Inprecor 1974–2004

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POLOGNE-DOCUMENT

Enquête ouvrière dans la clandestinité

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 13 · 1 081 mots

Pologne Syndicalisme

"La voix des entreprises"

Moi, je suis déjà vieille, mais je vous sou- ques personnes, mais c'est aux syndicalis-

R. KLENIEWSKI

Suite à la proposition faite par le gouvernement d'ouvrir un débat sur l'avenir du mouvement syndical, en tant que travailleur d'une usine de Varsovie, j'ai posé à plusieurs dizaines de personnes la question suivante : « Qu'as-tu à dire dans la discussion sur l'avenir des syndicats proposée par les autorités ? » Voici quelques-unes des réponses :

- Tourneur, 32 ans: « Non, je n'ai pas envie de discuter maintenant avec eux. Qu'ils lèvent la suspension de Solidarité et on pourra discuter, pas forcement en faisant la grève. »

- Monteur, 45 ans : « Vous croyez qu'il s'agira d'une vraie discussion ? Comme d'habitude, ils vont poser la question à un gars du parti ou des syndicats de branche (officiels), et après, ils diront que c'est l'avis de tous les travailleurs. »

- Employée, 27 ans: « Tu tombes mal! Tu sais, je ne parlerai avec eux que lorsqu'ils libèreront mon frère de prison. Et la seule chose dont on peut discuter, ce sont les crimes dont ils sont responsables.»

- Contrôleuse, 58 ans : « Il faut disqu'ils rétablissent Solidarité tel qu'il était. Affichage de Solidarité avant le 13 décembre 1981. (DR)

Enquête ouvrière dans la clandestinité haite le meilleur à vous autres, les jeunes. Je serai toujours prête à vous aider et a vous appuyer. Mais faites attention, car je les connais, et je ne leur fais pas confiance. »

Ingénieur, 45 ans: « Vous savez que je ne suis pas membre de Solidarité ?

- Je le sais. Si vous voulez m'en croire, cette discussion est nécessaire. Mais il faut que ça soit une vraie discussion et que ce que diront les gens arrive vraiment aux autorités. Mais pensez-vous que, nous, dans l'entreprise, le parti et la direction seront d'accord pour une telle solution? Moi, je ne le pense pas, car ils ont peur pour leurs sièges. Moi, je ne prendrai pas part à cette discussion-là. Je sympathise non seulement avec le syndicat, mais tout le mouvement de Solidarité. Une discussion sous la menace des fusils, une discussion sous la contrainte, avec des traîtres au syndicat, c'est une fiction. Et pour moi qui suis ingénieur, seuls les

- Tourneur, 28 ans : « Est-ce que tu crois qu'ils ont suspendu le syndicat pour lever aujourd'hui la suspension sous prétexte que les gens le veulent? C'est des conneries, ça. Moi, je peux leur dire : soit Solidarité sera comme il était, soit ils nous pousseront à bout. Et, alors,

- Responsable de l'approvisionnement en matières premières et en pièces détachées, 52 ans: « Il faut discuter, on peut renoncer au libre accès à la télévision, ne plus envoyer de lettres aux Ruslâcher quelques experts, que le parti soit mis hors-la-loi dans les entreprises (de toute façon, ses militants ne sont pas pris au sérieux). Mais on ne peut pas renoncer au syndicat tel qu'il était. Ils n'ont pas le droit de changer les statuts, car ce ne sont pas eux qui les ont

- Emballeuse, 43 ans: « Moi, je ne connais rien à la politique et j'ai peur de la guerre. Mais, en appartenant à Solidarité, je savais ce que je faisais. Et Jaruzelski n'a pas le droit de me dire où je dois m'inscrire. S'il avait des reproches à faire à nos dirigeants, il n'avait qu'à venir nous le dire et pas nous menacer avec ses tanks. Qu'est-ce que je dirais si on me posait la question ? Qu'ils rétablissent le syndicat tel qu'il était. »

- Chauffeur, 37 ans: « Me suis-je inscrit à Solidarité de mon propre gré ? Oui. Les gens peuvent être bons ou mauvais, mais les accords de Gdansk et les statuts sont bons. On peut changer queltes de le faire. Le syndicat doit être tel qu'il était. "

- Monteuse, 46 ans : « Mon fils est déjà depuis un an à l'armée, et il m'a dit qu'il ne tirerait pas sur les gens. Moi, je peux vous dire une chose parce que je vous connais: ils préparent quelque chose de mauvais. Car, sans avoir besoin de toute cette discussion, ne savent-ils pas ce que les gens pensent, que les gens sont enveulent que Solidarité existe ? Sous quelle forme ? Certainement, il ne faut pas faire grève pour n'importe quoi, mais quand il le faut, il le faut. »

- Soudeur, 36 ans : « Ecoute, j'ai relu exprès plusieurs fois les statuts, car avant je n'avais fait que les parcourir et je pense que tout ce qu'il y a dedans, c'est bon. Qu'est-ce qu'ils veulent ? Qu'on discute de ce que doit être le syndicat à l'encontre du syndicat? Pour discuter avec eux, il y a Lech Walesa. »

Directeur adjoint, membre du POUP : « Je ne veux pas discuter de ces questions, et surtout pas avec vous. Il fut un temps, c'est vrai, où nous avons pu collaborer ensemble. Mais souvenez-vous, au cas où ..., tout ce que je vous dis, je le qu'une discussion de plusieurs millions de personnes peut être une vraie discussion ? Car l'affaire est délicate et sérieuse. Si, dans le parti, il y a moins de gens et qu'ils ne sont pas capables de se mettre d'acalors que dire des ouvriers, membres de Solidarité ? Chacun aura un avis différent si on approfondit un peu. Ce que veut le gouvernement, c'est noyer le poisson. Alors, il y a le choix : soit on fait un référendum pour savoir si Solidarité doit être tel qu'il était, co-organisé avec notre direction ; soit il n'y aura plus jamais de Solidarité tel qu'il était. Si vous voulez discuter, allez-y. Mais le résultat, ce sera un syndicat comme celui qu'il y avait avant, avant Solidarité. Vous devriez être fermes, mais cependant limiter un peu l'insolence de certains de vos dirigeants. Dites la vérité aux gens. Un Polonais - contrairement à ce qu'on pourrait penser — n'est pas prêt de se laisser acheter pour un peu de soupe et une paire de bas. Mais souvenez-vous de notre accord : je ne vous ai pas parlé ... »

Il s'agit-là de quelques voix choisies parmi les employés de mon entreprise. Je les ai transcrites tel quel. Je connais les noms de toutes ces personnes et l'authenticité de ces propos peut être démontrée.

Propos recueillis par R. KLENIEWSKI

« Wola », numéro 6-7 Varsovie, 15 mars 1982.

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