Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

Le mouvement ouvrier face au Pacte social

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 21-23 · 3 499 mots

Syndicalisme Italie

à la politique du Pacte social

EPUIS que l'article que nous publions ci-dessous a été rédigé, a eu lieu en Italie la grève générale de deux heures du vendredi 2 avril. La mobilisation des travailleurs a été assez inégale. Dans certains cas, elle est même passée presqu'inaperçue. Elle a eu, par contre, un certain succès là où l'« arrêt du travail » a été prolongé ou suivi par des manifestations.

Le mercredi 7 et le jeudi 8 avril, une assemblée nationale de la métallurgie (qui, en Italie, inclut aussi bien les industries mécaniques que la sidérurgie et l'automobile), réunie à

Montecatini, a discuté les propositions des dirigeants syndicaux pour la définition de la plate-forme de renouvellement du contrat national.

La bataille a été dure et les dirigeants ont dû reculer sur certains points, dont l'introduction d'une nouvelle catégorie privilégiant les cadres et les contremaîtres, que la plupart des délégués a rejetée.

La plate-forme reste néanmoins assez modérée (la revendication la plus significative est celle des

Elettra DEIANA

Tout au long de l'année 1981, les travailleurs italiens ont subi les effets d'une double attaque particulièrement intense et concentrée : d'une part, le patronat a cherché à imposer une réduction massive de la main-d'œuvre active, par le recours à la procédure de mise en chômage technique (« mobilité externe ») et par des licenciements collectifs ; d'autre part, le gouvernement Spadolini a développé une politique d'austérité particulièrement dure pour la classe ouvrière, en recourant à des coupes sombres dans les dépenses publiques d'équipements collectifs et de santé, en relevant les tarifs publics, et surtout en remettant en cause l'échelle mobile des salaires, présentée comme la principale cause des difficultés rencontrées par la prétendue économie « nationale ».

L'attaque contre l'échelle mobile a été soigneusement préparée par le patro.

nat et par le gouvernement par une campagne lancinante engagée depuis plus d'un an et qui a duré pendant des mois.

L'objectif de cette campagne a été de démontrer que si l'économie capitaliste italienne n'est pas compétitive sur le marché international, c'est du fait du coût de la force de travail, coût excessif causé par les trop nombreux automatismes qui pèsent sur la formation des salaires des travailleurs italiens, liés à des mécanismes sans rapport avec la productivité du travail. La conséquence qu'en tirent le patronat et le gouvernement est simple : re.

mettre en cause l'échelle mobile qui est l'élément central de tous ces automatismes, celui qui — malgré les limites de son fonctionnement — a permis au salaire ouvrier, et de manière générale aux revenus

La résistance ouvrière

de 16 % du taux d'inflation espéré. une dizaine ont voté contre. donc s'attendre à viennent. 37 heures 30 de tradu travail exploité, de ne pas trop se laisser rogner par l'inflation.

Au cours du printemps 1981, il y a eu entre les travailleurs d'un côté, et le patronat et le gouvernement de l'autre, une véritable partie de bras de fer. Les pressions pour arriver à une remise en cause de l'échelle mobile ont été énormes. On pouvait lire chaque jour dans les principaux quotidiens nationaux des interviews et des déclarations de représentants patro. naux réclamant une telle mesure, ou des propositions d'experts économistes bourgeois visant à substituer à l'actuel mécanisme d'échelle mobile un système moins favorable aux travailleurs.

La bonne volonté dont ont fait preuve les directions syndicales - la Confédération générale italienne du travail (CGIL) à direction communiste, la Confédération italienne syndicale des travailleurs (CISL) d'origine chrétienne et l'Union italienne du travail (UIL) à direction socialiste - pour discuter d'une telle modification de l'échelle mobile a provoqué une véritable levée de boucliers dans les entreprises en 1981 : sur tous les lieux de travail comme dans les structures de base des syndicats a été affirmée une condamnation nette et sans appel de la position des directions ainsi qu'une exigence que soit défendue l'échelle mobile. Luciano Lama (CGIL), Pierre Carniti (CISL) et Giorgio Benvenuto (UIL) ont dû faire marche arrière. Mais ce recul public n'a pas été, comme on pouvait s'y attendre, un changement d'orientation. A l'intérieur des trois centrales syndicales s'est alors ouverte une longue phase de discussions et de tractations pour déterminer une « proposition unitaire autonome » en matière salariale comme base de négocia-

ITALIE vail hebdomadaire pour tous d'ici à la fin de 1984) et, en fait, elle accepte le cadre fixé par le gouvernement — et déjà accepté par les directions de trois centrales syndicales — qui s'oppose à toute revendication salariale remettant en cause le plafond

Les luttes ne commenceront sans doute pas immédiatement. Les patrons pourront jouir d'un « délai de réflexion ».

Sur un total de 1 300 délégués, environ 150 se sont abstenus et

La modération des dirigeants syndicaux n'a pas eu, toutefois, le résultat qu'ils espéraient. Le patronat de la métallurgie a repoussé, dans une déclaration très dure, les revendications de la Fédération unitaire de la métallurgie (FLM). On peut des conflits importants dans les mois qui

L. M.

19 avril 1982.

tion avec le patronat et le gouvernement.

En d'autres termes, plutôt que de reprendre à leur compte la position claire et nette des travailleurs : « Bas les pattes devant l'échelle mobile !», les confédérations ont accepté de s'engager sur la voie choisie par l'adversaire de classe, celle de la police des salaires. Les directions ont ainsi pratiquement bloqué pendant des mois toute initiative syndicale, en ne faisant rien pour préparer le renouvellement des conventions collectives (contrats) des principales branches de l'industrie qui arrivaient à terme à la fin 1981, et en laissant dans l'isolement le plus complet les luttes qui se déclenchaient dans les entreprises - toujours plus nombreuses - touchées par les licenciements.

Entre-temps, le gouvernement Spadolini lançait une autre grande campagne qui est toujours son cheval de bataille aujourd'hui, celle du maintien des augmentations de salaires à l'intérieur d'un taux d'inflation prédéterminé. Les travailleurs accepter que leur l'échelle mobile ne progressent pas plus de 16 % en un an en échange d'un engagement du patronat et du gouvernement à contenir la progression des prix à ce niveau. En somme, une proposition de Pacte social qui ferait que la classe ouvrière renoncerait à son autonomie de lutte et de défense de ses conditions de vie et de travail, en laissant les mains libres au pa-

LE DEBAT SYNDICAL

SUR L'ECHELLE MOBILE

La discussion entre la CGIL, la CISL et l'UIL a continué pendant des mois au milieu de pressions et d'intimidations de

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toutes sortes de la part du patronat et du nombre important de travailleurs s'est-il gouvernement. Alors que la CISL et l'UIL se sont montrées dès le début (elles l'étaient même avant les mobilisations ouvrières du printemps 1981) favorables à une politique de concertation en matière de salaires et d'inflation, pour un accord tripartite entre les syndicats, le patronat et le gouvernement, et pour l'acceptation complète de la politique de Spadolini, cette orientation a rencontré plus de difficultés dans la CGIL. Non pas, certes, parce que Luciano Lama et les autres dirigeants de cette confédération seraient en désaccord avec la nécessité d'un Pacte social et de sacrifices ouvriers = ils ont toujours été en première ligne pour défendre une telle orientation depuis quatre ans —, mais tout simplement parce qu'ils se heurtent à une base plus ouvriè. re, plus combative et plus consciente que celle des autres confédérations, et à des structures syndicales de base encore liées aux expériences de lutte de la fin des années 1960 et du début des années 1970.

Finalement, en décembre 1981, les secrétaires généraux des trois confédérations se sont mis d'accord sur un document long et alambiqué dont l'axe principal est l'acceptation du plafond des 16 %.

Ils n'ont pas pu éviter pour autant une consultation de leur base ouvrière. La CGIL, particulièrement - du fait des fortes pressions qu'y exercent encore des cadres syndicaux et des délégués combatils — , a poussé dans ce sens en surmontant les résistances de la CISL et de l'UIL qui auraient préféré éviter une confrontation avec la base.

Il y a ainsi eu, en janvier 1982, une consultation, c'est-à-dire une discussion du document des directions syndicales sur tous les lieux de travail. Cette consultation a été menée de façon très anti-démocratique : les travailleurs n'ont pas eu la possibilité de lire ni de discuter de manie. re approfondie le document qui leur a été distribué au dernier moment et qui, du fait de sa longueur, rendait nécessaire un certain délai pour permettre une réflexion approfondie. De plus, le calendrier de la discussion a été réduit au minimum et, contrairement à ce qui avait été fait dans à l'occasion d'autres consultations syndicales, aucune forme, d'assemblée nationale de délé. gués de base n'a été prévue. Le dernier mot est donc resté aux instances dirigeantes des trois confédérations élues lors des Congrès syndicaux de 1981.

limites, la consultation a fourni une nouvelle confirmation de la vitalité, de la combativité qui animent encore de larges secteurs de la classe ouvrière ita-

Un autre élément significatif apparu au cours de cette consultation concerne la profonde défiance que des secteurs de masse très significatifs nourrissent à l'égard de la stratégie du mouvement syndical. Cette défiance a déjà provoqué des phénomènes de rupture entre la base et les directions et une désaffection à l'é. gard de l'activité syndicale chez de nombreux délégués et militants. Ainsi, un que les directions syndicales manipulent sans tenir compte des volontés exprimées par la base. Les secteurs les plus politisés et les plus conscients ont au contraire participé à ces consultations et ont exprimé une position clairement négative à l'égard des propositions de la CGIL, de la CISL et de l'UIL. Les métallurgistes, qui ont toujours représenté le secteur le plus combatif et le plus conscient de la classe ouvrière italienne, ont rejeté le document des confédérations de la manière la plus

Le refus des travailleurs s'est exprimé de diverses façons, soit par la présentation d'amendements au texte syndical, soit par la rédaction de motions contradic-

Selon les sources syndicales elles-mêmes, il n'y a eu — au niveau national - générales qui n'aient pas voté d'amendements ou de compléments, modifiant souvent complètement le sens général du document, tout particulièrement en ce qui concerne le plafond des 16 %. Ces amendements traduisaient souvent une profonde défiance à l'égard du gouvernement et le rejet de sa politique d'austérité anti-ouvrière.

Les rejets de la plate-forme des confédérations, exprimés par l'adoption de motions opposées à celle des directions syndicales, ont été très nombreux et extrê mement significatifs. La situation la plus significative à cet égard, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif, concerne la Lombardie, où le pourcentage de votes négatifs a été particulièrement élevé et s'est exprimé de manière parfaitement clair sur le plan politique. Cela n'est pas fortuit, car la classe ouvrière milanaise est aujourd'hui la cible d'une attaque patronale particulièrement importante terrain de l'emploi. Après avoir infligé au mouvement ouvrier italien la défaite de la FIAT d'octobre 1980, le patronat s'engage aujourd'hui sur la voie d'autres épreuves de force significatives et Milan, où est concentré un des secteurs du mouvement syndical bénéficiant de la plus longue expérience historique, représente un enjeu particulièrement important pour le patronat public et privé. De plus, tout au long de l'année passée, les travailleurs milanais ont été à la tête des mobilisations contre les atteintes répétées à l'échelle mobile.

A l'Alfa Romeo, la plus grosse entreprise de Milan, 90% des travailleurs ont repoussé une motion présentée par la majorité du conseil d'usine et ont approuvé celle qui a été présentée par la minorité de gauche. Le même phénomène s'est reproduit dans d'autres entreprises importantes de Milan et dans le reste de la Lombardie. A Brescia, autre grosse concentration industrielle de la Lombardie, un secteur syndical entier, la FIOM (c'est-àdire les métallurgistes de la CGIL), a organisé la bataille pour le « non », qui l'a emporté dans presque toutes les entreprises de la métallurgie. La critique fondamentale faite par les travailleurs aux bureaucraties syndicales concerne la priorité donnée au problème du « coût du travail » au détriment de la défense de l'emploi.

L'OPPOSITION OUVRIERE

Divers facteurs ont contribué à dé terminer cette attitude des travailleurs. En premier lieu, une coupure de plus en plus grande entre la base et les directions. La ligne des bureaucraties a perdu de sa crédibilité ; les interventions des directions apparaissent de plus en plus pesantes et anti-démocratiques. Cela ne signifie pas que la base ouvrière s'oppose systématiquement à la politique des directions, comme cela s'est produit au cours de la consultation sur le document concernant l'échelle mobile. Très souvent, quand des choix immédiats doivent être faits, et que les travailleurs ne voient pas d'alternative, ils acceptent la solution proposée par les meme si c'est a contre-cœur en l'assortissant de critiques. Il en a été ainsi au cours de nombreuses luttes sur l'emploi qui se sont conclues par des accords défavorables - licenciements plus ou moins déguisés par des mises à pied temporaires - que les travailleurs ont acceptés, même après desluttesextrêmement dures, parce que la bureaucratie qui les a

Manifestation à Rome en 1977. (DR)

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convaincre qu'il n'y avait plus rien à faire ces accords représentaient un Cependant, au cours des mobilisations les plus massives, l'affrontement avec les directions devient pour la masse des travailleurs le seul moyen concret d'exprimer son désaccord et de lancer un avertissement politique.

Deux autres facteurs ont cependant pesé sur les résultats de cette dernière consultation : d'une part, la combativité des travailleurs italiens et le haut niveau de conscience que de larges secteurs de la classe ouvrière conservent, malgré les revers subis, entretenues et les reculs provoqués par l'offensive capitaliste et par l'orientation des bureaucraties ; par ailleurs, un processus de différenciation politique a commencé à s'esquisser, même si c'est de manière encore confuse, incertaine et contradictoire, à l'intérieur du mouvement syn-

Au cours de cette consultation de la base, un rôle déterminant a souvent été joué par de petits noyaux d'avant-garde et par des militants isolés dont l'intervention confiance et élan aux assemblées générales de travailleurs. Dans des endroits comme Brescia, où ce phénomène a pris des dimensions considérables, de profonds processus de différenciations se sont produits dans la sphère d'influence communiste. Malgré les efforts de persuasion de la direction du Parti communiste italien (PCI), et malgré ies interventions des fédérations pour inciter les militants ouvriers à voter « oui », de nombreux secteurs ouvriers du PCI ont rejeté ce document, en votant des motions alternatives, en rejetant tout simplement la proposition des syndicats, ou bien enfin en présentant des amendements importants, voire des résolutions contradictoires.

Cette tendance à la différenciation politique à l'intérieur des syndicats italiens va aller en s'accentuant. Dans la périoe qui vient, le patronat s'efforcera d'intensifier sa politique d'austérité, en essayant de faire avaler une pilule amère travailleurs. La centrale patronale Confindustria s'est lancée depuis des mois

June violente campagne contre les contrats de branche et prétend subordonner l'ouverture des négociations dans ce domaine à la signature d'un accord général sur le problème du coût de la main-d'œuvre. Si l'échelle mobile est toujours dans la ligne de mire de la bourgeoisie, la réduction des dépenses sociales est l'axe principal de la politique du gouvernement.

DIFFERENCIATIONS AU SEIN

DU MOUVEMENT SYNDICAL

Dans cette situation, il est clair que Porientation des confédérations, leurs reculs successifs et leur adaptation aux exigences capitalistes, se heurtent aux intérêts des travailleurs et entrent en conflit avec les acquis de larges secteurs des masses ; par exemple, les garanties représentées par les automatismes salariaux indépendants de la productivité, ou les aspirations égalitaires qui amènent de nombreux travailleurs à refuser les propositons d'ouverture de l'éventail des salaires formulées par les bureaucraties syndicales dans les dernières plates-formes contrac-

Il en découle des tensions, des déchirements et des conflits qui peuvent donner lieu à des formes de polarisation d'échéances importantes comme celle de la consultation de janvier 1982. Ou comme, plus récemment, la lutte des travailleurs de l'Alfa Romeo, entreprise à participation publique où le patronat a tenté de provoquer une épreuve de force analogue à celle déclenchée par Agnelli à la FIAT en octobre 1980. A l'Alfa Romeo, en effet, avec le prétexte des « travailleurs en surnombre ("esuberanti") » (c'est par cet euphémisme qu'on désigne en Italie les travailleurs destinés à être expulsés des usines du fait du processus de restructuration) qu'il faudrait mettre au chômage technique (de manière prolongée, comme étape vers un licenciement véritable), la direction de l'entreprise a tenté de se dé. barrasser de tous les délégués et des travailleurs les plus combatifs, pour désorganiser la structure interne du mouvement syndical et priver les travailleurs de ceux qui ont toujours été les organisateurs de leurs luttes et de la résistance ouvrière.

des ouvriers a été très violente. Que ce soit à l'usine de Milan ou à celle de Campana di Pomigliano d'Arco, seule une courte majorité a accepté le principe de l'accord sur la mise en chômage technique, et la direction de la Fédération unitaire de la métallurgie (FLM) a été durement contestée. La situation est devenue plus explosive encore après la publication des listes des travailleurs mis au chômage technique, quand l'objectif politique du patronat s'est révélé au grand jour. La direction syndicale elle-même a dû remettre l'accord en question.

A l'heure où nous écrivons, nous ne savons pas encore comment se conclura la lutte des travailleurs de l'Alfa Romeo, même si tout nous porte à penser que les directions syndicales s'efforceront réduire la portée, en essayant d'arracher quelques concessions au patronat sur la

Men bloquant toute possibilité d'élargissement de la mobilisation. L'épisode de l'Alfa Romeo est cependant une illustration significative de la situation actuelle des travailleurs italiens et de leur rapport avec leurs directions syndicales.

La disposition à la lutte et à la mobilisation de la classe ouvrière italienne demeure extrêmement élevée : en témoignent les très nombreuses luttes en défense de l'emploi que les travailleurs italiens mènent avec ténacité et cohésion dans presque tous les secteurs, et le succès des dernières manifestations centrales à Rome de travailleurs de diverses branches de l'industrie, qui ont vu la mobilisation de très nombreux travailleurs (textile, chimie, retraités, et surtout métallurgie). Ce dernier élément montre que les travailleurs ont conscience de la nécessité de sortir de leur isolement pour rechercher des solutions politiques d'ensemble au très grave problème auquel ils sont confrontés. La conscience de ce qu'il n'est plus possible de gagner sur le seul terrain de l'usine sans une épreuve de force avec le patronat et le gouvernement explique l'arrêt de nombreuses luttes en défense de l'emploi, qui se concluent sans résultat parce que les travailleurs ne voient pas d'autre solution.

Les phénomènes de différenciation à l'intérieur du mouvement syndical et les fortes tensions entre les directions et la base n'ont pas encore engendré de dyna. mique de formation d'un pôle de référence « lutte de classe » à l'intérieur du mouvement syndical, qui serait disposé à mener bataille pour une stratégie et pour des solutions alternatives à celles des bureautraditionnelle s'est soit alignée sur les po. sitions majoritaires, soit montrée incapable d'engager une réelle bataille pour s'opposer aux choix des directions et pour construire un rapport de forces différent à l'intérieur du mouvement ouvrier. Les secteurs de la nouvelle opposition ouvrière sont hétérogènes et sont dépourvus de cadre organisationnel commun. Dans de nombreux cas, tel celui de la gauche de la FIOM (la Fédération de la métallurgie liée à la CGIL), la pression de la direction syndicale et celle du PCI est encore trop forte pour que ces secteurs s'engagent aujourd'hui sur la voie d'une opposition de gauche à l'intérieur du syndieat.

Cette situation prive l'opposition et la contestation de la base ouvrière de perspectives, en permettant une récupératin par la bureaucratie, comme cela s'est le « Document en 10 points » durement contesté par la base, et cependant repris sans modification par les directions CGIL, CISL et UIL après la consultation de janvier 1982.

Aujourd'hui, Luciano Lama, Pierre Carniti et Giorgio Benvenuto continuent, au mépris total de la volonté des travailde négocier sur la limitation du coût du travail et sur les « compatibilités » qu'il faudrait insérer dans les nouveaux contrats de travail.

Aussi, la bataille quotidienne et ponctuelle contre la politique du Pacte social et pour faire avancer dans la conscience des travailleurs tant des objectifs partiellement alternatifs à ceux de la bureaucratie - comme le blocage des licenciements ou la réduction de l'horaire hebdomadaire de travail à 35 heures — concernant les objectifs et leur solution en termes de gouvernement, doit aller de pair avec les initiatives tendant à organiser tous les secteurs critiques du mouvement syndical : pour donner un prolongement aux batailles partielles et aux épisodes de contestation qui seront toujours plus nombreux dans la période qui vient, et pour commencer à créer un rapport de forces entre les secteurs de gauche et la bureaucratie, rapport de forces qui éviterait la déperdition du potentiel de lutte et de mobilisation qui jourd'hui chez les travailleurs italiens.

Elettra DEIANA Milan, 30 mars 1982.

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