Circonspection et modération le coup de force en Pologne orsque ceux qui combattent i injustice sont vaincus, injustice n'a pas pour autant raison .
Nos défaites ne démontrent rien d'autre que nous sommes trop peu nombreux à combattre la bassesse et ce que nous attendons des spectateurs c'est qu'ils soient au moins honteux !
« Contre ceux qui prêchent l'objectivité »
Douere ne fen dera peut reser montre la te-
EPUIS la fin de la Deuxième Guerre mondiale, aucune publique fédérale d'Allemagne et de l'Autriche que la guerre que le général Jaruzelski a déclarée le 13 décembre
Les dizaines de milliers de colis de vivres et les nombreux envois de médicatestent du fait que la population n'est pas indifférente aux événements qui s'y déroulent et que le mouvement ouvrier polonais éveille la sympathie, aussi bien dans les usines que dans les bureaux.
Les partis staliniens des deux pays, le
Parti communiste allemand (DKP) et le
Parti communiste d'Autriche (KPO), qui suivent la ligne de Moscou pour le meilleur et pour le pire, ne comptent guère de partisans au sein du mouvement ouvrier ;
l'existence d'une petite aile de partisans de la théorie du capitalisme monopoliste d'Etat (« Stamikap ») dans le SPD et dans les syndicats, sympathisante du DKP, n'a aucune influence sur les positions de la social-démocratie. Par suite, ce n'est pas l'influence du stalinisme mais beaucoup plus celle de la social-démocratie qui explique la difficulté que l'on rencontre pour organiser une solidarité efficace du mouvement ouvrier de ces deux pays avec
Solidarnosc.
BRANDT, KREISKY :
« LA POLOGNE A BESOIN
DE TRAVAILLER! »
En accord avec Erich Honecker, le secrétaire général du Parti socialiste unifié
(SED), qui est le PC d'Allemagne de l'Est, le chancelier fédéral Helmut Schmidt, du
Parti social-démocrate allemand (SPD), a caractérisé dès le 13 décembre, lors de la rencontre au sommet RDA-RFA du lac
Werbellin, l'état de guerre en Pologne comme un « différend entre diverses parties du peuple polonais » et il a même social-démocrates après
Bertolt Brecht
1933. la fois active et massive. « regretté qu'une telle solution soit devenue nécessaire ». Le même jour, le chancelier autrichien Bruno Kreisky, du Parti socialiste d'Autriche (SPO), a déclare que force du général Jaruzelski était « l'ultime tentative pour éviter le
De telles déclarations sont à peine surprenantes quand on sait que le président du SPD Willy Brandt, en commentant le Ier Congrès national de Solidarnose célébré à Gdansk au mois de septembre de l'année dernière, a fait allusion aux traités en vigueur et aux systèmes d'alliance existant et a déclaré : « Ce dont la Pologne a avant tout besoin, c'est de travailler ! » A cette époque, Bruno Kreisky, s'adressant à Linz à des ouvriers sidérurgistes autrichiens, a exhorté les ouvriers polonais à moins faire grève et à produire plus de charbon afin que les accords commerciaux avec l'Autriche puissent être
A la méfiance congénitale des gouvernants sociaux-démocrates de Bonn et de Vienne envers un mouvement ouvrier révolutionnaire se développant non loin de leurs frontières, s'ajoutent les intérêts particuliers du capitalisme ouest-allemand aussi bien que du capitalisme autrichien dans les échanges Est-Ouest. Ainsi, la République fédérale a exporté en 1980 pour 1,29 milliard de dollars de marchandises en Pologne et pour 4,3 en Union soviétique, alors que les exportations des EtatsUnis vers la Pologne s'élevaient à 770 millions de dollars et vers l'Union soviétique à 1,5 milliard. De même, contrairement aux Etats-Unis, la République fédérale a exporté vers l'Europe orientale et l'Union soviétique presque exclusivement des produits industriels. Avec 4,3 milliards de dollars, les banques ouest-allemandes inscrivent dans leurs livres un montant dou-
RFA / AUTRICHE
1981 à la classe ouvrière et à toute la population polonaise.
Et, cependant, il y a dans la social-démocratie et le mouvement syndical de ces deux pays — le seuls qui, avec la France et la
Grèce occupent, en Europe occidentale, des positions gouvernementales - beaucoup trop de spectateurs passifs qui, par dessus le marché, ne sont nullement honteux.
En République fédérale d'Allemagne comme en Autriche, il existe un mouvement de solidarité avec Solidarnose.
mocrates et les syndicats n'ont appelé à des manifestations de masse ou même à des grèves de solidarité, comme cela a été le cas en Italie ou en France. Et, dans ces deux pays, les comités syndicaux Solidarité avec Solidarnose ont du mal à trouver des alliés au sein de la social-démocratie pour une solidarité à ble du crédit des banques américaines à la
ET MODERATION
Certes, le SPD ainsi que le SPO ont condamné l'instauration de l'état de guerre en Pologne. Bruno Kreisky a adressé un message au gala de solidarité à Solidarnose organisé le 29 janvier avec la participation du chanteur Wolf Biermann au
Konzerthaus de Vienne. Il y affirmait :
« Nous devons exiger aujourd hui du régime polonais ce que nous avons exigé du régime fasciste autrichien à la suite des journées de féurier 1934 : liberté pour les responsables syndicaux polonais! » Il a écrit dans le numéro du 4 février 1982 du journal du SPD Vorwärts qu'en Pologne
« s'était dévoilée toute l'irréalité de l'appareil communiste ».
De son côté, claré le 18 décembre devant le Bundestag
(Parlement) et a répété le 31 janvier au congrès du SPD du Land de Basse-Saxe, tenu à Hanovre, qu'il était « de tout cœur aux côtés des travailleurs polonais ».
Mais la direction du SPD, dans la résolution signée de son présidium en déconcrète : « Face aux événements de Pologne, le présidium du SPD appelle toutes les forces responsables de République fédérale à la circonspection et à la modération. (...) La volonté de rapprochement et de collaboration doit être maintenue précisément dans ces moments criti-
Rapprochement et collaboration avec qui ? Tandis que le vice-Premier ministre polonais Mieczyslaw Rakovsky faisait sa première visite dans une capitale occidentale après le putsch à Bonn et y œuvrait
IINTERCONTINENTAL PRESS
NUMERO SPECIAL POLOGNE
pour la « compréhension », tandis que les colonnes des magazines libéraux Stern et qu'au porte-parole du Conseil militaire de
(WRON), le capitaine Gornicki, pour de longues interviews, les directions syndicales répondaient favorablement aux vœux de leurs amis de parti (sociaux-démocrates) au gouvernement. Et c'est seulement à la fin décembre que la centrale syndicale DGB et l'IG-Metall ont appelé leurs 8 millions de membres à apporter une aide humanitaire à la population polonaise.
Le mot d'ordre de cette campagne n'a toutefois pas été « Solidarité avec Solidarnosc ! » mais « Solidarité avec la Po-logne ! ». Le 30 janvier, journée de solidarité de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), les présidents du DGB et de l'IG-Metall, Vetter et Loderer, ont expliqué pourquoi ils avaient soigneusement évité, avant le 13 décembre, de faire appel à la solidarité avec Solidarnose : ils ne voulaient créer aucune difficulté à leurs collègues polonais ...
Le DGB, qui s'était associé à l'appel de la CISL pour des actions le 30 janvier, a montré ce même jour coniment sa dépendance par rapport à la politique du gouvernement Schmidt avait sapé sa capacité à manifester même une solidarité proprement syndicale. Un appel à des manifestations de rue n'a été lancé qu'après que Willy Brandt et d'autres sociaux-démocrates aient solennellement déclaré, au cours des débats au Bundestag contre l'opposition chrétienne-démocrate (CDU/ CSU), qu'ils participeraient au premier rang des manifestations du DGB pour les victimes de l'état de guerre.
En quelques endroits, le DGB a même laissé marcher à la tête des manifestations des représentants des partis bourgeois - chrétiens-démocrates et chrétiensdu CDU/CSU et libéraux du FDP - ensemble avec les sociaux-démo. crates et les dirigeants syndicaux. Après seize mois de « modération », il n'y a eu dans les grandes villes que quelques centaines de personnes pour répondre aux
Spécial Pologne
Best toujours disponible appels du DBG ; dans quelques villes importantes comme Berlin-Ouest, Cologne et Francfort, les dirigeants du DGB ont complètement renoncé à organiser des actions et les ont laissées une fois de plus aux comités de solidarité. De sorte que la journée du 30 janvier est apparue à l'opinion non comme une journée de solidarité syndicale mais comme une initiative de propagande du président des Etats-Unis Ronald Reagan et de la droite.
CRISE DU REFORMISME
SOCIAL-DEMOCRATE Le 10 octobre 1981, 300 000 personnes ont manifesté à Bonn contre le soutien de la coalition socialo-libérale aux nouvelles implantations de missiles l'OTAN ; 70 000 syndiqués ont manifesté à l'appel de la direction régionale de PIG-Metall de Stuttgart contre la politique d'austérité des ministres sociaux-démocrates ; des députés ont été exclus du SPD (Hansen) pour avoir critiqué le gouvernement Schmidt ou ont quitté de parti (Coppik) ; des sociaux-démocrates et des militants syndicaux ont exigé l'arrêt de l'aide financière de Bonn à la junte pro-OTAN de Turquie.
Mais la « réserve » social-démocrate envers la dictature mllitaire en Pologne reçoit l'approbation presque unanime du parti, y compris de sa gauche. Erhard Ep. pler qui, en tant que membre du présidium, a pris la parole à la manifestation de Bonn contre les fusées de l'OTAN, a déclaré que le général Jaruzelsky était une « figure tragique » dont il fallait « prendre au mot » les promesses de réforme, car le Conseil militaire de salut national (WRON) était la « dernière carte de la souveraineté polonaise ».
Même des militants syndicaux actifs, combatifs, qui ne sont plus prêts à tolé. rer le programme d'austérité et la politique économique de la coalition socialo-libérale dirigée par Helmut Schmidt, entretiennent cette illusion que le gouvernement dirigé par le SPD serait en train de sauver la politique de « détente », contre la politique de sanctions Ronald Reagan envers l'Union soviétique. Même des militants syndicaux qui critiquent leurs directions pour leur incapacité à mobiliser contre les patrons et le gouvernement, partagent avec les bureaucrates l'idée que Solidarnosc avait formulé des revendications trop avancées, avait « apprécié de façon erronée les rap ports de forces » et « trop tendu l'arc ». Un « processus de réformes et de renouveau », un compromis entre les ouvriers et la bureaucratie stalinienne, leur apparaissent comme la seule chance de parvenir à des transformations politiques dans les pays du « socialisme réellement existant ».
La lutte des travailleurs polonais a soulevé des questions auxquelles une ré ponse positive présuppose une conception générale du socialisme alternative au réformisme social-démocrate : le mouvement ouvrier peut-il relier la défense de ses intérêts immédiats à la lutte pour une alternative de société, pour l'autogestion ouvrière et la démocratie socialiste ? La classe ouvrière peut-elle gouverner par elle-même ? Un mouvement ouvrier révolutionnaire peut-il vaincre en Europe et briser ainsi les zones d'influence établies à la Conférence de Yalta en 1945 ?
La classe ouvrière ouest-allemande et la classe ouvrière autrichienne sont depuis plus de trente ans privées d'expériences de lutte. Le mouvement pacifiste commence seulement à soulever dans les syndicats la question du rôle indépendant que pourrait jouer le mouvement ouvrier dans le domaine de la politique internationale.
Seuls les marxistes révolutionnaires ont, depuis l'été 1980, montré dans la limite de leurs forces mais de façon conséquente, que la lutte des travailleurs polonais était une vivante démonstration de la possibilité d'une alternative au socialisme bureaucratique. Les sections allemande et autrichienne de la IVe Internationale, le Gruppe Internationale Marxisten (GIM) et le Gruppe Revolutionäre Marxisten (GRM), ont joué depuis 1980 un rôle important dans la construction du mouvement Solidarité avee Solidarnose. Elles œuvrent aujourd'hui pour un soutien syndical actif à la résistance polonaise et à la population polonaise comme alternative à la politique de sanctions économiques de Ronald Reagan. Elles se prononcent par ailleurs pour un mouvement pacifiste uni-
Elles se prononcent cependant avant tout contre l'illusion qui ferait que le mouvement ouvrier et le mouvement
Men République fédérale comme en Autriche ignoreraient la guerre ouverte que mène aujourd'hui la dictature bureaucralique contre les travailleurs polonais.
Ce qui est en jeu, c'est la possibilité d'une alternative à la crise et à la guerre, non seulement en Pologne, mais aussi dans la conscience du mouvement ouvrier d'Europe occidentale.
Peter BARTELHEIMER Francfort, 8 février 1982.