Otto Nanez , secrétaire général du Parti du travail de Colombie base ouvrière et paysanne, ce qui rend né. celle du Parti libéral, dont les deux frac-
Angel MUNOZ : - Nous savons que le Parti du travail de Colombie (PTC) s'est constitué à partir d'une rupture au sein du Mouvement ouvrier indépendant révolutionnaire (MOIR), qui fut pendant longtemps la principale organisation colombienne sur la gauche du Parti communiste colombien (PCC). Quelles furent les causes de cette rupture ?
Otto NANEZ : - Le PTC s'est créé en octobre 1981, à la suite de la fusion d'un secteur qui s'était séparé du MOIR au début de cette année, avec les organisations « Causa comunista » et «Coriente de Integracion Marxista ». Les trois organisations partagent l'orientation du « marxisme-léninisme-pensée "Mao Zedong"».
Notre rupture avec le MOIR est l'aboutissement de plus de deux années d'une lutte interne très aiguë. Dans le domaine organisationnel, la lutte portait sur l'application du centralisme démocratique. En effet, la direction du MOIR, d'une manière antidémocratique, sectaire et dogmatique, empêchait l'expression au sein du parti de différents courants et idées, ce qui favorisa l'isolement et le caractère sectaire du parti. Dans le domaine politique, notre lutte visait à réaliser une politique d'alliances avec les secteurs révolutionnaires, ainsi qu'avec divers secteurs d'opposition au régime. Face au renforcement de la répression dans le pays, la direction du MOIR menait campagne non seulement contre le gouvernement, mais aussi contre des organisations qui étaient elles-mêmes en butte à la répression. Dans le domaine idéologique, les différences étaient nombreuses, mais la plus importante fut peutêtre la caractérisation que le MOIR donnait de l'URSS comme « ennemi principal », non seulement au plan mondial, également à l'intérieur de notre pays. Cela l'a conduit à adopter une attitude conciliatrice vis-à-vis des USA et, par également envers les classes exploiteuses colombiennes, de même qu'à s'opposer aux révolutions nicaraguayenne
- Le PTC fait partie de la coalition Unité démocratique (UD). Pourquoi considères-tu que cette coalition est une réponse adéquate aux problèmes actuels de la Colombie ?
En Colombie, depuis la fin des années 60, la gauche a évolué entre deux pôles, le PCC et le MOIR. Ce dernier a traditionnellement maintenu une position sectaire envers le PCC. Nous autres, nous considérons que le PCC -- bien qu'il soit un ennemi dangereux, surtout à cause de ses relations avec l'URSS —, dispose d'une cessaire de poser le problème de nos relations avec lui, y compris celui de l'unité d'action. Il faut éviter qu'il puisse monopoliser seul les sentiments anti-impérialistes de notre peuple et qu'il marginalise ainsi les forces révolutionnaires. Pour le PTC, l'accord Unité de la gauche démocratique (UID) réalisé dans la région de Bogota-Cundinamarca avec le Parti socialiste révolutionnaire (PSR) et le secteur du FIRMES que représente Carlos Bula,
June importance particulière cours de cette campagne électorale. manquait en Colombie une alternative révolutionnaire au PCC, et nous croyons que cette expérience unitaire et sa prolongation au-delà des élections constitue une importante contribution dans ce sens.
- Tu connais sans doute la proposition du candidat présidentiel Gerardo Molina de construire un « parti socialiste ». Crois-tu qu'il existe quelque rapport entre cette proposition et l'objectif que tu viens de construire une alternative révolutionnaire au PCC ?
- Nous autres, nous ne croyons pas que la proposition de Gerardo Molina puisse se réaliser à court terme, non seulement du fait de différences idéologiques, mais aussi pour des raisons de caractère pratique. En effet, le PCC, qui accroît son influence dans le secteur du FIRMES dirigé par Gerardo Molina, peut finir par saboter le projet.
- Il existe aujourd'hui une situation très difficile en Colombie : il y a des zones rurales du pays dans lesquelles se déroule une véritable guerre civile ; des rumeurs de coup d'Etat circulent ; la répression policière et para-policière est très dure, etc. Comment voix-tu l'avenir de la Colombie, au-delà de ces élections ?
- Depuis 1958, année où s'est constitué le prétendu Front national, avec l'accord du Parti libéral et du Parti conservateur pour se relayer au pouvoir, on peut dire que le pays est tombé aux mains du grand capital. Cette situation s'est encore accentuée avec le développement du trafic de la drogue, qui a drainé d'énormes masses de capitaux. Quatre groupes financiers contrôlent l'ensemble de l'économie nationale. L'agriculture est en faillite. L'émigration des masses paysannes vers les villes a produit une urbanisation accélérée ces dernières années, ainsi que l'apparition de ceintures de misère autour des grandes métropoles. Tout indique que la situation économique va continuer à se dégrader. Cela se reflète dans la crise des partis traditionnels, spécialement tions représentent les réactions de divers secteurs de la bourgeoisie face à la crise.
division peut favoriser la victoire électorale du Parti conservateur, qui est actuellement minoritaire et dont la tradition ainsi que la politique actuelle sont extrêmement réactionnaires. Si le Parti libéral l'emporte, le festin du grand capital toujours plus réactionnaire et répressive, dans le cadre d'une démocratie bourgeoi-
Par ailleurs, les masses colombiennes possèdent une solide tradition de lutte qui s'est particulièrement exprimée lors des paros civicos (grèves nationales). La crise économique elle-même classe ouvrière au combat, tandis que les centrales syndicales « jaunes » entrent en crise. Si un coup d'Etat se produisait, il ne fait pas de doute que la flamme révolutionnaire prendrait dans les zones rurales et qu'il y aurait un développement de l'activité révolutionnaire pays. Face à la menace de coup d'Etat, il
Rentier la situation du peuple colombien. Les forces révolutionnaires, démocratiques doivent se préparer à une solidarité de masse.
- Pour terminer, quel bilan tires-tu de vos rapports avec le PSR ?
- Nous travaillons avec le PSR dans la coalition UID. Nous avons très bien travaillé ensemble et nous sommes satisfaits des résultats obtenus jusqu'à présent. Nous avons quelque chose de très important en commun: nous souhaitons construire une alternative révolutionnaire. Nous avons aussi une vocation commune pour la lutte démocratique, pour la défense des droits de l'hom-
Sur le plan international, la solidarité avec les peuples du Salvador et de la Pologne nous unit en ce moment. Cela nous a beaucoup rapprochés, parce que nous croyons qu'en Amérique latine comme partout dans le monde, il faut aussi bien combattre les agressions de l'impérialisme des Etats-Unis que défendre, face à l'URSS, l'autodétermination des peuples. En ce qui concerne la Pologne, nous avons mené des activités et fait des déclarations communes qui ont eu un poids réel dans la vie du pays. Par exemple, nous avons ainsi pu contraindre des organisations appartenant à l'orbite du PCC - c'est-à-dire ayant un caractère prosoviétique —, a manifester leur solidarité avec le peuple polonais.
Propos recueillis par Angel MUNOZ, Bogota, le 22 février 1982.