OUR faire le point sur la situation d'ensemble en Améri-
P que centrale a la veille des élections salvadoriennes, nous avons interviewé notre camarade Jean-Pierre Beauvais, membre du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, qui vient d'effectuer un voyage a Cuba et au Nicaragua et un séjour dans les zones contrôlées par le Front Farabundo Marti
« INPRECOR » : - A l'approche des élections du 28 mars à l'Assemblée constituante au Salvador, le régime donne des signes de décomposition de plus en plus avancée. Comment as-tu perçu le méca-
Jean-Pierre BEAUVAIS: - La crise a été à la fois révélée et accélérée par le processus électoral. Inutile de revenir sur le caractère complètement frauduleux de ces élections. Elles ont cependant fait ap paraître deux pôles dans la bourgeosie :
d'une part la Démocratie chrétienne, et d'autre part les partis d'extrême droite dont le plus dynamique est l'Accion
Republicana Nacionalista (ARENA) du major Roberto d'Aubuisson. Cette division illustre l'absence de perspectives du côté des forces bourgeoises. L'extrême droite attaque violemment la Démocratie chrétienne, mais elle n'a pas d'alternative positive autre que l'écrasement et l'intensification du massacre. Elle a rencontré
Entrainement de guérilleros du FMLN. (DR)
Le Nicaragua, Cuba
de retour d'Amérique centrale
Get 1009 de mars 1982. un certain écho ces derniers temps dans le désespoir d'une partie de la petite bour-
Derrière cette évolution, il y a la conscience qu'une victoire militaire sur le FMLN n'est plus possible, ment que le rapport des forces se dégrade chaque jour en sa faveur, la conviction que cette tendance ne peut être renversée dans un avenir prévisible.
La crise économique aggravée par cette débâcle politique la nourrit en refuite massive des capitaux, fermeture des entreprises étrangères installées dans la zone franche, hémorragie de techniciens ...
grand problème reste l'armée. Queis sont les effets de cette situation en son sein ? Des indices de division sont apparus au niveau de la caste des officiers. Une partie soutient l'extrême droite. Une autre reste avec la Démocratie chrétienne sous la pression des Etats-Unis. Le phénomène nouveau, c'est l'apparition d'un de libération nationale (FMLN) au Salvador. Notre camarade a déjà rendu compte de son voyage dans une série d'articles publiés par Rouge, organe de la section française de la IVe Internationale, numéros 1006, 1007, 1008 courant qui envisage désormais la négociation comme la seule issue possible. A sa source, il y a notamment des anciens partisans du colonel Majano, mais il semble s'être étendu au fur et à mesure des échecs militaires récents de l'armée. Leur idée est que plus tôt on négociera, plus on aura de chance de sauver la colonne vertébrale de l'institution militaire ..
- Précisément, la force et la capacité d'initiative militaires du FMLN depuis le milieu de l'année 1981 semble avoir surpris la Junte elle-même, qui croyait lui avoir infligé des coups décisifs au moment de l'offensive généralisée initiée le 11 janvier 1981. Comment s'explique un renforcement aussi rapide ?
- Après l'échec - relatif -- de l'offensive qu'il avait lancée en janvier 1981, beaucoup d'observateurs ont eu tendance à exagérer les effets de cet échec sur l'influence de masse du FMLN. Les militaires eux-mêmes, l'impérialisme, la Junte, en ont tiré la conclusion que le FMLN était qualitativement affaibli. C'est d'ailleurs en fonction de cela qu'ils ont cru pouvoir monter leur opération de légitimation électorale.
Ils se sont lourdement trompés. Les dirigeants du FMLN font aujourd'hui un bilan critique de la tactique suivie en janvier 1981. Mais ils ne pensent pas y avoir perdu leur influence. Ils pensent que si les masses n'ont pas répondu à leur appel à la grève générale comme ils l'escomptaient (notamment dans la capitale), c'est parce qu'elles avaient senti qu'elles-mêmes n'avaient pas les moyens de faire face à la répression et que le FMLN n'avait pas encore les moyens de les défendre dans le cadre d'un mouvement insurrectionnel. Les « farabundistes » en ont tiré conclusion que ce genre d'appel sans préparation suffisante de l'autodéfense de masse était une erreur.
Les formes prises par la nouvelle offensive lancée par le FMLN à partir de septembre-octobre derniers découlent partiellement des leçons qui ont été tirées de cette expérience.
D'abord en ce qui concerne le travail dans les villes. C'est peut-être l'aspect le plus méconnu : la réorganisation, l'implantation, la consolidation de noyaux de miliciens dans les quartiers populaires et sur les lieux de travail ; l'initiation à l'autodéfense à partir des noyaux constitués, directement liés aux structures de masse qui ont réussi à subsister malgré la répression (syndicats clandestins, etc.).
Ensuite, dans le cadre de cette offensive, le FMLN a sensiblement étendu les zones sous son contrôle. C'est un élément important du rapport de forces, qui a permis de développer un travail de masse systématique, d'entreprendre des réformes, de mettre en œuvre des mesures sanitaires et d'éducation, de jeter les bases d'un embryon d'administration. A partir de la consolidation et de l'extension de cette influence de masse, il y a eu un renforcement considérable de la capacité militaire à partir, par exemple, de la mise sur pied d'un véritable système d'écoles de formation militaires. Ces zones ont été un facteur déterminant pour la transformation des noyaux de guérilla initiaux en véritables colonnes, embryon d'une armée populaire révolutionnaire.
Enfin, il y a eu en général la compréhension de la nécessité de développer des initiatives militaires avec un appui de masse. Ainsi, il faut comprendre que les actions sur les villes comme San Miguel et Usulutan, avec occupation durant quelques heures ou quelques jours, ne sont jamais menées de l'extérieur sans une préparation dans la ville même et la participation de secteurs importants de la population (barricades, renseignement, infrastructure de ravitaillement) qui prennent confiance dans leurs propres capacités à travers cet engagement. Ces opérations ne sont donc pas conçues comme devant durer, mais comme un moyen de multiplier les liens entre les colonnes armées et le mouvement de masse. Des répétitions locales dans une perspective d'insurrection généralisée.
- A ce propos, y a-t-il des discussions parmi les révolutionnaires eux-mêmes sur leur perspective stratégique, comme ce fut le cas entre les différentes tendances du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) au Nicaragua ?
- Il n'y a pas de débat public en des termes précis. Une chose est claire : toutes les forces qui composent le FMLN ont tiré des leçons à peu près communes de l'expérience de janvier 1981. On ne peut appeler à l'insurrection sans une meilleumasse et de l'autodéfense ...
Cependant, tant dans les appels de la direction que dans les discussions, on peut noter des nuances quant aux rythmes du processus révolutionnaire. Dans les secteurs qui ont longtemps défendu une pespective de guerre révolutionnaire prolongée, même s'ils l'ont remise en question, il semble qu'il y ait tendance à placer la perspective insurrectionnelle à une échéance plus lointaine, en insistant surtout comme préalable sur le degré de dé. veloppement de la lutte à la campagne.
Ces nuances peuvent recouper des appréciations différentes sur l'attitude à adopter face à l'offensive diplomatique internationale pour pousser à des négocations, offensive menée par le Mexique et la social-démocratie internationale à partir des propositions faites par le président mexicain José Lopez Portillo fin février à Managua.
- Quels sont, vus du Salvador, du Nicaragua, de Cuba, les effets perceptibles de ces grandes manœuvres diplomatiques internationales ?
- D'abord, il est clair que depuis l'offensive diplomatique mexicaine et le discours de Managua de José Lopez Portillo, et surtout en raison de la dégradation à vue d'œil de la situation de la Junte salvadorienne, à envisager comme possible l'hypothèse de négociations qu'elle avait jusque-là catégoriquement écartée.
Je dis « envisager comme possible » ... Car cela ne change pas l'axe actuel de la politique américaine, qui est l'aide massive, politique et militaire à la Junte. Et il n'y a pas de doute que cela continuera si ces élections confirment la situation actuelle, avec la Démocratie chrétienne au pouvoir.
Maintenant, sur les propositions mexicaines, il y a une convergence entre la bourgeoisie mexicaine, le Nicaragua et Cuba. Mais, derrière cette convergence, on peut facilement percevoir à travers les dé. différents.
La bourgeoisie mexicaine veut avant tout contenir la montée révolutionnaire dans la région, au prix de concessions et de réformes - agraires notamment pour tenter de stabiliser la situation et de bloquer la vague révolutionnaire au Guatemala ... Chez les Nicaraguayens et les Cubains, derrière le soutien au « Plan Portillo », il y a une vision des choses différente. Ils ne cessent de répéter quotidiennement aux masses mobilisées à Cuba (et elles le sont) que l'avenir de la révolution cubaine dépend de la victoire révolutionnaire au Salvador et au Guatemala. Les Nicaraguayens ne disent pas autre chose. Mais leur point de vue, c'est qu'il faut à éviter l'intervention directe américaine, qui serait difficilement circonserite à un seul pays, qui pourrait embraser toute la région et signifier un recul considérable pour le Nicaragua et Cuba
Comme ils sont très inquiets de la crise de direction bourgeoise aux EtatsUnis, ils sont préoccupés de ménager une porte de sortie à l'administration Reagan, ce qui impliquerait nécessairement concessions en contrepartie. C'est de cela
La porte est évidemment très étroite. La volonté est une chose et elle ne fait pas de doute. Il ne s'agit pas seulement de paroles mais d'actes et d'une éducation quotidienne des masses dans ce sens. Mais la logique des concessions n'est jamais jouée d'avance.
La position des Salvadoriens s'inserit dans ce contexte. Ils se disent d'accord avec les points concrets du « Plan Portillo », qui d'ailleurs restent très évasifs concernant le Salvador. Ils avancent l'idée très générale d'élections avec négociation. Les « farabundistes » pensent que toute ouverture de négociations, à condition qu'elles « ne remettent pas en question les acquis politiques et militaires de plusieurs années de lutte » (pour reprendre une formule souvent entendue), ne peut affaiblir ni la mobilisation ni le soutien de masse dont ils bénéficient. Elle nourrirait au contraire l'espoir d'épargner des dizaimorts. En revanche - toujours selon eux -, des négociations ne pourraient qu'approfondir la crise et les différenciations au sein de la bourgeoiconsidèrent déjà aujourd'hui qu'un des facteurs de la crise majeure de l'armée est le produit de la combinaison entre leur offensive militaire et leurs propositions de négociations. Ils tiennent donc à l'idée qu'ils n'ont rien à perdre mais tout à gagner à l'ouverture d'un processus de négociations.
- D'après les informations récentes dont nous disposons sur le Nicaragua, la logique des contreparties et des concessions y a déjà pris des formes concrètes. Mais, en même temps, il y a une intense mobilisation pour faire face à l'agression impérialiste..
- Il faut avant toute chose être absolument clair sur un point: l'agression impérialiste est d'ores et déjà, aujourd'hui, une réalité quotidienne au Nicaragua. Il y a tous les jours des combats sur la frontière hondurienne de la côte Atlantique. Ils ont coûté la vie à des dizaines de Nicaraguayens ces dernières semaines. Les incursions de bandes réactionnaires à partir de la frontière se multiplient et obligent les sandinistes à d'importants déploiements de forces. Ces dernières semaines, on a intercepté de plus en plus de commandos infiltrés, avec un armement puissant et des objectifs d'attentats, de sabotages, d'assassinats de dirigeants. On pourrait donner une longue liste d'exemples ...
Alors que le Nicaragua fait déjà face à des difficultés économiques énormes, accentuées encore par les mesures de rétorsion impérialistes, consacrer de plus en plus de ressources à la défense et à la protection de la popula-
A ce propos, la campagne de propagande impérialiste sur l'accroissement des capacités militaires du Nicaragua, l'accusant presque de « surarmement », est particulièrement scandaleuse : l'effort militaire est un sacrifice supplémentaire pour les Nicaraguayens et la réponse obligée à l'agression constante de l'impérialisme.
Ces dernières semaines, une grande partie de la propagande impérialiste s'est aussi concentrée sur la question des Indiens Misquitos. Il y a, dans ce cas, comme dans celui de toutes les populations indigènes marginalisées par rapport à un Etat, des problèmes culturels, économiques et
La nouvelle junte au pouvoir à Guatemala Ciudad. (DR) sociaux spécifiques. Mais, dans ce cadre, si plusieurs milliers de Misquitos ont été déplacés, cela répond principalement à la nécessité de leur protection contre les attaques menées à partir du Honduras. s'agit en effet d'une population qui vivait dans la vallée frontière du rio Coco, sur la rive nicaraguayenne. Elle était exposée à des incursions régulières et à des tirs à l'arme lourde venant de l'autre côté de la frontière. Sa protection devenait impossible sans le déploiement d'importants effectifs militaires.
Il a alors été décidé de les évacuer hors de portée des attaques avec, semble-t-il, l'accord de la majorité d'entre eux. La campagne impérialiste s'est appuyée large. ment sur les déclarations de la haute hiérarchie épiscopale de Managua. Pourtant, plusieurs sénateurs et représentants amé. ricains en visite au Nicaragua ont été aussitôt invités à visiter le premier campement Misquito. Leur impression générale a été que les Indiens étaient d'accord, se sentaient plus en sécurité, et ne se considéraient ni prisonniers ni déplacés de force. Mais les déclarations télévisées de ces sénateurs n'ont guère été reprises par la presse américaine. Elles ont pourtant été confirmées par le témoignage de prêtres qui se sont rendus sur les lieux et qui contredisent l'épiscopat. Les sandinistes ont en outre invité des représentants du Vatican et de l'Organisation des Etats américains (OEA) à venir enquêter ... Je crois qu'une mise au point sur ce sujet était nécessaire.
Maintenant, sur le fond, les positions générales du FSLN sur l'économie mixte, sur le pluralisme, ont été réaffirmées lors de la Ile Conférence sandiniste qui a eu lieu fin janvier. A partir de cette Conférence s'est développée une nouvelle offensive pour trouver un nouveau modus vivendi avec la bourgeoisie et notamment avec le Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP), après les arrestations de dirigeants patronaux qui avaient eu lieu en octobre 1981 dans le cadre de la Loi d'urgence.
Deux types de mesures ont été prises à cet effet. D'une part des mesures économiques dont la principale donne la possibilité aux patrons exportateurs de récupérer une partie de la vente de leurs produits directement en dollars, et la possibilité de changer ces dollars sur le marché parallèle (ce qui équivaut quasiment à un doublement du revenu) sans qu'il y ait en contrepartie un réglement obligeant ces revenus à se transformer en investissements productifs. Cela signifie donc un enrichissement sensible des secteurs bourgeois les plus significatifs et des propriétaires terriens. On estime à environ 120 000 les bénéficiaires de ces mesures qui risquent d'accélérer l'inflation sans apporter la moindre solution à la crise économique. Il va sans dire que ces mesures ont été accueillies favorablement par le COSEP, qui y voit l'ouverture d'une nouvelle situation politique.
D'autant plus que, d'autre part, les dirigeants du COSEP arrêtés en octobre ont été libérés et autorisés à reprendre leurs fonctions, alors que le droit de grève demeure suspendu au nom de la Loi d'urgence et que les dirigeants du Parti communiste nicaraguayen (PCN) sont toujours arrêtés.
Ces mesures visent fondamentalement un objectif face à la menace d'agression impérialiste et somoziste : tenter de reconstituer une sorte d'unité nationale.
Cette recherche consensus national avec l'essentiel de la bourgeoisie se combine avec une grande offensive diplomatique visant à mettre en échec la politique d'encerclement impérialiste. Le rapprochement et le développement de relations privilégiées avec le gouvernement mexicain, l'importance accordée à la réunion de la Conférence permanente des partis politiques d'Amérique latine (COPPAL) tenue à Managua, la volonté de maintenir les meilleurs rapports possibles avec l'Internationale socialiste - dont le rôle est jugé « très po sitif » - sont les trois volets de cette offensive qu'appuient les dirigeants cubains et les révolutionnaires salvadoriens.
Les dirigeants nicaraguayens conscients de l'importance mais aussi des limites et du caractère contradictoire de ces prises de position. Ils savent que la plupart de ceux qui s'opposent à une intervention crainte de la vague d'anti-impérialisme qu'elle susciterait chez eux et sur l'ensemble du continent. Ils savent que ceux qui sont favorables à une solution négociée au Salvador veulent avant tout limiter l'impact qu'aurait une du FMLN. Ils savent que s'ils défendent aujourd'hui le Nicaragua, c'est également pour tenter de contenir le processus
Ils pensent - et ils ont raison -qu'en ce moment, là n'est pas l'essentiel. D'autant qu'ils savent qu'après la Pologne, l'URSS n'irait pas au-delà de menaces platoniques en cas d'intervention contre leur pays. Mais ce qu'ils sousestiment, à notre avis, c'est le poids nouveau de la combinaison entre cette réalité internationale autour de la révolution nicaraguayenne et la dynamique interne de celle-ci.
La bourgeoisie nicaraguayenne n'a plus le pouvoir politique. Mais son pouvoir économique reste considérable. Cette situation ne peut être que transitoire. Or, dans le contexte actuel, la recherche de
l'«unité » au plan national, les concessions auxquelles cela a déjà conduit, ont des effets qui peuvent coïncider objectivement avec l'action politique et économique de tous ceux qui, internationalement, « soutiennent » le Nicaragua pour mieux freiner le processus révolutionnaire. Dans ces conditions, de nouvelles marges de manœuvre, un nouvel espace politique plus adapté à son poids économique, peuvent s'ouvrir à la bourgeoisie nicaraguayenne. Outre le risque d'intervention, c'est là un des grands dangers de la situation présente.
Face aux périls, la direction du FSLN s'appuie sur la mobilisation des masses, sur la force de l'appareil politique et militaire né de la révolution, sur les progrès des camarades salvadoriens. C'est évidemment fondamental. Mais la voie est, malgré tout, des plus étroites. Plus que jamais, le futur de cette révolution repose sur d'autres victoires en Amérique centrale et sur le soutien du mouvement ouvrier et des révolutionnaires du monde entier.
- Pour terminer : Cuba. Tu auras l'occasion de revenir prochainement dans nos colonnes sur ton voyage à Cuba. Mais quelles sont tes premières impressions quant à la mobilisation contre les menaces impérialistes en Amérique centrale et dans la Caraibe ?
- La mobilisation populaire à Cuba contre l'impérialisme et en solidarité avec la lutte révolutionnaire du peuple salvadorien est très élevée.
Dans les discours, dans les discussions, dans les réunions d'information sur le Salvador, on trouve systématiquement l'idée de l'importance de la lutte au Salvador pour la révolution cubaine, pour son avenir, pour son renforcement.
L'autre aspect, par rapport aux USA, c'est l'éducation de la population sur le fait qu'une intervention militaire impérialite est possible à n'importe quel moment. Non en fonction d'une vision simpliste de l'impérialisme qui serait agressif par nature, en général, mais en fonction d'une analyse plus précise : la crainte d'une fuite en avant de l'impérialisme liée à la crise de direction bourgeoise. L'impression générale de tous ceux qui peuvent comparer les deux époques, c'est que la mobilisation actuelle des masses à Cuba n'a d'autre équivalent que celle qui existait au moment de la « crise des fusées » en 1962. Autrement dit, elle est extraordinaire. Elle se manifeste notamment par l'élargissement et la formation accélérée de la milice, la mise en état d'alerte permanente de nombreux réservistes sur les lieux de travail, la mobilisation des organisations de masse et des Comités de défense de la révolution (CDR). A La Havane, ont été systématiquement formées dans les CDR des commissions d'évacuation, quartier par quartier, immeuble par immeuble, auxquelles sont rattachées tous les habitants. C'est véribalement un peuple tout entier en état d'alerte.
Propos recueillis par Daniel JEBRAC Paris, 25 mai 1982.