Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ZIMBABWE

Le régime nationaliste contre les grèves

Inprecor n° 122, 5 avril 1982 · p. 33-34 · 588 mots

Syndicalisme Afrique australe

Mercredi 10 mars, quelque 1 800 chauffeurs de bus se sont mis en grève au Zimbabwe (ex-Rhodésie) pour une augmentation des salaires. Las de voir leurs démarches auprès du gouvernement rester vaines depuis deux mois, le comité des travailleurs des entreprises de transport Zimbabwe Omnibus Co (ZOC) et Salisbury United Omnibus Co (SUOC) a appelé à la grève. Après la capitale, Salisbury, celle-ci s'est étendue à d'autres villes, dont Bulawayo, paralysant le transport de dizaines de milliers de personnes.

Les conducteurs de bus de la ZOC et de la SUOC, toutes deux appartenant au consortium United Transport Overseas, réclamaient une hausse de salaire de 16 %, soit le maximum de ce que prévoient les dispositions gouvernementales pour ces catégories de salaires.

Le gouvernement, par la voix de son ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Kumbirai Kangai, devait pourtant s'y opposer farouchement, arguant notamment de ce que toute augmentation de salaire devait tenir compte de celles étant déjà intervenues depuis le ler janvier 1981. Ces travailleurs ayant déjà obtenu une hausse de 12,5 % en octobre 1981, le gouvernement, malgré l'inflation, était déterminé à n'accepter qu'une faible augmentation complémentaire.

La manière dont le gouverpement s'est opposé à cette grève est significative de la nature des rapports de subordination que le régime de Robert Mugabe, dominé par les nationalistes de la ZANU (PF), entend imposer aux travailleurs du

Le ministre du Travail a dénoncé les grévistes en ces termes: « La grève des chauffeurs de bus à Salisbury et Bulawayo est illégale .. Ceux qui ont a cœur les intérêts des masses du Zimbabwe doivent retourner immédiatement au travail. » (The Herald, 11 mars 1982). N'hésitant pas à parler de « la mentalité de mercenaires » des grévistes, le ministre du Travail a exigé le ralliement de ceux g i avaient été entraînés dans cette lutte, af firmant à l'adresse de ceux qui s'y refuseraient : « Il ne peut y avoir aucune pitié pour eux. » (The Herald, 12 mars 1982). L'avertissement n'était pas donné à la légère puisque, dès la veille, de nombreuses forces de police en camions militaires et jeeps avaient encerclé les dépôts

Use trouvaient les travailleurs. Parallèlement, et toujours d'après The Herald du 12 mars, « en plein accord avec le ministre du Travail », les dirigeants des entreprises de transport ont décidé le licenciement des grévistes.

D'après le Sunday Mail du 14 mars, « environ 1 800 grévistes à Salisbury, Bulawayo, Gwelo et Umtali ont été mis à pied et 1 000 travailleurs des bus ont été arrêtés jeudi pour avoir perturbé un service essentiel, laissant des milliers de gens sans moyen de se déplacer ».

Mais ce qui a le plus révolté le ministre du Travail, semble-t-il, c'est que la lutte des chauffeurs de bus s'est organisée indépendamment de la centrale syndicale liée au pouvoir : « Ce qui est le plus inquiétant et sérieux, c'est qu'ils n'ont même pas averti leur syndicat, le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), ou la compagnie de bus, de l'action qu'ils allaient entreprendre. (...) Cela est totalement inacceptable et ne peut pas être toléré. » (The Herald, 12 mars 1982). Dans le même esprit, un responsable du ZCTU devait accuser les grévistes de s'être « faits justice eux-mêmes ».

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Voilà donc une belle unanimité réalisée contre toute recherche par les travailleurs eux-mêmes d'une arme indépendante du gouvernement pour leur lutte syndicale et la satisfaction de leurs revendications. La démagogie nationaliste gouvernement a pris à cette occasion un

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