La crise du Parti communiste belge aprés son XXIVe congrès
BELGIQUE
L finalement parvenu à éviter la scission entre « eurocom
E XXIVe Congrès du Parti communiste belge (PCB) est munistes » et « staliniens ». L'éloignement croissant entre Flamands et Francophones, qui double dans une certaine mesure la division eurocommunistes/staliniens (si on laisse de côté les Bruxellois), semble avoir aussi été surmonté, au prix d'un nouveau pas dans la structuration paritaire de la direction du parti et d'un Congrès extraordinaire pour la fin de l'année 1982 (1).
François VERCAMMEN
Après le sérieux choc de la défaite électorale lors des élections générales du
8 novembre 1981 (2), le PCB a été, à peine quelques semaines plus tard, secoué en profondeur, lorsque le général Jaruzelski a lâché l'armée contre les ouvriers polonais. Du coup, le PCB a dû faire face aux deux origines de sa crise politique interne : son attitude équivoque vis-à-vis des prétendus « pays socialistes » et sa formulation d'une stratégie (parlementaire) gradualiste pour aller vers le socialisme en
Belgique.
PAS DE DROIT DE TENDANCE
MAIS DES FRACTIONS
ET DES MANŒUVRES
Comme la direction du PCB elle- même le dit, l'orientation générale concernant le droit de tendance est déjà connue et acceptée depuis des années
(se référant surtout au
Congrès d'Ostende de 1968). Mais il subsiste à ce sujet
Les votes les
Le XXIVe Congrès du PCB a voté trois résolutions amendées :
1. « Pour un parti plus uni avec des positions plus claires » : 119 pour, 41 contre, 14 abstentions.
2. « Résolution générale sur la politique intérieure », unanimité, 2 abstentions.
3. « Notre lutte pour la paix, le droit des peuples et un nouvel ordre international, à partir d'une perspective progressiste belge » : 116 pour, 41 contre, 28 abstentions.
tendance
La majoritaire du parti voulut aussi mettre au vote le rapport oral du président Van Geyt d'importantes différences d'opinion dans le parti, aussi bien au niveau de la direction que parmi les cadres intermédiaires et à la base. Le PCB ne reconnait pas le droit de tendance, ce qui signifie que les militants qui ont des conceptions semblables n'ont statutairement pas le droit de se rassembler dans la période préparatoire au Congrès pour confronter leurs idées, les mettre sur papier et les défendre dans tout le parti. Cet interdit menace d'être catastrophique pour le parti : au lieu d'avoir des tendances (temporaires) avec des options politiques claires entre lesquelles la base peut choisir, le PCB est pris dans un tourbillon d'idées contradictoires et non discutées, de choix embrouillés, de manœuvres bureaucratiques et, en fin de compte, se trouve confronté à des fractions ouvertes et publiques.
Deux exemples illustrent cela. L'opposition de la Fédération liégeoise, qui combine une approche stalinienne au niveau international avec des prises de position de gauche au niveau intérieur belge, décide au Congrès même de voter pour la plus importants
« donnant mandat au nouveau CC d'adapter résolutions ». Cela s'est heurté à une résistance politiquement significative. Deux votes en ont résulté :
4. « Sur l'opportunité de ce vote » : 105 pour, 71 contre, 12 abstentions.
5. « Sur le contenu du rapport verbal » : 112 pour, 11 contre, 66 abstentions.
On voit done qu'il existe une large tendance d'opposition qui, suivant les cas, par sujets ou par tactique, peut réduire la tendance principale de la direction du parti à
68 % ou même 56 % des voix.
Le PCB est secoué par une très forte crise. La gravité des pertes en membres et en militants n'est pas connue. Le proche avenir dira la force du ciment politique fourni par le XXIVe
Congrès. Ce Congrès aurait dû être celui des options claires. A ce niveau, il n'y a pas eu beaucoup de progrès. Mais il semble que la direction nouvellement élue veuille vraiment imposer les décisions majoritaires à l'ensemble du parti. Ce qui signifie bien structurée de la d'obtenir la soumission de l'opposition
Fédération de Liège. C'est là une bien lourde tâche.
résolution de politique intérieure et contre celle concernant la politique internationale, alors qu'à son propre congrès régional, elle avait rejeté toutes les résolutions. Les cartes ont été ainsi complètement brouillées.
Quinze jours avant le Congrès, apparaît tout à coup une « bande des quatre »
(Jacques Nagels et Duchateau du Brabant wallon, Beauvois du Centre et Dussart de
Charleroi) qui se sont présentés comme des « unificateurs » dans un article très remarqué du Drapeau Rouge du 19 mars
1982. Leur but est de combattre « l'influence liégeoise » qui progresse rapidement en Wallonie. Les quatre découvrent tout à coup, pour les besoins de la cause, l'existence d'un « courant ultra-eurocommuniste » qui doit être combattu tout autant que le courant stalinien. Qui sont ceux du « courant ultra-eurocommunis te », quelles sont leurs conceptions, où sont leurs documents écrits? Mystère.
Mais, du même coup, Jacques Nagels est devenu le grand maître du jeu.
EUROCOMMUNISTES
DE DROITE CONTRE
STALINIENS DE GAUCHE
Dans ces circonstances, il est difficile de se faire une idée claire des courants qui
1. La direction nouvellement élue a été largement renouvelée. Un premier caleul donne une trentaine de nouveaux élus au Comité central sur 72 membres. Mais, pour répondre à la tendance croissante à la fédéralisation, les organes dirigeants sont de plus en plus formés de facon paritaire. Le Bureau politique de 14 membres est désormais rigoureusement paritaire. ce qui est également le cas du Comité central (35
Flamands et 37 francophones). Compte tenu de son influence réelle dans le parti, la tendance liégeoise est notoirement sous-représentée dans les instances dirigeantes du PCB.
2. Le PCB a perdu 1 % de l'électorat (pas-
3,25 % à 2,30 % des suffrages), soit sant de quelque 40 000 voix, lors des élections anticipées du 8 novembre 1981. Vu l'augmentation du corps électoral, cela correspond à un a manque à gagner » d'environ 60 000 voix. Le PCB a ainsi perdu entre 20 et 27 % de son propre électorat, selon les régions. Il régresse dans tous les arrondissements du pays, sauf trois.
traversent le PCR. Le courant majoritaire curocommuniste droitier reste groupe autour de son president, Van Geyl. Il com-
« solidarile critique » une avec
PURSS avec une « fransition graduelle, par élapes, pers le socialisme » qui envisa ge, dans l'immédial, des changements politiques « limités », basés sur une large alprogressiste contre le cinquieme
Dans le gouvernement Wilfried Martens.
courant Van Geyl, on trouve Loule une série de conceptions politiques qui prennent. date pour l'avenir. Cela est vrai par exemple pour del Turf, qui a eu affaire a une forte opposition en Flandre el qui essaie de la canaliser vers une structure fédéraliste du parti, vers plus d'attention aux mouvements de la base et vers les
« autres fronts sociaux ».
Le groupe autour de Jacques Nagels essaie d'une part d'endiguer l'évolution critique vis-à-vis de P'URSS (un vent glacial va-t-il souffler sur le Drapeau Rouge 2) et d'autre part, avec son « nouveau modèle de croissance », il cherche une manière plus sophistiquée de réchauffer la soupe froide des discours gradualistes de
Van Geyt.
A cela s'oppose la minorité prosoviétique groupée autour de la Fédéra-
Numéro 124 du 23 avril 1982 - 10 FF - 70 FB - 4 FS
IINTERCONTINENTAL PRESS deuxième récession généralisée de l'économie capitaliste internationale
Spécial économique
ESPAGNE, BRESIL, CRISE DE L'AUTOMOBILE,
CRISE MINIERE...
Lion liégeoise. Celle ei exerce une influence qu'on ne peut pas sous-estimer (meme si elle n'est pas claire) sur les autres fede rations wallonnes, surtout parmi les ca dres ouvriers traditionnels. Au niveau de la politique intérieure, Liege se place net Lement a gauche : rupture avec le capitalisme, pour la greve générale, pour des re vendications claires et radicales (36 heures tout de suite, nationalisation de la si dérurgie, ete.). Mais elle se bat de façon isolée pour sa prise de position pro-soviecontente d'appliquer sa stratégie en poliLique intérieure à Liege méme.
Une tendance eurocommuniste de gauche n'est pas encore apparue pour le moment. Globalement, on peut aussi constater une évolution vers un jugement plus rationnel sur les possibilités réelles du PCB. Dans ce sens, le passage suivant de la résolution sur les affaires intérieures « Les stades intermédiaires qui parviennent déjà à une unité partielle de la gauche, peuvent étre importants en lant qu'élapes vers le bul à atteindre (de la formation d'un front progressiste tres large) » représente une ouverture pour surmonter la dispersion paralysante des fractions à la gauche du Parti socialiste -Socialistische Partij (PS-SP). Comment des années 1929-1932. 1980~1982:
dent avec le durcissement de la dictature. en matière d'emploi et de chômage. de leur abonnement.
cela se traduira en pratique, il faut atten dre pour le savoir.
ET MAINTENANT?
Chaque parti fions qui peuvent conduire a des crises internes. Ce qui est spécifique a la crise du
PCB, d'est qu'elle dure déja depuis pluencore dans le sens d'une mise en question radicale du programme fondamental du parti, c'est-à-dire de sa raison d'étre:
Cette crise est encore aggravée par le refus du PCB, confirmé une fois de plus, de prendre radicalement ses distances vis- à-vis de la bureaucratie soviétique, et par une évolution réformiste renforcée qui veut donner un contenu " positif . à sa
Y astrategie parlementaire gradualiste.
t-il de la place pour un parti politique de ce genre sur le terrain politique belge, dans une période ou de nouvelles révoltes ouvrieres ne sont pas a exclure en Europe de l'Est et ou, en Belgique, la grève gé nérale et les alternatives anticapitalistes radicales à la crise gagnent du terrain chez les travailleurs?
François VERCAMMEN
Bruxelles, 9 avril 1982.
SPECIAL ECONOMIQUE
Comme elle le fait chaque année, la rédaction d'Inprecor vient de publier un numéro spécial entièrement consacré à l'analyse de la situation économique internationale.
Dans un article d'introduction traitant de la conjoncture économique internationale, Ernest Mandel y étudie les traits caractéristiques de la seconde récession généralisée (1980-1982)
du monde capitaliste depuis la fin de la guerre.
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