Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE-DOCUMENT

L'autogestion ouvrière et le pouvoir bureaucratique

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 14 · 1 059 mots

Pologne Stalinisme

et pouvoir bureaucratique

1N janvier 1982, la dictature militaire a pris l'initiative de

- convoquer la Commission de la Diete pour les prseil res

• de l'autogestion. Celle-ci a déclaré : « Les Conseils régionaux de coopération des conseils ouvriers, aussi bien que la

Fédération nationale de l'autogestion, gaux, qui n'ont de fondement ni dans la Loi sur l'autogestion des entreprises d'Etat ni dans aucun autre acte légal. » Le président de la Commission, Adam Lopatka, a ajouté que la Fédération nationale de l'autogestion « était un signe d'insubordination civile et de contestation de la Loi récemment votée par la

Diète ». La Fédération nationale de l'autogestion a été fondée le 17 octobre 1981, peu après le ler Congrès national de Solidarité qui avait décidé de rejeter de nombreux articles de cette

Loi et annoncé une lutte sans compromis pour l'autogestion ouvrière.

En septembre dernier, des comités constitutifs de conseils ouvriers (KZSP)

ont été élus démocratiquement dans l'ensemble des usines et des ateliers autonomes de l'entreprise « H. Cegielski » de

Poznan. Leur activité - qui se donnait notamment pour but de réunir les conditions de l'élection de conseils ouvriers dans leur forme définitive et de jouer provisoirement le rôle de ces conseils - a été interrompue en plein développement par l'introduction de l'état de guerre et la suspension des organes d'autogestion. Les comités constitutifs - à l'image de la structure de l'entreprise turés à deux niveaux : le niveau inférieur était constitué par les usines et les ateet leurs représentants liers autonomes, constituaient l'organe supérieur, le comité constitutif de l'entreprise tout entière.

A peu près à la mi-février 1982, la direction du trust et les directions des différents secteurs ont proposé aux membres des KZSP des deux niveaux de se joindre au travail des commissions consultatives.

Ces dernières devaient être nommées auprès des directions des diverses structures de l'entreprise et, au début, il était question d'en faire des appendices des comités d'usine du Parti ouvrier unifié polonais (POUP). Elles devaient être formées de militants du POUP, de l'Union socialiste de la jeunesse polonaise (ZSMP l'organisation de jeunesse du POUP), et des éléments du Comité constitutif du conseil ouvrier (KZSP) les plus soumis aux autorités. Cette proposition a été re.

jetée par l'ensemble des KZSP. Les autorités administratives et celles du POUP se sont rapidement rendues compte que ces tentatives étaient sans avenir et ont donc proposé que les KZSP participent au grand complet à ces commissions consultatives, proposant d'y adjoindre des membres du POUP et du ZSMP faisant partie des commissions économiques auprès du

POUP. Il a également été admis que les commissions agissent auprès des directions des usines et des ateliers.

Au début, cette proposition pouvait

Autogestion ouvrière

sont des organes illésembler alléchante : même avec des prérogatives réduites, cela pouvait valoir le coup de participer à la gestion de l'entreprise. Il faut souligner ici que ce sont les ouvriers qui, les premiers, ont rejeté tout doute sur la question, considérant à juste titre qu'ils ne pourront avoir aucune influence sur la gestion, mais qu'ils perdraient par contre immédiatement la confiance des autres travailleurs en se laissant utiliser dans le cadre de tels organes. Les techniciens et ingénieurs membres des KZSP ont réfléchi plus longtemps. Mais, aujourd'hui, ils n'ont plus d'illusions sur les intentions des autorités. Celles-ci ont d'ailleurs été claires dès le début.

La production chute sans que cela soit la faute des travailleurs (le manque des matières premières et pièces de rechange est plus criant que jamais, du fait de la crise que les rigueurs de l'état de guerre accentuent encore) et les salaires sont fonction des résultats économiques de l'entreprise. Il faut done trouver quelqu'un qui puisse prendre sur lui d'expliquer aux travailleurs pourquoi leurs re-

L'appareil économique est incapable de cela, le POUP n'a plus aucun crédit, donc le mieux serait d'attribuer cette tâche à ceux qui bénéficient de la confian-

L'activité des conseils ouvriers au sein des entreprises a été suspendue par le décret instaurant l'état de guerre. Cette suspension peut être levée, si tel ou tel ministre considère que, dans une entreprise donnée, les conditions « nécessaires » ont été réunies. Mais la dictature annonce que les conseils ouvriers ne pourront exister qu'à la condition de respecter scrupuleusement la Loi, cette Loi qui avait été massivement rejetée par les

La tentative d'intégration du conseil ouvrier de la plus grande entreprise de la région de Poznan, « H. Cegielski » (ex-

ZISPO) - décrite ci-dessous dans un bulletin clandestin de

Solidarité de la région - témoigne de la manière dont la bureaucratie s'y prend pour lever la suspension des conseils ouvriers et des difficultés qu'elle rencontre.

ce des travailleurs telle qu'elle s'est exprimée dans des élections libres. Et si, de ce fait, même ces gens se déconsidérent, tant mieux. Il sera d'autant plus facile par la suite d'expliquer aux travailleurs que l'autogestion ne peut rien leur amener ...

résultat aujourd'hui est le suiseule usine du vant : dans une machines-outils), le KZSP, avec beaucoup de précautions, a accepté de coopérer

Pour voir.

avec la direction.

Tous les autres KZSP ont refusé de collaborer. Il faut souligner que les militants des KZSP ont exprimé leurs opinions au cours d'entretiens individuels auxquels ils ont été convoqués par la direction et les responsables du POUP. Il n'y a pas eu de réunions, ni de votes ni de résolutions.

Malgré cela, chacun a jugé de la même manière les intentions des autorités et leur volonté d'utiliser les représentants travailleurs authentiques des pour masquer leur propre incapacité à gérer l'économie.

Les arguments avancés ont été divers.

Mais, le plus souvent, les militants arguaient que, dans les conditions de l'état de guerre et d'un fort mécontentement des travailleurs provoqué par l'emprisonnement illégal de plusieurs milliers de personnes, par la répression contre les travailleurs et l'ensemble de la société, aucune forme d'autogestion n'était concevable. Personne n'a voulu risquer de perdre son crédit auprès des travailleurs, acquis par des années de travail et exprimé au cours d'élections démocratiques. Comme conditions posées à toute coopération, les militants avançaient au moins la levée de l'état de guerre et de toutes les restrictions qui en découlent, la libération des personnes injustement emprisonnées et le rétablissement des droits syndicaux et de l'activité syndicale dans les conditions et dans les formes d'avant le dimanche décembre 1981.

« Obserwator Wielkopolski » numéro 13-14

Poznan, mars, 1982.

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