Inprecor 1974–2004

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POLOGNE

Le programme de la junte militaire : une « entente nationale » sous les baïonnettes

· Inprecor n° 122, 5 avril 1982 · p. 22-24 · 2 894 mots

Jacqueline Allio était le pseudonyme de Jacqueline Heinen, membre de la direction internationale dans les années 1980, responsable du travail femmes et du travail sur la Pologne.

Pologne Stalinisme Syndicalisme

E Parlement de la République populaire de Pologne confirme une fois de plus la nécessité de concrétiser l'idée d'« entente nationale ».

Non, cette déclaration ne date pas d'octobre ou de novembre dernier, alors que cette antienne des autorites faisait la « une » quotidienne de la presse polonaise. Elle date du 27 février, deux mois et demi après le coup de force qui a réduit au silence le syndicat Solidarité et l'ensemble des travailleurs polonais.

La veille, le général Jaruzelski confirmait que l'état de sie-

Jacqueline ALLIO

La réaffirmation de la nécessité de

« poursuiure l'effort pour créer et consolider une large plate-forme de coopération entre toutes les forces de la nation, toutes les personnes de bonne volonté, indépendamment de leurs opinions et de l'organisation à laquelle elles appartiennent », par un Parlement qui venait d'approuver sans réserves la politique de la Junte militaire de salut national (WRON), exprime bien plutôt la crise persistante de la bureaucratie polonaise et son incapacité à définir un projet qui permettrait de restaurer son autorité auprès des masses et de sortir le pays de la crise économique dramatique dans laquelle il se trouve plongé.

C'est une chose que d'interdire toutes les libertés démocratiques et syndicales et d'instaurer l'état de guerre sous la menace des baïonnettes pour préserver le pouvoir politique de la bureaucratie.

Mais, comme le remarque Adam Michnik dans un texte qu'il a fait parvenir au Spiegel (1) depuis son centre de detention, c'en est une autre que « de procéder à une réforme de l'économie à l'aide de baïonnettes, de dénonciations et de policiers ».

Or l'amélioration de la situation économique, tout comme la reconstruction du parti et la collaboration de la hiérarchie catholique, font partie des conditions essentielles à la réussite de tout projet de recomposition politique avancé par la bureaucratie. Faute d'avoir remporté une quelconque victoire dans ce sens, trois mois après le 13 décembre, cette dernière n'est toujours pas parvenue à obtenir le ralliement de dirigeants significatifs de

Solidarité et, loin d'avoir reçu l'appui d'une partie significative de l'intelligentsia comme elle l'espérait, elle est au contraire obligée de constater que les prises de position des enseignants, des écrivains, des artistes, etc., se multiplient et jouent un rôle décisif dans l'encouragement donné au mouvement de résistance.

une entente nationale sous les baïonnettes nais (POUP).

trémistes.

le gouvernement et le Parlement ?

Diviser pour régner, c'est pourtant une des règles d'or de la caste bureaucratique qui revêtait une importance particulière au lendemain de l'établissement de la dictature militaire. Mais pour gagner les uns, pour acheter les autres, encore faudrait-il qu'elle ait quelque chose à concéder sur le plan matériel. Tout indique ce.

pendant que les perspectives économiques sont plus sombres que jamais et la détermination de la classe ouvrière, dans son refus de collaborer avec ceux qu'elle considère comme des occupants, témoigne de l'impasse dans laquelle se trouvent les dirigeants polonais.

UNE ECONOMIE A VAU-L'EAU

Non seulement la dette de la Pologne à l'égard de l'Occident se monte maintenant à plus de 27 milliards de dollars, mais les experts internationaux prévoient une augmentation de 5 milliards de celleci pour l'année à venir. Le gouvernement polonais s'est montré totalement incapable de faire face au paiement des 2,4 mil-

Gdyby robotnicy zaprotestowali hilka lat astestany sytuay gospodarrey.

« Si les ouvriers avaient protesté quelques années plus tôt, nous ne nous trouverions pas dans une situation aussi catastrophique aujourd'hui. C'est pourquoi ce sont les ouvriers eux-mêmes qui portent la responsabilité de la situation actuelle du pays ! »

Dessin de Andrzej Krauze, hebdomadaire Kultura de Varsovie. (DR)

ge n'était pas près d'être levé et qu'il ne tolérerait aucune opposition, pas plus dans que hors du Parti ouvrier unifié polo-

Au même moment, la presse, qui avait longtemps présenté

Lech Walesa comme un « homme raisonnable », lançait une campagne contre le leader syndical soudain classé parmi les ex-

Déclarations de façade ? Incohérence ? Divergences entre liards de dollars qu'il aurait dû rembourser sur la dette de l'an passé. Plus, il n'avait toujours pas payé la totalité de l'arriéré des intérêts de l'an passé début mars 1982. Et les banquiers occidentaux, qui faisaient de ce règlement une condition sine qua non du rééchelonnement de la dette, ont exigé le report au mois d'avril de la réunion de signature de l'accord à ce propos. Le produit national brut (PNB) a diminué de 30 % en 1981 et la production industrielle, tombée de

25 % durant la même période, a encore baissé de 13,7% en janvier et de 11,6 % en février 1982, en comparaison aux mêmes mois de l'année précédente. Rien d'étonnant dès lors à ce que les exportations aient diminué de 20 % en un an.

Quant aux limitations drastiques des importations imposées l'an dernier par la bureaucratie pour tenter d'enrayer l'infla-

1. Adam Michnik, Der Spiegel, Francfort- sur-le-Main, numéro 10, 8 mars 1982. Ce texte a été reproduit, pour ses passages essentiels, dans le Matin de Paris, mercredi 24 mars 1982.

nie dosztoby do tak

Dlatego berposredię odpowiedrieluosć za obecna sytuays w kraju pomosza sami roboting

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tion de la dette à l'égard des pays occielles ont eu pour conséquence directe de bloquer la production dans un très grand nombre d'entreprises. A l'heure qu'il est, 40% des usines connaissent de graves difficultés de fonctionnement vu le manque de pièces de rechange, de matières premières ou d'éléments technologiques antérieurement importés de l'Occomme Fiat-Polski tourne à 50 % de ses capacités pour ces

Tout cela, bien sûr, se traduit par une détérioration croissante des conditions de travail et d'existence de la classe ouvrière, en particulier et avant tout pour les couches les plus défavorisées. briques du textile de Lodz ont dû fermer leurs portes ces dernières semaines, par exemple, faute de matières premières. Ce qui a entraîné la mise au chômage 1000 travailleuses et travailleurs, qu'une chute des salaires dans ce secteur à 3 000-4 000 zlotys en moyenne (la moyenne nationale en novembre était de 7 000 zlotys environ).

Déjà amputé de près de 20 % durant ces trois dernières années, le niveau de vie des travailleurs polonais connait ainsi une nouvelle ponction qui pourrait aller jusqu'à 15 % (ou plus) pour l'année à venir.

L'amélioration de l'approvisionnement des magasins qu'on a pu constater durant une brève période fin décembre n'a pas duré.

Fin janvier, la situation avait à nouveau empiré et les cartes de rationnement pour la viande n'ont pas pu être utilisées. Les queues sont moins longues qu'avant, il est vrai, mais c'est que les prix de la plupart des biens de consommation élémentaire ont triplé ou quadruplé en février, sans parler de l'introduction, un mois plus tôt, des « prix libres » concernant près de la moitié des biens de détail. Nourrir une famille devient un exploit pour la ménagère polonaise ... Phénomène annexe : on voit sur le bord des routes un grand nombre de cadavres de chiens et de chats abandonnés par leurs propriétaires désormais incapables de les nourrir. production du charbon a connu un réel progrès : plus 8,8 % en janvier 1982 par rapport au mois précédent; plus 12,8 % par rapport à janvier 1981. Mais à quel prix ... Journée de 10 heures souvent, semaine de 6 à 7 jours pour les mineurs, risques d'accidents acerus vu les conditions de travail déplorables, interdiction aux mineurs de sortir de la mine tant qu'ils n'ont pas rempli les normes, etc. En compensation : des salaires nettement élevés que dans les autres secteurs de l'économie et des facilités d'approvisionne. ment dans des magasins spéciaux apparemment bien achalandés. Mais en revanche, il est impossible de communiquer par téléphone d'une ville à l'autre en Silésie, et des unités spéciales de la police anti-émeutes - les « ZOMO des mines » - ont été mises en place pour intervenir au cas où les mineurs se révolteraient contre cette situation.

Grâce à ce dispositif, l'augmentation de la production du charbon se chiffre à

14,4 % pour les deux premiers mois de cette année. Mais les économistes polonais, conscients que le manque de pièces rechange ne va pas tarder à freiner cette progression, ne prévoient qu'une hausse moyenne de 7 % pour l'année à venir. L'histoire ne dit pas s'ils ont calculé le coût salarial et le coût d'entretien des forces de répression mises en place pour assurer un tel résultat ...

DIVERGENCES AU SEIN

DE LA BUREAUCRATIE Ces quelques données montrent certes que la bureaucratie est parvenue à faire passer des mesures d'austérité qu'elle essayait en vain d'introduire depuis dix-huit mois. Mais le caractère chaotique des mesures imposées récemment est à la mesure de son incapacité totale à mettre en avant un plan d'ensemble qui permettrait de sortir le pays de la crise.

Dans ce sens, les velléités de réforme « à la hongroise » avancées par le professeur Z. Sadowski, nouveau député et miéconomique, qui entend « tourner beaucoup plus l'industrie vers le marché », alors que les entreprises se voient rationnées en matériaux et en crédits, relèvent de la fantaisie la plus absolue dans les conditions actuelles. Et cela d'autant plus que l'aile conservatrice du POUP se montre plus qu'hostile à de tels changements, craignant les implications politiques d'une décentralisation économique, et alors que les appacentral s'accrochent bec et ongles à leurs sièges et à leurs privilèges

Les divisions qui règnent au sein du POUP à propos de la réforme économique sont l'expression de la guerre de clans qui se poursuit entre les « durs » et les prétendus « libéraux » depuis le coup de force. Le débat ne porte plus aujourd'hui sur le fait de savoir s'il faut ou non passer un accord avec Solidarité, mais

MILICJA

La milice devant un bâtiment officiel. (DR) bien-fondé de l'usage de la répression pour parvenir à asseoir l'autorité du parti.

Si la réunion du Comité central (CC) de fin février semblait indiquer qu'Albin Siwak et sa clique n'étaient pas parvenus de tous ceux qui avaient capitulé devant l'« ennemi social » entre août 1980 et le coup de force - la déclaration du Bureau politique (BP) du 11 mars, publiée dans Trybuna Ludu, elle, indiquait en revanche une volonté de reprise en main des rangs du parti. Analyse de la situation, évaluation du travail des militants, en particulier sur leur lieu de travail, « conversations et explication » avec tous ceux qui n'approuveraient pas fermement la dictature militaire : telles sont les étapes du parcours du combattant que chaque membre du parti devra effectuer sans faute s'il ne veut pas être qualifié de « tiède » et risquer de se voir démis de ses fonctions ou, pire, exclu du parti.

A quoi il faut ajouter la campagne d'explication contre les structures « non statutaires » et l'épuration des responsables de province ou de commune accusés de mollesse ou de prévarication : autant d'éléments visant à restaurer aux yeux des masses le « rôle dirigeant du parti » selon le modèle soviétique.

Une entreprise difficile dans un pays où la bureaucratie, pour la première fois dans l'histoire des pays de l'Est, a été obligée de céder la place au gouvernement à l'armée, face à la perte d'autorité du parti et de l'appareil administratif central. Une entreprise d'autant plus difficile que cette fraction de l'appareil qui pouvait encore apparaître dans une certaine mesure comme au-dessus de la mêlée avant le coup de force - l'armée précisément — a de plus en plus de mal à maintenir son image de gardienne du système. Non seulement parce que la mise en place de la Junte militaire de salut national (WRON) a ouvert les yeux des masses quant à la véritable sur le nature de l'appareil militaire, mettant en

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lumière sa fonction directement répressive, mais aussi parce que la Junte, du fait même du rôle de substitut à la direction traditionnelle qu'elle est amenée à jouer, en vient à prendre parti dans tous les conflits politiques et sociaux, depuis la gestion des entreprises jusqu'à l'organisation des procès, en passant par les têtes à faire tomber dans les administrations lo-

Elle s'engage ainsi dans des batailles de fraction avec d'autres secteurs de l'appareil bureaucratique, qui ne peuvent que ternir le prestige qui pouvait encore lui rester. Dès lors, la possibilité pour la direction du POUP de regagner une partie de la base qu'elle avait perdue depuis les grèves d'août 1980 semble des plus compromises. Qu'il s'agisse de la réforme économique ou de la reconstruction du parti, l'impasse apparaît donc totale à l'heure qu'il est pour la bureaucratie. Mais les choses ne vont pas mieux en ce concerne ses relations avec l'Eglise.

LE POUVOIR ET L'EGLISE L'une des cartes que le général Jaruzelski entendait visiblement jouer dans sa recherche d'une « entente nationale », avant comme au moment du coup de force, c'était l'alliance avec la hiérarchie ca-

Or, même si le primat de Pologne, INPREKOR en polonais numéro 3 vient de paraître Inprekor est une publication bimestrielle en polonais presentant le point de vue de la IVe Internationale. avant tout aux lecteurs de Pologne même, il ne pourra toutefois poursuivre sa parution régulière que si les militants ouvriers et révolutionnaires d'autres pays lui viennent matériellement en aide.

AU SOMMAIRE DU NUMERO 3

Documents : « Les conditions d'une entente nationale » formulées par les dirigeants de Solidarité dans la clandestinité ; « L'affaire de tous les travailleurs », un article de Zbigniew M. Kowalewski, repris du journal le Monde du 17 décembre 1981.

Articles : Le mouvement de solidarité avec Solidarité dans le monde ; A qui profite le boycott ? ; Le charme discret du général Jaruzelski, ou les capitalistes occidentaux à propos de l'état de guerre ; Les problèmes de la révolution antibureaucratique à la lumière de l'expérience de Solidarité.

bre de réitérer ses appels à un « accord entre tous les Polonais », mettant en garde contre la division entre les « frères d'une même nation », minimisant de manière scandaleuse le degré de répression et mettant en sourdine tout ce qui pouvait apparaitre comme une attaque directe à la politique de la Junte (telles les arrestations de dizaines de prêtres liés à Solidarité au début du mois de mars), il n'en reste pas moins évident que la pression des masses a contraint la hiérarchie catholique à adopter, à plus d'une reprise, des positions très critiques à l'égard du pou-

Ce fut vrai dans le cas d'individus comme le père Drzewicki, l'aumônier des étudiants de Wroclaw, condamnant sans appel du haut de sa chaire l'état de guerre et « le Conseil militaire qui prétend incarner le salut national ». Mais ce fut vrai aussi dans le cas d'instances telle que la de Varsovie qui, le 21 janvier, exhortait les prêtres à organiser la défense des internés et des travailleurs réprimés dans leur emploi en créant les commisjuridique rattachées aux paroisses, capables de faire un travail d'ésur les droits des travailleurs selon la Constitution et sur le contenu du Code du travail.

L'Eglise polonaise, en effet, c'est à la fois l'institution réactionnaire que l'on connaît partout ailleurs, dispensant une éducation morale rétrograde - en parti-

Tumerre:

WALKA TRNA 1..

VULIDARNOSC Z SOLIDA Strony ri dokumen t:'sprawa wszystkich ludzi pracy"

KOMU SEUZY BOJKOT 1..

act o stante wojennym -

Problemy rewolucji

antybiurokratycznej

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culier en ce qui concerne le rôle des femmes dans la famille et la société - et qui ne peut que freiner la prise de conscience politique de la classe ouvrière. Mais l'Eglise polonaise, ce sont également les prêtres des villes et des campagnes qui avaient aidé les premiers noyaux d'opposition s'organiser avant août 1980, en mettant des locaux de réunion a leur disposition, et qui jouent aujourd'hui un rôle décisif dans la prise en charge de l'aide matérielle aux prisonniers, aux internés et à leurs fa-

Quant au pape Jean-Paul II, quand bien même il est apparu comme l'un des papes les plus réactionnaires de la dernière période lors de ses voyages en Amérique latine et en Afrique, il n'en a pas moins clairement exprimé, en février dernier, son refus de toute entente avec la bureaucratie tant que Solidarité resterait hors-la-loi et que ne serait pas restauré l'ensemble des libertés démocratiques et syndicales. Qu'il ait ensuite mis de l'eau vin face à la possibilité d'un voyage en Pologne l'été prochain, cela ne fait aucun doute et n'étonnera personne. Lorsqu'elle adopte des positions politiques démocratiques, la hiérarchie catholique ne le fait pas par souci d'aider à la construction du mouvement indépendant de la classe ouvrière. Elle défend avant tout ses intérêts propres, en tant qu'institution, que ce soit dans les pays de l'Est ou dans les pays capitalistes. En Pologne

SOLIDARNOSC 2 SOLIDARNOSCIA

MIRDATHARODOWA XORBPOMDANOJA PRABOWA

LUTY-MARZEC 1982 nr.3 szumienia cumienta narodowego.

OLIDARNOŚCIA

- 22 h ludzi pracy" lewski.

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