eu lieu. De leur cô té, les sociaux-chrétiens ont formé la Confédération autonome des travailleurs haïtiens (CATH) avec l'aide du Venezuela, mais il s'agit d'une opération artificielle qui n'a pas remporté grand succès aupres des masses.
Le coup de force du 28 novembre 1980 a ouvert une nouvelle phase de la répression qui a impliqué, entre autres, l'é limination des communistes des syndi-
- Quelle est la situation actuelle ? - La situation est mauvaise dans le sens qu'il n'y a plus de mobilisation du mouvement masse. Toute être développée sous des formes strictement clandestines. Nous nous efforçons d'organiser des comités à la base, notamment parmi les paysans. Je précise que le PTH accorde une très grande importance au travail dans la paysannerie.
Quelle est votre perspective stratégique ?
- Le PTH est un parti anticapitaliste qui mène aujourd'hui une lutte anti-impérialiste, anti-féodale et anti-dictatoriale. Nous estimons qu'il faut se préparer à la armée. En effet, par quels autres Jean-Claude Duvalier et sa dictature féro-
Le PUCH était lui aussi pour la lutte armée depuis 1969 mais, en 1978, il a abandonné cette orientation pour mieux mettre à profit la « libéralisation » du régime. Après la nouvelle vague de répressin, il n'a pas adopté une nouvelle posi-
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- Est-ce qu'on peut considérer que Jean-Claude Duvalier a réussi à ressouder son régime ?
- Des conflits existent depuis des années au sein du régime. Ils reflètent le conflit entre propriétaires fonciers et bourgeois compradores qui se combine avec une rivalité raciale. Alors que les grands propriétaires fonciers sont noirs, les compradores sont le plus souvent blancs ou mulâtres. Aujourd'hui, ce sont ces derniers qui ont le dessus. Ils exploitent, entre autres, la position de la femme de Jean-Claude Duvalier et de sa famille - une famille bourgeoise puissante contrôlent la police. Par ailleurs, le régime a eu à plusieurs reprises des conflits sérieux avec Washington. Par exemple, Jean-Claude Duvalier a toujours évité de créer trop forte, n'apparaisse comme une alternative possible à son régime. Il a misé sur le renforcement de sa milice, les tontons macoutes, alors que Washington était d'un avis
- Est-ce que tu estimes qu'il existe une alternative bourgeoise conservatrice à Jean-Claude Duvalier ?
- Je crois qu'il est très difficile qu'une telle alternative se concrétise. C'est pourquoi, d'ailleurs, Washington hé site à laisser tomber Jean-Claude Duvalier.
- Y a-t-il d'autres problèmes que tu voudrais soulever ?
- Le peuple haitien et toutes les victimes du régime duvaliériste ont besoin de la solidarité de tous les peuples et, en premier lieu, de toutes les organisations ouvrières dans le monde. Il faut absolument que cette solidarité s'organise et se manifeste beaucoup plus que cela n'a été le cas jusqu'à présent.
Santo Domingo, 10 décembre 1981.