Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DEBAT

« Solidarité pour le pouvoir aux travailleurs », contribution d'un membre du présidium de la région de Lodz de Solidarité

· Inprecor n° 119, 22 février 1982 · p. 13-18 · 6 453 mots

Syndicalisme Pologne Stalinisme

Solidarnosc pour le pouvoir aux travailleurs

Contribution d'un membre de la direction régionale de Lodz de Solidarité

DEBAT

Dériode proclant m medi de ment coua dit dure mila

URANT les derniers mois de 1981 -- à savoir durant la taire du 13 décembre - le développement de la révolution antibureaucratique était en train d'opérer un saut qualitatif en Pologne.

Des secteurs toujours plus importants prenaient de plus en plus conscience du caractère décisif que revêtait la question du pouvoir économique et du pouvoir politique.

Zbigniew KOWALEWSKI

Après une longue lutte, les courants radicaux qui soutenaient l'autogestion ouvrière ont remporté un succès lors de la seconde session du ler Congrès national de Solidarité. Ce dernier a rejeté le compromis que le présidium de la Commission nationale (KK) du syndicat avait passé avec la Diète (Parlement) sur le contenu de la Loi sur l'autogestion ouvrière et celui de la Loi sur les entreprises d'Etat.

Le Congrès n'a pourtant pas considéré que la bataille sur le terrain législatif était terminée, même si elle débouchait sur une défaite partielle de

Solidarité, dont ce compromis était en bonne partie res-

Comme l'avaient proposé les délégués de Lodz, il fut décidé que les décrets d'application des deux lois

- en contradiction flagrante syndicat et du Mouvement pour l'autogestion - devaient être soumis à un référendum dans les entreprises. C'est sur cette base que le syndicat devait lutter pour la modification des lois adoptées par la Diète. De plus, le Congrès exprima clairement sa volonté de poursuivre la lutte pour une véritable autogestion ouvrière, le syndicat devant appuyer la lutte des travailleurs même si elle conduisait à enfreindre ces lois (1).

Après l'adoption de cette résolution, une partie des militants partisans de l'autogestion, sans attendre la fin du Congrès, entreprit les préparatifs visant à développer le Mouvement pour l'autogestion, tant sur le plan de son activité que de son

La coordination régionale des organes d'autogestion de Haute-Silésie, sous la présidence de Jan Huzarewicz et avec l'aide de Henryk Szlajfer comme expert, décidait de réaliser ce pour quoi le

« Groupe de Lublin » luttait depuis déjà plusieurs mois. A son initiative - douze jours seulement apres le Congres →, les délégués de 17 coordinations régionales créèrent, le 17 octobre, le Comité constitutif de la Fédération nationale de l'autogestion (KZ-KFS). Ce devait être un organe provisoire jusqu'à la tenue du publié à Stockholm. rédaction d'Inprecor. « Congrès national des conseils des travailleurs », dont le but était d'assurer les conditions « permettant la création d'un modèle autogestionnaire de l'économie et de l'Etat (2) ».

LES DEBATS

SUR L'AUTOGESTION Contrairement au « Groupe de Lublin », le Réseau des organisations syndicales de Solidarité, regroupant 17 grandes entreprises, n'avait pas soutenu jusqu'alors l'idée d'un développement vertical du mouvement de l'autogestion. Il y était même passablement hostile. Néanmoins, il a cessé de s'y opposer à partir de ce moment-là. L'un de ses militants les plus connus, Hans Szyc, fut même élu président du KZ-KFS. Il faut cependant souligner que la coordination régionale de Gdansk n'avait adhéré à la Fédération qu'après bien des hésitations et que la coordination de Basse-Silésie (Wroclaw) avait refusé, quant à elle, d'y adhérer. Toutes deux étaient sous l'influence de militants du Réseau.

Lors du Congrès, une partie des militants du Réseau s'était opposée à la Résolution de l'autogestion, quand bien même la majorité des entreprises appartenant au Réseau participait au combat pour l'autogestion ouvrière. Mais la plupart des experts du Réseau, et certains militants de Solidarité sous leur influence, étaient partisans de l'économie de marché et de la concurrence entre les entreprises. Aussi se montraient-ils souvent hostiles au développement des initiatives radicales prises par le Mouvement pour l'autogestion. Plus confiants dans la démocratie parlementaire que dans la démocratie des conseils, ils préféraient s'en remettre à l'encadrement technique plutôt moins, la base ouvrière du syndicat, elle, aspirait clairement à des actions radicales.

le notait la sociologue Jadwiga Staniszkis, le fossé qui existait entre cette base et de nombreux dirigeants tendait à s'approfondir dans la mesure où il exprimait une différence d'ima-

Comme dans toutes les révolutions, la question du pouvoir était devenue la question centrale. Les travailleurs polonais se mobilisaient, aspirant à la résoudre une fois pour toutes. C'est ce que montre l'article de Zbigniew Kowalewski, membre du présidium de la direction régionale de Lodz de Solidarité, ac tuellement en France, rédigé pour le magazine suédois ETC

La traduction et les intertitres sont de la gination politique : « Je crains que le langage des dirigeants ne soit peu convaincant pour les militants de base », disaitelle. « Même les mots d'ordre de socialisation et d'autogestion parlent peu à l'imagination des masses. Ce n'est pas un hasard s'il est plus facile d'impulser l'autogestion en parlant de la prise du pouvoir économique comme je le fais, ou en parlant de grève active, comme le fait Ko-

Rien d'étonnant dès lors à ce qu'il ait bientôt fallu déchanter. La Commission nationale (KK) de Solidarité, pour commencer, ne reconnut pas formellement la

Fédération comme partenaire. Sans être à proprement parler équivoque, sa position

Bien que la n'était en tout cas pas claire.

délégation de Lodz ait explicitement demandé que le référendum soit organisé dans un délai maximum de six semaines après le Congrès, la Commission nationale tardait à prendre les décisions permettant de l'organiser. Les experts préconisaient deux tactiques possibles : reporter le référendum dans un futur indéterminé tenter d'en limiter au maximum la portée.

Au vu de cette situation, le « Groupe de Lublin » décida, le 13 novembre, d'élaborer un projet de 19 questions pour le référendum (4) qu'il soumit au Comité de la Fédération nationale de l'autogestion.

Ce dernier les accepta. Le groupe des experts de la Commission nationale (KK) de

Solidarité, quant à lui, présenta un projet se limitant à 4 questions, ce qui témoignait de sa volonté de ne pas aller au-delà d'un certain point dans la remise en cause des lois. Il prétendait que nombre décrets d'application controversés pousens à Solidarité, tout simplement que seul celui qui avait le

1. Dokumenty Zjazdu, BIPS, Gdansk,

1981, p. 124-126.

2. AS, bulletin de Solidarité de la région

18 octobre de Varsovie, numéro 45, 13 au

1981.

3. Niezaleznosc, numéro 129, 16 septembre 1981.

AS, numéro 52, 12 au 15 novembre

4.

1981, p. 207.

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Les miliciens chargent à Gdansk lors d'émeutes après le coup de force du 13 décembre. (DR)

pouvoir - c'est-à-dire la bureaucratie et non Solidarité - pourrait s'en faire l'interprète.

Sous la pression de son aile radicale, la Commission nationale finit par adopter une résolution fixant la date du référendum à la première semaine de décembre. Mais elle ne trancha ni sur son contenu ni sur la manière de l'organiser. Cette date s'avéra donc une fiction et ne put être respectée. Dans cette même résolution, la Commission nationale reconnaissait néanmoins la nécessité de créer des coordinations des organes d'autogestion au niveau régional et national, engageant les instances syndicales à faciliter leur mise en place (5). Cela représentait sans aucun doute un succès pour les militants des conseils. Mais cela ne signifiait pas encore la reconnaissance du Comité constitutif de la Fédération.

Parallèlement, la situation pour les organes de l'autogestion ouvrière dans les entreprises était, si ce n'est toujours difficile, du moins souvent très compliquée.

Il apparaissait en effet que le pouvoir entendait ignorer du Congrès du syndicat exigeant que dans la quasi-totalité des entreprises les directeurs soient élus par les conseils ouvriers (ou conseils de travailleurs). On apprit que les autorités voulaient réserver ce droit aux organes de l'administration étatique dans le cas des 1 500 plus grandes entreprises du pays, c'est-à-dire toutes celles qui avaient une importance décisive pour l'économie nationale. En clair, la lutte pour briser la nomenklatura du parti ne faisait que commencer.

Mais les secteurs les plus combatifs et les plus conscients du Mouvement pour l'autogestion refusèrent de céder. Malgré les difficultés, la lutte pour l'élection des directeurs continua. Un nombre sans cesse croissant de conseils de travailleurs reprenait, pour l'attribution du poste de directeur, la méthode du concours élaboré :

par des experts indépendants, membres de la section de Lodz de l'Association scientifique pour l'organisation et la gestion. Dès le mois d'août, cette méthode avait été popularisée par le « Groupe de Lublin » (6) et, sans tenir compte de la position des autorités, les conseils ouvriers invitaient souvent les experts en question à venir les aider à organiser le concours pour le poste de directeur.

La politique des faits accomplis ne se limitait pas à cela. La Loi sur les entreprises d'Etat précisait qu'il appartenait au directeur de diriger l'entreprise. La résolution du Congrès de Solidarité affirmait pour sa part que l'entreprise devait être dirigée par les organes d'autogestion, le directeur n'étant là que pour exécuter leurs décisions. Partout où Solidarité et le conseil ouvrier estimaient le rapport de forces favorable, ce n'était pas la Loi qui prévalait mais la position de Solidarité.

Néanmoins, il faut souligner que, dans la majorité des cas, les conseils ouvriers n'étaient pas encore des organes d'autogestion, mais des organes de combat pour l'autogestion et pour le contrôle sur la production. « Ce contrôle constitue l'axe principal du programme de transition vers une autogestion ouvrière authentique et, en même temps, l'une des principales formes de lutte pour l'autogestion ... Dans les conditions qui sont les nôtres, ce contrôle ouvrier implique avant tout une connaissance approfondie de l'entreprise et le droit de veto sur les décisions de l'administration. (7) »

Quoi qu'il en soit, dans un nombre croissant d'usines, les organes d'autogestion et les commissions de Solidarité déclaraient, au nom des travailleurs, leur volonté de rompre leurs liens de dépendance par rapport aux « Associations industrielles » qui sont des organes intermédiaires de la gestion bureaucratique — entre les ministères et les unités de production -, dont le caractère parasitaire est particulièrement évident. Des commissions de travailleurs, créées dans les entreprises, boraient leurs propres projets visant à l'établissement, entre les entreprises, de liens démocratiques et fondés sur le libre choix, et rédigeant des projets de statuts de l'entreprise. Simultanément, les organes régionaux et nationaux du Mouve ment pour l'autogestion élaborèrent et popularisèrent des modèles de projets similaires, ce qui permettait de reprendre l'initiative des mains de l'appareil bureaucratique.

LES COORDINATIONS

REGIONALES Le rôle des coordinations régionales de l'autogestion se limitait en général à aider les organes d'autogestion au sein des entreprises à se développer et à se renfor cer. Elles n'en étaient pas encore au stade du contrôle social sur l'économie. Cependant, de premières initiatives allaient dans ce sens, notamment en Haute-Silésie, où les autorités tentaient d'obtenir une augmentation de l'extraction du charbon en corrompant les mineurs et en essayant de prolonger la durée de la semaine de tra-

Dans une situation où la crise énergé tique s'aggravait, la coordination régionale des organes d'autogestion élabora un projet d'augmentation de l'extraction fondé sur de tout autres considérations. Dans ce projet, l'augmentation de la production du charbon en termes absolus, ainsi que l'utilisation du charbon déjà extrait, étaient traitées comme « une donnée des changements du système de l'organi-

5. AS. numéro 49, 2 au 4 novembre 1981, p. 302.

6. Samorzad (bulletin du « Groupe de Lublin ») numéro 2, p. 22-26.

7. Zbigniew Kowalewski, Solidarnose / walka o samorzad zalogi (Solidarité et la lutte pour l'autogestion ouvrière), Lodz, 1981, p. 23.

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sation du travail visant : 1) à augmenter la part du travail effectif dans le temps de travail ; 2) à limiter la consommation d'énergie électrique dans le cycle de production (8) ». Il fut démontré que l'utilisation effective du temps de travail dans les mines était en moyenne de 66 à 73 % du temps nominal et que la mauvaise organisation du travail entraînait un gaspillage injustifié de l'énergie équivalant à des millions de tonnes de charbon.

Néanmoins, la tâche la plus importante continuait à être de créer des organes d'autogestion dans le plus grand nombre d'entreprises possible. La loi votée par la Diète avait imposé la date du 31 décembre comme date limite pour la création des organes d'autogestion dans toutes les entreprises étatiques. Là où les travailleurs n'étaient pas encore mürs pour l'idée d'autogestion, cette date pouvait être utilisée par la bureaucratie pour constituer des conseils, indépendamment du niveau de conscience et du développement de l'activité des masses. Objectivement, ces conseils tombaient done sous la dépendance politique de la bureaucratie.

S'opposer à un tel danger exigeait de la part des directions de Solidarité et des coordinations régionales de l'autogestion qu'elles fassent un effort considérable sur le plan idéologique comme sur le plan organisationnel. Mais si des coordinations existaient déjà dans 25 régions fin novembre, il faut noter qu'en dehors des grands centres industriels, les directions régionales de Solidarité étaient souvent peu actives en ce qui concerne l'auto-

Dans cette lutte, les grandes entreprises jouaient un rôle clef. C'est souvent là que la question de l'autogestion trouvait le plus d'appui auprès des travailleurs. Mais c'est là aussi qu'elle était le plus difficile à réaliser, d'un point de vue institutionnel, car l'application de la démocratie directe s'y avère plus compliquée. La Loi imposait que le conseil des travailleurs soit élu de manière directe. Bien que le

Lublin » se soit prononcé antérieurement en faveur de la possibilité d'élections indirectes, par délégation (9), mieux adaptées aux conditions des très grandes entreprises, cette idée n'avait pas suffisamment d'appui au sein de Solidarité et n'avait pas été retenue par

Diete. Le processus d'élection conseil en était non seulement prolongé, mais d'autant plus compliqué. Cette difficulté était de plus renforcée par un autre facteur. Bien que l'idée du dévelop pement de l'autogestion par le bas -partir des équipes, des brigades et des ateliers — ait été popularisée dès le début de l'année 1981 par divers militants et théoriciens (10), elle ne rencontrait que peu d'écho parmi les travailleurs. grandes entreprises, cela ne facilitait pas la lutte contre la division entre travail manuel et travail intellectuel, et cela rendait d'autant plus difficile la transformation des rapports internes à l'entreprise, ainsi que l'abolition de l'autoritarisme régnant

Toutefois, les courants radicaux du syndicat ne présentaient pas le référendum et la lutte pour la modification des lois comme l'unique voie pour le développement de l'autogestion ouvrière.

DE LA TACTIQUE

DE LA GREVE ACTIVE Dès le mois d'août, la région de Lodz développa une large propagande autour de la question de la tactique de la grève active, sur la base d'un projet que j'avais moi-même élaboré (11). Le vice-président de la région, Grzegorz Palka, élabora un projet relatif à la tactique et à la stratégie de la lutte pour une réforme économique fondée sur l'autogestion ouvrière, dans laquelle la grève active jouait un rôle important. En outre, Andrzej Slowik, président de Solidarité de la région, élabora pour sa part un projet concernant la mise en place d'une deuxième Chambre à la Diète et dans les conseils départementaux, comme organe de pouvoir économique vailleurs (12). A quoi il faut ajouter le projet de contrôle syndical sur le système de rationnement et sur la distribution des consommation, projet mis en pratique dès octobre (13). Ainsi se dessinait une stratégie de la lutte à mener pour le pouvoir des travailleurs

Le 23 octobre, la grève active fut reconnue par Solidarité comme l'un des moyens de lutte syndicale. Dans la résolution adoptée ce jour-là, la Commission nationale avertissait le gouvernement que le « syndicat serait obligé de préparer et d'entreprendre une grève active dans des secteurs déterminés de l'économie (14) » si, d'ici la fin du mois d'octobre, le pouvoir se montrait incapable d'une action énergique pour améliorer l'approvisionnement de la population, s'il continuait à s'opposer au contrôle social sur l'économie et s'il ne mettait pas fin à la répres-

Quelques jours plus tôt, le président de l'Association des journalistes, Stefan Bratkowski, écrivait dans une lettre au Ve Plénum du Comité central (CC) du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) que la société pouvait très bien répondre aux démonstrations de force du pouvoir par une grève active générale : « Les Polonais - ne l'oubliez pas ! - ont une capacité incroyable d'auto-organisation », écrivait-il. « La grève générale va créer en quelques jours un réseau d'antennes spontanées, un réseau de coordination des co-

8. Henryk Szlajfer, S. Jablonski, W. Latoch, H. Nojman, Wzrost produkcji wegla kamiennego (L'augmentation de la production de houille), Katowice, 1981, ronéoté.

9. Voir le Projet sur l'autogestion ouvrière dans l'entreprise sociale, peuple, élaboré par la Conférence de Lublin, 14

Les élections indirectes devaient se traduire par l'élection du conseil ouvrier, non pas par du personnel mais par l'assemblée La délégation signifiait conseil ouvrier de l'entreprise était formé de représentants des conseils ouvriers d'ateliers, etc.

10. Zbigniew Kowalewski, op. cit., p. 251958 » (les Conseils ouvriers 1956-1958), Ro. botnik numéro 73, 1981, p. 4; Stefan Bratmités d'entraide et de coordination. Les entreprises vont travailler durant la greve, la production et les échanges vont se poursuivre, seul le pouvoir n'aura plus

Les autorités furent prises de panique. Une semaine plus tard, lors d'une réunion de la Diète, le Premier ministre Jaruzelski mit en garde ceux qui décideraient de passer à la grève active contre les risques qu'ils encouraient. D'autres dirigeants du POUP, dont le secrétaire du CC Stefan Olszowski, firent des déclarations du même cru. L'organe central du POUP, Trybuna Ludu, publia un large commentaire sur la brochure De la tactique de la grève active, expliquant que celle-ci contenait un scénario de pouvoir par Solidarité, auquel il fallait s'opposer à tout prix (16).

Malgré sa décision précédente, Commission nationale de Solidarité mit pas en œuvre les préparatifs de la grève active. Une attaque en règle fut même lancée contre cette tactique dans le milieu des experts. Lors d'une discussion au Cende recherches socio-professionnelles de Solidarité à Varsovie, certains d'entre eux affirmèrent : « Il est très difficile de réaliser la grève active alors qu'il est très facile de l'étrangler. (17) » Parmi les techniciens favorables à l'économie de marché, certains exprimèrent leur aversion face à la perspective de la formation d'un pouvoir centralisé des conseils. « La prise du pouvoir économique durant la grève

Get par la suite l'établissement du conduire à la substitution d'une bureaucratie centrale par une autre et d'un système autoritaire de répartition et de décision central par un autre. (18) »

L'un des experts les plus influents de la Commission nationale devait déclarer, lors d'une réunion syndicale à Lublin, le 4 décembre, que la grève active était « une idée lancée par les gauchistes et les trotskystes, un mot qui sonne bien mais dont personne ne sait exactement ce qu'il veut dire ». Ce qui irrita de nombreux travailleurs présents, qui non seulement savaient bien ce qu'était la grève active, mais qui travaillaient à l'élaboration de plans concrets pour sa mise en œuvre dans leurs entreprises.

Il ne s'agissait pas la d'une réaction isolée parmi les travailleurs. Au cours du mois de novembre et début décembre, strajku czynnego. (De la tactique de la grève

12. Propositions programmatiques du présidium de la direction régionale de Solidarité de Lodz pour le Ier Congrès de délégués de Solida-

13. Zbigniew Kowalewski, « Solidarité à la veille du coup de force ou la bataille du pouvoir », le Monde, 7 janvier 1982

14. AS, numéro 46, 19 au 25 octobre 6.A. Czynnie po wladze (Une grève active pour prendre le pouvoir), Trybuna Ludu, 2 novembre 1981, P. 2

17. AS, numéro 48, 29 octobre au ler no18. A. Krajewski, « Oglosimy strajk, bedziemy pracowac » (Nous nous mettons en grève et nous travaillons), Przeglad techniczny numéro 47, 1981, p. 8.

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l'idée de grève active gagna très rapidement en popularité au sein du syndicat et en particulier, mais pas exclusivement, parmi les ouvriers des entreprise industrielles.

Une enquête sociologique effectuée début novembre dans la région de Lodz indiquait que 65% des syndicalistes étaient favorables à la grève active, contre 12 % seulement pour la grève passive classique (19). Dans une grande entreprise moderne de Lodz, « Wifama », ils avaient été 85 % à se prononcer pour la grève active. Les travailleurs voyaient là une manière efficace pour la société de lutter contre la crise et la politique économique de la bureaucratie, contraires à leurs intérêts. Le président de Solidarité de la mine « Manifest Lipcowy » expliquait : « La contrôle social sur la production. Et le seul moyen efficace dont nous disposons aujourd'hui pour ce faire, c'est la grève active. C'est une forme d'action qui nous permet d'exercer le contrôle sur tout le processus, depuis la production dans l'entreprise jusqu'à l'arrivée du produit chez le destinataire. (20) »

Dans certaines directions régionales de Solidarité, des préparatifs commencèrent en vue de déclarer la grève active, et des équipes spéciales furent désignées à cet effet. C'était le cas non seulement à Lodz, mais également à Stalowa Wola et à Varsovie. Au cours de la manifestation patriotique du 11 novembre, le vice-président de Solidarité de Varsovie, Seweryn Jaworski, appela les travailleurs à se préparer à prendre le contrôle des usines par la grève active.

Le 6 décembre, le président de Solidarité de Lublin, Jan Bartezak, en fit autant. Au même moment, la direction régionale de Haute-Silésie publiait le projet de création d'une centrale syndicale de distribution des biens produits durant les futures grèves actives. Grzegorz Palka, responsable de la réforme économique au sein du présidium de la Commission nationale, avait nommé à Lodz un coordinateur informel pour préparer la grève active au niveau national. De fait, il existait déjà une certaine coordination sur ce terrain entre Lodz, Varsovie et Stalowa Wola. A Varsovie, Jerzy Dyner, membre du présidium et en même temps militant du « Groupe de Lublin », avait élaboré une instruction pratique pour la grève active.

LA QUESTION

DES « GARDES OUVRIERES »

En même temps, le mot d'ordre de création de « gardes ouvrières », c'est-àdire de milices d'autodéfense de Solidarité, commençait à avoir une certaine audience. Le 2 décembre, le présidium de Lodz avait avancé une « Proposition d'action pour le syndicat: la grève active combinée à la création de gardes ouvrières », lesquelles devaient « assurer la défense des entreprises industrielles et du réseau de distribution durant la grève active ». Le lendemain, lors de la réunion du présidium de la Commission nationale à Radom, Grzegorz Palka avait exigé que le syndicat appelle à créer une garde ouvrièdécembre, l'un des dirigeants syndicaux de Lublin expliquait : « Si Solidarité ne se prépare pas sur ce plan, nous serons pris par surprise et incapables de résister. Il faut non seulement que nous nous préparions à la grève active, mais que nous mettions tout en place pour nous défendre contre les attaques et les provocations des autorités. »

La mise en place d'une garde ouvrière devenait d'autant plus urgente que les « groupes opérationnels territoriaux » de l'armée commençaient à faire leur apparition dans les entreprises, étayant conviction qu'ils avaient pour objectif de rassembler des renseignements en vue de préparer les conditions d'une prise d'assaut des usines.

INIEN Z ZEIAZA CZIWIEN ZZELAZA CZHAN A ce moment-là, la crise avait déjà un caractère ouvertement révolutionnaire. En novembre, les autorités avaient explicitement abandonné l'idée d'introduire leur propre projet de réforme économique — pourtant déjà fort limité - à partir de janvier, remettant sa réalisation à 1983 au plus tôt. Le 3 décembre, le présidium de la Commission nationale écrivait : « Le prétendu système économique provisoire pour 1982 (Provizorium) maintient en pratique lancien systeme de gestion de léconomie, tout en rejetant sur lentreprise et sur les travailleurs la responsabilité de décisions qui restent aux mains des organes centraux. Cela revient à supprimer la réforme et les lois sur l'autogestion et sur l'entreprise déjà adoptées par la Diète tout en menaçant de nombreuses entreprises de faillite ou de licenciements. Parallèlement au Provizorium, le gouvernement prévoit d'introduire des hausses drastiques de prix. On exige de la société qu'elle paie pour une réforme qui n'aura pas lieu. Le syndicat ne tolérera d'augmentations des prix sans réforme économique. Face aux conséquences de telles augmentations - fermetures d'usines, licenciements et baisse de salaires — nous défendrons les travailleurs par tous les moyens prévus dans nos statuts, en accord avec le but légal du syndicat. (21) »

La décision du gouvernement avait accru le mécontentement au sein de la classe ouvrière. Les travailleurs attendaient beaucoup de la réforme économique, conscients qu'il ne pouvait être question sans cela de lutter contre la crise. Aussi, la volonté de prendre soi-même les choses en mains et d'effectuer la réforme par ses propres moyens gagna-t-elle du terrain. La nouvelle phase de négociations de la Commission nationale avec le gouvernement n'avait donné aucun résultat. Il devint clair pour tous que les autorités ne cherchaient qu'à gagner du temps et refusaient de céder sur quoi que ce soit, qu'il s'agisse de l'accès de Solidarité aux médias, du contrôle social sur l'approvisionnement et sur la politique économique, ou de la réforme des prix. La société commençait à se sentir menacée par cette bureaucratie préparant en secret un projet de loi sur les pouvoirs spéciaux du gouvernement et une attaque contre Solidarité.

DEVELOPPEMENT

DE LA RADICALISATION DES MASSES La radicalisation des masses poussant à la lutte contre le pouvoir bureaucratique se développait rapidement. A côté du mot d'ordre de grève active, la revendication d'élections libres aux conseils départementaux et à la Diète rencontrait de plus en plus d'écho. Sous la pression des travailleurs, la direction du syndicat commença à comprendre que l'affrontement devenait inévitable et qu'il n'était plus possible d'éluder la question du pouvoir, déjà mise à l'ordre du jour par la classe ouvrière. Il n'y avait plus moyen de s'y opposer.

Zbigniew Bujak, président de Solidarité de la région de Varsovie, faisait partie des dirigeants syndicaux conscients qu'il fallait s'opposer de manière déterminée à la tactique du pouvoir, tant en ce qui concerne la question de la réforme économique que la question des élections. Il affirmait : « Cela implique un conflit avec le pouvoir, quasiment un conflit ultime, un conflit de la dimension de celui de Bydgoszez, mais cette fois-ci sans concession. Nous sommes sûrs que c'est la seule voie que nous pouvons choisir. Si nous perdons, la situation ne sera guère différente de ce qu'elle est aujourd'hui, mais nous serons en meilleure position que si nous faisions des concessions. Car choisir cette voie-là, cela signifierait renoncer à se défendre de manière determinée, signifierait se replier sur des positions strictement syndicalistes. »

AS, numéro 50, 5 au 8 novembre 20. Déclaration du président de Solidarité 21. Kommunikat, bulletin de la région de Lodz, numéro 294, 4-5 décembre 1981.

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sans et artisans individuels - et concen-' la déclaration du présidium de la Commis-

Andrzej Slowik analysait la situation de façon similaire. Le 9 décembre, après les meetings de masse qui eurent lieu dans les douze plus grandes entreprises de Lodz, où les travailleurs s'étaient clairement prononcés pour la grève active et pour la création des gardes ouvrières, il me dit : « En mars, après la provocation de Bydgoszcz, nous étions entrés dans une situation révolutionnaire. Nous n'avons pas su la mettre à profit. Nous avons passé un compromis, renonçant à la grève générale. La situation actuelle est à nouveau révo-

Si nous n'agissons pas en conséquence, nous trahirons la classe ouurière qui ne peut plus attendre, car elle est consciente que le pouvoir est prêt à maintenir la société en état de crise, ne serait-ce que pour sauver ses privilèges et défendre ses propres intérêts. C'est ce que les ouvriers des usines m'ont dit aujourd'hui. J'estime qu'il s'agit-là d'un mandat, et que c'est sur cette base que je dois me rendre à Gdansk. Il n'y a qu'une alternative : soit la dictature bureaucratique qui écrase la société, soit le socialisme ouvrier et autogestionnaire. »

A Lodz, il fut donc décidé de passer à l'action qui devait priver la bureaucratie de son pouvoir économique et instaurer un systeme d'autogestion ouvrière par des voies révolutionnaires. Il était prévu que la première grève active du pays commence. rait dans notre région le 21 décembre, drait en mains le contrôle de la production et de la distribution. Parallèlement, des gardes ouvrières devaient être mises en place dans les entreprises.

En outre, on commença à étudier la question des priorités sociales et des principes rationnels de la distribution de l'énergie pour l'industrie. Le syndicat se préparait a prendre le contrôle du système énergétique de la région. C'était un élément important de la préparation de la grève active régionale. Le communiqué du Centre de recherches socio-professionnelles de Lodz, publié le 8 décembre, témoignait de l'état d'esprit des travailleurs : « 88,3 % des enquêtés déclarent soutenir activement la direction du syndicat - quels décide d'entreprendre des actions ayant un caractère d'affrontement avec le pouvoir, dont le but soit la réalisation des revendications d'août 1980. Parmi les formes d'affrontement qui devraient être employées, c'est la grève active qui est évoquée le plus souvent. (22) »

Au sein de la direction régionale de Solidarité, la conviction était qu'un mot d'ordre de grève active générale ne serait pas approuvé par la majorité de la direction nationale du syndicat. Il fut donc dé. cidé qu'Andrzej Slowik, au cas où il se heurterait à une opposition, demanderait le feu vert de la Commission nationale pour une action de grève active dans sa propre région. Il était prévisible que la région de Lodz entraînerait d'autres régions décidant également d'entrer en grève active et que, tôt ou tard, cela conduirait à modifier le rapport des forces au sein de la Commission nationale.

Affrontements avec les forces répressives dans les rues de Gdansk. (DR)

La tactique de lutte et la stratégie proposées par Solidarité pour résoudre la question du pouvoir aurait alors pu être adoptée par tout le syndicat. Pour les masses à la recherche de formes d'action radicales, la greve active aurait permis de passer à l'offensive. L'établissement du pouvoir économique des travailleurs aurait permis l'accumulation des forces nécessaires pour résoudre la question du pouvoir politique. Les développements de l'autogestion ouvrière par des voies révolutionnaires auraient impliqué l'émergence de l'autogestion locale et territoriale, lbérant ainsi l'énergie de millions de citoyens. Cela aurait donné une base solide à la revendication des élections libres. S'il s'était avéré que le rapport de force était insuffisant pour résoudre la question du pouvoir politique, entraînant de ce fait une prolongation de la dualité des pouvoirs, la région de Lodz considérait grève active victorieuse devait au sein de la Diète et des Conseils départementaux, à la formation Chambre socio-économique. Une telle insdevait être élue démocratiquement par tous les producteurs — salariés, paymains tout le pouvoir économique d'Etat.

LA DERNIERE REUNION

DE LA DIRECTION DE SOLIDARITE La dernière réunion de la Commission nationale, le 12 décembre, montra qu'il y avait coïncidence entre la position de Lodz et celles d'autres régions (23). Le représentant de la région de Cracovie présenta le programme d'action suivant pour solidarité :

« a) La Commission nationale, en avec la Fédération nationale de l'autogestion, élaborera un ensemble de projets de lois et d'autres actes juridiques relatifs à la réforme économique. Il faudra soumettre le modèle économique proposé à un référendum dans les entreprises afin d'obtenir l'appui de la société le plus rapidement possible ;

" b) Durant la grève générale, le syndicat commencera à appliquer la réforme économique, par le Conseil social de l'économie nationale, lequel sera mis en place par le syndicat par la voie du fait accompli ;

«c) Le syndicat déclarera la grève terminée lorsque l'économie fonctionnera selon des principes nouveaux à tous les

« d) La réalisation de ce qui précède ne sera possible que si le syndicat a accès aux mass media. La Commission nationa le déclarera la grève active à la radio et à la télévision, dans les journaux, dans les imprimeries, dans le secteur du transport et de la distribution de la presse, afin que ces moyens de diffusion soient au service de la société ;

« e) La grève générale annoncée dans sion nationale du 3 décembre ne sera pas nécessaire si les autorités de la République populaire de Pologne renoncent à vouloir imposer des pouvoirs spéciaux Quoi qu'il en soit, la Commission nationale intensifiera les activités visant à réaliser la réforme et abandonnera la politi-

22. Solidarnose Ziemi Lodzkiej, bulletin de la région de Lodz, supplément numéro 24,

Toutes les citations qui suivent proviennent de la bande enregistrée lors de la derde la Commission nationale de Solidarité, le 12 décembre 1981.

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que inefficace de concessions et de compromis qu'elle a menée jusqu'ici ;

« f) Toutes les négociations du syndicat avec le pouvoir devront, à partir de être retransmises directement à la télévision. »

S. Jaworski, de Varsovie, se prononça en faveur de la grève active en tant que prolongement de la grève générale, que le syndicat ne saurait manquer de déclarer en cas d'instauration de l'état d'exception : « On ne peut pas se permettre une longue grève générale, nous le savons tous parfaitement. La grève active doit être directement préparée pendant la grève avec occupation. » De plus, convaincu les groupes extrémistes au sein de l'appareil du pouvoir aspiraient à faire usage de la violence armée, S. Jaworski affirmait :

nécessaire de former des gardes ouvrières dans toutes les régions, particulierement dans les grandes entrepri-

Bien qu'elles ne disposent d'aucun matériel spécial, nous en aurons sûrement

Elles pourront constituer force avec laquelle ces groupes extrémistes, prêts à la confrontation, seront obli-

La délégation de Haute-Silésie adopta également une position radicale, bien que différente. Elle considérait que le syndicat devait concentrer ses activités dans la lutte pour des élections anticipées à la Diète et aux conseils départementaux et municipaux, ainsi que pour la socialisation des mass media : « Nous espérons que la Diète fera un geste positif. Et le seul geste positif qu'elle pourrait faire pour accomplir sa mission historique serait de convoquer des élections anticipées. Néanmoins, nous ne pouvons guère comter là-dessus. C'est pourquoi il faut que nous organisions ces élections nous-mêmes, sans la Diète et sans le pouvoir. Notre syndicat, ainsi que toutes les organisations et tous les citoyens n'aspirent qu'à une seule chose : que le pouvoir en Pologne passe véritablement du peuple polonais. »

Le courant modéré présenta une tactique distincte. Son principal porte-parole fut Jan Rulewski, président de la région de Bydgoszcz. Il affirma que la société et le pouvoir étaient entrés dans une période de confrontation qui s'était intensifiée depuis août 1981 : « Il y a là les signes d'une confrontation générale dont le point culminant devrait être la grève générale, la grève active », dit-il. Selon lui, il fallait s'opposer à une telle perspective. La crise du pouvoir devait trouver une « solution politique » en s'appuyant sur les expériences des démocraties parlementaires. « Les sociétés occidentales, les civilisations démocratiques ont, depuis confrontation politique en créant des institutions comme le Parlement ou, chez nous, la Diète. »

Se réclamant des ouvriers qui revendiquaient de manière toujours plus affirmée la tenue d'élections anticipées et libres à la Diète, Jan Rulewski déclara : • La stratégie du syndicat doit permettre à des millions de personnes de s'exprimer, et c'est pourquoi je voudrais proposer,

Devant le siège de Solidarité à Varsovie. (DR) comme expression de cette confrontation, l'organisation d'un référendum au travers duquel s'exprimera non seulement la direction du syndicat, mais le syndicat tout entier, ses 10 millions de membres ou, si d'autres forces sociales s'y joignent, la société tout entière. Mais — c'est un pe-

- ce référendum ne doit uniquement des questions portant sur l'autogestion. Ce référendum doit permettre de savoir si la société accorde un vote de confiance à ce système représentatif, à la Diète, ment et au système d'exercice du pouvoir en vigueur dans notre pays. »

Le vote de défiance au système en vigueur qui devait s'exprimer dans le réfé. rendum devait amener Solidarité à déclarer la grève générale. A la suite grève, au cas où le gouvernement n'accepterait pas de solution politique, il fallait selon lui former un gouvernement provisoire composé de spécialistes indépendants. Ce gouvernement aurait eu pour tâche d'organiser les élections libres à la Diète et aux autres organes représentatifs, assurant ainsi la suprématie du peuple.

La tactique proposée par la région de Bydgoszcz recelait de nombreuses blesses. Avant tout, elle ne partait pas d'une analyse de la conjoncture politique, contrairement à ce que faisaient les représentants de la région de Lodz, pour lesquels il fallait partir de l'existence d'une révolutionnaire afin de déterminer l'activité du syndicat. En ce sens, la proposition de Jan Rulewski n'impliquait pas une mobilisation immédiate des masses, dans une situation où l'affrontement entre le pouvoir et la société pouvait avoir lieu d'un moment à

Ce qui n'était pas clair, c'était comment il serait possible d'arracher le pouvoir à la bureaucratie sans une confrontation directe, sans un saut qualitatif dans le développement du contre-pouvoir de la civile représenté par Solidarité. Une grève passive, même générale, ne permettait pas de résoudre cette question. La tactique préconisée par Jan Rulewski se fondait sur les illusions qui, depuis plusieurs mois, étaient rejetées par les masses et par un nombre croissant de dirigeants

Que la démocratie parlementaire soit apparue à Jan Rulewski comme la forme d'avenir du pouvoir du peuple travailleur n'était pas non plus sans importance. Les courants plus radicaux, sans récuser la démocratie parlementaire, se prononçaient en faveur d'une combinaison de cette dernière avec une véritable démocratie des

La tactique proposée par les régions de Lodz, Cracovie et Varsovie avait un avantage évident sur celle de la région de Bydgoszez. Néanmoins, elle recelait une faiblesse que l'on retrouvait dans toutes les tactiques mises en avant durant la révolution polonaise en 1980-1981. Dans sa lutte pour résoudre la question du pouvoir, même le courant le lutionnaire au sein de Solidarité ne proposait aucune politique en ce qui concerne la « lutte pour gagner l'armée ». Le sentiment de puissance qui émanait du mouvement de masse était tel que les plus que cette force serait suffisante pour neutraliser l'armée et que le problème de l'affrontement ne se posait pas encore. Cette illusion, Solidarité et l'ensemble du mouvement de masse allaient la payer dans les heures qui suivaient.

La Commission nationale ne se prononça en taveur d'aucune des tactiques proposées. Elle se contenta d'appeler à un référendum sur le système et le mode d'exercice du pouvoir, ce qui n'était contradictoire avec aucune des tactiques mises en avant. Le débat concernant la manière de résoudre le problème du pouvoir restait ouvert. Cependant, c'est une attitude défensive qui prévalut face au risque d'une attaque du pouvoir contre Solidarité et contre la société, quand bien même il était évident que celui qui prendrait l'initiative et frapperait le premier prendrait l'avantage lors de l'affronte-

Zbigniew KOWALEWSKI Paris, 5 février 1981.

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