POLOGNE conseiller de Lech Walesa dans Solidarité, a fait sortir un texte redige en levrier 1982 et publié par le journal le Monde du 31 les forces qui résistent à la répression bureaucratique, ce document, que nous publions ci-apres, est l'expression synthetique de la retlexion politique d'un des courants qui traversent la Ré convient done d'y apporter de premiers éléments de réponses, ce que fait notre camarade Jacqueline Allio, qui a été envoyée spéciale d'Inprecor en Pologne.
Jacek KURON
1) L'état de notre économie se passe de description. Si l'on en croit auteurs du coup qui affirment qu'ils ont agi pour sauver l'économie, on ne peut que constater que l'opération a réussi mais que le malade
* est mort. Aux termes d'un rapport tout ce qu'il y a de plus officiel de l'Office central des statistiques, la production en janvier 1982, premier mois calme de notre guerre, a baissé
13,6 % par rapport à celle de janvier 1981, émaillé de grèves (cinq samedis libres de extorques).
et
17,5 % par rapport à décembre 1981, premier mois de la guerre. Sur cette lancée, nous descendrons dans quelques mois au-dessous de zéro. Les statistiques se laissent facilement améliorer.
Pourra-t-on aussi corriger l'économie et contenir son agonie ?
La réponse à cette question tient à l'interprétation des de la causes catastrophe. Parmi elles, on avance généralement le découragement des le blocus de. l'informatravailleurs, tion imposé par l'état de guerre et les sanctions occidentales.
Ces trois causes sont tellement évidentes qu'elles en voilent une autre, la plus importante.
Jacek Kuron. (DR)
"L'entente nationale est
E la prison de Bialoleka où il est interné depuis le coup de force des généraux polonais, Jacek Kuron, fondateur en 1976 du Comité de défense des ouvriers (KOR), puis
Contenant de nombreuses propositions d'orientation pour
A ce titre, il soulève de nombreux problèmes politiques. Il
La désagrégation de notre économie ne date pas de décembre 1981 ni d'août 1980.
Ceux qui ont eu le courage de parler l'annonçaient dès
1976. Après août 1980, toutes les personnes compétentes étaient d'accord dire que notre vie sociale pour et économique était mortellement malade de gestion centralisée, unique moyen d'organiser l'activité sociale.
Les forces sociales n'avaient aucune influence sur son déroulement et sur ses objectifs.
C'est là qu'a commencé la maladie. Une réforme de l'économie et de l'Etat devait radicalement changer cet état de chose.
Or, depuis le 13 décembre, quelles que soient les déclarations et même les intentions des putschistes, le pays est regi militairement.
Cela signifie l'assujettissement de l'ensemble de la vie socio-économique aux ordres d'un état-major central.
Toute la population active est obligée d'exécuter les ordres et de faire des rapports sur la situation.
C'est probablement une bonne technique pour mener la mais guerre, assurément la pour plus mauvaise gérer la vie sociale.
Les causes de la maladie mortelie qui nous ronge ont ainsi été accentuées jusqu'à la caricature.
Même
« soulèvement ».
s'il arrivait un miracle, s les Polonais se lançaient dans un travail effréné et si les crédits de l'Occident atteignaient les sommets de l'ère Gierek, les fruits en seraient de toute façon gâchés, à une vitesse directement proportionnelle à (la militarisation de notre vie.
Une occupation classique
2) La société vit la guerre. Ceux qui l'ont proclamée ne se cachent pas trop de la mener contre elle. Grâce à la discipline extraordinaire des Polonais, nous avons jusqu'a présent évité des affrontements sanglants à grande échelle. Par contre, nous vivons une occupation classique avec censure de la correspondance, couvre-feu, razzias massives, perquisitions, arrestations, tribunaux militaires, responsabilité collective, etc. La terreur, les menaces et les appels désespérés au calme sont le seul langage que tient le pouvoir.
Qu'obtient-il par là et que peut-il obtenir ? Le désespoir et la haine de tous: la peur et la soumission des uns; la détermination et la volonté de combat des autres. Sur les apeurés, le pouvoir ne peut compter: leur soumission durera ce que durera la terreur. Les résolus lutteront. Ils lutteront d'autant plus résolument que la répression sera farouche. L'économie en ruine engendrera faim et misère. Les rangs des résolus en seront grossis Que les occupants ne se leurrent pas : les partages des terres polonaises n'ont jamais été durables. Les partages ne détruisent pas le tissu social et économique. L'occupation si.
Les références aux toutes pre mières années de l'après-guerre sont sans fondement. l'époque, les communistes clamaient et réalisaient en partie le programme de toute la démocratie polonaise, parti paysan y compris. On reconstruisait le pays, on aménageait les territoires de l'ouest. C'est pour cela que, nonobstant une résistance organisée, il n'y avait pas d'état de guerre mais, au contraire, certaines libertés démocratiques non négligeables.
Par ailleurs, ayant comparé le texte de l'article de Jacek
Kuron dans le Monde à l'original en polonais paru dans le numéro 14 de Solidarnose (bulletin d'information du comité de coordination du syndicat Solidarité en France), nous avons relevé deux importantes erreurs de traduction. En premier lieu, au point 2 du texte, la formule « partage des terres » doit être traduit par « annexion ». Plus importante est la seconde erreur, intervenue à la fin du document où, lorsqu'apparaît l'expression « manifestation d'ensemble organisée », il faut lire en fait « un soulèvement de masse organisé ». Jusqu'à la fin du texte, le terme « manifestation » doit donc se traduire par
8 avril 1982.
L'exemple de la Hongrie après 1956 est funeste. Ce pays avait été saigné et les hommes qui s'étaient mis y reconstruire la vie sociale n'étaient pas à l'origine de la saignée.
La violence appelle la violence.
Les moins patients, les moins pondérés tendront vers la terreur, arme à double tranchant. La terreur engendre la terreur, mais la spirale de la terreur ne peut être stoppée par la terreur.
Qui sème le vent récolte la tempéte
Une erreur de calcul
3) Tout le bloc soviétique a été profondément bouleversé par les événements polonais.
La maladie mortelle dont j'ai parlé est plus avancée en Pologne, mais elle ronge tous les pays du bloc.
Au fur et à mesure que l'économie se modernise, les aspirations de la société et sa participation du travail au partage international augmentent.
Les impératifs de l'ardu bloc mement obligent les pays socialiste à moderniser leur économie. Dans un organisme malade, la modernisation implique des investissements massifs, alors que l'efficacité stagne, donc diminue. D'où la dépendance grandissante vis-à-vis de l'Occident et les conflits sociaux de plus en plus aigus
Nous savons que la guerre a été prociamée en Pologne sous la pres-
TU.R.S.S.
Les tenants sion de cette puissance ont de bonnes raisons de craindre la contagion polo-
Mais ils ont manifestement naise.
fait une erreur de calcul. Les sanctions ont limité les possibilités de l'Ouest.
coopération avec sans laquelle l'économie du bloc ne peut fonctionner normalement, le poids de l'armement de plus en plus coûteux étant d'ores et déjà au-dessus de ses forces
La ruine de l'économie polonaise un maillon avait arraché au bloc important de la coopération économique. Les pays du bloc sont désormais obligés d'aider la Pologne.
ils en sont a peine capables. Leurs sont obligés de supporter peuples le poids aide.
qui de cette poids
nuité et ruptures des principaux partis socialistes et sociaux-démocrates européens. Sous la disparité des situations nationales, des trajectoires, il s'efforce de mocratie dans les pays capitalistes développés. Ces analyses, élaborées par des s'ajoute à celui d'une crise qui va toute façon en s'aggravant. La patience sociale a pourtant ses limites, déjà perceptibles.
4) La société polonaise peut-elle attendre l'agonie de l'impérialisme ?
Tchèques ont pratiquement patienté jusqu'à la fin de l'occupaallemande. Mais la guerre se déroulait alors, non sans leur participation, principalement en dehors de leur territoire, et tout le monde savait ce qu'on attendait. A présent, guerre, guerre il y se dréroule en Pologne, et l'agonie de l'impérialisme n'ert qu'un pronostic.
Aucun appel ne pourra arrêter les jeunes qui veulent se battre. S'il est assez efficace pour leur interd'autres formes de combat, il les lancera dans l'impasse qu'est le terrorisme. Aucun appel ne pourra atténuer désaspoir et la haine, ce mélange explosif.
La misère est le produit de l'état de guerre, de même que la terreur. A la violence qu'on lui fait, à la misère qu'on lui impose, une société saine répond par la lutte. Elle peut la livrer sur différents fronts. Aujourd'hui, il n'y a qu'un seul front. Nous sommes en Pologne. Dans ce pays, l'histoire nous l'enseigne, ce n'est qu'au prix du sang et des ruines que l'oppresseur, l'espace d'une génération, arrive à s'assurer le calme.
Appeler à s'abstenir de certaines actions, même les plus hautes autorités s'y engagent, ne peut être efficace que si l'on montre d'autres voies pour résoudre la crise. Or. l'occupation vient de mettre un trait sur toute possibilité d'actions pacitiques. Elle vient même de mettre trait sur le sens du travail consciencieux. Tant que dure l'occubation, il n'est du pouvoir de personne de garantir la paix en Pologne. Seuls peuvent l'assurer soit le pou-
Men concluant un compromis avec la société, soit la société, en renversant le pouvoir. Dans ce deuxième cas, nous nous trouverons face à face avec la puissance militaire soviétique.
Le peuple uni comme jamais conditions sine qua non de la paix. au moins quelques valeurs et quelaoût 1980, le peuple uni comme jamais il ne l'a été. Nos soviétique qui obligeait la société de ses aspirations. Nous nous disputions sur l'étendue et le contenu de cette oart. Nous sollicitions un comrôle prépondérant de ces hommes demandait qu'a contrôler leur action et à assurer à la société une vérir'U.R.S.S. ne voulaient oas de compromis. Au lieu de construire, à la tête de la nation, un Etat tant soit peu démocratique, ils mettaient en pièces l'économie et l'administration. Après le 13 décembre, ils ont achevé leur œuvre en détruisant toutes les conditions nécessaires à un comprocompromis entre la société et les hommes du pouvoir, est aujourd'hui moins possible encore qu'avant le 13 décembre. Mais l'occupation, si elle continue, conduira immanquablement le camp gouvernemental à la catastrophe. S'il y a, dans ce camp. des hommes conscients, ils demanderont si l'initiative d'un compromis n'aura pas, pour eux, des conséquences aussi tragiques. La question n'est pas sans fondement. La société polonaise a de bonnes raisons de demander des comptes aux occupants. Mais l'épiscopat se prononce pour compromis, et c'est, en Pologne, une autorité énorme. Il sera appuyé par la majorité de la direction de Solidarité, par les hommes de science et de culture, bret, par tous ceux dont la voix compte en Pologne. Fait plus important encore, l'initiative d'un compromis offrirait au camp gouvernemental un mandat social qui lui fait défaut depuis 1956. Ce serait certes une initiative risquée, mais l'occupation est un acte suicidaire.
6) Une résistance massive et bien organisée est l'unique chance des Polonais. Seul un tel mouvement peut étre partie prenante d'un compromis Seul un tel mouvement peut contenir la vague de terrorisme et diminuer le risque d'une intervention soviétique dans le cas où l'absence d'initiative de compromis provoquerait l'immanquable explosion sociale. La force de l'occupant réside dans sa capacité désorganiser la société et à déplacer rapidement de petites unités militaires de pacification. Contrairement à l'époque d'avant août 80, nous faut donc nous concentrer autour d'un noyau central et faire preuve d'une discipline absolue son égard. Il faut organiser sonu dinformation organie, tout en Fin avril un DE LA Ce livre rassemble au-delà de l'actualité immédiate. l'Autriche, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. 75 F, 420 pages. BON DE COMMANDE Nom, Prénom : Adresse : Ville:
être bloqué sachant qu'il pourra au moment décisif.
objectifs
Les concrets et le mode de fonctionnedu ment mouvement doivent etre connus de tous.
Concessions et manifestation
7) L'activité du mouvement autre qu'éditrice se réduit aujourd'hui aux manifestations, qui vont des tracts et des inscriptions sur les murs aux grèves prolongées, pius ou moins en passant par différentes formes de manifestations collectives.
Toutes ces formes ont une très grande importance pour soutenir le moral de la nation et faire pression sur d'éventuels partisans d'un compromis au sein du camp gouvernemental.
Un ultime moyen de pression, notre dernière chance d'un compromis, serait une grève générale. Mais il faut nous rendre compte que toutes ces formes de résistance constituent manifestation de volonté nationale face à des hommes qui se sont le camp gouvernemental ne se manifestent pas, nous n'éviterons pas la
Dans une dizaine de semaines -
Le pouvoir de l'occupant sera prosuprême, et au risque majeur d'une
Ainsi, la direction de la résistance doit préparer la société à la fois à d'un compromis avec le pouvoir et livre aux édition
"PROFILS
SOCIAL-DEMOCRATIE
EUROPEENNE"
des textes où sont analysés sous différents angles conti.
dégager ce qui continue à faire l'unité stratégique fondamentale de la social-démilitants marxistes-révolutionnaires des différents pays concernés, portent bien
Les pays traités sont : la Grande-Bretagne, la Suède, la RFA, la France,
En souscription à 60 francs. Mise en vente à sa parution en librairie à
1) Veuillez trouver ci-joint un chéque de 60 F et 7.50 F de port, soit 67,50 F. Réglement à l'ordre de PEC, 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil.
2) Veuillez trouver ci-joint un chèque de 60 F et laisser mon livre en dépôt à la librairie La Brèche, 9, rue de Tunis, 75011 Paris, où je passerai le prendre à sa parution.
à la liquidation de l'occupation par une manifestation d'ensemble organisée. Je pense qu'une telle manifestation peut prendre la forme d'une offensive simultanée contre tous les centres du pouvoir et de l'information dans tout le pays. | faut que les hommes du pouvoir sachent qu'ils ne disposent plu. que d'un temps rigoureusement limité pour prendre l'initiative d'un compromis.
Dans l'attent- du pire, il faut dès aujourd'hui tout faire pour faire comprendre à la direction soviétique que, avec un minimum de bonne volonté de sa part, une entente nationale des Polonais - füt-ce sans la participation des dirigeants actuels de ce pays - ne menacera pas les intérêts militaires de I'U.R.S.S. ne pourra qu'être bénéfique en ce
Par contre, une intervention armée
Je n'affirme pas qu'une manifestation organisée de notre nation, parallèlement à une déclaration de bonne volonté à l'égard de I'U.R.S.S., garantira la sécurité de la part de
J'affirme seulement que, si l'occutation limitera le risqu. au minimum. j'ai prôné l'abstention de toute violence. Je me sens donc obligé de prendre la parole pour dire que à loccupation par une action tive me semble le moindre mal.
Jacek KURON Camp d'internement de Bialoleka, février 1982. s La Brèche