" L'homme nouveau se forge dans le cours de la lutte révolutionnaire...
GUATEMALA de la Direction nationale de l'Armé
'ARMEE de guérilla des pauvres (EGP) est l'une des qua-
L tremations qui menent de la team de contre de oi ta-
/ ture du général Romeo Garcia Lucas. L'organisation ré volutionnaire du peuple en armes (ORPA), les Forces armées révolutionnaires (FAR), le Parti
(PGT - noyau de direction) et l'EGP interviennent toutes dans des régions particulières (cf. Inprecor numéro 109, du 28 septembre
1981). Au printemps 1980, ces organisations ont néanmoins approfondi leur coordination en mettant en place une coordination nationale au niveau de leurs directions.
« POR ESTO » : - Quelle est l'importance de la formation idéologique et politique dans l'Ejercito Guerrillero de los
Pobres (EGP - Armée de guérilla des pauvres) du Guatemala ?
Camarade « Lola » : - Elle est fondamentale et s'explique par notre conception selon laquelle la politique commande le fusil.
En ce sens, notre effort se concentre sur la formation politique et la transformation idéologique de nos combattants. Nous les préparons pour qu'ils deviennent des militants complets, c'est- à-dire capables d'affronter l'ennemi de classe sur tous les terrains et, dans le même temps, dans le cadre de ce processus, nous voulons que les combattants se dépassent eux-mêmes continuellement.
- Pourquoi est-ce une femme qui a la responsabilité de la formation politique et idéologique justement d'un Front aussi important que celui de la montagne ?
- Le fait que ce soit une femme qui soit responsable de l'éducation et de la formation politique dans le Front de la montagne répond à une situation spécifique. Les camarades de la Direction nationale de l'EGP ont considéré que, pour des raisons d'expérience, de préparation et de vocation, cette responsabilité me revenait.
- J'ai entendu dire que, pendant plusieurs années, tu avais eu les mêmes responsabilités dans les forêts du nord du
- C'est exact. J'ai assumé des fonctions analogues dans ces régions pendant quatre ans et demi environ.
- Camarade « Lola », quelles sont les idéologiques fondamentales
- Notre organisation est marxiste-léniniste et, sur la base de cette idéologie prolétarienne, nous construisons l'EGP et camarade "Lola" Entretien avec la guatémaltèque du travail développons la Guerre populaire révolu-
- Quelle conception l'« homme nouveau » dans le Front de la montagne ?
Précisons tout d'abord que I'« homme nouveau » ne naît pas spontanément, il se forge dans le processus même de la lutte révolutionnaire. Nous nous efforçons de semer et de développer chez nos combattants l'esprit de révolte devant l'injustice, quelle qu'elle soit et où qu'elle soit. Parce que l'humanité est notre famille, nous stimulons l'amour, l'esprit d'entraide et de sacrifice. Nous essayons de façon permanente de combattre notre égoïsme, nous luttons pour nous défaire de notre individualisme, nous faisons tout pour développer un esprit collectif et de collaboration mutuelle. Et, partant de là, pour que prédomine chez nos combattants l'internationalisme, à savoir la capacité de ressentir la douleur d'autrui comme la sienne propre et de vouloir supprimer les causes de cette douleur de façon définitive.
- Quel est le rôle de la femme dans le Front de la montagne ?
- La femme a fondamentalement un rôle de combattante. Dans ce sens, elle ne se différencie pas de l'homme. et obligations correspondent aux orientations de l'organisation à différents niveaux. Une camarade peut, pour donner un exemple, diriger et assumer des responsabilités de direction. D'autres, par contre, peuvent travailler à la base. Mais, pour te donner une précision, la révolution ne sous-estime pas la femme. Non, elle en fait véritablement une camarade combattante.
- N'y a-t-il pas de discrimination de la part des hommes vis-à-vis des femmes dans le Front de la montagne ?
e de guérilla des pauvres (EGP)
Peu de reportages ont été effectués dans les zones tenues par les guérilleros guatémaltèques. Mario Menendez Rodriguez, responsable de la revue mexicaine Por Esto a pu s'y rendre.
C'est dans le numéro 22 du 26 novembre de cet hebdomadaire qu'est publiée l'interview qu'il a faite dans les zones montagneuses du département du Quiche, de la camarade « Lola », membre de la direction nationale de l'EGP et responsable de la formation politique et idéologique dans le Front stratégique de la montagne, que nous reproduisons ci-dessous.
- Nous ne pouvons pas affirmer que tous les rétlexes de discrimination aient disparu dans notre Front. Et cela est normal pour des gens qui viennent d'une société où la femme, historiquement, a souffert et souffre toujours de telles discriminations. Mais nous combattons tout cela. Les détours de la pensée comme les aspects idéologiques ne sont pas des choses que nous pouvons dire déjà dominées.
Mais il faut comprendre que la Guerre populaire révolutionnaire est aussi une éco le ou, de façon permanente, on enseigne en même temps qu'on apprend. Mais, d'autre part, il est certain qu'une femme peut assumer n'importe quelle fonction dans les rangs de la guérilla. Néanmoins, cette mentalité de discrimination existe encore même parmi nous, les femmes.
Nous devons pleinement en avoir conscience pour qu'à partir de notre prode nos propres activités, pre exemple, nous gagnions la place et le rôle qui nous reviennent dans la révolution et soyons capables d'éliminer toute trace de discrimination.
- De quelle façon et sous quelles formes des familles entières participent-elles au processus révolutionnaire qui se développe dans la montagne?
- Je pense que je pourrais te répondre en te parlant de l'évolution que nous avons suivie dans l'attention accordée aux questions politiques, dans notre concep tion de la Guerre populaire révolutionnaire et dans notre façon de gagner à nous la paysannerie en général.
Nous ne faisons pas notre travail politique avec un seul individu, par exemple le chef de famille, nous le faisons avec la famille entière, en y faisant participer la femme et les enfants, aussi petits soient- ils. Cela explique que des familles entières se soient intégrées volontairement au processus révolutionnaire, cette intégration étant le produit du développement de leur prise de conscience.
- Quel type de relations humaines y a-t-il au sein des différents fronts et zones de guérilla de la montagne ?
- Nos relations sont fraternelles mais essentiellement politiques. Les camarades ont une très grande confiance en leurs organismes de direction, à tous les niveaux. Nous sommes parvenus à ce degré de confiance et de fraternité par la participation que nous avons tous eu dans tous les genres de tâches.
nous considérons qu'il est très important d'avoir une grande communication avec les combattants, pour qu'ils voient dans leurs responsables des camarades qui peuvent les aider, qui peuvent les orienter dans leurs problèmes personnels. Le résultat de tout cela, c'est que les combattants savent qu'ils peuvent voir leurs responsables à tout moment et n'importe quel problème. abordons, par exemple, les problèmes personnels de façon collective - quand cela peut se faire - sous des formes différenciées, adaptées aux circonstances. L'une de ces formes est précisément la critique et l'autocritique. Nous essayons tous d'avoir une connaissance collective de la vie, des problèmes et des expériences des camarades. De là vient que nous ayons dans notre programme de formation politique comme une expérience très riche, d'une grande valeur pour notre formation intégrale à tous, le fait que les camarades puissent faire le récit de leur vie devant
Pour prendre un exemple, il est très important que, dans une collectivité majoritairement composée de paysans, vienne un travailleur de la ville pour y raconter la vie des ouvriers dans les zones industrielles du pays. De même, pour les camarades qui ne sont pas paysans, pour qu'ils connaissent le degré de souffrance, d'exploitation et de désespoir des paysans pauvres du Guatemala.
- Quels sont les principaux obstacles, les principales difficultés sur le plan idéologique et politique dans ce Front de la montagne ?
- Du point de vue politique, les problèmes sont mineurs. La grande masse des opprimés et soumis à la discrimination, représente un terrain très riche pour l'organisation révolutionnaire. En ce sens, je crois que les problèmes qui se posent sont de caractère organisationnel et tout à fait concrets. Mais les solutions viennent rapidement, car l'esprit d'initiative et de créa-
Jusqu'à présent, nous avons surmonté toutes les difficultés qui se sont présentées. Cependant, du point de vue idéologique, se posent tous les problêmes inhé. rents à toute collectivité paysanne qui s'intègre à la Guerre populaire révolutionnaire et qui ont à voir avec la mentalité paysanne. Par exemple, les problèmes du radicalisme, des conceptions conservatrices, etc. Mais, avec la pratique, dans la lutte, dans le travail constant que nous faisons, nous résolvons ces problèmes.
LA LUCHA COMRATIVA DELLOS TRAKAJADIRES Manifestation contre la répression à Ciudad-Guatemala. (DR)
- Quel est le travail social qui s'effectue dans la montagne ?
- A ce sujet, nous avons un critère : c'est que le meilleur, le plus grand et, de plus, l'unique travail social que nous puissions faire dans la montagne comme dans toutes les autres parties du pays, c'est précisément d'incorporer les masses dans la lutte. Parce que nous ne pourrions espérer obtenir des résultats réellement durables si nous nous contentions d'un travail social comme la distribution de nourriture par exemple, parce que ce n'est pas ce qui résoudrait réellement et de façon définitive la situation de notre pays. Concrètement, notre travail social, c'est d'intégrer tous les pauvres du Guatemala à la lutte révolutionnaire.
- Quel matériel d'étude utilise-t-on dans le Front de la montagne ?
- Nous utilisons pour les combattants tous les ouvrages qui expliquent pourquoi nous luttons, contre qui nous luttons, qui nous sommes, ce que nous cherchons, comment nous sommes organisés, et quels sont les principes fondamentaux régissant le fonctionnement politico-militaire de l'EGP.
- En quoi consistent et de quelle façon se pratiquent la critique et l'autocritique, et quels en ont été les résultats dans le Front de la montagne ?
- Sur la critique et l'autocritique, je peux te dire que, d'une façon générale, à l'intérieur de l'organisation, ce principe de fonctionnement est pour nous une des bases fondamentales et le principal instrument pour corriger nos insuftisances et dépasser nos erreurs. Nous avons essayé de systématiser l'utilisation de la critique et de l'autocritique avec des variantes spécifiques adaptées à chaque secteur de la population avec lesquels nous travaillons.
Malgré les tâches qui sont parfois très nombreuses, malgré les longues marches que nous avons à effectuer, et les circonstances, nous essayons d'impulser de façon régulière et systématique la critique et l'autocritique. De manière générale, nous avons chaque semaine une réunion avec les différentes instances collectives avec lesquelles nous abordons et confrontons d'une manière constructive et fraternelle les erreurs commises par chacun de nous ; et c'est dans le cadre de ces instances collectives que nous pouvons dépasser nos erreurs tous ensemble. Les résultats sont hautement positifs. Pour ceux d'entre nous qui sont depuis longtemps dans la montagne, nous avons vu la transformation des camarades. Et dans ce sens, je crois que la pratique de la critique et de l'autocritique a joué un rôle fondamental.
•- J'ai pu remarquer, au cours de mon séjour dans les forêts et les montagnes du Guatemala, que l'EGP avait des écoles de combattants. En quoi consistent ces écoles, quels sont leurs objectifs ?
- Il ne s'agit pas seulement d'écoles de combattants. Dans le Front de la montagne, nous avons essayé de mettre sur pied - en plus - des écoles de cadres et d'autres officiers, c'est-à-dire plus précisément des écoles militaires proprement dites. Maintenant, pour ce qui est des écoles de combattants, y vont des camarades qui se sont fait remarquer dans leur localité et dont nous croyons qu'il est bien qu'ils passent par une période de formation militaire, et dans le même temps de préparation politique et idéologique
Après le passage dans cette école, les camarades sont répartis dans les différentes unités de guérilla ou dans d'autres organismes ou leur travail est utile.
D'autre part, nous avons également des écoles de cadres où vont des camarades qui deviendront des dirigeants politico-militaires ou bien ceux qui ont déjà une expérience de travail dans leur localité mais qu'il est nécessaire de former sur certains points. Nous donnons beaucoup d'importance au travail de formation des cadres parce que nous avons justement une conscience très claire du fait que no-
tre organisation est une organisation d'avant-garde et, donc, une organisation de cadres qui doivent être préparés sur tous les terrains pour conduire et orienter le peuple dans ses luttes.
Enfin, nous avons les écoles d'officiers, où se forment les camarades qui, à un certain moment, s'intègreront aux structures militaires avec déjà une connaissance théorique plus complète et une plus grande expérience militaire.
- Camarade « Lola », j'ai le sentiment que l'EGP est une grande famille et en même temps une grande école. Je voudrais que tu me parles du sens de ces deux notions dans le Front de la montagne.
- Je crois que ce que tu dis est vrai, au sens où nous sommes, en tant qu'organisation, à la fois une grande famille et une grande école. Nous sommes une grande école parce que, dans la lutte, chacun de nous apprend individuellement et collectivement comment faire la révolution, comment impulser les luttes de notre peuple, comment faire participer notre peuple à ces luttes. D'un autre côté, nous sommes une grande famille, parce que, au cours de toutes ces années de lutte, nous avons appris à cimenter réellement, à consolider et à forger un grand sentiment de solidarité, d'amour et de fraternité.
- Comment assure-t-on la formation des cadres politico-militaires ?
par préciser que notre politique de formation des cadres se base fondamentalement sur la sélection des camarades que nous choisissons de préférence parmi les ouvriers et les paysans et nous tenons également compte des inclinations personnelles de qu'il puisse par la suite assumer les fonetions qui lui part, nous pensons que les cadres doivent suivre dans leurs tâches concrètes un processus combinant la théorie et la pratique. De même, nous pensons que le travail intellectuel doit se combiner au travail manuel pour que la formation soit complète, et la formation doit commencer dans les organismes de base, c'est-à-dire qu'il s'aprocessus ascendant. De plus, pour le bon fonctionnement et la continuité du travail des cadres, il doit y avoir contrôle et une attention continus tout en laissant dans le même temps ces camarades faire la preuve de leur esprit d'initiative et de créativité dans leur tra-
Nous sommes d'avis que la formation politico-militaire théorique de nos cadres doit aller du simple au complexe, de l'élémentaire au supérieur, de l'étude de nos principes et de notre ligne dans la conduite de la révolution à la théorie de l'idéologie marxiste-léniniste. Et que ce processus de formation politico-militaire théorique doit combiner très étroitement les critères de classe et la méthode scientifi-
Nous répartissons nos cadres là où ils peuvent être le plus utiles et là où vont leurs choix personnels. Nous les intégrons dans des organismes ou des équipes où ils exercent collectivement leurs fonctions de telle manière que, d'entrée, ils fassent leur travail sur l'une des bases essentielles de notre organisation que nous entendons conserver à tout prix : le principe de la direction collective. Enfin, nous prenons bien soin que leur travail concret débute sur une base élémentaire puis qu'alternativement ils fassent du travail pratique et qu'ils fréquentent l'école ; qu'ils aient une expérience de formation pour ensuite re. tourner dans leur localité pour accomplir leurs tâches beaucoup mieux préparés. Et ce cycle pratique-formation doit se répéter constamment.
- De ce que j'ai vu durant ces semaines de vie au sein de l'EGP, ce qu'on appelle « militarisme » n'est-il pour rien dans la ligne fondamentale de l'organisation comme le prétendent certaines personnes ...
- La presse bourgeoise et la propagande ennemie en général ont répandu beaucoup de mensonges et depuis pas mal de temps. Je pense que, sur le fond, s'il y a une organisation qu'on ne peut taxer de militariste, c'est bien l'EGP. Nous basons toute action ou toute initiative militaire sur la compréhension que peut en avoir le peuple. Nous pensons qu'une action militaire n'a pas de valeur en soi, mais n'en a que si notre peuple l'accepte, la comprend et, la plupart du temps, c'est le peuple lui-même qui demande l'exécu-
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tion d'une action militaire déterminée. Voilà le sens que l'on pourrait donner à ce qualificatif de « militariste ». Mais, de plus, et je pense que cela transparaît dans l'interview, notre organisation est fondamentalement une organisation politico-militaire qui s'est efforcée de gagner les masses et qui a effectivement réussi à gagner l'adhésion de larges secteurs des masses du peuple du Guatemala à la lutte.
- Camarade « Lola », le gouvernement qualifie de « terroristes » les révolutionnaires. Qu'est-ce que le terrorisme ?
- Je répondrai à cette question sous deux angles. Nous considérons que le terrorisme est une action militaire dont l'unique objectif est de semer la terreur. De ce point de vue, notre action militaire poursuit deux buts fondamentaux : premièrement, gagner les masses qui voient dans la réalisation de cette action militaire ce désespérément durant des années, à savoir l'anéantissement des oppresseurs, et, deuxièmement, l'autre aspect de notre action militaire, c'est précisément de gagner les masses, de leur démontrer qu'il existe un instrument efficace de lutte contre ceux qui les ont dominés et exploités durant tant d'années, pratiquement des siècles. On ne peut done pas qualifier l'EGP d'organisation terroriste. L'ennemi utilise ce qualificatif de terroriste comme tant d'autres qualificatifs à seule fin de déconsidérer les organisations révolutionnaires.
Maintenant, d'un autre côté, il est certain que notre action militaire terrorise l'ennemi, c'est quelque chose que nous ne pouvons pas nier. Nous le terrorisons avec toutes les actions militaires résultant de l'application de nos plans de campagne, et il a effectivement subi de lourdes pertes.
En réalité, c'est l'ennemi qui essaie de semer la terreur parmi le peuple du Guatemala, avec toutes ces tortures, ces assassinats, ce génocide. Il est parvenu à un degré extrême de sadisme et d'inhumanité. Les ennemis agissent comme qu'ils sont : des bêtes, un instrument de terreur contre notre peuple. Je crois qu'en ce sens, nous devrions nous souvenir de cette phrase du commandant Ernesto Che Guevara qui disait que tous les régimes, toutes les armées de pays ... le nôtre sont bestiaux par nature. bandes de terroristes para-militaires agissent avec une férocité et une bestialité qu'on peut dire sans limites. C'est précisément parce qu'ils se sentent impuissants et à chaque fois plus faibles, qu'ils agissent de cette façon bestiale. Je crois, en ce sens, et c'est clair pour le monde entier, que le régime du Guatemala, le régidu général Romeo Lucas - comme ceux qui l'ont précédé —, agit effectivement envers le peuple guatémaltèque avec une bestialité et un terrorisme
Propos recueillis par Mario MENENDEZ RODRIGUEZ Département du Quiche, montagnes du Guatemala, novembre 1981.