Quelle évolution après le coup de force en Pologne ?
la réalité avec des décennies de retard. Il guer a donné sa réponse : « La "troisième
ITALIE
Pitate en es do notions upe de teau de and omme
AR ses prises de positions après l'instauration du régime niste italien (PCI) a-t-il fait un saut qualitatif par rapport à son passé même récent ou, pour le moins, a-t-il déclenché une dynamique qui impliquera inévitablement ce saut qualitatif ? Livio MAITAN
La déclaration de la Direction nationale du PCI du 30 décembre exprime une « nette condamnation du coup militaire » et réitère « la demande de la restauration immédiate des libertés civiles et syndicales, de la libération des citoyens arrêtés, de la reprise du dialogue et de la recherche d'une entente entre les composantes fondamentales de la société et de la vie polonaise - parti, syndicat, Eglise ». Elle considère que les événements représentent une confirmation supplémentaire du bien-fondé des critiques avancées par le PCI à l'égard du « modèle » soviétique et de l'imposition de ce modèle aux autres pays d'Europe orientale, aussi bien que de la nécessité de lutter pour une « troisième voie », différente du « modèle » soviétique et de ce. lui de la social-démocratie. Elle introduit en même temps trois éléments nouveaux par rapport aux positions précédentes.
TROIS ELEMENTS NOUVEAUX
Le premier élément se concrétise dans l'affirmation suivante: «Il faut prendre acte que la phase de développement du socialisme qui s'était ouverte avec la Révolution d'octobre a épuisé sa force propulsive de même que s'était épuisée la phase caractérisée par la naissance et le développement des partis socialistes et des mouvements syndicaux regroupés autour de la lle Internationale. » Le deuxième réside dans l'attribution d'un rôle « essentiel » à « la lutte pour le socialisme en Europe occidentale » dans la perspective d'« une nouvelle phase du socialisme dans le monde entier ». Le troisième est représenté par la décision de « maintenir des rapports avec tous les partis communistes de même qu'avec toute autre force socialiste, révolutionnaire et progressiste, sans des liens particuliers ou privilégiés avec personne », par une interprétation plus extensive du concept de « nouvel internationalisme ».
Le premier des trois éléments nouveaux susmentionnés n'exige pas de longs commentaires. Le concept d'épuisement de la force propulsive de la Révolution d'octobre n'est pas dépourvu d'ambiguité et, dans la mesure où il a un contenu concret, il s'agit d'une reconnaissance de
Les rapports du PCI
avec l'Union soviétique
bliés jusqu'ici. devient significatif dans •le cadre de l'évolution idéologique du PCI et des réacnouveaux que nous avons indiqués - en est une conséquence concrète.
Quant au rôle de la lutte pour le socialisme dans les pays d'Europe occidentale, il existe, d'après Enrico Berlinguer, « des raisons structurelles, sociales et politiques » qui justifient son appréciation sur le rôle de l'Europe, notamment: 1) « le capitalisme européen constitue l'un des points les plus hauts du système et, en même temps, il se trouve actuellement dans une crise très profonde (...) » ; 2) contrairement au capitalisme japonais et nord-américain, il a été « "travaillé" en son sein par les luttes et les conquêtes du mouvement ouvrier (...) » ; 3) l'écroulement des régimes coloniaux a « renversé les rapports politiques et les réseaux d'échange entre les pays autrefois soumis à l'impérialisme européen, d'un côté, l'Europe elle-même et son mouvement ouvrier, de l'autre » ; 4) l'Europe est le continent le plus menacé par un conflit atomique et done le plus directement intéressé à réagir; 5) l'Europe est le continent le plus intéressé à la détente, à la réduction des armements et au « dépassement graduel » des blocs.
On peut se question de savoir si, dans la phase histo-
Laura à jouer le « rôle essentiel ». Mais Enrico Berlinguer entretient une ambiguité entre le rôle du mouvement ouvrier et le rôle de l'Europe en tant que telle. Cette ambiguité n'est que le reflet de l'idée selon laquelle il est possible et nécessaire pour le mouvement ouvrier de rechercher des convergences avec la bourgeoisie ou des secteurs bourgeois importants sur des objectifs stratégiques majeurs. Nous voilà encore une fois au « compromis historique » comme métho-
Dans le débat au Comité central (CC), des orateurs ont posé une autre question, en elle-même pas trop « stimulante » : cette « troisième phase » dont on parle maintenant, et la « troisième voie », sont-elles des synonymes ? Enrico Berlin-
Pour éviter des appréciations unilatérales ou impressionnistes, il est nécessaire de rappeler, tout d'abord, les jugements et les conclusions que contiennent les textes les plus significatifs puvoie", c'est une spécification par rapport aux modèles de type soviétique d'une part et, d'autre part, aux expériences de type social-démocrate. La formule sième phase" fait référence, par contre, à l'expérience historique et, donc, aux deux phases de développement que le mouvement ouvrier européen a connues et traversées. Il est, toutefois, évident que la recherche de la "troisième voie" ne serait pas possible s'il n'y avait pas une "troisieme phase" et si nous n'estimions pas possible d'avancer vers elle. » Voilà comment la combinaison d'une deuxième trouvaille avec une première peut être présenté comme un tout cohérent ...
En tout cas, cette voie prétendument nouvelle - sur laquelle, par ailleurs, PCI s'est engagé depuis au moins trente-cinq ans ne se distingue pas qualitativement de la voie social-démocrate classique. En d'autres termes, l'approche stratégique que les social-démocraties de la « première phase » avaient de la transition au socialisme, était analogue à celle du PCI. Conclusion : soit les sociaux-démocrates avaient raison à l'époque, et la fondation des partis communistes a été une erreur, soit il faut expliquer pourquoi une stratégie repoussée comme opportuniste lors de la Révolution d'octobre, pourrait assurer la transition au socialisme soixante ou soixante-dix ans plus tard. Une telle explication, les dirigeants du PCI ne l'ont jamais donnée dans le passé ni ne la donnent maintenant.
Nous avons indiqué en quoi consistent les éléments nouveaux. Il ne faut pas oublier, toutefois, qu'en même temps les textes récents ne cessent d'avancer des arguments utilisés couramment depuis des années. Par exemple, la résolution du 30 décembre reprend des formules habituelles sur la Révolution d'octobre aussi bien que « sur le rôle de l'URSS au niveau mondial (1) ». Des interventions au Comité central de janvier vont dans la même direction. Enrico Berlinguer, quant à lui, a repoussé comme une « absurdité » l'idée selon laquelle la Révolution d'octobre aurait été une erreur et, en réitérant ses arguments traditionnels sur les différences entre les social-démocraties et son
1. Cf. Livio Maitan, « L'eurocommunisme dans l'impasse », Quatrième Internationale, nu-
parti, il a même évoqué le concept léninien d'aristocratie ouvrière pour démontrer « l'insuffisance chronique de la solution social-démocrate (2) ».
Qui plus est, dans l'analyse des événements polonais, le PCI maintient l'approche adoptée depuis août 1980. Il souhaite un auto-renouvellement du régime bureaucratique et de sa direction elle-même, en rejetant nettement les attitudes antibureaucratiques les plus conséquentes de Solidarnose ou de certains de ses secteurs (dénoncés sommairement comme « extrémistes » ou irresponsables) (3). Après le 13 décembre, nous l'avons vu, son approche centrale reste celle du « dialogue », de l'« entente » entre parti, syndicat et Eglise (encore une fois, un « compromis historique » !). Une telle approche, par ailleurs, va de pair avec une référence positive constante au XXe Congrès du PCUS de février 1956, à savoir à la manifestation jusqu'ici la plus spectaculaire du « réformisme » bureaucratique. En d'autres termes, la caste dirigeante bureaucratique n'est pas contestée en tant que telle cette occasion non plus. L'issue de la crise ne cesse d'être conçue comme une auto-réforme du régime. Du point de vue idéologique et méthodologique, cela se traduit par le fait que, sur ce terrain aussi, la pensée de Palmiro Togliatti reste l'alpha et l'oméga de lapensée du groupe dirigeant actuel tout entier (opposants à la Armando Cossutta y compris).
Faut-il en tirer la conclusion que les éléments nouveaux ne sont qu'apparents ou tout à fait secondaires ?
Il y a dans les textes, comme nous l'avons souligné, des oscillations, des d'éclectisme, voire des aspects contradictoires. Par ailleurs, le groupe dirigeant fera de son mieux pour appliquer à cette occasion aussi la norme du « changement dans la continuité », dans le but d'éviter des secousses trop ques, des déchirements tels qu'a connus et connaîtra le Parti communiste espagnol (PCE). Mais il ne faut estimer les lignes de tendance qui se précisent en dépit des éclectismes et des
LA RIPOSTE DE LA
BUREAUCRATIE SOVIETIQUE
L'épanouissement de ces lignes de tendance ne dépend ni ne dépendra exclusivement des projets et des initiatives du groupe dirigeant du PCI. Les réactions et les attitudes des autres parties concernées et, en dernière analyse, les conditionnements de la réalité où le PCI est intégré, y contribueront dans une large mesure. Moscou sont intervenus résolument. Au cours de vingt-cinq années, déjà polémiqué avec le PCI à plusieurs reprises. Ils avaient, toutefois, accepté un modus vivendi : on enregistrait les divergences en valorisant dans le même temps les convergences. Notamment à l'occasion d'une visite d'Enrico Berlinguer à Moscou au cours de l'été 1978, le PCI avait confirmé que l'URSS constituait un élément positif dans la politique mon- « la diale et un élément de force de sa propre stratégie. Le PCUS avait avalisé la stratégie du PCI qui se traduisait, à l'époque, dans le « compromis historique » et dans l'« unité nationale ». Les rapports des deux partis restaient fixés dans le cadre plus général des rapports entre partis communistes sanctionné par la Conférence de Berlin-Est de 1976. Maintenant, le Parti de l'Union (PCUS) déclare explicitement - dans l'article de la revue Kommunist - que le PCI a violé les pactes et il lance une attaque d'une dureté sans précédent qu'un éditorial de Rinascita a comparé pour son style, ses arguments et son inspiration à l'attaque lancée en 1948 contre le Parti communiste yougoslave (PCY) (4).
Il est inutile de souligner le caractère tendancieux des textes du PCUS, l'hypocrisie avec laquelle c'est le PCI qui se d'ingérence dans les affaires d'un autre pays, la mentalité bureaucratico-policière qui inspire I'« analyse » des événements polonais, le cynisme de l'apologie de la « démocratie représentative » et de la « démocratie directe » qui fonctonneraient en Union soviétique. Malgré tout cela et malgré le langage stéréotypé habituel, les textes avancent, toutefois, des arguments qui n'apparaissent pas défondement - surtout à des gens formés à l'école du PCI - et ils peuvent trouver un écho aussi bien parmi des militants et des dirigeants (en fait, le sénateur Armando Cossutta avait déjà avancé des arguments analogues) que dans des milieux plus larges, par exemple certains mouvements de pays coloniaux ou néo-coloniaux. Ils expliquent, en premier lieu, que l'URSS représente un « contrepoids » nécessaire et irremplaçable à l'impérialisme et à ses tendances répressives et un facteur qui facilite le maintien de la paix. L'action du général Jaruzelski elle-même est justifiée, entre autres, dans la mesure où elle aurait visé à éviter une crise susceptible d'« amener à un tragique au centre de l'Europe » (Kommunist). Qui plus est, on rappelle au PCI que l'existence de l'URSS et des autres « pays socialistes » est une condition préalable pour la réalisation de la perspective qui est la sienne - de même que celle d'autres partis communistes -, à savoir « une transformation socialiste par l'emploi de méthodes relativement pacifiques et démocratiques de lutte politique » (ibid.). Par ailleurs, on dénondes tentatives de « persuader » ou d'« amadouer » l'impérialisme qui « mettra tout en œuvre pour chercher à écraser tous ceux qui en fait décident d'avancer vers le socialisme » (Pravda).
qui concerne le rejet d'un « modèle » de socialisme et la revendication des voies nationales, le PCI se voit reprocher d'enfoncer des portes ouver-
"modèle" soviétique n'existe pas » écrit avec désinvolture Kommunist) et de vouloir, lui, « imposer son propre modèle » - qui plus est, un modèle « inconnu » - à d'autres partis communistes, « en nourrissant des ambitions presque messianiques » et en relançant vieille idée social-démocrate de l" "eurocentrisme"». adversaires, le PCUS peut marquer des points sur le terrain de l'argumentation idéologique abstraite, surtout dans la mesure où le PCI vise plus les conceptions que celles de la période postérieure au XXe Congrès. Toujours est-il que, au-delà de la dispute plus ou moins byzantine sur le « modele », la bureaucratie de Moscou ne cesse de s'arroger le droit d'intervenir par tous les moyens lorsqu'elle considère qu'un le » abstrait, mais bien plus concrètement pour la survivance même du régime bu-
Le plus important est, en tout cas, que d'après Leonid Brejnev et Cie, le PCI
Run tournant (la Prauda parle d'« un tournant réalisé maintenant »), qui exige une nouvelle appréciation d'ensemble. « On est obligé à constater - écrit Kommunist — que la direction du PCI définit sa position de façon à se placer systématiquement dans le même camp que des forces qui luttent contre le socialisme. » Les prises de position du Comité central de janvier sont « étrangères et nuisibles non seulement à la cause de la paix et du socialisme dans son ensemble, mais aussi aux intérêts du peuple travailleur italien. » D'où l'invitation explicite « aux communistes italiens de tirer les conclusions de tout cela ». Un véritable appel à la base contre le groupe dirigeant !
Que les dirigeants du PCI ou non une rupture, qu'ils veulent ou non mettre fin y compris à des rapports du type de ceux qui s'étaient progressivement précisés après le XXe Congrès et avaient été sanctionnés par la Conférence de Berlin-Est de 1976, les dirigeants du PCUS estiment, donc, qu'un saut qualitatif a été fait sur ce terrain et ils en tirent les conséquences. C'est un fait gros d'imDEBATS ET DIFFERENCIATIONS
Les différenciations au sein du PCI et les phénomènes qui y sont liés, constituent un autre facteur qui pèse sur la dynamique qui est en train de se dévelop-
La polémique lancée par Armando Cossutta n'implique aucunement une défense du stalinisme classique. Elle n'implique pas non plus une défense des conceptions et des orientations des dirigeants actuels du PCUS. Armando Cossutta insiste sur l'importance du rôle de l'URSS comme « contrepoids » à l'impérialisme et comme point de référence essentiel pour le mouvement ouvrier international. d'autres termes, il est favorable à maintenir l'approche qui, pendant toute une période, a été commune au groupe dirigeant
2. Cf. l'Unità, 30 décembre 1981 et du 12 au 15 janvier 1982.
3. Cf. Elettra Deiana, « Le Parti communiste italien à un tournant ? », Inprecor spécial Pologne, numéro 119, 22 février 1982.
4. Les citations de la Prauda et de Kommunist sont reprises de traductions publiées respectivement par l'Unità du 25 janvier 1982 et par Rinascita numéro 5, 1982.
tout entier, et il s'oppose à la transition vers une nouvelle phase. Il rejette également la nouvelle version du « nouvel internationalisme » impliquant que les rapports avec les partis communistes soient placés sur le même plan que les rapports avec les partis sociaux-démocrates et des mouvements progressistes Il est significatif qu'en répondant à Armando Cossutta, Natta, l'un des principaux collaborateurs d'Enrico Berlinguer, ait explicitement rejeté l'idée que la référence à l'URSS doive constituer un élément de l'identité du parti. Il est encore plus significatif que dans sa polémique avec Kommunist Rinascita ait écrit : « Le seul jugement qui compte pour nous est celui des communistes, des ouvriers, des jeunes, des femmes, des masses travailleuses italiennes qui, par leur libre
- malgré les conditionnements et les limites imposées par le système de pouvoir du capitalisme italien —, ont fait de notre parti le plus fort parti communiste d'Occident. »
En d'autres termes, la force du PCI réside dans sa base nationale et non dans ce qu'ont représenté ou représentent l'URSS et les autres « pays socialistes ». Cela est vrai depuis longtemps mais, nous ne nous trompons pas, c'est la première fois qu'on le proclame dans un texte si important et en opposition ouverte à des interlocuteurs qui ne veulent pas accepter l'évolution qui a eu lieu et que polonais ont accéléré un article publié par l'Unità, Armando Cossutta a écrit : « La référence à la "révolution en Occident" restera pour certains une simple exhortation, bien que très noble. Pour d'autres - j'en ai peur —, elle ne sera qu'un alibi par rapport à leur conception réelle d'une structuration nouvelle, fondée certes sur la démocratie et une accentuation de l'intervention publique en matière économique et sociale, mais non dans des formes telles à promouvoir le dépassement de la prédominance capitaliste dans la société. Cela vaut, en réalité, pour la conception de la partie la plus avancée de la social-démocratie : en fait, une renonciation, bien que nouvelle, au socialisme. »
Indépendamment de l'optique et de la terminologie, un problème réel est posé ici. Bien qu'il puisse apparaître homogène dans ses conceptions fondamentales, et même dans ses orientations actuelles, le sensiblement différenciées et ces différenciations vont fort probablement s'accen-
En premier lieu, il existe une composante critique qui, malgré des convergences ponctuelles, ne saurait étre confondue avec la tendance représentée par Armando Cossutta. Il s'agit de ceux qui, tout en ne se réclamant pas ouvertement du stalinisme, regrettent la vieille attitude face à l'URSS, et que des partisans du groupe dirigeant ont accusés explicitement d'être financés par Moscou. Ce groupe, organisé actuellement surtout autour du bulletin Interstampa, est par ailleurs assez hétérogène : des vieux staliniens, membres du CC, comme Cerniti, Donini et Robotti, ne sont pas la même chose que le philosophe Geymonat ou, a fortiori, le général Pasti, élu comme indépendant sur les listes du parti, qui a eu des responsabilités dans l'OTAN. Il a incontestablement à la base du parti un écho beaucoup plus grand qu'au niveau de la direction ou de l'appareil. Toutefois, sauf dans les cas d'événements traumatisants à l'échelle mondiale, il ne pèsera pas beaucoup sur l'évolution actuelle du parti, d'autant plus qu'il n'ofsur le terrain des choix stratégiques fondamentaux. Cette dernière considération vaut aussi pour Armando Cossutta qui, du moins en public, n'est pas allé plus loin que les allusions voilées de l'article que nous avons cité et d'une critique, également allusive, au texte économique dont nous parlerons plus P.C.I. L'évolution du parti sera beaucoup plus influencée par les secteurs les plus directement conditionnés par l'intégration dans les institutions et les mécanismes de la société bourgeoise qui, ne serait-ce que pour une raison de générations, ont le plus souvent des liens très sinon inexistants, avec l'histoire passée du parti. Ce phénomène a, par ailleurs, une portée plus générale : « A cause de l'énorme turn over de membres et de cadres dirigeants du parti dans les
La déclaré Gruppi, membre du CC, "spécialiste" de questions idéologiques —, nous avons un parti avec beaucoup d'histoire, mais des militants avec peu d'histoire. » La dilution de la mémoire historique et les conditionnements matériels opèrent donc dans la même direction : le cadre des institutions démocratiques bourgeoises est conçu de plus en plus « naturellement » comme le préalable indiscutable, et la référence à l'URSS comme une source de difficultés périodiques, un obstacle à éliminer et non comme un élément de force. Occhetto a été le plus clair en la matière : « Les faits a-t-il déclaré, que ce n'est pas vrai que l'assomption de l'URSS comme point ferme permet à lui seul l'ouverture d'une nouvelle phase en Occident : les faits nous indiquent que les partis communistes qui ont des attitudes acritiques n'ont pas renforcé leurs liens avec les
Dans le cadre de sa conception « pluraliste », le groupe dirigeant du PCI a été poussé par la logique même de son opposition au PCUS à faire d'autres pas en avant sur le terrain de la reconnaissance de la légitimité de positions différentes de la sienne et du droit de ceux qui les partagent de continuer à les défendre, même après les décisions formelles des instances statutaires. Il a publié aussi bien les textes
- qui s'est bien gardé de faire preuve du même « libéralisme » - que les interventions d'Armando Cossutta. Celuici a certes été blâmé mais, du moins officiellement, non parce qu'il a exprimé ses positions, mais parce qu'il a présenté la décision du CC comme non contraignante étant donné le caractère théorique du dé. bat, et qu'il a affirmé que le fractionnisme devait être évité aussi par la majorité. Ici, Armando Cossutta a effectivement mis son doigt sur la plaie en démystifiant le l'interdiction des tendances et fractions. L'interdietion est, en fait, unilatérale : on interdit aux opposants de se regrouper, alors que la majorité agit sous une forme organisée du fait même de diriger et de manipuler l'appa-
Dans un autre article (5), nous avons indiqué quelles sont les racines des différenciations qui s'opèrent au sein des partis eurocommunistes, à part les polémiques sur des problèmes internationaux.
Au cours des derniers mois, les publications du PCI ont fourni du matériel supplémentaire en la matière. Pour prendre un seul exemple, citons l'article du dirigeant de Gênes, Franco Monteverde, paru dans un supplément de Rinascita consacré au thème « Parti et société dans la réalité des années 1980 » (numéro 48, 1981), où il souligne que « la pratique politique des cadres s'est de plus en plus diversifiée et, malheureusement, même fossilisée et ce qui représentait un élément central de la vieille organisation, à savoir la possibilité d'alterner avec une certaine fréquence l'activité politique, a disparu ». La diversification s'est produite « aussi bien au niveau périphérique qu'au niveau central, entre les expériences faites dans l'organisation du parti », et le phénomène s'est accentué à la suite de la conquête de nouvelles administrations locales en 1975 et l'entrée en scène d'une nouvelle génération d'élus. On aboutit ainsi à « une séparation des différents niveaux d'activité politique » : d'un côté les élus qui doivent faire face à la réalité où ils sont intégrés, de l'autre « les camarades de l'appareil et de la direction du parti », incapables de comprendre les exigences d'une pratique de gouvernement local. Le syndicat a, lui aussi, fait preuve de son incompréhension
5. Livio Maitan, « L'eurocommunisme dans l'impasse », art. cit.
des problèmes réels dans la mesure où « il a indiqué des objectifs de lutte qui peuvent bien difficilement se combiner avec une croissance de l'efficacité des collectivités locales et avec un niveau de coûts de revient par unité pour les services assurés à la collectivité, compatible avec la croissance du revenu national et des finances publiques ».
C'est une logique de différenciation non sans analogie avec celle des grandes
Il va de soi qu'une logique pareille - correspondant à l'action quotidienne d'une composante essentielle du parti -pousse dans le sens d'une transition plus résolue à une « nouvelle phase » et à un nouvel alignement international.
UN NOUVEAU PROGRAMME
DE « POLITIQUE
ECONOMIQUE ET SOCIALE »
Pour mieux préciser le contexte de lévolution du PCI, il faut rappeler que presque dans les mêmes jours du coup de force polonais, Rinascita a publié un texte du parti au titre un peu académique : « Matériaux et propositions pour un programme de politique économique et sociale et de gouvernement de l'éco-
Par rapport à des textes précédents - notamment le programme à moyen ter-
1977 (6), Il n'y a évidemment pas beaucoup de nouveautés : le remplacement du « compromis historique » par P'« alternative démocratique » n'a impliqué aucun changement de stratégie. On y re. trouve le vieux cheval de bataille de la « programmation démocratique », conçue dans le cadre du systeme, aussi bien nationalement (acceptation d'un cadre « caractérisé par la démocratie politique et où opèrent les lois du marché ») qu'internationalement (acceptation de la Communauté économique européenne - CEE — et même des multinationales, à la seule condition que les entreprises puissent y avoir une « participation non nalisation, modérément réformiste, du exemple, par le fait que non seulement le PCI se refuse toujours à revendiquer toute nationalisation, mais il en va jusqu'à souhaiter « une réactivation de l'apport financier privé au capital des entreprises publiques ». D'autre part, encore plus que dans d'autres textes, il accepte comme inéluctable cette restructuration que le capital est déjà en train de réaliser de plus en plus brutalement, sans remettre aucunement en question les mécanismes du
La signification de la publication, à l'heure actuelle, d'un programme pareil n'a pas échappé à des représentants attitrés de la bourgeoisie. Guido Carli, ancien gouverneur de la Banque d'Italie et ancien dirigeant de l'organisation patronale, tout en estimant que le projet réservait encore une place excessive aux syndicats, a osé « affirmer » que le texte « fait découler un rejet non déclaré de la politique marxiste de l'analyse des conditions actuelles de la société italienne ». Le patron d'Olivetti, De Benedetti, a fait, à l'Unità du 26 janvier, une déclaration allant dans le
Si à ces commentaires plus spécifiques on ajoute les commentaires qui suivent la déclaration du 30 décembre (le secrétaire de la Démocratie chrétienne
DC —, Piccoli, a parlé de « rupture du dogmatique »), on touche du doigt un autre des facteurs qui pésent sur lévolution du PCI, à savoir la pressionséduction de la part de l'establishment bourgeois, avec ou sans la médiation du Parti socialiste (PSI). Si l'on tient compte, en outre, que le PCI doit s'efforcer de surmonter la phase d'incertitude où il est entré depuis l'abandon de l'« unité nationale » et la mise à l'écart du « compromis historique », il est d'autant plus évident qu'il sera poussé dans le jeu politique « normal » de la démocratie bourgeoise avec tous les avantages qu'il peut en tirer dans sa pratique quotidienne. Sur ce terrain aussi, toutes les pressions vont donc dans le sens de stimuler la transition effective vers une phase « nouvelle ».
Cela signifie qu'en dépit des déclarations et de subtils distinguo, le PCI se rapprochera davantage de la logique et des conceptions des social-démocraties, de certaines social-démocraties en particulier. En fait, dans la mesure où ils s'efforcent de concrétiser leur projet de « troipoussés à faire référence de plus en plus explicitement à des partis sociaux-démocrates ou à des tendances de ceux-ci. Ils se réfèrent notamment non seulement à la France et à la Grèce, mais aussi aux « forces de gauche » émergeant en Allemagne et en Suède. L'Unità a repris non sans complaisance le quotidien social-démocrate suédois Aftonbladet, du 23 décembre, qui a écrit : « La différence entre un eurocommunisme qui ne dépend plus de Moscou et une social-démocratie radicale n'est pas grande. »
Cela signifie qu'il pourra mettre effectivement terme au modus vivendi qu'il avait établi avec l'URSS et aux rapports préférentiels que, malgré tout, il ne cessait d'entretenir avec le « mouvement communiste international ».
ENCORE SUR LES
CONTRADICTIONS DU EUROCOMMUNISTE Comme nous l'avons expliqué ailleurs (7), l'eurocommunisme s'est heurté à la contradiction suivante : dans la mesure où une stratégie gradualiste est acceptée par des larges masses comme un choix praticable, les partis sociaux-démocrates apparaissent plus crédibles pour son application effective. Une deuxième contradictio découle du rejet du « modèle » : on peut tirer profit du fait de n'assumer aucune responsabilité pour les crimes et les la bureaucratie de l'URSS, mais le fait de ne pouvoir faire référence à aucune expérience historique concrète facteur d'affaiblissement (Kommunist a pu faire de l'ironie sur le modèle « inconnu »). L'évolution ultérieure des conceptions du PCI, déterminée de façon plus directe par les événements polonais, est, en dernière analyse, inspirée par l'exigence de surmonter ces deux contradictions. Puisque le groupe dirigeant du PCI rejette toute idée de stratégie révolutionnaire, aussi bien nationalement qu'internationalement, il s'efforce de sortir de l'impasse en largant encore plus les amarres avec son passé, en se différenciant encore plus nettement de l'URSS et des autres « pays socialistes », en se rapprochant davantage des conceptions et des méthodes de la social-démocratie.
Sur le terrain des rapports avec les Etats ouvriers bureaucratisés, la contradiction du PCI réside dans le fait que, d'un côté, il prend de plus en plus ses distances par rapport à leurs conceptions et à leur pratique et que, de l'autre, il ne cesse de considérer leurs castes dirigeantes comme les interlocuteurs nécessaires dans une perspective d'auto-réforme. Cette contradiction n'a pas été surmontée dans le cas de la Pologne non plus. Toutefois, des tendances se sont esquissées qui remettent en question cette approche. Au Comité central de janvier, il y a eu une différenciation entre ceux qui ont avancé que les pays « socialistes» n'étaient pas « réformables » et d'autres
- la majorité — qui l'ont repoussée. Il est probable, en tout cas, que commencent à circuler à ce sujet des théories souvent vieilles, mais présentées comme * nouvelles » - analogues aux théories avancées par les social-démocraties des
Finalement, s'il ne veut pas courir le risque de briser ou d'atténuer sérieusement ses liens avec des larges secteurs des masses, le PCI doit, ne serait-ce que conjoncturellement, assumer des attitudes plus radicales ou plus démagogiques et se montrer sensible à des revendications élémentaires d'une classe ouvrière qui doit faire face à une dure offensive patronale. Mais, pour exploiter à fond, aux fins de sa stratégie et de sa crédibilité réformistes, sa distanciation ultérieure de l'URSS, il doit démontrer qu'il est prêt à accepter non seulement dans les formules des textes, mais aussi dans les implications concrètes, les mécanismes de l'économie capitaliste (ce que fait le texte économique que nous avons cité). Cette contradiction - qui est destinée à subsister - n'est qu'un aspect de la contradiction plus générale entre une approche gradualiste et conciliatrice, appliquée aussi bien aux pays capitalistes qu'aux sociétés de transition bureaucratisées, et la réalité d'une société bourgeoise dont la crise est grosse de déchirements dramatiques, et d'Etats ouvriers dégénérés, dont les contradictions pourront que s'approfondir et multiplier.
Livio MAITAN
6. Livio Maitan, « Le programme à moyen terme du PCI », Inprecor numéro 13, 29 sepdans l'impasse », art. cit.