Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

BELGIQUE

Petite chronologie de trois mois de luttes ouvrières

· Inprecor n° 123, 19 avril 1982 · p. 28-29 · 1 852 mots

Belgique Syndicalisme Stalinisme

14 décembre 1981 : déclaration gouvernementale qui prévoit, sous prétexte de redressement économique, un programme d'austérité radicale avec une réduction de 3 % de la masse salariale, une atteinte au mécanisme automatique de la liaison des salaires à l'indice des prix (index), un « assainissement » de la Sécurité sociale et une baisse importante des coûts de production des entreprises. Pour ce faire, le gouvernement annonce son intention de demander au Parlement des « pouvoirs spéciaux ».

Début janvier 1982 : la FGTB dit « non » aux pouvoirs spéciaux et aux mesures, dont le contenu précis n'est pas annoncé. La CSC déclare accepter l'austérité, refuse que l'on touche à l'index, mais refuse aussi de se préparer à l'action. La FGTB annonce un Congrès extraordinaire pour passer à l'action : plusieurs directions régionales et centrales votent des motions pour une grève nationale de 24 heures.

14 janvier : Congrès national de la FGTB : contre les mesures et contre les pouvoirs spéciaux ; pas d'action immédiate afin de chercher une unité d'action avec la CSC.

20 janvier : la FGTB organise un rassemblement national au Heysel (Bruxelles). Au lieu des 5 000 délégués prévus, il y en a 10 000. Face au discours de Debunne, le secrétaire général, la salle scande : « Grève générale ! »

26 janvier : Conseil général de la CSC : oui à des contacts avec la FGTB pour une action commune.

27 janvier : échec des négociations entre la FGTB et la CSC. Le lendemain, la CSC wallonne donne la liberté à ses dimois de luttes ouvrières rections régionales pour agir en commun avec la FGTB

8 février : Grève nationale interprofessionnelle de 24 heures de la FGTB. Elle est générale en Wallonie, notamment grâce au Front commun syndical. A Bruxelles et en Flandres, elle est diversement suivie selon les secteurs et les entreprises. Pas de manifestations en Wallonie mais des piquets de grève volants ; manifestations combatives dans le reste du pays.

11 février : première « marche sur Bruxelles » des sidérurgistes wallons FGTB-CSC qui s'inquiètent des plans de rationalisation Marché commun - gouvernement belge. Violents affrontements dans la rue de la Loi (siège du gouvernement et du Parlement).

Mi-février : devant la montée ouvrière, Wilfried Martens est obligé de convoquer les directions syndicales afin de prendre leur « avis » sur l'adaptation de l'index. En même temps, il leur fait miroiter un « plan pour l'emploi ». La FGTB d'abord et radicalement, la CSC ensuite et plus mollement, confirment leurs positions antérieures : c'est « non ».

15 février : l'agitation démarre dans les bassins sidérurgiques de Wallonie.

20 féurier : le gouvernement annonce sa volonté de dévaluer le franc belge (FB) ; le lendemain, la CEE le lui accorde. Climat d'« union nationale » : il est décidé une désindexation radicale pour le reste de l'année 1982.

22 féurier : la CSC ouvertement, la FGTB pudiquement, révisent leurs positions sur l'index : « Il faut réussir la dévaluation ! ». Le mot d'ordre devient désormais : blocage radical et

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prolongé des prix (que le gouvernement n'accorde pas par ailleurs).

22-26 février : au moment où l'appareil national interprofessionnel de la FGTB veut opérer une manière de repli, c'est l'explosion sociale à Liège et, à l'annonce de celle-ci, à Charleroi. Pendant deux, trois et parfois cinq jours, à peu près 100 000 travailleurs wallons entrent en grève (manifestations spontanées en ville ; piquets volants de masse ; attaques de banques; incendies des sièges du Parti libéral au gouvernement, occupations de gares, de ponts, d'autoroutes, etc.). La bureaucratie syndicale empêche la grève générale. Par contre, elle soutient désormais la grève illimitée des sidérurgistes du complexe de Cockerill-Sambre (Liège, Charleroi) mais s'oppose à l'extension de la grève à l'ensemble de la sidérurgie wallonne. Elle durera tout le mois de mars. La direction nationale de la FGTB tente à nouveau de négocier l'unité d'action avec la CSC. La FGTB wallonne est obligée sous l'impact de l'explosion sociale d'annoncer immédiatement une semaine d'action en Wallonie.

ler mars - 5 mars : les grèves tournantes de 24 heures paralysent successivement toutes les provinces de Wallonie. La CSC y participe en général. Manifestation de masse très combative. Souvent, les travailleurs débordent le « calendrier ». La direction nationale de la FGTB est, à son tour, obligée d'annoncer un « plan d'action nationale », couplant chaque fois la grève de 24 heures interprofessionnelle dans une province flamande à une province wallone pour le reste du mois de mars.

6 mars : manifestation nationale « Femmes contre la crise », menée ensemble par la FGTB et la CSC (15 000 manifestants) à Bruxelles, qui prend une nette tournure anti-gouvernementale.

8 mars : devant le plan radical de rationalisation des chemins de fer, un mouvement d'occupation des gares démarre, qui affectera tout le pays pendant tout le reste du mois de mars. Action menée dans tout le pays en front commun syndical par la FGTB et la CSC.

9 mars : toute la province de Liège paralysée par la grève tournante de 24 heures.

9 mars : la CSC wallonne, complètement débordée et en voie de déstabilisation, propose, en opposition aux grèves « inefficaces », une marche sur Bruxelles.

11 mars : le bureau de l'Interrégionale wallonne de la FGTB répond positivement à la proposition de la CSC wallonne, mais poursuit les grèves tournantes de 24 heures.

11 mars : les travailleurs de la compagnie aérienne SABENA, qui vont subir une énorme perte de pouvoir d'achat (on parle de 15 à 30 %), descendent à 5 000 dans les rues de Bruxelles et s'affrontent à leur tour à la gendarmerie, rue de la Loi.

12 mars : le Bureau national de la FGTB dit « oui » à la proposition de la CSC wallonne d'organiser une grande manifestation nationale interprofessionnelle à Bruxelles.

12 mars : devant le plan de rationalisation dans l'enseignement, le Comité national de la CGSP annonce une grève illimitée pour le 29 mars (la date sera changée pour le 31 mars) et demande à la FGTB de proclamer la grève générale interprofessionnelle illimitée.

15 mars : la CSC nationale bascule dans l'opposition. Elle s'oppose à « certaines mesures en ce qui concerne la Sécurité sociale » et propose une manifestation nationale à Bruxelles le 27 mars « avec la FGTB, si possible ».

16 mars : grève interprofessionnelle de 24 heures qui affecte cette fois-ci les provinces d'Anvers, du Limbourg et le Brabant flamand, plus la région de Charleroi. En Flandres, la CSC commence à participer à l'action malgré le blocage de la direction nationale.

Deuxième grande manifestation des sidérurgistes wallons, en front commun syndical FGTB-CSC : affrontements violents qui durent plusieurs heures. Ensuite, de fortes délégations partent en cars rejoindre la manifestation de masse à Anvers.

16 mars : sous l'impact de la manifestation des sidérurgistes, la fièvre sociale s'empare de la région de Mons-Borinage. Les laminoirs de Jemappes débrayent et entraînent progressivement toute la région. Une forte assemblée générale interprofessionnelle FGTB déborde la bureaucratie et propose la grève générale illimitée à partir du 23 mars (journée prévue dans le cadre du plan d'action nationale de la FGTB). La bureaucratie concède un Congrès extraordinaire en fin de semaine.

18 mars : c'est aux provinces de Namur, Luxembourg et Flandre orientale (Gand) de débrayer pour 24 heures.

19 mars: on apprend l'échec des négociations entre les bureaux nationaux de la FGTB et de la CSC pour une manifestation nationale commune le 27 mars. La FGTB décide d'annuler les deux dernières grèves tournantes de 24 heures (Flandre occidentale, Mons - Borinage, Mouseron, Bruxelles, Brabant wallon) et d'organiser à la place une grève nationale interprofessionnelle le 26 mars sans la CSC.

19 mars : Congrès extraordinaire de la FGTB - Mons - Borinage : on y apprend l'annulation de la grève tournante de 24 heures prévue pour le 23 mars (au profit d'une grève nationale de 24 heures pour le 26 mars). La salle explose : la bureaucratie est obligée de décréter la grève générale, de demander à la FGTB wallonne de s'y joindre et de proposer une discussion au Bureau national de la FGTB

20 mars : la CSC wallonne (avec « sa » manifestation nationale en poche) organise une assemblée générale de ses 850 délégués : contre les mesures du gouvernement, contre les grèves de la FGTB, pour de « nouvelles formes de lutte en tant que consommateurs et épargnants ».

22 mars : démarrage de la grève générale au Mons • Borinage ; barrages sur toutes les routes, occupation des gares, contrôle ouvrier sur les paiements postaux de la part des postiers et des employés de banque, constitution d'un comité central de grève autour du comité exécutif du syndicat : piquets volants massifs, envoi de délégations dans les autres régions de Wallonie.

23 mars: assemblée générale interprofessionnelle FGTB - Charleroi : après le rapport de la délégation boraine, les 110 délégués votent à l'unanimité (moins ... 7 voix) la grève générale à partir du 26 mars ; une bureaucratie complètement débordée obtient néanmoins le principe d'un Congrès extraordinaire pour organiser la grève.

23 mars : Comité exécutif élargi de la FGTB - Mouscron : après rapport de la délégation montoise - boraine, le vent tourne à la grève générale, mais la bureaucratie parvient à empêcher le vote.

24 mars : premier revers important : la bureaucratie syndicale parvient, en front commun, à imposer la reprise du travail aux sidérurgistes de Charleroi. A Liège la grève continue.

24 mars : le gouvernement annule les licenciements des 500 cheminots tout en maintenant son plan de rationalisation.

Deuxième revers important : la bureaucratie syndicale décide d'annuler la grève nationale de 24 heures prévue qui aurait complètement paralysé le pays.

24 mars : manifestation de masse inégalée dans l'histoire du Borinage : 15 000 travailleurs ; toute la région est paralysée. Le mouvement déborde maintenant dans la région voisine du

26 mars : grève nationale de 24 heures de la seule FGTB ; succès en Wallonie ; progression en Flandre et dans la banlieue industrielle de Bruxelles; échec dans plusieurs provinces flamandes et dans le centre de Bruxelles.

Le soir, la bureaucratie syndicale parvient à renverser les votes en faveur de la grève générale à Charleroi et à Mons - Borinage après des manipulations incroyables (bagarres dans la salle, des travailleurs prennent d'assaut la tribune, les bureaucrates disparaissent par la petite porte, etc.). Il est clair que la poussée vers la grève générale en Wallonie est stoppée.

27 mars : manifestation nationale de la seule CSC : 40 000 personnes. Des délégations d'entreprises de la FGTB y participent pour marquer leur volonté unitaire. Manifestation ambiguë, car elle exprime l'opposition au gouvernement mais aussi dans une certaine mesure à la grève et aux actions de la FGTB.

29 mars : accalmie sociale caractérisée, sauf dans l'enseignement où l'action démarre pour de bon, et dans la sidérurgie à Liège.

31 mars : manifestation monstre de 30 000 enseignants dans les rues de Bruxelles. La grève nationale est très largement suivie. Dans beaucoup d'endroits la CSC y participe.

F. V.

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