« Un groupe de Nicaraguayens s'entraîne militairement, sous la direction d'exilés cubains dans le comté de San Bernardino dans le but, selon les dires mêmes des Nicaraguayens, d'envahir leur pays pour le libérer du gouvernement sandiniste », ainsi commençait un article du Los Angeles Times du 19 janvier 1982. Ce camp d'entraînement a été découvert par un journaliste à deux heures de route à l'est de Los Angeles. Il s'agit d'un terrain de 65 hectares de désert appartenant à un exilé cubain. Il a été baptisé « Camp Yumury » en mémoire d'une des multiples tentatives d'invasion de Cuba menée par les anti-castristes à l'embouchure de la rivière du même nom. Selon les déclarations des ex-somozistes, plus de 100 Nicaraguayens reçoivent un entraînement militaire intensif en Californie.
L'existence de tels camps en Floride avait déjà été relatée par la presse améri. caine. C'est en Floride que la majorité des émigrés réactionnaires cubains se sont re. groupés, rejoints plus récemment par leurs homologues nicaraguayens.
D'autres camps existent dans d'autres Etats américains. Si la région de Miami a perdu son monopole, l'extension des camps californiens ne rivalise pas encore avec celle des terrains « d'exercices mili taires à but contre-révolutionnaire » du sud-est des USA. On en connaît, en effet, à ce jour trois dans cette région, dont le
ETATS UNIS Les anti-sandinistes s'entraînent aux USA plus important s'étend sur 200 hectares, aux Everglades, à la pointe de la Floride.
En 1981, plus de 800 ex-somozistes ont été entraînés aux Everglades, qui est vraisemblablement, d'après le New York
Times, le plus ancien et le mieux rôdé des camps militaires organisés par l'extrême droite cubaine sur le territoire américain.
LES CAMPS ET LA LEGALITE
AMERICAINE Pourtant, selon l'« Acte de neutralité » inscrit dans la Constitution américaine de 1791, « le recrutement, l'entraînement ou l'envoi de rebelles depuis le sol américain, pour se battre contre un gouvernement étranger qui n'est pas en guerre avec les USA, est illégal ». C'est en se fondant sur cet « Acte » que l'administration US a arrêté les Haitiens membres de l'Organisation de libération de Haiti (OLH) en exil, au mois de janvier 1982, alors qu'ils tentaient de regagner leur pays pour se battre contre le régime de Jean-Claude Duvalier. « Ils risquent une peine de plusieurs années de prison », ont déclaré les représentants de la justice, en brandissant la Constitution. Mais, le jour même, ils affirmaient que les camps militaires dont il a été question plus haut, étaient tout ce qu'il y a de plus légaux. Même si « avocats et juristes concèdent en privé que ces exilés violent l'Acte de neutralite », comme l'affirme le Los Angeles Times, c'est dans l'impunité la plus totale,
Soldat salvadorien. (DR)
Jorge " Bombillo » Gonzalez, organisateur de milices anti-somozistes, dans son bureau près de sous le couvert de l'utilisation de terrains privés, que les forces réactionnaires préparent la guerre et l'invasion de Cuba et du Nicaragua. Leur entraînement est essentiellement axé sur la tactique de guérilla. Il consiste en exercices de tir, maniement des différentes armes, attaques de commandos, missions secrètes, sabotages,
Le département fédéral de la Justice et les autorités de l'Etat de Californie, mis au courant de la récente découverte du camp de San Bernardino, ont affirmé en chœur qu'il n'y avait pas là violation de la
Un secrétaire d'Etat adjoint, Thomas Enders, a même déclaré que les exilés n'entravent pas la loi tant « qu'ils ne blessent personne et tant qu'ils ne prévoient
"de manière clairement spécifiée" d'envahir un pays étranger ». Au niveau du comté de San Bernardino, le départe. ment de « l'application de la loi », interrogé par le New York Times a répondu : « Nous avons découvert ce camp au mois de décembre 1981 dans un coin reculé de notre comté. Nous avons intimé l'ordre aux nationalistes latino-américains d'arrêter de tirer avec de vraies munitions.» Depuis, ils sont censés être passés aux tirs à blanc, et leurs activités ne concerneraient plus, des lors, les autorités.
« S'ils utilisent des armes à blanc, ils ne sont pas illégaux », confirme le shériff, en ajoutant: « D'ailleurs, les boy-scouts font la même chose. » Le département de la Justice à Washington a renchéri, en déclarant : « Les exercices paramilitaires avec des armes autorisées ne constituent pas une violation de la loi. »
Il peut difficilement être plus évid'exilés cubano-nicaraguayens se fait avec l'aval des autorités locales aussi bien que fédérales de l'administration US
D'ailleurs, ces gusanos (vers de terre) contredisent eux-mêmes les autorités US quand celles-ci tentent de dissimuler l'appui qu'elles leur donnent. Ces exilés se moquent bien de la Constitution et ne se gênent pas pour crier haut et fort quels sont leurs objectifs : « Nous avons l'intention de renverser le gouvernement sandiniste. Il y a déjà un certain nombre d'entre nous qui sont retournés "près de la frontière du Nicaragua"», et ils précisent même que les ex-somozistes n'ont pas l'intention d'envahir le Nicaragua seuls ... Santiago Barquero, représentant officiel aux Etats-Unis de l'Union nicaraguayenne anticommuniste (UNA) rajoute, selon le New York Times : « Nous nous entraînons surtout avec les membres d'Alpha 66, organisation sœur cubaine, mais parfois nous le faisons seuls. »
Un ex-commandant de la Garde naSomoza, Roberto Cardinale, maintenant installé au camp d'Everglades pour ne pas perdre la main, déclarait à un autre journaliste : « Je vais rentrer chez moi, avec ou sans l'aide de Ronald Reagan. Je vais tuer les communistes et ramener la démocratie dans mon pays. » On sait de quelle démocratie peut parler un ex-officier de la sanglante garde prétorienne du tyran Somoza. Les membres d'Alpha 66 tiennent exactement les mêmes propos et ne cachent pas plus leur but, en violation flagrante de la Constitution
L'expression « clairement spécifiée » des buts, aussi bien ceux des anti-castristes que ceux des anti-sandinistes, constitue la preuve flagrante dont la américaine prétend avoir besoin activités sur le territoire des Etats-Unis. Ces preuves ont été publiées largement dans tous les grands quotidiens américains. Et pourtant ...
D'UTILES SUPPLETIFS
POUR L'IMPERIALISME US
Dans les rangs d'Alpha 66 on trouve, comme par hasard, le groupe de Cubains qui ont participé à l'opération de la Baie des Cochons avec l'appui de la CIA, le 17 avril 1961. A plusieurs reprises, des groupes de cette organisation ont été interceptés par les garde-côtes américains alors qu'ils étaient en route pour Cuba. Cela ne constitue visiblement pas une preuve de plus .. car leur grand avantage aux yeux de l'administration US, par rapport aux Haitiens par exemple, c'est leur féroce an-
C'est un membre d'Alpha 66, qui dispose d'une longue expérience, Humberto Perez, qui a été envoyé de Floride en Californie en décembre 1981, pour monter le camp cubano-nicaraguayen qui vient d'être découvert par la presse. Interrogé par le Los Angeles Times, il a déclaré : « Tout est légal, tout a été contrôlé par le shériff de San Bernardino. » L'évidence de la complicité des autorités locales et fédérales, au mépris de leur propre Constitution, est un défi de plus de l'administration Reagan.
Jusqu'à preuve du contraire, les USA ne sont pas officiellement en guerre, ni avec Cuba ni avec le Nicaragua. Alors, qui permet à ces exilés d'avoir l'audace d'affirmer qu'ils s'entraînent militairement sur le sol américain afin d'aller se battre contre leur pays ? Un des éléments de réponse à cette question réside dans la plate-forme électorale des Républicains qui ont remporté les dernières élections aux
Dans celle-ci, « les Républicains déplorent la prise du pouvoir par les marxistes sandinistes au Nicaragua et s'engagent à soutenir les efforts des Nicaraguayens qui tenteront de rétablir un gouvernement démocratique et libre ». C'est forts du soutien et des menaces émises quotidiennement par le secrétaire d'Etat, le général Alexander Haig, et le Pentagone contre Cuba et le Nicaragua, que des dizaines de milliers de réfugiés farouchement anticommunistes de ces deux pays s'entraînent aujourd'hui au grand jour,
C'est grâce à ce soutien que Jorge Gonzales, ancien repris de justice cubain, actuellement commandant d'un de ces camps en Floride, peut déclarer : « Oh oui, nous envoyons en ce moment des hommes au Nicaragua. Je ne peux pas vous dire combien on en a déjà envoyés. : Ils ne vont pas directement au Nicaragua. Ils vont d'abord dans un autre pays, je ne peux pas vous dire où. » Pas besoin d'être bien malin pour deviner qu'il s'agit vraisemblablement du Honduras, base de la contre-révolution en Amérique centrale établie par le Pentagone.
Explicite sur les complicités du gouvernement américain, le « major » Hector qui dirige avec Luis Gonzalez (dit « Bambillo ») le camp d'entraînement des Everglades à la pointe de la récemment : « Du temps de Nixon et de Carter, ce que nous faisions était considéré comme un délit. Depuis l'arrivée au pouvoir de Reagan, personne ne nous embête plus. » (Le Monde, 5 janvier 1982.)
Los Angeles, 15 février 1982.