59 Tout d'abord, nous devons prendre conscience de la réalité telle qu'elle est. Nous devons nous rendre compte que Solidarnose reconstruit péniblement ses structures. Que plus la dictature se sent faible, plus elle combat brutalement toute velléité d'autodéfense de la société. Que « la majorité silencieuse », même si elle résiste avec acharnement au pouvoir, demeurera passive et ne se lancera pas d'elle-même dans la résistance active, écrasée qu'elle est par la peur, par la responsabilité mal comprise pour l'avenir du pays, par le doute et par le manque de réalisme. 1980 n'a pas brisé pensaient — le monopole du pouvoir, que cela n'a été qu'une étape dans notre lutte commune pour une société autogérée et non pas la garantie de la victoire finale.
Accepter la réalité telle qu'elle est, c'est également reconnaître que ce pouvoir a rejeté l'une après l'autre toutes les tentatives d'entente avec la société. Il a détruit le mouvement authentique au sein de son propre parti - que quelqu'un montre aujourd'hui les « structures horizontales » du POUP coopérant avec le syndicat ... -; à la place on a maintenant les bandes armées et la perspective du grotesque tribunal d'Etat.
Ce système qui dévore ses propres enfants n'est pas réformable. Il tend à anéantir toute tentative de démocratisation et toute ébauche d'initiative indépendante de la société souveraine. Il ne cède que lorsqu'il est forcé. nous n'obtiendrons que les droits que
Par ou commenc Article du bulletin de "Solidarité" nous arracherons nous-mêmes dans la lutte contre le pouvoir, lutte qui peut compter sur la sympathie et la solidarité de la majorité (passive et lasse) de ceux qui refusent la répression comme méthode de gouvernement, de ceux pour qui la démocratie, la liberté de l'individu et de la société, l'égalité des chances et la liberté d'initiative ne sont pas des mots vides
Ensuite, nous ne devons pas parler de « la guerre » en général, de « la guerre avec la société » ni de « la guerre avec Solidarnosc ». Il n'y a pas une telle guerre, car on ne peut prendre part à une telle guerre. La vraie guerre se livre dans chaque entreprise, avec la société - c'est-a-dire avec moi, avec ma famille, avec Solidarnose —, c'est-à-dire avec ma section d'entreprise. Nous ne sortirons pas vainqueurs de « la guerre » en général, mais il est possible de la gagner chez soi, dans son entreprise, dans son milieu le plus
Si toutes ces guerres privées sont déclarées au pouvoir, ce sera un début. Le résultat de la guerre avec Solidarnose dépend de chaque syndicaliste. Le pouvoir n'a peur que d'une chose, c'est d'un million de batailles et de combats, dont la coordination au sein d'un même mouvement social n'est plus qu'une question de temps.
Enfin, nous ne devons pas en rester simplement aux tâches organisationnelles. Le syndicat reconstruit sa structure dans la clandestinité ; il doit préciser quels sont ses buts, quel est son programme, pour er clandestin quoi il combat. Aujourd'hui, l'unité morale ne suffit plus, on ne peut construire le mouvement de résistance en se basant uniquement sur ce qu'on rejette. Il ne suffit plus de savoir ce qu'on refuse, il faut savoir ce qu'on veut mettre à la pla-
Solidarnosc mettait en avant quatre d'inspiration : la démocratie, le patriotisme, le christianisme lisme. Mais même ces références générales sont restées floues.
On a édifié avec beaucoup d'efforts le mythe de l'existence d'une certaine unité programmatique. Celui qui pense que 10 millions de personnes entendent parvenir au même but par le même chemin, que ces 10 millions comprennent de manière identique les concepts qu'on utilise couramment, qu'ils ont les mêmes intérêts, celui-là est complètement utopiste.
Aujourd'hui, Solidarnose n'a pas besoin d'une telle unité de façade. Il ne faut pas confondre solidarité et unanimité. Il ne s'agit pas là de volonté de division. Nous devons clarifier nos conceptions et nos références. C'est seulement de la sorte qu'il sera possible de coordonner nos activités, de déterminer notre but et celui de la société, et de choisir une stratégie appropriée. Ce processus de délimitation est appelé à durer. C'est pourquoi son début ne peut être précipité, car cette guerre n'est pas prête de toucher à sa fin.
Maciej LEWIN « Wola » numéro 4, bulletin clandestin de Solidarité, Varsovie, 11 février 1982.