Inprecor 1974–2004

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ETATS-UNIS

Le budget de Ronald Reagan : des milliards pour la guerre

· Inprecor n° 122, 5 avril 1982 · p. 13-14 · 2 070 mots

États-Unis URSS et Russie Paix et armements Amérique centrale

U beau milieu d'une sérieuse récession, peut-être la plus grave depuis 1930, le budget proposé pour 1983 par le

-président Ronald Reagan comporte des coupes encore plus profondes dans les dépenses sociales, alors que le budget d'armement du Pentagone s'accroît de plus de 19 % par rapport au niveau de celui de 1982. L'augmentation des dépenses militaires va entraîner un déficit budgétaire record.

Pour l'année fiscale 1983, qui commencera

1982, Ronald Reagan veut dépenser au moins 216 milliards de dollars pour la Défense, avec l'autorisation de lancer des pro-

Will REISNER

Les recherches militaires comprises dans le Plan de Ronald Reagan vont s'accélérer, y compris par rapport à l'époque record de la guerre du Vietnam. La Maison Blanche prétend que ces énormes augmentations sont nécessaires pour « tenir tête aux Russes ». Mais l'amiral en retraite Gene La Rocque, actuellement attaché au Centre d'information pour la Défense, souligne le rapport réel existant entre les forces américaines et soviétiques :

« Nos sous-marins disposent de 5 000

3000 sont pointées en permanence et prêtes à tirer sur l'Union soviétique. Les Soviétiques ont 400 armes nucléaires en mer prêtes à tirer sur les Etats-Unis. Les Etats-Unis disposent de 410 bombardiers stratégiques à comparer avec les 145 unités soviétiques. Plus de la moitié des bombariders soviétiques sont encore propulsés à hélices. Nous avons toujours eu davantage d'armes nucléaires stratégiques que les Sovietéques. Aujourd'hui, nous pouvons faire exploser 12 000 armes nucléaires sur l'Union soviétique, alors qu'ils ne peuvent en faire exploser que 7 000 sur les Etats-

Etats-Unis vont construire

17 000 armes nucléaires nouvelles dans les années 1980, si nous continuons à appliquer les plans en cours concernant les

MX, Cruise, Trident, Pershing-II, et autres

En outre, et en dépit de la propagande de la Maison Blanche, les Etats-Unis ensemble avec leurs alliés de l'OTAN, supplantent largement les alliés du Pacte de

Varsovie. D'après l'Institut international d'études stratégiques, les dépenses des

Etats-Unis et de l'OTAN ont dépassé celles du Pacte de Varsovie de plus de 300 milliards de dollars au cours de la derniè

Le but du budget de guerre de Ronald Reagan n'est pas, comme il le prétend lui-même, d'affronter une prétendue menace soviétique. Son but réel est de donner au Pentagone la capacité d'intervenir militairement dans le monde entier,

Men octobre USA (1). et plus particulièrement en Amérique centrale, dans la Caraibe et au Moyen-Orient, pour défendre les intérêts des entreprises américaines.

Ces derniers mois, les statistiques de l'administration Reagan ont prouvé publiquement que cette dernière préparait des plans pour envahir Cuba ou lui imposer un blocus, et qu'elle entend « faire tout ce qui est possible » pour empêcher le renversement de la Junte criminelle du Salvador. Ronald Reagan a aussi manifesté l'intention de défendre la monarchie d'Arabie Saoudite contre la révolution

Le budget du Pentagone pour 1983 montre que ces projets sont tout à fait sérieux. La plus grosse part de l'accroissement des dépenses revient de loin à la mise en place de forces d'intervention non nucléaires, comme la Force à déploiement rapide (RDF) de 110 000 hommes et à la Marine.

décidée par le président Carter, peut etre aéroportée partout dans le monde, avec des équipements adaptés aux sites proches des théâtres d'intervention. La RDF a déjà mis au point des intervention pratiques en Amérique centrale, dans la Caraibe et au Moyen-Orient. Une base permanente a été pour elle dans l'ile sous domination britannique de Diego Garcia dans l'océan Indien, où des navires chargés de tanks,

WAR grammes de recherche pour de nouvelles armes, qui pourraient porter les dépenses d'armement jusqu'à 257,5 milliards. Un budget additionnel de 5,5 milliards pour les armes nucléaires sera imputé au ministère de l'Energie plutôt qu'au Pentagone.

En fait, pour les cinq prochaines années, la Maison Blanche prévoit de dépenser 1 640 milliards de dollars pour l'armée, ce qui représente plus de 7 100 dollars pour chaque femme, chaque homme et chaque enfant vivant actuellement aux d'artillerie, de munitions, de carburant, d'eau, sont ancrés et prêts en permanence à faire route vers le golfe Persique.

D'autres infrastructures pour la RDF sont en construction près du golfe Persique, à Oman, au Kenya, en Somalie et en

Egypte. Le Pentagone prévoit de dépenser au moins 11 milliards de nouveaux équipements pour la R.DF en 1983 seulement.

Cela inclut de nouveaux avions de transport et des avions citernes pour leur permettre d'atteindre n'importe quel point dans le monde sans avoir à atterrir pour se ravitailler en carburant, et de nouveaux navires de transport.

L'administration Reagan décrit le rôle principal de la RDF comme étant de bloquer l'agression soviétique. C'est de la pure propagande visant à mieux la faire accepter par l'opinion publique. Quand les spécialistes militaires écrivent pour leurs pairs, ils ne font pas de mystères sur la cible véritable de la RDF. Pour prendre un exemple, l'assistant du secrétaire à la

Défense, Francis West, inquiet du fait que equipement de la RDF pourrait ne pas suffire à ses missions, note que « les nations du Tiers Monde, comme l'a illustré l'occupation de l'ambassade américaine en Iran, ne sont pas contrôlées par les

1. Cet article est repris d'Intercontinental

Press, hebdomadaire socialiste de langue anglaise paraissant à New York, volume 20, numéro 8,

SOCIAL

SERVICES

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préparatifs d'intervention contre-révolutionnaire en Amérique centrale, un million de jeunes Américains en âge de se faire enregistrer sur les listes préalatuent un élément de l'opposition de l'opinion publique américaine à une nald Reagan s'était opposé au draft mais, une fois en place, comme il est de coutume avec les promesses électorales faites par les dirigeants républicains ou démocrates, Ronald Reagan s'est empressé d'étendre l'enregistrement des jeunes en âge d'être enrôlés dans l'armée. Cette décision a été prise en janvier et elle n'est évidemment pas indépendante des menaces de guerre de l'impérialisme US. Le message de Ronald Reagan a d'ailleurs été clair : « Nous vivons dans un monde dangereux. Dans l'éventualité d'une future menace contre la sécurité nationale, l'enregistrement pourrait sauver les Etats-Unis en mobilisant en sous l'administration démocrate de Jimmy Carter, a été combattue par de multiples recours juridiques. Pendant cette première période, des centaines de milliers de jeunes ont refusé de se plier à une loi dont le statut légal était encore ambigu. Mais, même après que sa légalité ait été reconnue par la Cour suprême des Etats-Unis en juin 1981, l'opposition s'est maintenue. En Californie, le pourcentage de ceux qui ne se sont pas fait enregistrer atteint 50 %. Parmi les qu'il accordait jusqu'au ler mars un délai supplémentaire pour que les jeunes s'y soumettent. Ceux qui ne s'y seraient pas soumis après cette date pourraient être poursuivis, encourant une peine de 5 ans de prison et 10 000 dollars d'amende. Mais, après la date du 1er mars, le Service du système de sélection

(SSS) admettait que plus de 900 000 jeunes n'avaient toujours pas rempli ces million de jeunes récalcitrants à sa politique de préparation à la guerre. Il revient évidemment au mouvement anti-guerre aux USA de s'opposer à toute éventuelle attaque de ce type. Comme le note l'éditorial du Militant, organe du

Socialist Workers Party (SWP), du 12 mars dernier : « Les forces anti-guerre doivent être prêtes à défendre vigoureusement n'importe lequel de ceux qui seraient poursuivis en justice, si et quand le gouvernement tentera de le faire. »

Aussi les prochaines manifestations contre l'intervention américaine au Salva-

USA, et elles seraient tout à fait préparées et capables lorsqu'elle atterrit. »

Dans le cadre de l'effort fait par le pour améliorer sa capacité d'intervention dans le monde, le programme de construction de navires de guerre joue un rôle clef. Sur le budget de 1983, environ 88 milliards (41,7 milliards de plus qu'en 1979) sont destinés à la Marine, afin de passer des 475 navires actuellement en fonction à 600 à la fin de la

La Marine prévoit de construire deux groupes de combat supplémentaires autour de nouveaux porte-avions nucléaires, au coût de 17 milliards de dollars par groupe, portant à 15 le nombre de groupes de combat de la flotte américaine.

Des groupes de combat supplémentaires seront également mis sur pied autour de deux navires de guerre de la Seconde Guerre mondiale qui seront remis en état pour un coût de 761 millions de

Un million refusent de se aventure militaire de leur gouvernement en Amérique centrale.

moins de six semaines un effectif d'urgence. »

Noirs de Washington, il atteint environ 46 %.

dor devront-elles associer à leurs mots d'ordres la dénonciation du draft.

l'armée en cas de conscription.

En tant que secrétaire à la Marine,

John Lehman explique qu'une flotte de navires organisée autour de quinze de combat pourrait faire face

« simultanément à des conflits en Extrême-Orient, au Proche-Orient, dans le golfe dans l'océan Indien, sur les routes pétrolières vitales aautour de l'Afrique vers les Etats-Unis et l'Europe, la Méditerrannée, l'Atlantique Nord, la Caraibe et le

Pacifique oriental » (Washington Post, 7 février 1982).

En plus de la forte augmentation pour la RDF et la Marine, le budget d'armement de Ronald Reagan pour 1983 concernant les armes nucléaires s'accroîtra de 7 milliards de dollars pour l'année fiscale en cours. Quatre systèmes d'armes bénéficient d'une attention particulière :

- Le missile MX « donnera aux

Etats-Unis la capacité, pour la première fois, de menacer tous les missiles terrestres soviétiques », notait le New York Times du 11 août 1980. Equipé de dix têtes de jeunes plier au "draft"

Au moment même où l'impérialisme américain est lancé dans de multiples

Alors qu'il n'était encore que candidat à la présidence des Etats-Unis, Ro-

La loi sur l'enregistrement, adoptée par le Congrès américain à la mi-1980,

Lorsque Ronald Reagan a annoncé l'extension du draft, il a aussi précisé

Le gouvernement américain pourrait donc engager des poursuites contre ce

1. Draft : système d'établissement de listes nominatives de jeunes en age de partir à chercheuses indépendantes, avec une por tée de plus de 10 000 km, le MX pourrait détruire les silos soviétiques les plus ren-

Le missile Trident-Il lancé sous-marin, utilisant un système de guidage sophistiqué avec une portée supérieure à 12 000 km, est le premier missile souspour détruire de petites cibles militaires. Le Pentagone prévoit de déployer 13 sous-marins nucléaires de type Ohio, portant chacun 24 rampes de missiles Trident.

- Le troisième nouveau système d'armes, le missile Cruise, peut être lancé à partir de bases terrestres aussi bien que de navires, de sous-marins et d'avions. Il est si petit et vole si bas qu'il est supposé échapper au contrôle des radars. En plus, une fois lancé, le Cruise peut continuellement changer de direction pour éviter les

Le Pentagone produire de 4 000 à 5 000 missiles Cruise.

Un quatrième système, le Pershing-Il, est un missile terrestre de haute précision. L'OTAN prévoit de déployer 572 missiles Cruise et Pershing-Il en Europe occidentale en 1983. A partir des bases d'Allemagne de l'Ouest, le Pershing-Il pourrait atteindre les cibles soviétiques en moins de cinq minutes au lieu de trente minutes pour un missile lancé depuis les

Le Pentagone va aussi de l'avant avec le nouveau bombardier nucléaire B1 et travaille au bombardier Stealth (le Furtif), ainsi nommé parce qu'il serait invisible pour les radars soviétiques grâce aux matériaux qui le composeront.

Pourquoi les politiciens poussent-ils à la fabrication de ces armes de première frappe ? Ils savent que leur emploi serait suicidaire. Mais ces armes de l'apocalypse ont un but très pratique, qui est directement lié aux plans immédiats des dirigeants américains en Amérique centrale, dans la Caraibe et dans d'autres régions.

Le Pentagone veut une supériorité nucléaire écrasante pour empêcher les Soviétiques de venir à l'aide de quelque victime de l'intervention américaine. Mais la politique de Ronald Reagan doit affronter une puissante opposition, aussi bien aux Etats-Unis que dans le monde entier. En Europe, un mouvement se développe contre les plans de l'OTAN de déploiement des missiles Cruise et Pershing-Il sur le sol de l'Europe occidentale en 1983. La question de savoir si ces déciseront appliquées est maintenant Aux Etats-Unis aussi, existe une puissante opposition à l'intervention américaine au Salvador, prouvant que le « syndrome vietnamien » est loin d'être dépasdes manifestations contre l'intervention au Salvador le 27 mars à Los Angeles, à Oakland, à Seattle et à Washington. Et le 12 juin se déroulera à New York une manifestation pour le désarmement.

Will REISNER « Intercontinental Press », New York, 8 mars 1982.

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