Inprecor 1974–2004

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REACTIONS

Le Parti communiste italien à un tournant ?

· Inprecor n° 119, 22 février 1982 · p. 26-28 · 3 733 mots

Italie Pologne URSS et Russie Syndicalisme

naux tenus recemment ont été utilisés le cas d'un pays socialiste, entre le dé

REACTIONS

A direction du Parti communiste italien (PCI) a été fondamentalement inspiree

/aux événements polonais: d'un côté la prendre ses distances par rapport à la énième confirmation du caractère autoritaire des régimes de l'Est, de l'autre celle d'intervenir massivement pour en contrecarrer les repercussions possibles dans sa propre base. Le texte voté fin décembre 1981 Elettra DEIANA

La dénonciation des régimes de l'Est et du rôle du Kremlin dans les événements polonais est incontestablement plus nette et précise qu'auparavant. Les formules utilisées, notamment celles utilisées par Enrico Berlinguer qui a parlé d'« épuisement de la vague ouverte par l'Octobre soviétique », visent elles aussi à démontrer que le groupe dirigeant du PCI est désormais résolu à couper ses anciennes racines et à mettre fin à ce qui faisait la « particularité historique » du PCI. Cela n'implique pas, toutefois, une acceptation explicite du modèle économique, social et politique de l'Occident capitaliste tel qu'il est théorisé par les social-démocraties ni un rejet complet du rôle in-

Il est clair que la politique du PCI, qui accepte de facto le modèle occidental et la logique de l'impérialisme en s'y subordonnant, va subir après les événe. ments polonais une accélération supplémentaire. Cela est démontré, entre autres, par l'intervention massive de la Direction nationale auprès des militants pour leur faire accepter la nouvelle orientation. Il s'agit d'un effort très remarquable qui constitue la vraie nouveauté de la politique du PCI dans la phase actuelle. Jamais, face à des événements internationaux mettant violemment en lumière les traits politiques des régimes de l'Est, la Direction nationale du PCI ne s'était mobilisée avec une telle détermination pour « orienter » sa base. Nous assistons aujourd'hui à une intervention systématique par en haut, visant à construire sur ce problème des mécanismes d'approche, d'appréciation et d'orientation tout à fait différents de ceux qui avaient inspiré jusqu'ici des milliers et des milliers de militants, surtout dans les secteurs les plus liés à l'expérience historique du PCI et au mythe du modèle soviétique.

La direction du PCI s'efforce de créer une nouvelle mentalité parmi ses adhérents et d'effacer en même temps l'image d'un parti qui donne un appui quelconque aux régimes de l'Est ou qui puisse éprouver une quelconque sympathie à par deux préoccupations face nécessité de nées (1). leur égard. Les articles de l'Unità, les assemblées de militants et les congrès régiodans ce but. Les dirigeants n'ont pas mis à l'ordre du jour les problèmes de la solidarité avec les travailleurs polonais ni la nécessité de comprendre ce qui s'est passé effectivement en Pologne. L'attitude face à l'expérience révolutionnaire des travailleurs polonais à partir d'août 1980 représente, par ailleurs, un autre test significatif de toutes les limites, les ambiguités, les véritables falsifications de la ligne développée par le PCI.

De même que les autres partis se réclamant plus ou moins clairement de I'« eurocommunisme » (PC espagnol, belge, finlandais, suisse, britannique, japonais et mexicain), le PCI a dû reconnaître la faillite économique de la direction Edward Gierek et placer au centre du débat le problème de l'« absence de démocratie » dans les pays de l'Est. Depuis août 1980, le PCI a fait de nombreuses critiques à l'inefficacité et au bureaucratisme du gouvernement polonais et du POUP lui-même, en soulignant les graves erreurs de gestion commises dans le passé aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique et institutionnel. Il a critiqué à plusieurs reprises les « rigidités excessives » du système en souhaitant que la « dynamique sociale positive » déclenchée par les luttes des travailleurs aide à créer les conditions pour « avancer sur le chemin des réformes économiques et de l'élargissement de la démocratie ».

« Nous sommes sur un terrain - démocratie, participation, administration de l'économie et de la société — sur lequel nous, communistes italiens, depuis des années, nous débattons, nous faisons des propositions, nous nous sommes nettement définis non seulement par notre action politique en Italie, mais aussi par notre confrontation avec les partis socialistes et sociaux-démocrates européens et avec les partis communistes de l'Est et de l'Ouest. Le fait que dans les pays de l'Est) se posent des problèmes graves comme la reconnaissance du droit de grève, la liberté d'expression, la fin des ingérences gouvernementales dans la vie du par la Direction nationale et l'orientation qui est sortie du débat qui s'est déroulé par la suite au Comité central (CC) n'ont, en réalité, pas de contenus nouveaux en ce qui concerne le processus d'éloignement de Moscou et l'acceptation des liens et des modèles occidentaux qui ont caractérisé de plus en plus la ligne « eurocommuniste » du PCI au cours de ces dernières andémontre syndicat, malheureusement qu'il n'y a aucun rapport mécanique, dans passement des conflits de classes et l'introduction de la participation et de la démocratie ; un rapport qui est encore plus compliqué, nous semble-t-il, dans des systèmes bâtis sur la base de l'identification entre le parti et l'Etat » (Fabrizio d'Agostini, Rinascita, hebdomadaire du PCI, numéro 33, 22 août 1980).

L'ouverture vers la nouvelle situation sociale en Pologne et l'émergence de tendances pluralistes accentuées au sein de différentes couches de travailleurs sont allés, toutefois, de pair avec l'illusion qu'il serait possible de procéder à une réforme graduelle du système. Ce processus étant censé être garanti par ceux-là mêmes que les masses polonaises contestaient de plus en plus durement et ouvertement, leur déniant toute légitimité.

Ce qui doit être particulièrement souligné, c'est que poussées sociales, participation des travailleurs,

« renouveau », tout cela a convenu au PCI, tant que le processus de démocratisation se déroulait dans un cadre contrôlé et contrôlable et, en dernière analyse, qui ne remettait pas fondamentalement en question le pouvoir existant.

Au cours de la première phase de la montée ouvrière en Pologne, le PCI est apparu particulièrement ouvert et bien disposé à l'égard des travailleurs, dont il a souligné avec complaisance le sens des responsabilités, le réalisme, la volonté de participer et de faire prevaloir leur point de vue. Mais, en même temps, il a commencé à semer largement des illusions sur la possibilité de concilier les intérêts opposés de la bureaucratie au pouvoir et des travailleurs expropriés du pouvoir et de réaliser un changement sans douleur du système. Il a fait croire qu'il était possible d'avoir confiance dans la direction du

POUP.

1. Cet article est repris d'Inprecor, Corrispondenza di stampa internazionale supplément au numéro 2 de Bandiera Rossa, journal de la LCR, section italienne de la IVe Internaentièrement consacré à la Pologne, tionale

Milan, janvier 1982.

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péenne, du moins dans le sens qu'il peut des masses, et face à l'émergence du pro-

Le 31 août 1980, après la signature des accords entre les ouvriers et le gouvernement, l'Unità écrivait dans son éditorial : « La volonté de négocier du parti et du gouvernement, qui ont fait preuve de prudence et de conscience des risques, en ont été l'élément moteur, de même que la du mouvement gréviste. » Et plus loin : « Voici pourquoi la première constatation qu'il faut faire est que la Pologne est sortie profondément transformée de cette rude épreuve de force. Elle s'est transformée grâce à la vitalité que ses forces sociales ont démontrée dans leur réaction positive à la crise et à la capacité du groupe dirigeant du parti et de l'Etat de comprendre le sens du rappel brusque à ses tâches nouvelles. »

Le point de référence constant d'une dans un sens démocratique a toujours été constitué par les dirigeants du POUP, invités par le PCI a « voir » les signaux qui venaient du corps social, à « mettre à profit les nouveautés positives du moment ». Voici quelques exemples illustrant comment le PCI continuait à semer des illusions sur la capacité et la volonté réformatrice des secrétaires généraux du parti qui se sont succédé depuis août 1980 : « La politique d'Edward Gierek semble etre la seule qui puisse empecher que la situation ne dégénère : un échec de sa ligne actuelle créerait en Pologne un dangereux vide de pouvoir. Dans une situation internationale tendue comme l'est la situation actuelle, il est souhaitable que la Pologne puisse se transformer en trouvant une solution à ses problèmes sans traumatismes graves » (Francesco Cataluccio, Rinascita, numéro 33, 22 août

« En proclamant que les accords de la Baltique représentent "notre acquis politique et moral le plus valable", Stanislaw Kania a incontestablement créé les conditions d'une reprise du dialogue entre le parti et la société et a fait sortir le POUP d'une phase d'oscillations qui semblait rendre impossible une issue rapide et positive à la crise. (...) Stanislaw Kania est incontestablement un dirigeant honnête et doté d'un grand sens des réalités : il ne fait pas appel à la nation et à lapatrie polonaise comme le faisait Edward Gierek, mais il semble préférer la compréhension et la recherche d'un accord avec les nouvelles forces qui sont en train d'émerger dans le pays » (Adriano Guerra, Rinascita, numéro 38, 26 septembre 1980).

Des formules analogues ont été utilisées au cours des derniers mois à l'égard du général Jaruzelski. Quant au IXe Congrès du POUP, qui a pourtant marginalisé l'aile favorable au « renouveau », le PCI l'a salué comme un moment central dans la perspective de la transformation de la société polonaise :

« Il est difficile de ne pas avoir l'impression que le IXe Congrès du POUP va remettre en cause beaucoup de choses et que, fondamentalement, il représente non seulement la victoire du courant novateur qui traverse toute la Pologne, mais aussi un événement qui peut changer l'horizon politique et conceptuel de la gauche europermettre de sortir du marais des vieux débats idéologiques, en mettant en avant la recherche des réponses à apporter à la crise des sociétés industrielles, en s'affrontant s'il le faut, mais non sur la base de schémas manichéens... Voilà le grand fait nouveau. Dans un pays de l'Est — le plus important après l'Union soviétique -, on a brisé un carcan politique et une forme de pouvoir, on a pris un autre chemin : le chemin du consensus dans la confrontation avec une pluralité de forces, de besoins et même de sujets. Le mérite historique du POUP est d'avoir compris que, pour renouveler la Pologne, il devait commencer par se renouveler lui-même... Les conservateurs et les partisans du renouveau d'autres parties de l'Europe sont eux aussi impliqués. En Occident aussi, beaucoup de lieux communs doivent etre réexaminés: la faillite du socialisme, la mort du marxisme, l'idée que l'histoire du "socialisme réel" ne peut déboucher que sur des tragédies, que les sociétés de l'Est sont incapables de se renouveler » (Renzo Foà, l'Unità, 21 juillet 1981).

Nel nome di Stalin

sotto la guida di TOGLIAITI * Au nom de Staline sous la direction de Togliatti » proclame cette vieille affiche du

A propos du rôle de l'URSS dans tout le processus, le PCI a incontestablement haussé le ton de la polémique en soulignant à plusieurs reprises aussi bien la né. cessité que « les Polonais soient à même de résoudre eux-mêmes leurs problèmes », que les dangers qu'une intervention soviétique en Pologne comporteraient pour les équilibres internationaux. « Le PCI serait obligé de tirer toutes les conséquences d'une intervention extérieure et d'une épreuve de force contre la Pologne », écrivait l'Unità le 10 décembre 1980, à l'occasion de la visite à Rome du dirigeant du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS), Vladimir Zagladine. Des affirmations analogues, parues à plusieurs reprises dans la presse du PCI, ont été systématisées dans les dernières prises de position sous la forme d'une critique plus globale.

En même temps, toutefois, le PCI a progressivement rectifié son attitude à l'égard de la classe ouvrière polonaise. Face à un mouvement qui acquérait de plus en plus une dynamique explosive en répondant aux besoins et aux aspirations blème du pouvoir posé par l'action de Solidarité et du mouvement pour l'autogestion, le PCI a adopté une attitude méfiante et critique. Les déclarations de principe sur les droits des travailleurs, le pluralisme, l'effort de démocratisation, n'ont pas disparu, mais elles ont été accompagnées par une appréciation essentiellement négative sur l'orientation prise par Solidarité pour arracher les droits de la classe ouvrière. Une telle attitude a été stimulée par deux faits, découlant l'un comme l'autre des illusions gradualistes et de la logique d'apbureaucratique conservateur qui inspirent la ligne du PCI: d'un côté la peur qu'un conflit prolongé entre la classe ouvrière et la bureaucratie polonaise n'ait des conséquences dangereuses équilibres internationaux ; de l'autre, la méfiance que le PCI a toujours nourri à l'égard de tous les mouvements et les forces qui se développent en dehors de ses schémas et de sa logique.

Tout cela implique qu'au cours de la dernière année le PCI n'a rien fait pour éduquer ses militants à la solidarité avec la classe ouvrière de Pologne, à la nécessité de comprendre ce qui se passait réellement dans ce pays. Il n'a jamais donné à sa base des éléments de contre-information pour s'opposer à la propagande comme subordonnée à l'Eglise catholique et profondément influencée par l'Occident capitaliste. Il n'a fait aucun travail de sensibilisation permettant aux militants de réagir convenablement au coup d'Etat de la bureaucratie polonaise.

Surtout, à partir des résultats du ler Congrès national de Solidarité, les articles du correspondant de l'Unità à Varsovie, Romolo Caccavale, se sont surtout efforcés de démontrer qu'il existait dans le syndicat polonais des positions ultimatistes, gauchistes et corporatistes, et de souligner, par contre, l'ouverture au dialogue, le sens des responsabilités, la volonté de « renouveau » du POUP. Les titres des de Romolo Caccavale sont en eux-mêmes éloquents : « Les résolutions du Congrès (de Solidarité) semblent réduire les marges de négociation » ; « Questions inquiétantes à Varsovie après le Congrès de Solidarité » ; « Solidarité défie le gouvernement », etc. A l'égard du POUP et du gouvernement, le ton est différent : « Jaruzelski à Solidarité : collaborons ! » ; « Message prudent du gouvernement au Congrès du syndicat ».

Après le coup d'Etat, le PCI a cherché à atténuer la responsabilité directe du POUP en avalisant la thèse selon laquelle l'initiative aurait été prise par la hiérarchie militaire. Par ailleurs, les critiques avancées par Romolo Caccavale aux ouvriers polonais ont été reprises et approfondies dans le texte de la Direction nationale et au cours du Comité central de décembre du PCI. L'aspiration des travailleurs au pouvoir, le processus de politisation lié à leur extraordinaire expérience de lutte et d'auto-organisation, sont traités comme suit :

«Il y a eu des pressions graves, des interférences inadmissibles, une campagne

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politique et ideologique pressante contre l'effort de renouveau où s'était engagé une partie importante du POUP, de Solidarité et de l'Eglise. Tout cela a contribué à rendre plus difficile l'isolement nécessaire et la défaite des différentes poussées ultras qui se sont dessinées dans la vie politique polonaise, dans le syndicat comme dans le parti, et qui poussaient à l'affrontement. Ces poussées ont amené Solidarité à avancer des revendications dont certaines étaient incompatibles avec la réalité économique et productive du pays. Mais il faut dire que même ces poussées qui n'ont pas permis à la classe ouvrière polonaise d'assumer pleinement ses responsabilités de classe dirigeante nationale sont, le résultat d'un processus qui s'était développé au fil des années et avait débouché sur des formes préoccupantes d'éloignement de la politique de la part d'une grande partie de la classe ouvrière et d'autres couches, dont les générations nouvelles » (Document de la Direction nationale du PCI, l'Unità, 30 décembre

UN PARALLELE INTERESSANT ENTRE

LA POLOGNE ET L'ITALIE

Il y a une correspondance entre le modèle de classe ouvrière que le PCI propose pour l'Italie et le jugement qu'il porte sur les travailleurs polonais. Dans les deux cas, on nie à la classe ouvrière toute autonomie et capacité de décision réelle. Dans les deux cas, la capacité à se constituer comme classe dirigeante est présentée comme une capacité à s'adapter aux sacrifices et à la coexistence avec d'autres (en Pologne avec la bureaucratie au pouvoir, en Italie avec le gouvernement bour geois, aidé sous des formes différentes par les partis ouvriers et les bureaucraties syndicales) qui prennent leurs décisions dans le dos des masses travailleuses. Dès que les travailleurs opèrent en dehors de ces schémas, le PCI les dénonce et les at-

En Italie, nous en avons eu une preuà l'occasion de la publication des résultats d'un référendum que les syndicats ont organisé sur les lieux de travail tendant à faire accepter par les travailleurs un projet fondé sur l'hypothèse peu vraisemblable d'un plafond d'inflation de 16 %. Le rejet de la proposition des directions syndicales par de larges secteurs des masses a été présenté par de nombreux militants du PCI comme une expression d'immaturité et de méconnaissance des problèmes. Certains le secrétaire général de la CGIL de Lombardie, Pizzinato — sont allés jusqu'à dire que le « non » massif exprimé par les de l'usine Alfa Romeo de Milan faisait le jeu des Brigades rouges (BR) ...

Les événements polonais marqueront profondément la dynamique et l'évolution future du PCI. L'effort d'intervention idéologique auprès de sa base pour la convaincre que les institutions démocratiques bourgeoises sont excellentes et qu'on ne saurait concevoir rien de meilleur, ne pourra pas éliminer les contradictions qui se sont exprimées, par ailleurs, dans les débats internes de ces dernières semaines. La fin des illusions réformistes en ce qui concerne les pays de l'Est oblige le PCI à accélérer sa marche vers la socialdémocratie et son éloignement de Moscou.

LA « CREDIBILITE » ET SON COUT ELEVE La politique menée par Enrico Berlinguer pour présenter le PCI comme un parti indépendant de Moscou, ses rapports privilégiés avec la Chine et la Yougoslavie, ses flirts avec les social-démocraties occidentales, visent à faire apparaître le parti comme une force de gouvernement crédible aux yeux de la bourgeoisie italienne et internationale. Après le coup d'Etat du général Jaruzelski, pour être effectivement crédible, cette politique impliquerait un pas définitif vers l'Occident sur le terrain politique et idéologique, et pas seulement sur le terrain pratique, ainsi qu'une critique historique également définitive de toute l'expérience soviétique. Mais cela impliquerait un bouleversement trop violent dans les rangs du parti, dont des secteurs importants maintiennent la référence idéologique à l'URSS, même si elle est de plus en plus confuse et contradictoire. D'où, d'un côté, les récupérations partielles de l'expérience sovié tique sur le plan historique (le XXe Congrès du PCUS ne cesse d'être présenté - même dans les prises de position récentes - comme un événement central et important qui aurait pu stimuler une forte initiative de renouveau dans tous les pays de l'Est) et, de l'autre, la relance de la « troisième voie » et de l'engagement du PCI pour la construire.

Toutefois, malgré tous les efforts de la propagande du PCI, les contours et les contenus de cette « troisième voie » sont de plus en plus incertains et flous, d'autant qu'à l'étape actuelle le PCI se voit obligé de mettre la sourdine sur sa « particularité historique ». Il y a quelques mois et jusqu'à la crise polonaise, la « troisiè me voie » - se différenciant aussi bien du modèle soviétique que du modèle social-démocrate — était justifiée, dans l'approche qu'en faisait Enrico Berlinguer, justement sur le terrain idéologique, à partir de l'histoire et de l'identité spécifiques du PCI. En effet, sur le terrain pratique et des objectifs, rien ne différencie

INTERCONTINENTAL PRESS ABONNEZ-VOUS, REABONNEZ-VOUS A « INPRECOR» | plus désormais la ligne du PCI de celle des social-démocraties et du Parti socialiste italien (PSI). Mais, sans une identité propre, sans un projet de quelque manière différent, du moins dans ses expressions littéraires, le PCI pourrait être affecté par des forces centrifuges et une dynamique de crise très accentuée. De là la référence à la « troisième voie », de là l'insistance d'Enrico Berlinguer sur les aspects « par-

Mais aujourd'hui cette « particularité historique » devient un boulet de plus en plus encombrant, dont beaucoup de diri geants du parti - et pas seulement Giorgio Napolitano - seraient prêts à se débarrasser avec plaisir. Dès que toute référence au passé et aux spécificités du PCI est abandonnée, la « troisième voie » se à un vœu pieux, à une manœuvre illusoire pour maintenir ensemble les militants.

La véritable alternative, aussi bien à l'oppression bureaucratique dans les sociétés de l'Est qu'à l'acceptation des valeurs de l'Occident et de la social-démocratie — à savoir le chemin ouvert par les ouvriers polonais , a été depuis longtemps rejetée par le PCI.

A ce manque de perspectives et de références sûres, il faut ajouter comme élément de crise supplémentaire le désaccord explicite de nombreux militants face aux dernières prises de position de leurs dirigeants. Les positions du sénateur Armando Cossutta, qui a souligné avec énergie la nécessité pour le PCI de ne pas renoncer à ses liens socialiste », sont restées isolées au niveau de la Direction nationale et du Comité central, mais elles le sont beaucoup moins à la base. Dans ses dernières interventions, Armando Cossutta ne s'est pas prononcé sur les événements polonais et ce silence constitue la limite de fond de ses positions et une acceptation de la logique anti-ouvrière de la bureaucratie. Mais il n'y a pas de doute qu'une série d'arguments d'Armando Cossutta sur la nature de l'impé. rialisme, sur la nécessité de ne pas attribuer une valeur absolue aux valeurs de la démocratie occidentale, sur les différences de camp qui subsistent entre l'Occident d'un côté, Cuba et le Vietnam de l'autre, etc., reflètent des problèmes réels et font écho à la sensibilité des secteurs du parti les plus liés à une conception de classe et internationaliste de la lutte politique, aussi déformée soit-elle par l'opdes références staliniennes et du Dans une telle situation, le débat sur les événements de Pologne au sein du PCI s'annonce long et tourmenté et il aura des réprecussions qu'il est impossible de pré voir dès aujourd'hui, mais qui seront importantes à tous les niveaux. d'Enrico Berlinguer pour esquisser la perspective d'une « troisième voie » sera de moins en moins à même de répondre aux mille questions que les militants finiront par se poser sur l'identité historique, les perspectives et les tâches politiques du PCI aujourd'hui.

Milan, janvier 1982.

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