De "l'insurrection armée" à la "voie pacifique"
INDE
Dès la fin du XIXe siècle, l'Inde a commencé à être industrialisée, l'apparition précoce du Parti communiste indien (PCI), fondé en 1928. Durant les vingt premières années de son existence, le PCI n'a guère exercé d'influence sur les courants nationalistes qui ont fini par arracher, les 14-15 août 1947, l'indépendance de l'Inde jusque-là sous domination britannique.
Dirigé pendant ces vingt années par P. C. Jothi, le PCI a défendu à la fois les thèses du « communisme constitutionnel » tout en s'opposant au Quit India Movement (Mouvement « Abandonnez l'Inde ! ») lancé par le Mahatma Gandhi, et a participé massivement à l'effort de guerre de la Grande-Bretagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Suivant l'exemple de ces pays qui, au sortir de la guerre, ont retourné leurs armes contre leurs anciens maîtres, tels la Chine et la Yougoslavie, avec la rebellion paysanne de Telengana - le « Yunan indien » —, une vague révolutionnaire s'est développée en Inde à partir de 1946.
Dans l'ombre de l'envoyé du Kominform, Andrei Jdanov, le Ile Congrès du PCI réuni à Calcutta en 1948 adopta la ligne d'« insurrection urbaine armée avec les théories de Tito de la révolution combinée ». En juillet de la même année, la guérilla rurale de Telengana dans l'Etat de l'Andhra Pradesh avait déjà organisé en « communes » plus de 2 500 villages, Entre-temps, Tito était mis au ban du Kominform, tandis que le secrétaire
B. T. Ranadive, faisait l'autocritique de ses déviations « tito-trotskystes » et disparaissait pour laisser la place à C. Rajeswar Rao, le leader de Telengana.
La Chine s'était éveillée ; en Asie, s'imposait. C. Rajeswar Rao était « maoïste » et, à l'époque, Moscou et Pékin s'étaient partagés les tâches : à la Chine revenait « l'honneur de guider le Tiers Monde ». Après le discours prononcé par Liu Shaoqi au VIle Congrès du Parti communiste chinois (PCC) en novembre 1949, le Parti du Congrès national indien et son dirigeant, le pandit Jawaharlal Nehru, Premier ministre du pays depuis l'Indépendance, devenaient des « alliés de classe » comme l'était toute la bourgeoisie nationale. Finalement, C. Rajeswar Rao fut écarté et le PCI, avec l'accord de Moscou et de Pékin, se retira en 1951 des flammes vacillantes de la rébellion de Telengana. A la tête de la nouvelle direction on retrouva Ajoy K. Gosh.
Depuis le début des années 1950, une crise couvait au sein du PCI, due à la désorientation d'une fraction de plus en plus importante de sa base comprenant mal les renversements de vapeur successifs préconisés par Moscou et Pékin. La crise couvait, ce qui n'empêcha pas la direction du PCI de faire adopter par sa base les thèses sur la « voie pacifique vers le socialisme » au Ve Congrès du parti, tenu à Amritsar en 1958. Un an plus tôt, le gouvernement régional du Kerala avait été conquis « pacifiquement » par le PCI. Un an plus tard, le gouvernement PCI du Kerala tombait, tout aussi pacifiquement.
Conjointement à l'échec de la politique du PCI au Kerala, la rupture sino-soviétique de 1961 acheva de diviser les diffé rentes fractions. La crise se polarisait entre deux pôles, un POC « droitier » pro-Moscou et un PZC de « gauche » pro-Pékin. Les frictions entre les deux pôles — touiours théoriauement regroupés au sein du même PCI — s'aggravèrent, d'abord du fait du conflit sino-indien de 1962, puis avec la guerre pakistano-indienne de 1965, durant laquelle Moscou prit le parti de la bourgeoisie indienne contre le Pakistan allié de la Chine.
Après une âpre lutte pour le contrôle des organes du parti, une fraction importante de la base (70 % au Bengale occidental) quitta le vieux PCI et rejoignit les rangs du nouveau parti créé le 7 juillet 1964 à Tenali, le PCI-M (marxiste). La scission fut consommée, mais les directions restèrent à peu de choses près les mêmes.
En effet, le portrait de Mao Zedong fut mis à la poubelle aussitôt les délégués de la Conférence de fondation repartis. La direction du PCI-M refusa de se réaligner idéologiquement sur Pékin, s'allia avec le PCI et treize autres partis de gauche au Bengale occidental, et remporta les élections régionales de cet
Pourtant, à la même époque, la « pensée Mao Zedong » était vivante dans la base du PCI-M du Bengale occidental. Ce dernier, sous la direction de Charu Mazumdar et d'autres, organisait le soulèvement armé des paysans de Naxalbari dans le district de Darjeeling. Naxalbari fut le très bref, mais très meurtrier, « tonnerre printanier » (Mao) qui faillit déferler sur l'Inde. Le gouvernement bourgeois de New Dehli se frottait les mains : il suffisait de laisser un gouvernement formé uniquement de partis ouvriers « légalistes » se préoccuper du problè me pour démontrer leur incapacité à faire respecter « la loi et l'ordre ». D'après la Constitution indienne, le gouvernement central peut, dans de telles circonstances, révoquer un gouvernement régional incapable.
menée par le gouvernement du « United Front », le mouvement naxalite s'écroula, laissant en héritage à l'Inde une bannière la rébellion, une cause pour les désespérés et un nouveau vocable politique qui, depuis, n'a cessé de ressurgir ici et là.
Naturellement, la base du PCI-M qui avait participé au soulèvement naxalite s'accomoda mal de la trahison de direction et, en avril 1969, était créé le PCI-ML.
Une activité routinière marqua la vie des partis ouvriers jusqu'à la fin des années 1970. Après avoir soutenu l'emergen cy (état d'urgence) proclamé par Indira Gandhi le 26 juillet 1975, le PCI et le PCI-M se retrouvèrent ensemble au pouvoir lors du bref interlude provoqué par la chute du Parti du Congrès (I), le 22 mars 1977, en participant au gouvernement central de 1977 à 1980.
Depuis le retour en force électoral du Parti du Congrès (I), le 14 janvier 1980, les PC sont dans l'opposition. Seule une fraction du PCI conduite par le vétéran stalinisme indien, S. A. Dange, est restée « fidèle » à Indira
Suivant à la lettre la politique de Moscou, S. A. Dange considère que le Parti du Congrès (I) représente la seule voie possible pour le prolétariat et la bourgeoisie indienne, la seule alternative imaginable à une nouvelle emprise impérialiste. S. A. Dange a, bien sür, cautionné l'emergency ... La surprise à propos de son exclusion, au cours de l'été 1981, étant due au fait qu'elle soit venue si tard. Depuis, à la traîne du Parti du Congrès (I), le quatrième parti communiste indien, le All India Communist Party (AICP) de S. A. Dange fait chorus avec la Pravda. De leur côté, le PCI et le PCI-M se sont tous deux distancés de Moscou et de Pékin, et on parle à leur propos d'une fusion prochaine.
C. L.