Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Premier bilan après 10 mois de gouvernement Mitterrand-Mauroy

· Inprecor n° 123, 19 avril 1982 · p. 15-21 · 9 351 mots

France Syndicalisme

il faut changer de politique

Premier bilan de 10 mois de gouvernement Mitterrand- Mauroy

ES dimanches 14 et 21 mars ont eu lieu les élections cantonales (1), qui concernaient la moitie des circonsp

/tions. Le Parti socialiste (PS) y a recueilli 29.79 % des voix, soit un gain de 3,4 % si on compare aux cantonales de

1976 et une perte de 5 % si on compare aux élections législatives de 1981. Le Parti communiste français (PCF) s'est retrouvé

15,87 % des voix, avec rapport aux cantonales de 1976 et de 0,2 % par rapport aux législatives de 1981. En janvier 1982, les candidats de gauche avaient déjà subi une perte de 6,3 % lors d'élections législatives partielles. Que l'on prenne l'une ou l'autre des comparaisons, les organisations ouvrières ont perdu de nouveau entre 4 et 6 % de leurs voix. Dix mois après son arrivée au pouvoir, la gauche apparait ainsi minoritaire dans le pays. L'examen des résultats suscite trois remarques :

- C'est de nouvelles pertes qu'il faut parler pour l'électorat du PCF, dans la mesure où les élections cantonales lui ont toujours été traditionnellement plus favorables que les élections législatives ou présidentielles.

- Ces pertes ont eu lieu principalement dans les bastions du PCF, dans les vieilles communes ouvrières : - 16,5 % par

Jacques KERGOAT

Si les réformes « qualitatives » ont commencé à se faire rares (4), ce n'est pas que le domaine dans lequel elles pouvaient voir le jour commence à s'épuiser.

Au contraire, un certain nombre de mesures, très précisément inscrites dans le programme de François Mitterrand, sont ré gulièrement annoncées, mais reportées à plus tard. C'est le cas des mesures en direction des femmes annoncées à l'occasion du 8 mars, comme des promesses faites par Pierre Mauroy devant le Congrès de la Ligue des droits de l'homme d'abroger la loi « Sécurité et Liberté » et de réformer le Code pénal. D'autres promesses sont de plus en plus ostensiblement abandonnées comme, par exemple, la suppression de l'Ordre des médecins. Pour d'autres, le pouvoir hésite ou recule, soit parce que ces réformes coûtent malgré tout de l'argent, soit parce qu'il ne veut pas heurter de front diverses féodalités réactionnaires.

Les exemples en la matière abondent.

DU « QUALITATIF »

QUI SE FAIT RARE

Ainsi en est-il également de l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

L'acte ne sera pas gratuit, comme le prévoyaient les propositions électorales de

François

Mitterrand, mais seulement remboursé à 70 %. Il ne sera pas libre non plus : les restrictions opposées aux mineu-

Pour changer vraiment,

get. soit une perte de 7% des voix par gard de l'action gouvernementale (2). est en effet passée 71 % à 57 %. res et aux immigrées ne semblent pas devoir être levées.

Dans le domaine de la radio et de la télévision, le gouvernement s'est contenté de déplacer quelques têtes. Résultat : le mécontentement est général. Il met alors en chantier une réforme de l'audiovisuel : du coup, ce sont les syndicats de la télévision qui se mettent en grève pour protester contre le manque de concertation. Bref, le mécontentement continue, et les concessions faites aux partisans des radios libres n'ont pas suffi à convaincre des bonnes intentions du gouvernement.

Des problèmes du même ordre se posent dans le domaine de l'Education nationale (5). Ainsi, les lois antilaïques - comme par exemple la Loi Guermeur, qui autorise les établissements confession-

1. En France, le territoire est organisé en 95 départements. Chaque département est doté d'un conseil général élu. Le canton est l'unité électorale de base du département. Chaque canton élit un conseiller général et chaque conseil général élit son président. Jusqu'à présent, les pouvoirs du conseil général étaient limités, l'essentiel des pouvoirs au niveau du département étant exercés par un préfet nommé par le gouvernement. Les réformes de décentralisation entreprises par le gouvernement de Pierre Mauroy. sans supprimer la tutelle des préfets sur les conseils généraux, ont élargi les prérogatives de ces derniers.

2. Le Parti socialiste unifié (PSU), une petite formation qui a pris ses distances à l'égard des révolutionnaires, mais qui se situe cependant à la gauche du PS et du PCF, réalise en moyenne de bons scores. Mais il n'avait que 180 candidats et, surtout, sa position ambiguë à l'égard de la politique gouvernementale (« soutien

FRANCE rapport aux cantonales de 1976 à Aubagne, - 20 % au Bour-

- Le PS a sans doute perdu une partie de l'électorat modéré qui avait assuré son succès aux élections législatives. Mais le phénomène principal c'est que, cette fois, la partie de l'électorat ouvrier qui a boudé les candidatures communistes ne s'est pas porté vers les socialistes. Dans sa majorité, il semble bien qu'il s'est abstenu, faute peut-être de possibilités d'exprimer à la fois son désir de battre la droite et ses réserves à l'é-

A vrai dire, les causes de cette désaffection ne sont pas très difficiles à analyser : depuis le mois de septembre 1981

(3), le gouvernement a dépensé beaucoup de salive et effectué de multiples courbettes en direction du patronat, mais les changements concrets n'ont guère été perceptibles pour les catégories populaires qui formaient pourtant la majeure partie de l'électorat de François Mitterrand. Le résultat était palpable des avant les élections cantonales : de juin 1981 a mars 1982, selon les sondages mensuels de la Société francaise d'études statistiques (SOFRES), la confiance en François Mitterrand de 74% à 58%, et en Pierre Mauroy de nels à recruter et à former eux-mêmes leurs enseignants, en leur imposant au besoin le respect du « caractère propre »

(c'est-à-dire catholique)

de l'établissement, le tout financé par les fonds publics

- n'ont pas été abrogées. Le ministre de l'Education nationale, Alain Savary, a suggéré aux sénateurs, en grande partie de droite, « d'apprécier l'attitude d'une majorité qui aurait pu, en une nuit, abroger les lois Guermeur et Debré » ...

Et c'est en fonction de cette même Loi

Guermeur que les crédits pour l'Ecole publique n'ont été augmentés cette année que de 17 %, alors que les crédits pour l'école confessionnelle l'ont été de 22 %.

Tout le monde continue de s'interroger sur le contenu exact qui sera donné à la promesse de François Mitterrand : « Un critique ") rend difficile la caractérisation des voix qui se sont portées sur lui.

3. Voir Jacques Kergoat, « Les 120 premiers jours du gouvernement Mitterrand-Mauroy ». Inprecor numéro 109 du 28 septembre

1981.

4. La peine de mort a été supprimée, la loi anticasseurs abrogée, les tribunaux permanents des forces armées (TPFA) dissous et le Parlement a décidé le 20 décembre 1981 que l'homosexualité n'était plus un délit : aprés des années de lutte, ce sont évidemment là des victoires non négligeables.

5. De menus gestes ont certes été effectués : un collectif budgétaire a permis d'éviter les scandales les plus criants au niveau des fermetures de classe, un effort a été fait pour assurer un emploi aux auxiliaires, la Loi Sauvage, qui assurait un mode de gestion profondément antidémocratique des universités, a été abrogée.

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grand service public, unifié et laïque de l'Education nationale sera constitué. Sa mise en place sera négociée sans spoliation ni monopole. » La droite rappelle à çois Mitterrand : « Dites-vous bien que si l'Ecole libre (c'est-à-dire catholique) doit mourir un jour, ce ne sera pas de mon

Paris-Match publie les photos de classe de tous les ministres passés par les écoles catholiques et le Quotidien de Paris découvre dans les écoles privées parisiennes les enfants d'au moins quatre ministres socialistes du gouvernement. Pour le moment, les défenseurs officiels de l'Ecole libre ne se plaignent pas (6).

Quant au Rapport Auroux sur les droits des travailleurs, il ne retient pas le droit de veto sur les licenciements, qui figurait dans le programme de François Mitterrand, pas plus qu'il ne donne aux comités d'hygiène et de sécurité (CHS) le pouvoir d'arrêter un atelier ou un chantier pour raisons de sécurité (proposition numéro 61). Et surtout, il relève d'une grande ingénuité en croyant au comportement « loyal » du patronat dans l'application d'une série de nouvelles dispositions. Ainsi, la « novation majeure » du Rap port Auroux réside-t-elle dans l'obligation de négocier annuellement (les salaires, la durée et les conditions de travail). De même, le règlement intérieur devra-t-il être soumis à discussion, et le travailleur sancdevra-t-il recevoir « notification des faits », etc. Bref, le Rapport ne manque pas de bonnes intentions, mais celles-ci se sont très vite heurtées à la nécessité de préserver « l'unité de direction et de décision » dans l'entreprise. Par la voix de son nouveau responsable aux entreprises, Jean Besse, le PS semble porter lui aussi une appréciation mitigée sur ce Rapport : « Dans l'état actuel du texte, certaines "timidités" sur des points importants n'assurent pas aux travailleurs des points d'appui suffisamment solides. (...) La loi issue du Rapport Auroux inaugurera une politique de petits pas. (7) »

Mais le domaine le plus exemplaire en matière de reculades est sans conteste celui du logement. Si l'on considère en effet le projet du PS, d'une part, et le projet de loi du ministère du Logement, auxquels s'ajoutent les amendements de la Commission des lois de l'Assemblée nationale, dominée par les socialistes, c'est sur une bonne vingtaine de points décisifs (8) que le PS a finalement accepté d'abandonner ses projets initiaux. Il a en effet choisi de ne pas affronter la puissante corporation propriétaires immobiliers. Pression pression, ceux-ci ont finalement reussi à obtenir une loi qui préserve tres largement leurs intérêts.

... ET DU QUANTITATIF QUI SE FAIT ATTENDRE A part la timide Loi de nationalisation, les réalisations ont été très peu nombreuses et, là aussi, souvent en retrait par rapport aux promesses électorales. Par exemple, le gouvernement a finalement décidé de proposer une loi qui officialise

CHOM

ATION

L'ÉC

Un slogan de la CGT qui a mal vieilli (DR)

la retraite à taux plein à 60 ans, à partir de trente sept années et demi effectivebonne chose qu'une loi vienne se substituer ici aux avantages de la préretraite, qui n'étaient garantis, pour les salariés du privé, que par une convention collective et jusqu'en 1983. Il y a là une avancée : c'est désormais en référence à l'âge de 60 ans que se discuteront les

Il en va de même pour le nombre d'annuités. Longtemps, le gouvernement a voulu maintenir la barre à 40 années effectivement travaillées. Il a finalement opté pour 37,5 annuités, ce qui est évidemment un moindre mal. Pour autant, les effets de cette réforme tiennent plus du symbole que du changement effectif (9).

Ce que garantit le projet de loi comme

« taux plein » c'est 50 % des dix meilleu res années plafonnées, soit une retraite maximum de 3 295 francs.

Pour que ce taux égale ou approche les 80 % que garantit la préretraite, encore faut-il que les caisses de retraite com-

6. Le pére Guiberteau, secrétaire Commission permanente de l'enseignement catholique déclarait ainsi, au sortir de son entretien avec Alain Savary (Libération, 1982): « A les écouter, nous avons l'impression, justifiée je l'espère, qu'ils ne veulent pas suppri mer l'enseignement privé. De fait, jusqu'à prén'avons pas eu de gros problèmes avec l'administration, les rectorats, et le dernier budget nous a donné satisfaction. » En fait, il semble bien que l'intention d'Alain Savary soit maintenir la législation actuelle jusqu'aux élections municipales de 1983, afin de ne pas heurter de front la hiérarchie catholique, dont une éventuelle intervention ouverte dans la vie politique est considérée comme de nature à décroyants. Or, à long terme, ses préférences semblent aller non pas à la nationalisation, mais à l'extension des « contrats d'association », quitte à demander la révision de certaines clauses (un droit de regard de l'Etat sur la nomination du chef d'établissement, par exemple). mais sans remettre en cause le « caractère propre » des établissements privés.

7. Voir la revue Non, novembre-décembre 1981 : « Le rapport Auroux est arrivé ». P. 23.

plémentaires acceptent de verser à partir qu'elles versaient jusqu'à présent à partir de 65 ans. La loi ne peut le leur imposer, les caisses étant gérées de manière contractuelle. Et quant à savoir comment seront financées les dépenses supplémentaires qui leur incomberont, rien n'est réglé pour le moment. Surtout, travailleurs bénéficiant mesure seront peu nombreux, en réalité environ 200 000. Et les répercussions sur l'emploi seront encore moindres, d'autant plus que la possibilité est maintenue de cumuler emploi et retraite, * sanction » résidant en une cotisation sociale supplémentaire et en l'obligation de changer d'employeur.

Sur la question du travail intérimaire, le PS s'était clairement prononcé l'interdiction des entreprises de travail temporaire (proposition de loi du 3 octobre 1979). Il n'en est plus question. Moyennant quelques aménagements de détail, les « négriers » des entreprises de travail temporaire ont obtenu le droit de continuer à faire leur sale besogne, et la perspective du placement effectué par un grand service public de l'emploi est repoussee aux calendes grecques. Le gouvernement a en fait institutionnalisé et légalisé (jusque dans le détail, en créant, par exemple, une « indemnité de travail précaire ») ce que les socialistes s'étaient engagés à supprimer

En ce qui concerne la Sécurité sociale, le gouvernement avait à traiter deux problèmes. Le premier est celui de la gestion des caisses. Le général De Gaulle avait accordé au patronat 50 % des sièges d'administrateurs. La centrale syndicale Force ouvrière (FO) a fourni l'appoint et, depuis lors, le patronat préside, au titre de cette coalition, 90 % des caisses de Sécurité sociale. Le gouvernement a bien annoncé son intention de réformer le mode de gestion des caisses et de procé der à de nouvelles élections. Mais les intérêts en jeu du côté syndical sont considérables et il n'a pas osé, pour le moment, avancer un projet précis de réforme.

Le deuxième problème est celui du déficit de la Sécurité sociale, estimé à 23

8. Cela va du maintien de la notion ambigué de « motif légitime et sérieux » pour justifier les expulsions, jusqu'au refus d'abroger le décret pris par Giscard en 1980, qui fait supporter aux locataires la plus grande partie des charges, en passant par la non-création de juridictions de type prudhommal pour régler conflits, et le maintien de la possibilité de bail inférieur à six ans.

9. Là aussi, les promesses de François Mitterrand n'ont pas été tenues : on ne parle plus de la retraite à 55 ans pour les femmes, qui figurait dans ses 110 promesses électorales. La Licommuniste révolutionnaire (LCR) s'était certes prononcée contre cette discrimination (60 ans pour les hommes, 55 ans pour les femmes), mais en demandant la retraite à 55 ans pour tous et pour toutes. Ce qui n'est nullement une surenchère, quand on sait que l'espérance moyenne de vie, si elle est de 74 ans pour un dirigeant d'entreprise, est de 57 ans pour un sidérurgiste lorrain. De plus, les bonifications accordées par enfant élevé (2 ans) sont notoirement insuffisantes : par exemple, 60 % des femmes ayant eu 3 enfants à charge se sont arrêtées de travailler pendant 15 ans ou plus.

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mars totalement absentes des préoccupa ont été les plus significatives. En effet, la milliards de francs pour 1982. Où le gouvernement compte-t-il trouver l'argent nécessaire ? Il a commencé par laisser entendre qu'il comptait bien récupérer 7 milliards de cotisations patronales impayées. Puis le chiffre a été ramené à 3 milliards, les experts gouvernementaux laissant en tendre qu'ils ne comptaient pas, en fait, récupérer plus d'un milliard. C'est donc les salariés - comme l'avait déjà fait le gouvernement de Raymond Barre - que le gouvernement a choisi d'imposer. Il a rétabli le point supplémentaire de cotisation pour l'assurance-maladie et a décidé de faire cotiser ... les chômeurs, mesures qui ont soulevé une tempête de protestations du côté syndical (10). A long terme, il ne semble pas que le gouvernement envisage de faire payer davantage le patro-

Alors, s'il ne veut pas résorber le déficit sur le dos des salariés, c'est du côté des professions indépendantes, des exploitants agricoles et des « revenus non salariaux » (foncier, immobilier ...) qu'il faudrait que le gouvernement se tourne. Mais cela nécessiterait que l'on commence par mettre en place des instruments permettant de connaître ces revenus. Il y a là, on le voit, de quoi mécontenter gravement des catégories socio-professionnelles que le gouvernement a précisément choisi

Et puis, il y a la durée du travail. Le gouvernement s'était contenté, premier temps, d'inciter les « partenaires sociaux » à parapher l'accord du 17 juillet 1981, triste accord qui, au nom de l'abaissement de la durée du travail de 40 heures à 39 heures, permettait en fait au patronat de remettre en cause toute une série d'acquis. Une loi devait ensuite être votée au Parlement pour en confirmer les principales dispositions. Mais il fut très vite visible que cet accord n'enthousiasmait pas la classe ouvrière, et que ce manque d'enthousiasme se reflétait au sein du PS et de son groupe parlementaire. Plutôt que de voir surgir au Parlement un débat où une partie au moins du groupe socialiste aurait pu se faire l'écho des pressions ouvrières, le gouvernement a alors choisi de procéder par « ordonnances », c'est-à-dire de recourir à l'une des procédures de la Constitution gaulliste de 1958 que la gauche, quand elle était dans l'opposition, avait toujours critiquée. Cette donnance entérinait de nouveaux reculs : par exemple, elle ne garantissait le maintien du salaire que pour les seuls travailleurs disposant du salaire minimum. Ce n'était pas là une bévue. Le Premier ministre, Pierre Mauroy, avait en effet déjà déclaré : « Si la compensation salariale devait être totale, (...) on tromperait tout le monde. » Bien évidemment, s'engouffrait alors dans la brèche qui lui était ainsi offerte, suscitant aussitôt de très vives réactions ouvrières. Mitterrand sentit que la vague du mécontentement ouvrier risquait de se transformer en une défiance de masse à l'égard de la politique gouvernementale. Le 10 février, il précisait : « Pas un travailleur ne doit craindre pour son pouvoir d'achat à la suite de l'application des 39 heures. »

Depuis lors, les commentaires gouvernementaux s'appliquent cependant à minimiser la portée de cette déclaration. « Cela vaut pour la majorité seulement des travailleurs », indique-t-on. « Cela n'est valable que pour les 39 heures, et il n'est pas tel principe soit retenu pour les diminutions ultérieures de la durée du travail », précise-t-on ailleurs. reste en tout cas que le gouvernement a dû plier devant la volonté ouvrière. De la même manière, les tentatives patronales de ne pas accorder dès cette année la cinquième semaine de congés payés ont fait

LA RIPOSTE OUVRIERE Face à l'ensemble de ces dispositions comme face aux tentatives de la droite et du patronat de profiter aussitôt des recuréactions ont commencé à se faire jour.

En ce qui concerne les immigrés, une première manifestation a eu lieu le 10 décembre, à l'initiative de la Maison des travailleurs immigrés (MTI), afin de réaffirmer l'ensemble de leurs droits. En janvier, le refus d'une partie des patrons de délivrer un certificat de travail aux travailleurs immigrés qu'ils employaient jusque-là de maniere clandestine, a suscite une serie de conflits, de grèves de la faim et d'occupations spectaculaires, notamment à Valenco, à Nîmes et dans la région parisienne.

Les femmes, qui ont été jusqu'au 8 tions gouvernementales, se sont égale. ment manifestées. Les manifestations organisées par le mouvement des femmes à l'occasion du 8 mars - sous l'intitulé : « Un changement? Où ça ? » très suivies. Les mesures annoncées le 8 mars ne semblent pas avoir répondu aux attentes ainsi formulées, et le contenu des décrets sur le travail à temps partiel n'a fait qu'accentuer le mécontentement des femmes travailleuses (12) : des états-généraux sur le travail des femmes sont prévus pour la fin avril, et bénéficient déjà du soutien de l'Union de la région parisienne de la Confédération démocratique du travail (CFDT) et du Mouvement français pour le planning

10. Il faut savoir que le système de cotisation est profondément inégalitaire : celles-ci représentaient, en 1976, 32,8 % des revenus d'un ménage ouvrier, 8,6 % pour les professions indépendantes, et 7,6% pour les exploitants agricoles.

11. Il semble que le gouvernement s'oriente aujourd'hui vers un autre type de répartition des charges patronales : il envisagerait ainsi de cotisations sociales concernent aujourd'hui CUE 5 730 F). Ou bien de calculer la cotisation, non plus sur les seuls salaires, mais sur l'ensemble de

Seulement, il aux entreprises pratide bas salaires. Et surtout, une telle réforme n'aurait pas pour ambition de mopart patronale de cod'une baisse du taux moyen de cotisation de 4 a

Gauron : « Sécurité sociale : une politique de solidarité », Regards sur l'actualifamilial (MFPF). Ils devraient permettre de concrétiser a une échelle de masse les aspirations des femmes travailleuses.

Du côté de la jeunesse, la protestation n'a également pas tardé à s'organiser contre le refus gouvernemental de réduire d'un groupe de jeunes de Caen, une pétition « Six mois comme promis ! » a recueilli près de 80 000 signatures. Et cette initiative a été relayée par une pétition interne aux casernes - sur les six mois et sur les droits démocratiques - qui a été signée à ce jour par plus de 4 000 soldats, ce qui est considérable compte tenu de la situation prévalant au sein de l'institution militaire en France (13).

Sur la question nucléaire, les réactions ont été plus faibles. Une première manifestation nationale a bien eu lieu le 3 octobre, à l'initiative de la Coordination antinucléaire, avant que ne soit officiellement votée par le Parlement la loi qui reconduit, à peu de choses près, le programme électro-nucléaire mis en place sous Valéry Giscard d'Estaing. Mais la faiblesse de la structuration du mouvement antinucléaire en France n'a pas permis que s'organise une protestation massive, même si des manifestations ont certes eu lieu sites les plus sensibles, et ont souvent donne neu, comme dans les Ardennes, à des affrontements violents avec la police.

Mais, pendant toute cette période, ce sont les réactions de la classe ouvrière qui combativité ouvrière s'est nettement située au-dessus de ce qu'elle avait été en 1980 - année où le niveau des conflits s'était révélé, il est vrai, particulièrement

- et se rapproche du niveau de pour fait de grève est ainsi de 195 400 en novembre (contre 52 000 en 418 000 en 1979), et de 126 000 en décembre (contre 62 700 en 1980 et

Des cette periode, d'ailleurs, il était frappant de voir que c'était principale. ment le nombre de conflits portant sur Temploi, et notamment sur la durée du travail (autour des 35 heures et de l'aménagement du temps de travail) qui étaient té, janvier 1982).

12. Comme sous Valéry Giscard d'Estaing. le patronat pourra trouver dans l'élargissement du temps partiel la véritable « réduction du temps de travail avec perte de salaire » qu'il souhaitait. Et dans quelles conditions! Les heures complémentaires n'entraineront pas de majoration de salaire, contrairement aux heures supplémentaires des travailleurs à temps plein ; le patron peut modifier les horaires demandés à sa guise ; il est dispensé du surcroît de cotisations qui découle normalement de l'emploi de deux travailleurs au lieu d'un, et le comité d'entreprise doit être informé. mais ne peut exercer de droit de veto : le CNPF s'y est opposé …..

13. Une douzaine de soldats ont, depuis lors, été sanctionnés par la hiérarchie militaire pour avoir signé cette pétition. La Fédération de l'éducation nationale (FEN), la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et la CFDT ont protesté. Mais pas le Parti socialiste. Le PCF, lui, a de fait approuvé les sanctions.

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en augmentation. De septembre à janvier, statistiques hebdomadaires Travail, leur pourcentage oscillait entre 13 et 24 % pour les conflits dits « localisés », et entre 34 et 66 % pour les conflits dits « généralisés » (14). Ils étaient déjà de 21% pour l'année 1981, alors qu'ils n'avaient jusqu'à présent javeau en janvier, où l'on dénombre 327 Cette combativité se déploie à nouconflits (contre 245 en 1980 et 206 en

C'est que le patronat s'infiltre évidemment par toutes les brèches que lui offre l'application des ordonnances. Ici, on n'accorde que deux jours et demi supplémentaires de congé au lieu de la cinquième semaine prévue, en faisant partir leur mise en œuvre de la date de la promulgation des ordonnances. Là, on de 40 à 39 heures, mais supprimant les diverses pauses qui avaient été précédemment acquises de haute lutte. Ailleurs, on tentera de faire travailler les employés le dimanche ou le samedi. Et, surtout, on tentera, selon des modalités diverses, d'obtenir qu'une réduction des salaires accompagne la réduction du

Tout le monde - patronat, gouverneestimé la vivacité de la riposte ouvrière. La mobilisation s'organise pour faire respecter les acquis et pour obtenir une diminution substantielle du temps de travail, en prenant d'emblée un caractère de masse dans certains secteurs, comme par exemple les Télécommunications ou le Commerce. Début février 1982, ce sont plusieurs centaines d'entreprises qui étaient en grève sur ce thème, tandis que s'engageait, dans un climat tendu, le « deuxième round » des négociations salariales dans la Fonction publique, où la CGT et la CFDT refusaient finalement d'avaliser les propositions faites par le ministre communiste de la Fonction publique et des Reformes administratives, Ani-

LA POLITIQUE DE LA BOURGEOISIE La politique de la bourgeoisie, pendant toute cette période, a subi plusieurs mois où la déconsidération des forces contraint le Conseil national du patronat français (CNPF) à monter en première ligne, comme « parti des entreprises », celui-ci a souhaité passer le relais et y a par-

Il l'a souhaité parce que la prolongation d'un tel affrontement risquait de poser les problèmes en termes de « classe » : non plus « les entreprises » parlant au nom de l'intérêt national face à la gabegie et aux maladresses des nouveaux responsables gouvernementaux, mais « les patrons » parlant au nom de leurs intérêts de classe face à la majorité parlementaire élue par les travailleurs. Or le problème n'était pas de renverser le gouvernement dans les mois qui viennent : il est de toute manière encore là pour quelque temps. Et surtout, l'expérience a rapidement prouvé qu'une tactique plus souple, accumulant les pressions au nom du réalisme dont se prévalent les responsables gouvernemeneux-mêmes, pouvait (impôt sur la fortune, temps de travail, logement, etc.). La réalisation de ce souhait, qui a coïncidé avec le remplacement de François Ceyrac par Yvon Gattaz à la tête du CNPF, a été rendue possible pour plusieurs raisons.

Pour commencer, le CNPF a réalisé qu'une série d'institutions liées à la Consde la Ve République pouvaient faire œuvre utile en matière de sabotage et de retardement des projets gouverne. mentaux. Ainsi le Conseil constitutionnel (15) a-t-il contraint le gouvernement à augmenter le niveau déjà très élevé des indemnisations aux actionnaires des entreprises nationalisées. Ainsi le Conseil d'Etat a-t-il rendu un arret contraignant les municipalités à payer les frais de fonctionnement des écoles confessionnelles sous contrat d'association, alors que ce contrat n'est pas passé par elles mais par

Ensuite, le CNPF a découvert qu'il lui était possible de passer le relais des attaques frontales à diverses catégories professionnelles. Ainsi, à Lyon, ce sont les policiers qui conspuent leur ministre de la Décentralisation, Gaston Defferre, tandis qu'à Paris, c'est le syndicat des commissaires qui organise la fronde (16). Une fraction non négligeable du corps médical part en guerre contre le projet de suppression du secteur privé dans les hôpitaux et 15 associations médicales appellent à la grève le 3 mars et organisent une manifestation dans laquelle dominent les cris de « Ralite au Goulag ! » (Le ministre de la Santé, Jack Ralite, est membre du PCF). A Nancy, ce sont les avocats qui entrent en dissidence. A Grenoble, puis à Rouen, ce sont les artisans, les commerçants et les

14. Sont considérés comme « conflits généralisés » : les journées d'action nationales. plurisectorielles ou non : les grèves plurisectorielles affectant une région donnée : les grèves affectant une branche ou un secteur d'activité

15. Le Conseil constitutionnel est l'instance suprême chargée de veiller à ce que les décisions gouvernementales restent dans le cadre de la Constitution, c'est-à-dire ne sortent pas de « l'ordre établi ». Il est composé de juristes prétendument impartiaux mais qui, au fil des années, ont été en fait mis en place par la droite.

semblent pour le moment prêts à s'accommoder de son existence.

16. Le prétexte en a été le refus du ministre de l'Intérieur de nommer à la tête de la Police judiciaire (PJ) l'ancien chef des « cow-boys » de la brigade anti-gangs, Marcel Leclerc. commissaires accusent le ministère d'avoir cédé aux pressions du syndicat majoritaire dans la police - la Fédération autonome des syndicats de police (FASP) -, dont les animateurs sont

17. La FNSEA qui n'est pas, en France, le seul syndicat paysan, mais qui est de loin le plus représentatif, avance, pour mobiliser les paysans contre le gouvernement, des revendications très démagogiques, voire ouvertement réactionnaires. Mais le problème vient aussi du fait que la politique du pouvoir est extrêmement floue et velpetits patrons qui manifestent dans la rue. La Confédération (CGC) organise un rassemblement national de ses adhérents qui conspuent allègrement ce qu'ils appellent la « doctrine égalitariste du gouvernement », tandis que l'Union nationale de la propriété immobilière (UNPI) rassemble en Ile-de-France plusieurs milliers de ses adhérents pour dénoncer le « collectivisme » gouvernemental, et que la Fédération nationale des syndicats d'exploitants (FNSEA) (17) prend appui sur la protestation paysanne pour organiser de violents défilés qui, dans plusieurs régions de France, s'en prennent aux préfectures. Fin mars, elle rassemblera ainsi près de 100 000 paysans à Paris.

Dans certains cas, ces manifestations sont organisées par des associations qui, comme la FNSEA, étaient ostensiblement liées au régime de Valéry Giscard d'Estaing. Et derrière les autres, on trouve sans difficulté la main de politiciens réactionnaires (18) qui manipulent sans difficulté ces mouvements et créent diverses associations à façade plus ou moins prodéfense du libéralisme et de la liberté d'expression ».

Et surtout, la victoire de la droite aux élections législatives partielles a redonné un nouveau souffle aux formations politiques de la bourgeoisie. Raymond Barre et Valéry Giscard d'Estaing ont ainsi jugé possible de faire leur rentrée politique, en commençant par de modestes interviews puis, pour ce dernier, en se présentant aux élections cantonales dans un petit canton d'Auvergne. Mais c'est surtout le RPR qui profite de la situation actuelle. Congrès de Toulouse lui a permis de rassembler 15 000 participants. Il fait preuve d'une activité « militante » que nul ne lui avait connu jusqu'à présent, multiplie la création de « clubs » locaux et bénéficie incontestablement d'une vague de recrutement. Derrière le vocabulaire « républiléitaire. A l'occasion de la « Conférence agricole », le gouvernement a, par exemple, décidé de privilégier les subventions accordées aux petits paysans, aux dépens de celles que recevaient les gros exploitants. Le principe était juste, mais les qu'une aumône. Quant à sa politique de mise en place d'offices (offices fonciers et offices par produit), le gouvernement a fait marche arriére : il a finalement renoncé à la fixation d'un prix par quantum de production (qui favorisait les petits producteurs en leur garantissant un prix correct jusqu'à un certain niveau de production) et semble prêt à abandonner tout mécanisme de contrôle du marché par les offices, en multipliant les dérogations. En fait, ce sont ce flou et ces hésitations qui permettent à la FNSEA de faire courir les rumeurs les plus insensées et de mobiliser « contre le collectivisme ». Il est par ailleurs certain que ce syndicat

SUIC mécontentement notamment à la baisse constante

L'ex-député du Rassemblement pour la République (RPR) Souchal pour les avocats : l'adjoint de Chirac. Tibéri, pour les propriétaires immobiliers; le professeur Robert Debré pour les médecins : le RPR Baumel ou le député de l'Union pour la démocratie française (UDF) Gérard Longuet pour les associations de téléspectateurs.

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cain » (19), c'est sur une orientation extrêmement musclée que se reconstruit aujourd'hui le RPR : au Congrès de Toulouse, le chanteur Philippe Clay n'hésite pas à définir l'actuel gouvernement comme une « association de malfaiteurs ».

Beaucoup d'observateurs retrouvent ainsi le « style » du RPR derrière les tentatives d'exploitation contre le gouvernement de diverses affaires, qu'il s'agisse de l'assassinat de Marcel Francisci ou de la mort de René Lucet (20). Le résultat des cantonales ne fait en tout état de cause que renforcer l'évolution perceptible depuis les législatives partielles : le RPR peut assumer aujourd'hui l'attaque frontale contre le nouveau pouvoir. Le CNPF a pu, du coup, se faire plus discret, relative discrétion qui n'exclut nullement que les patrons fassent eux-mêmes appel à des méthodes « musclées » (21).

LES REACTIONS

DES ORGANISATIONS OUVRIERES Face à cette situation, la réaction des organisations ouvrières est absolument désolante. Du côté des organisations syndicales, plus que jamais, en effet, c'est la division et la révision en baisse des revendications qui sont à l'ordre du jour.

La Fédération de l'éducation nationale (FEN) a été la première à tenir son Congrès cette année. Mais, alors que son principal syndicat, (SNI), avait adopté à l'unanimité quelque temps auparavant une position relativement ferme sur la question de la laïcité, la FEN a choisi d'avancer à reculons sur ce terrain. De manière tonitruante, bien sûr. La FEN a ainsi brandi les pires menaces au cas où le « principe » de l'unification des enseignements public et privé ne serait pas adopté avant ... 1986 (22). Et, sur la question des revendications, la résolution finale précise : « On évitera donc toute globalisation excessive qui ne pourrait qu'apporter un argument et une aide aux forces de l'opposition. »

Quant à Force ouvrière (FO), son fait d'armes durant cette période restera la mise à l'ordre du jour de son Comité confédéral national (CCN) d'un rapport sur la manière dont les ministres commu-

Use serviraient des ministères qu'ils contrôlent pour « noyauter l'appareil « chasse aux sorcières » a pour le moment échoué, mais cela n'a pas empêché FO d'apporter sa contribution à la campagne orchestrée par la droite partir de la mort de René Lucet.

La CFDT, elle, s'est à plusieurs reprises trouvée dans une position inconfortable. Cette confédération se comporte en effet de plus en plus comme si elle était chargée de « baliser » la route du gouvernement, de fonctionner en quelque sorte en éclaireur. Ce qui la met souvent porte-à-faux, I'« éclairage » qu'elle fournit étant souvent désavoué par un gouvernement que la pression ouvrière contraint à des arbitrages assez complexes. D'où la colère d'Edmond Maire, quand François Mitterrand indiqua finalement que la réduction du temps avec la

DE NES RES CUNG cgt CHIT POI

REUCTION TEMPS 15 SEMAINE DUR MPUT SECTION des RETRA de travail ne devait pas entraîner diminution des salaires. En effet, la direction de la CFDT avait justifié à l'avance aussi bien la remise en cause de tous les avantages acquis - qu'il s'agisse des temps de pause obtenus ici ou là ou du samedi et dimanche non travaillés —, que la réduction des salaires quand il y avait réduction du temps de travail (23) ! Ce type d'orientation a évidemment rencontré de fortes résistances à l'intérieur même de la confédération, résistances qui ont nourri l'opposition qui y existe déjà importantes, comme la région Midi-Pyrénées, celle-ci a pour la première fois frôlé la majorité lors des congrès

Cette orientation n'a cependant pas entraîné pour le moment de mouvement massif de désaffection à l'égard de la CFDT dans la classe ouvrière elle-même. C'est qu'en effet l'affaire polonaise largement pris le devant de la scène, et la CFDT, en manifestant ostensiblement sa solidarité à Solidarnosc, a su tirer parti du soutien de fait qu'apportait la CGT aux militaires polonais. Certes, le front qu'elle a alors constitué avec FO, la FEN, la CGC et la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) ne s'est prolongé. Mais, selon le vieux principe qui aveugles les borgnes sont rois, les dernières élections professionnelles transfert de voix depuis 19. Le grand thème du RPR, c'est qu'il incarne aujourd'hui les « républicains » contre

20. Marcel Francisci était conseiller général RPR pour la Corse et patron de cercles de

On a retrouvé sur son cadavre une bande magnétique faisant état de démarches auprès de Gaston Defferre (qui avait fermé son cercle de jeu), par l'intermédiaire d'avocats socialistes. René Lucet, militant RPR et syndiqué FO, dirigeait la Sécurité sociale à Marseille, et le ministre de la Solidarité nationale, Nicole Questiaux, lui avait retiré cette responsabilité à la suite d'un certain nombre de malversations. Il a été retrouvé mort chez lui le lendemain de sans que l'enquete ait conclure à ce jour à un suicide ou à un assas-

21. La direction des Laiteries Besnier a évacué 350 000 camemberts de son usine d'Isigny, grâce à un commando de 200 personnes encadré par 38 anciens parachutistes. jours plus tard, à Clichy, c'est également l'intervention d'un commando de non-grévistes dans une usine occupée qui provoquait la mort de

INTOUE 5 du LI RE Manifestation de la CGT du 16 féurier 1982. (DR) Confédération générale du travail (CGT)

Car la CGT, que la victoire du 10 mai avait déja placée en situation instable, a été frappée de plein fouet par le coup de force polonais. C'est sans hésitation aucune que Henri Krasucki et Georges Seguy, qui recevaient il y a très peu de temps Lech Walesa en France et l'invitaient au 4le Congrès de la CGT qui doit se tenir à Lille en juin 1982, ont approuvé « l'état de guerre » et affirmé leur compréhension à l'égard des militaires po-

Mais c'est aussi fronde sans précédent historique que cette position a déclenchée à l'intérieur de la centrale syndicale (24).

Ainsi mise en difficulté, la direction de la CGT a essayé de refaire le terrain perdu en durcissant le ton sur les revendications. Elle a ainsi fait connaître son appréciation négative sur un certain nombre de « défauts » de l'action gouvernementale (le pouvoir d'achat des travailleurs, la faible hausse du salaire minimum - SMIC -, sur les 39 heures, le 1% d'augmentation des cotisations salariales

Sécurité sociale, etc.), tout en maintenant que, globalement, les orientations du gouvernement « vont dans la bonne direction » et, surtout, en se gardant de toute mobilisation par rapport encore trop tôt pour dire si ce début de distanciation permettra à la CGT de se « refaire une santé », tant au niveau des adhérents qu'au niveau des voix aux élecl'un des grévistes, un ouvrier algérien. Et a Brioude, le 2 mars, c'est un commando de producteurs de lait qui est formé pour déloger les travailleurs qui occupaient la coopérative de Michel Debatisse, député UDF au Parlement eu-

22. L'hebdomadaire du PS, l'Unité, commente avec faveur cette orientation : « Aussi, ce n'est pas l'abrogation des lois antilaïques qu'ils demandent au gouvernement et aux parlementaires, mais de construire avec eux ce grand ser-

Et avec l'Eglise, puisque, sûrs de convaincre, ils sont certains de trouver des plages de compromis avec cette dernière. » (L'Unite, 12 février 1982).

23. " Il est souvent impossible d'assurer à la fois une importante réduction du temps de travail avec la création d'emploi correspondante et une compensation intégrale du pouvoir d'a-

(Syndicalisme-Hebdo, 24. Cf. Félix Lourson, « Le mouvement ouvrier français et la Pologne », Inprecor, numéro 121, du 22 mars 1982.

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tions professionnelles. Elle en aurait en tout cas bien besoin (25).

La situation dans le PCF est par bien des points semblable à celle que l'on connaît dans la CGT, tant les liens entre les deux organisations ont rarement été aussi visibles. Mais elle présente cependant quelques différences.

Par exemple, le PCF est plus directement ligoté que la CGT par la présence de ministres communistes au gouvernement : c'est donc la CGT qui se voit chargée d'entretenir un minimum de fronde à l'égard de la politique gouvernementale. Le PCF, lui, continue à se définir comme « parti de lutte et de gouvernement ». Mais, pour le moment, la lutte est essentiellement conçue comme le fait d'aider les travailleurs « à dépasser le refus de s'impliquer dans la gestion (26) ».

A quoi on peut ajouter que les répercussions de la crise polonaise dans le PCF ont été moins évidentes que dans la CGT Mais le malaise est cependant grand et patrès largement l'activité du parti Quant au Parti socialiste (PS), il a certes grossi pendant cette période (28), mais l'orientation politique qu'il a choisie en a fait une grande force inerte sur le terrain de la vie sociale et politique. La préparation du Congrès qui s'est tenu à Valence les 23 et 24 octobre a pourtant montré qu'une fraction non négligeable de ses adhérents poussait en faveur du changement. Mais là n'était pas la préoccupation de ses dirigeants. Une fois que l'on eut satisfait à l'humeur de la base, au prix de quelques formules vigoureuses, on passa aux choses sérieures : en l'occurrence le vote unanime de la résolution dont la pièce maîtresse était le paragraphe prévoyant la recherche du compromis avec le patronat. Michel Rocard, au nom de la minorité du parti, n'eut aucune peine à expliquer que, puisqu'on ne parlait plus de « rupture », mais de « compromis », c'etait par accord sur le fond, et non par souci tactique, qu'il votait la résolution.

Depuis lors, il n'y a effectivement pas eu de crise ouverte entre les différents courants du PS, sans que l'on puisse dire pour autant qu'ils aient disparu. C'est que la politique menée par le gouverne. ment est bien plus proche de celle préconisée par Michel Rocard que des résolutions majoritairement votées dans les pré-

De ce fait, des désaccords ont certes surgi entre le gouvernement et le groupe parlementaire socialiste, que ce soit sur la question des centrales nucléaires ou sur l'attitude à adopter concernant le diktat du Conseil constitutionnel sur les nationalisations. Mais, à chaque fois, le compromis s'est pour l'essentiel fait sur la base des positions gouvernementales.

D'où l'inertie dont fait preuve le PS et la morosité qui gagne ses rangs. Son premier secrétaire, Lionel Jospin, a certes précisé qu'il n'était question ni « l'Etat-PS » ni d'être un parti-godillot. Mais deux refus ne suffisent pas à définir une ligne de conduite. Et la réalité reste que le PS n'a pas su, pour le moment, jouer un rôle dans la situation politique.

La direction parle bien d'un rôle d'explication ou de mobilisation. Mais les réalisagouvernementales sont suffisamment différentes des projets initiaux du PS pour que le rôle d'explication n'aille pas de soi : c'est d'abord dans le PS qu'il faudrait expliquer. Et quant à la mobilisation, quel rôle « mobilisateur » le PS pourrait-il jouer au service d'un gouvernement qui se méfie tellement de la mobilisation populaire ? L'Unité, l'hebdomadaire du Parti socialiste, veillerait plutôt à éteindre très vite les premiers feux de la mobilisation populaire (29). Le mécontentement se répand chez les militants, sans qu'il prenne pour le moment une expression cohérente et globale. Les interrogations ne peuvent évidemment que s'amplifier avec le médiocre résultat des élec-

LES ORIENTATIONS GOUVERNEMENTALES POUR 1982 L'ensemble de ces données concourt donc à ce que la masse des travailleurs voit peu de signes matériels de change-

Get que la confiance en l'équipe s'amenuise. C'est évidemment cela qu'a traduit le vote du 14 et du 21 février. Mais, pour autant, la coalition gouvernementale ne semble pas envisager, dans l'immédiat, de modifier fondamentalement sa politique.

Les dirigeants socialistes attendaient qu'une reprise économique mondial vienne accompagner leur effort dès la fin de l'année 1981 : celle-ci ne s'est pas produite. En France, il y a certes eu une légère reprise dans les derniers mois de l'année 1981 : la consommation des ménages a ainsi augmenté de 2,3 % en 1982 contre 1,8 % en 1981. Mais il s'agit d'une reprise « technique » et très largement artificielle. Elle a été pour l'essentiel due aux effets de la relance tée - de la consommation populaire, liée à l'augmentation (SMIC) et à la revalorisation d'un certain nombre de prestations sociales.

Cette réaction est restée limitée dans son ampleur. En effet, les patrons ont réussi, par mille acrobaties, percuter l'augmentation du SMIC sur l'ensemble des salaires: le pouvoir d'achat ouvrier n'a ainsi pas le moins du monde augmenté depuis le 10 mai. Cette reprise « dopée » n'a pas permis de faire redémarrer la production : l'indice de la pro-

25. La CGT n'a sans doute aujourd'hui guère plus de 1 200 000 adhérents, la CFDT en totalisant environ un million. Et cela fait maintenant une dizaine d'années que les scores de la élections professionnelles. Dans ce dernier domaine, les résultats qu'elle a recueillis ces derniers temps dans quelques-uns de ses bastions témoignent de pertes encore

- 12% à Renault-Billancourt dans le collége ouvrier.

26. Philippe Herzog. Cahiers du Commu27. Cf. Félix Lourson, art. cit. 28. Il y avait 159 000 adhérents en 1980, 189 987 le 10 mai et 210 000 en septembre 1981. Le recrutement a donc été plus intensif dans la période même de la campagne présidenduction industrielle a ainsi baissé de plus de 3 points au mois de janvier 1982. Par contre, elle a mis en évidence une série de structurelles de l'économie - L'inflation d'abord : elle a certes été un peu moins élevée que ne le prévoyaient la plupart des experts (14 % selon l'indice de l'Institut national de la staéconomiques →, 16,5 % selon l'indice de la CGT), mais la relative modération de son augmentation a été pour l'essentiel due à un étalement inhabituel de l'augmentation des tarifs de services et par la baisse du prix des importations. De plus, les augmentations sont très variables d'un poste à l'autre : 16,6 %, par exemple, selon l'indice INSEE, pour les produits alimen-

- Le chômage : la fin de l'année 1981 a marqué le passage du cap des 2 000 000 de chômeurs, 2031000 exactement en janvier 1982. Pourtant, il y a eu sensiblement moins de licenciements économiques ces derniers mois que durant la pé riode comparable de 1981. C'est la situation des offres d'emploi qui reste catastrophique : la reprise « technique » n'a pas suffi pour convaincre les d'embaucher.

Le déficit aggravé de la balance commerciale : l'augmentation consommation des ménages a surtout aux produits importés. Elle a sans doute permis un relatif déstockage secteurs de l'économie française (les biens de consommation courante en particulier), mais n'a même pas été suffisante pour convaincre les industriels de reconstituer leurs stocks Et la dévaluation de 8,5 % consentie en octobre par rapport au mark allemand n'a pas non plus suffi pour rendre compétitifs les produits français sur les marchés

C'est sur cette base fragile que le gouvernement a établi les données de sa nouvelle politique économique. Il se confirme que celle-ci ne passe plus principalement par la relance de la consommation populaire : les maigres propositions d'augmentation des salaires (10,5 % répartis sur un an) faites par Anicet Le Pors, ministre communiste de la Fonction publique, à l'ensemble des fonctionnaires, comme l'étalement dans le temps de la revalorisation du traitement des instituteurs le prouvent abondamment. C'est sur le budtielle qu'après la victoire. Et il s'est probablement à nouveau ralenti depuis le mois de sep-

29. Témoin Michèle Kespi dans / 'Unité du 12 février : « Qu'en est-il exactement de cette mobilisation autour des 39 heures ? N'a-t-elle amplifiée par ceux qui, en critiquant veulent mettre en difficulté le gouvernement? Il est difficile de donner une appréciation chiffrée des conflits. On sait qu'ils mais pas aussi nombreux qu'on le prétend : parler de foyers d'agitation qui s'étendraient partout serait complètement faux. oublie aussi de rappeler que, habitués à signer des conventions collectives, cela ne se passe pas si mal. »

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ciaux, en particulier l'Union nationale et vestissement reste la diminution de la renget de l'Etat que compte aujourd'hui le gouvernement pour amorcer la relance. D'où l'acceptation d'un déficit budgétaire considérable, qui sera officiellement de 130 milliards. Le pari est risqué : le temps n'est plus où un tel déficit pouvait être facilement contrôlé, assuré qu'on était de le résorber peu à peu, simplement avec les fruits de l'expansion qu'accordait une augmentation annuelle du produit intérieur brut (PIB) de 6 %. Si la relance tombe si peu que ce soit en dessous de 3% (le gouvernement table sur 3,3 %), ou bien il faudra procéder à des coupes sombres et sauvages dans les dépenses de l'Etat prévues, ou bien il y aura de nouveau déclenchement de la spirale inflationniste. François Mitterrand a bien fini par s'apercevoir du problème et par demander plus de rigueur dans le niveau des dépenses publiques. Mais son appel ne vaut guère que pour les budgets futurs: trop de projets sont maintenant engagés, et la politique gouvernementale pour 1982 restera largement inchangée. Pour mener à bien cette politique, le gouvernement s'appuie sur quatre éléments :

- L'aide que pourrait lui apporter le secteur nationalisé. On prévoit ainsi que la production du secteur nationalisé augmentera de 1,2% en 1982 contre 0,8 % en 1981. Pour arriver à ce résultat, le gouvernement a expliqué aux nouveaux présidents-directeurs généraux (PDG): « Vous rechercherez d'abord l'efficacité économique par une amélioration continue de la compétitivité. (...) Les critères des entreprises industrielles s'appliqueront intégralement à votre groupe; les différentes activités devront dégager un résultat d'expoitation suffisant pour assurer le développement l'entreprise, capitaux investis devra être normale. (30) » Les entreprises nationalisées ont déjà été très officiellement autorisées à licencier.

Mais, là aussi, les marges de manœuvre du secteur nationalisé restent minparce qu'il faut compter avec les réactions des travailleurs. Et ensuite parce que le flou dans lequel a été laissé, par exemple, la question des filiales étrangères, va venir compliquer très sérieusement l'application des directives

- Le soutien à la restructuration industrielle. Cela passe par une plus grande flexibilité dans l'utilisation des équipe. ments industriels, et c'est visiblement le sens de plus en plus ouvertement donné à la réduction du temps de travail et au travail à temps partiel. Mais cela passe aussi par l'accumulation des subventions gouvernementales aux petites et moyennes entreprises. Le plus beau fleuron de cette doute le Plan textile : 400 milliards anciens sont ainsi versés aux patrons du textile (par l'exonération du tiers de leurs charges sociales) à la condition qu'ils embauchent un nombre de salariés égal à moitié des départs volontaires ou naturels (31)!

Un coup d'arrêt à la croissance des dépenses sociales. Les divers systèmes so.

départementale d'indemnisation du chômage (UNEDIC), représentent déjà 40 milliards supplémentaires de déficit. Du coup, le gouvernement n'ira sans doute pas au-delà des quelques mesures déjà programmées pour le premier trimestre, et il hésite sur les problèmes posés par le financement de la retraite à 60 ans.

- Une « politique des revenus » dont les deux volets officiels seraient un ralentissement de la hausse des prix (l'objectif fixé par le gouvernement est d'atteindre un taux d'inflation de 10,5 % en 1982 et de 10 % pour le dernier trimestre) et un blocage des salaires à un taux indexé sur la hausse des prix « souhaitée ». Ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Il n'est toujours pas envisagé de blocage des prix, y compris pour les produits de consommation courante. L'opération « trêve des prix » sert surtout de campagne publicitaire aux grandes surfaces — qui n'ont aucune difficulté à répercuter sur l'ensemble de leurs ventes les « promotions » qui leur sont ainsi demandées sur quelques articles - alors qu'elle est très largement boudée par les petits commerçants (32). Et, par ailleurs, les travailleurs n'ont aucune raison de renoncer à l'augmentation de leur pouvoir d'achat.

En tout cas, c'est bien de la mise en place d'une politique d'austérité qu'il s'agit. Le CNPF s'en réjouit bruyamment : « Le système Delors ressemble comme un frère à celui que voulait mettre en place Raymond Barre », déclare le vice-président du CNPF, Yvon Chotard (33). Et Pierre Rosanvallon, l'un des idéologues officiels de la CFDT et du courant Rocard au sein du PS, affirme avec une grande franchise : « Le fameux français du socialisme" n'aurait au fond de consistance propre que s'il s'identifiait à une telle expérience démocratique d'apprentissage collectif de l'austérité. (34) » ment pas l'approbation des travailleurs, et c'est une première difficulté. Mais, de plus, toutes les bonnes manières qui lui sont faites ne suffisent pas à convaincre le patronat, tant que celui-ci n'a pas la certitude de voir restaurer son taux de profit. Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris déclare ainsi : « Faut-il s'étonner dès lors si de ces incertitudes naissent l'attentisme, un réflexe de prudence frileuse et le souci de limiter au minimum les initiatives dont nul ne peut apprécier sérieusement les chances de succès ou d'échec. (35) » Et la Banque de France estime tout aussi que le grand obstacle à une reprise de l'in-

30. Pierre Dreyfus, ministre de l'Industrie (Rhône-Poulenc-Actualités, gouvernement a également choisi de laisser à la tete de Rhône-Poulenc. Jean Gandois, qui a déjà 20 000 licenciements à son actif, et il a nommé à la téte de la Société Générale, Jacques Mayoux, ex-PDG de Sacilor, responsable de 29 000 licenciements dans la sidérurgie lorraine.

31. Globalement, le gouvernement a mis en place 24 milliards de prêts à long terme destinés aux entreprises. Et les investissements conformes aux priorités pourront étre financés par une enveloppe annuelle de 11 milliards de tabilité « fortement ressentie par les chefs d'entreprise (36) ».

Le gouvernement a donc encore du pain sur la planche s'il veut rassurer les patrons et obtenir le redémarrage des investissements. On peut dire emploie, et la décision récemment prise « au plus haut niveau » de faire évacuer par la police quatre usines occupées par les grévistes n'a pas d'autre sens. Dans l'immédiat, il ne peut cependant aller beaucoup plus loin, car il lui faut aussi se souvenir de qui l'a élu.

Compte tenu de l'environnement international, de la politique des hauts taux d'intérêt maintenue aux USA et de la relance allemande qui se fait attendre, l'hypothèse la plus probable est que, d'une stimulation suffisante de la production industrielle en France, le déficit de la balance commerciale devrait s'aggraver considérablement, nécessitant un nouveau catastrophe (37) si l'on veut relancer les exportations, mais réajustement qui serait lui-même générateur d'inflation dans le court terme. Quelles seraient les conséquences politiques de cette première crise monétaire du

Que certains, dans le gouvernement comme tendent à le montrer les premières réactions de Michel Rocard après les élections cantonales - soient prêts à cette éventualité et y voient même une excellente occasion pour réexpliquer la nécessité du « réalisme » et de la « pause », fut-ce au prix d'une crise grave, c'est certain. Que les travailleurs voient dans la crise financière confirmation que, décidément, une autre politique qui est nécessaire, cela est également tout à fait possible.

L'issue d'un tel affrontement dépend bien sûr en grande partie de l'orientation que donneront les grandes organisations ouvrières à la protestation populaire, et donc du type de clivage qui interviendrait, dès lors, à l'intérieur du gouvernement. Mais, pour une part, elle dépend aussi de la capacité des révolutionnaires à proposer et à populariser des mesures immédiates qui apparaissent comme indispensables pour gagner effectivement la bataille de l'emploi et la lutte contre la hausse des prix. C'est ainsi seulement que les masses pourront se convainere qu'une autre politique est possible : une politique qui implique évidemment la rupture avec la bourgeoisie, le renoncement à toute forme de collaboration de classe.

Jacques KERGOAT Paris, le 30 mars 1982. francs, enveloppe en augmentation de 35 % par rapport à 1981. (Notes Bleues, ministère de l'Economie et des Finances, ler mars 1982).

32. Dans le Nord-Pas-de-Calais, par exemple, le département du Premier ministre, 15 % seulement des commerçants participent à l'opération.

33. Le Matin, 6 janvier 1982. 34. Libération, 3 mars 1982 35. Le Monde, 26 février 1982. 36. L'Expansion, 5 février 1982. 37. Notamment par rapport à l'Allemagne, dont les exportations en France devraient augmenter cette année de 16 %.

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