Entretien avec Nadia Palacios, commandant du FMLN
EL SALVADOR
E Front occidental « Feliciano Ama » du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMEN) du Salva-
• dor s'étend aux départements de Santa Ana, de Sonsonate et de Ahuachapan, régions traditionnelles de grandes propriétés terriennes où est notamment cultivé le premier produit d'exportation du pays : le café. Cette zone se situe à l'ouest du pavs. le long de la frontière avec le Guatemala. Dans cette region comme sur les contreforts montagneux de la frontière guatemalteque de la région de Metapan, des combats se déroulent presque quotidiennement. Les forces du FMEN ont réussi à soustraire à la Junte militaire et démocrate-chrétienne le contrôle de plusieurs régions, comme les zones du volcan Tecana et celle de Cutumay Camones, zones arides des mines de chaux où se trouvent les deux cimenteries de la région.
Le département de Santa Ana est une région de grandes plantations de café. Dans sa partie Nord, se trouvent des régions escarpées et boisées. C'est là que le FMLN tient entièrement sous son contrôle des zones ou les paysans produisent de manière collective. Des campements de la guérilla sont installés au cœur même de ces communautés villageoises. C'est là qu'opère l'état-major du Front occidental « Feliciano Ama » du
En novembre dernier, le FMLN lançait dans cette région une opération combinée pour occuper temporairement Coatepeque, une ville de 45 000 habitants située à
« POR ESTO » : - Comandante, certains organes de presse affirment que le
Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) n'a pas résolu tous ses problèmes logistiques. Quelle importance accordez-vous à cette question ?
Comandante
PALACIOS :
- La question de la logistique et du ravitaillement est une question stratégique, fondamentale, pour n'importe quelle armée et au cours de n'importe quelle guerre : des solutions qu'on y apporte dépendent pour beaucoup l'élaboration et l'exécution correcte des plans qu'une force mi-
Guatemala
Chalatenango
Santa Ana
Ahuachapan
San
Salvador
Sonsonate
La Libertad
Océan Pacifique
La Paz
El Salvador sur le Front "Feliciano Ama"
que nous publions 26 novembre 1981 seulement 53 km de litaire se propose de mettre en œuvre, et cela vaut aussi bien dans le cas des forces armées révolutionnaires du FMLN que dans celui des armées bourgeoises. Naturellement, ces problèmes se résolvent de manière différente, selon le type d'armée dont il s'agit. Dans le cas d'une armée fantoche, réactionnaire, sans conscience, sans perspective, le fait de rencontrer des difficultés dans l'approvisionnement en munitions, en armes, en ravitaillement, mine sérieusement son moral et lui crée des problèmes terribles.
d'une armée du peuple comme la nôtre, d'une armée qui est née
Honduras Morazan
Cuscatián Cabañas
San San Vicente Miguel Usutalan la capitale San Salvador et à 13 km du chef-lieu de département Santa Ana. Les guérilleros du FMLN ont récupéré au cours de cette action des armes, des munitions, du ravitaillement et des médicaments, et se sont ensuite repliés sans dommage après avoir tenu un meeting de masse avec la population.
Simultanément, plusieurs unités de sapeurs ont dynamité des pylônes de câbles à haute-tension dans la ville de Texistepeque, en même temps qu'ils édifiaient des barricades et faisaient dérailler un train se rendant de Metapan à Santa Ana.
Cette opération a surpris les éléments de la 2e Brigade d'infanterie de Santa Ana, qui n'ont réagi que quelques heures plus tard alors que les guérilleros s'étaient déjà retirés dans les zones montagneuses. La planification de cette action a été faite sous l'autorité de l'état-major du Front occidental du
FMLN, mais les détails de son exécution ont été élaborés par le comandante Nadia Palacios. Membre depuis 1973 des Forces populaires de libération « Farabundo Marti » (FPL), entrée dans la clandestinité dès 1975 pour assumer des tâches de type militaire, Nadia Palacios, qui est aussi mère d'une petite fille de
9 ans, est aujourd'hui comandante du FMLN. Elle a été interviewée dans une zone sous le contrôle du FMLN par un journaliste de la revue mexicaine Por Esto ; son témoignage, ci-dessous, a été publié dans le numéro du de cette revue.
des tripes des exploités et qui a une conscience révolutionnaire et qui s'identifie complètement avec les objectifs pour lesquels elle lutte, le problème de la logistique et du ravitaillement constitue un écueil supplémentaire, un défi à relever à n'importe quel prix, comme toutes les difficultés qui se rencontrent au cours du développement de la guerre du peuple. De sorte que, pour en revenir a votre question, il s'agit-là d'un problème important et le FMLN lui donne toute l'attention qu'il mérite, comme un élément stratégique du développement de notre lutte, mais en le situant à sa juste dimension.
- Que fait l'impérialisme américain pour essayer d'entraver le fonctionnement des lignes d'approvisionnement du
FMLN ?
- En premier lieu, il a équipé les forces armées salvadoriennes pour leur donner les moyens d'intensifier leur contrôle sur les frontières terrestres, maritimes et aussi sur l'espace aérien, afin d'éviter que ne pénètrent de l'extérieur des renforts logistiques aux forces du FMLN. Ensuite, il a mis en place un contrôle plus strict dans tous les pays de la région, avec la collaboration des forces fantoches et satellites de l'armée guatémaltèque et d'un secteur de l'armée hondurienne. Au Salvador même, il a concentré ses efforts sur le contrôle des voies de communication, spécialement sur les routes menant aux zones qui
lutionnaires et qui ont démontré leur FMLN a prises sont un concentré de la sont actuellement aux mains des forces
Finalement, faisant étalage de sa toute-puissance et de son esprit interventionniste, il s'est payé le « luxe » de menacer tous les gouvernements de la région, en annonçant qu'il était décidé à prendre des mesures de rétorsion s'ils toléraient le passage d'approvisionnement à destination des forces révolutionnaires du Salvador.
Une autre mesure qu'il a prise est le déplacement des populations qui vivent pres des zones où évoluent nos forces armées dans le but de leur couper toutes possibilités de ravitaillement.
Ce sont là les moyens les plus importants que l'impérialisme et le gouvernement fantoche ont pris, dans l'idée d'isoler la guérilla de toutes ses sources de ra-
- Comment le FMLN juge-t-il l'efficacité de ces mesures mises en œuvre par l'impérialisme ?
- Avant tout, il faut signaler que ces dispositifs sont la preuve palpable de l'arrogance et de l'esprit interventionniste de l'impérialisme dans la région. Les EtatsUnis n'ont aucun droit à se mêler des affaires du Salvador et encore moins de menacer de mesures de rétorsion les peuples et les gouvernements qui nous prêtent assistance. Les moyens destinés à gêner le ravitaillement en armes et en nourriture destiné aux forces révolutionnaires sont des mesures désespérées et subjectives des yankees, et c'est une politique qui a été
Nous affirmons cela parce que, en premier lieu, les yankees et les gouverne-
- tant du Salvador que des autres pays de la région — n'ont pas la capacité de contrôler leurs frontières mètre par mètre.
En second lieu, parce que la principale source d'approvisionnement de la guérilla salvadorienne ne se situe pas à l'étranger, mais à l'intérieur du pays, au casernes de l'armée ennemie, chez les militaires et les forces policières.
trouvent les armes que le FMLN récupère chaque fois en plus grande quantité. Il vaut la peine de signaler que, pendant que l'administration Reagan parle de couper le flux du soutien logistique à la guérilla, elle accroît l'armement des troupes fantoches ce qui, à la longue, favorise le mouvement révolutionnaire parce que plus l'armée réactionnaire est approvisionnée et modernisée, meilleures seront les armes que le FMLN récupèrera et utilisera pour combattre la Junte criminelle et l'impérialisme américain. La politique américaine d'armement de la Junte militaire et démocrate-chrétienne du Salvador est un facteur de sa propre défai-
Un autre élément, très important celui-là, est que le peuble fabrique ses propres armes qui sont très efficaces. Nous employons sur tous les fronts de la guerre et avec de très bons résultats des pièges, des mines, de l'artillerie, des charges explosives et d'autres moyens de combat qui sont fabriqués dans nos ateliers révohaut niveau d'efficacité, comme l'ont déjà fait les canons utilisés pour attaquer la 2e Brigade d'infanterie de Santa Ana.
Quant au ravitaillement, à l'alimentation, aux vêtements, aux médicaments, c'est le peuple qui résoud dans leur totalité ces problèmes. Il y a un lien étroit entre la guérilla et les masses populaires, et
Reagan a beau vociférer, c'est quelque chose qu'il ne pourra pas détrui-
Un autre facteur de l'échec de cette politique impérialiste est le fait que les peuples révolutionnaires et l'humanité progressiste ont manifesté - et continuent à exprimer en déclaration comme en pra-
- leur détermination à ne pas abanpeuple héroïque du dans sa lutte pour la libération nationale l'instauration démocratique révolutionnaire. Loin d'être prend, mois après mois, plus de force ; une preuve en est sa reconnaissance par des pays comme la France et le Mexique La tentative d'isoler la lutte du peuple salvadorien du reste du monde est un échec. L'impérialisme yankee, je le répète, avec tout son appareil de contrôle et de chantage, n'est pas capable d'arrêter la progression inexorable de notre lutte. Non seulement il n'est pas capable d'entraver l'approvisionnement des forces armées du FMLN, mais il est incapable d'empêcher, à terme, le triomphe de la révolution salvadorienne, le triomphe
- Le FMLN a-t-il accru sa capacité de prendre des armes à l'armée réguliè-
- Oui, et pour en donner un exemple, en juillet-août, nos seules unités combattantes, ici dans cette zone, ont récupéré plus de 122 armes de guerre, parmi lesquelles plusieurs obusiers et mitrailleuses lourdes. Avec cela, on peut armer une compagnie, 122 hommes qui, vu la qualité technique et politique de ces unités, ainsi que le type de guerre populaire que nous menons, équivaut à un bataillon des forces ennemies, soit un effectif de 410 hommes. Et cela, sans compter la quantité de munitions, grenades, uniformes, ravitaillement, moyens de communication et autres matériels récupérés.
C'est-à-dire que le FLMN a progressé et continuera à le faire, dans la récupération des armes sur l'ennemi, parce que c'est notre principale source d'approvisionnement. Cela contraste avec le fait que l'ennemi ne peut pas se vanter d'avoir récupéré beaucoup de nos armes. Durant la dernière campagne menée par l'armée de la Junte, les armes perdues au combat n'ont pas dépassé le chiffre de 5 ...
- Devant la perspective de la prolongation de la guerre, le FMLN a-t-il pris des mesures concrètes pour résoudre le problème de la logistique et du ravi-
- Bien entendu, les mesures que le
SOnSAI
Guérilleros du FMLN. (DR) stratégie de la guerre révolutionnaire, qui est la stratégie de la guerre de tout un peuple. Cela signifie promouvoir la participation de tout le peuple aux solutions des problèmes de la guerre, en comptant fondamentalement sur nos propres forces, tout en mettant à profit toute la solidarité des révolutionnaires du monde.
Les mesures plus concrètes, de notre point de vue, sont la récupération de tous types de moyens matériels aux forces de l'ennemi : armes, munitions, explosifs, appareils de communication, médicaments, uniformes ... d'une part et, d'autre part, le développement de la fabrication artisanale d'armement : artillerie avec canons sans recul, lance-roquettes, mines de divers types.
Un autre aspect est l'appui insistant que nous apportons à la production des céréales de bases, que nous avons entrepris en 1981, avec de très bons résultats. Il s'agit, aussi, du développement du système révolutionnaire de santé, tant pour s'occuper de tout ce qui relève de la chirurgie de guerre que de ce qui concerne les problèmes de santé de la population. Il s'agit également de l'approfondissement de l'appui des masses urbaines et rurales au grand réseau d'approvisionnement de tous types de ravitaillement. Il existe des zones où l'effort de guerre ne coûte pas un centime au FMLN, car ce sont déjà les masses qui fournissent la subsistance des
Enfin, nous faisons appel à la solidarité de tous les peuples du monde pour couper court aux manœuvres de l'impérialisme américain dans notre pays et dans la
Propos recueillis par Miguel Angel GUARDADO RIVAS Département de Santa Ana, El Salvador, novembre 1981.