Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Les syndicats noirs contre l'Apartheid

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 15-19, 19-20 · 5 766 mots

Syndicalisme Afrique australe

la lutte contre l'Apartheid

Malgré la répression des centaines de milliers de travailleurs noirs sont organisés en syndicats indépendants

1ES dernières années, le mouvement ouvrier noir d'Afrique du Sud est appant, malgré la répression, Son action

I force active et puissante sur la scène politique. Son action s'est traduite par de nombreuses grèves et par de premiers et précieux acquis dans le domaine de l'organisation, avec l'apparition de syndicats indépendants organisant déjà des dizaines de milliers de travailleurs noirs.

Il s'agit-là d'un phénomène d'une grande importance pour l'avenir du processus révolutionnaire en Afrique du Sud. C'est ce que l'article que nous publions ci-dessous met en évidence par une analyse détaillée de la situation actuelle du mouvement syndical noir en République sud-africaine (RSA).

Mais cela pose des tâches nouvelles et fondamentales dans le domaine de la solidarité internationaliste avec le combat des masses opprimées par le régime raciste de Pretoria. En effet,

AFRIQUE DU SUD

Les syndicats

indépendants à

l'avant-garde de

nombreuses sont les multinationales impérialistes qui tirent profit de la situation d'exploitation des masses noires codifiée par le régime d'Apartheid qui dénie les moindres droits démocratiques à la population et aux travailleurs non blancs. Malgré tous les « Codes de conduite » qu'ils ont feint de se donner, ces trusts impérialistes ne reconnaissent pas aux travailleurs sud-africains les droits syndicaux élémentaires qu'ils ont été obligés de concéder aux travailleurs des mêmes branches d'activité dans les métropoles impérialistes.

Le mouvement ouvrier occidental a donc une responsabilité particulière dans les efforts tendant à contraindre le patronat et les Etats impérialistes à la reconnaissance des droits syndicaux des travailleurs noirs d'Afrique du Sud. Des actions multiples peuvent être menées en ce domaine pour venir en aide aux militants syndicaux d'Afrique du Sud. Des contacts

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consacrés à la dénonciation et à l'analyse des relations économiques, politiques

Mauroy face à l'héritage impérialiste français en Afrique du Sud (numéro 108 du 14 septembre 1981), des responsabilités des bailleurs de fonds suisses de l'Apartheid (numéro 109 du 28 septembre 1981), des liens particuliers de la bourgeoisie belge avec Pretoria (numéro 111 du 26 octobre 1981), des fructueux investissements britanniques en Afrique du Sud (numéro 112 du 9 novembre 1981), de la complicité renforcée du gouvernement américain avec Pretoria depuis l'élection de Ronald Reagan (numéro 115 du 21 décembre 1981)

et, enfin, des bonnes affaires des capitalistes ouest-allemands en République

Sud-Africaine sous le couvert de la théorie social-démocrate du « changement de ce fait le support politique et informatif de toute campagne nationale contre l'Apartheid sud-africain et pour le droit à l'émancipation des masses noires opsomme de 20 francs français (FF), qu'il est possible de trouver à la Librairie La l'obtenir en écrivant à Inprecor, 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, France. Libellez vos chèques à l'ordre de PEC, avec mention au verso « Inprecor

Spécial Afrique du Sud » (ajouter 5 FF de port pour tout envoi hors de Franpeuvent être pris entre syndicalistes des mêmes trusts ou des mêmes branches d'activité. Le mouvement ouvrier occidental se doit aussi de participer à la défense des militants syndicaux face aux attaques de l'Etat raciste. Ainsi, le suicide récemment

« organisé » par les forces répressives sud-africaines du syndicaliste Neil Aggett, en prison, doit-il être largement dénoncé.

Pied à pied, les sections syndicales des usines et des trusts investissant en Afrique du Sud doivent informer les travailleurs occidentaux de la situation réelle qui est faite aux ouvriers noirs de ce pays, en popularisant leurs luttes et en dénonçant systématiquement la répression dont ils sont l'objet. Des actions de solidarité militantes peuvent aussi

Nathan PALMER

Peter BLUMER

Les années 1980 ont commencé par une vague de grèves sans précédent en

Afrique du Sud. C'est avec vingt ans de recul qu'il faut apprécier l'importance de ce mouvement.

Au début des années

1960, en effet, le mouvement de masse, au sein duquel la classe ouvrière industrielle n'apparaissait avant-garde, a subi une nette défaite. Les massacres de Sharpeville (21 mars 1960)

et de Langa, ainsi que la mise hors-la-loi de l'African National Congress (ANC) et du Pan-African Congress (PAC, issu d'une scission de l'ANC dirigée par Robert

Sobukave en 1958) ont clos une période de quinze années d'agitation populaire et de résistance à l'Apartheid. Les mobilisations stoppées par cette répression portaient principalement sur le système des

« pass », contrôle policier des éléments africains de la population, faisant d'eux des étrangers dans leur propre pays.

Il a fallu attendre les années 1970 pour voir renaître un réel mouvement de

6 numéros d'Inprecor et diplomatiques des différents pays occidentaux avec le régime de Pretoria.

par le commerce » (numéro 117 du 25 janvier 1982).

bres des sections de la IVe Internationale dans les pays concernés.

primées de ce pays.

Brèche, 9, rue de Tunis, ternational.

ter aux luttes de la être envisagées dès masse. Le temps le plus fort de cette lente remontée de la combativité a été, en

1973, une importante vague de grèves ouvrières dans la province du Natal et particulièrement à Durban. En fait, il s'est agi là d'un événement majeur qui a échappé à la majorité des observateurs. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la classe ouvrière industrielle se plaçait réellement en première ligne du combat social. C'était là le produit d'une évolution objective de l'économie sud- africaine, marquée par un développement industriel significatif et une importante concentration de la classe ouvrière.

Cette vague de grèves a été un creuset pour les premiers pas d'un syndicalisme noir indépendant. Le développement actuel des syndicats plonge ses racines dans les luttes du Natal de 1973 et leur impact à l'échelle nationale.

grèves de Durban ont concerné environ 100 000 travailleurs au cours du premier trimestre de l'année 1973, principalement dans les secteurs de la construction, du textile et des services municipaux. Après avoir démarré sur des quessur l'Afrique du Sud pour 20FF

Depuis le mois de septembre 1981, Inprecor a publié une série d'articles

Tour à tour, il a été question de la politique du gouvernement Mitterrand-

Pour chacun de ces articles, il a été fait appel à nos collaborateurs mem-

Cette série d'articles représente donc un important travail. Elle constitue

Nous proposons aux lecteurs d'Inprecor cette série de six numéros pour la

75011 Paris (métro Nation). Il est aussi possible de qu'une grève éclate dans une filiale sud-africaine d'un trust in-

Les militants de la IVe Internationale présents dans les entreprises qui disposent de capitaux ou de filiales en Afrique du

Sud participent activement à ce combat qui doit s'ajouter à la mobilisation générale contre l'aide multiforme apportée par les métropoles occidentales au régime raciste. C'est là la meilleure contribution que les marxistes révolutionnaires peuvent apporclasse ouvrière noire d'Afrique du Sud.

V.K.

tions de salaires, ces luttes ont débouché sur une confrontation avec le patronat sud-africain et impérialiste, avec l'Etat et ses institutions racistes, tant il est vrai que, dans ce pays, la discrimination raciale est une des conséquences de la logique de la recherche du profit capitaliste maximum. Le ministre du Travail déclarait le

2 février 1973 : « Les grèves du Natal montrent dans leur déroulement qu'il ne s'agit pas d'un problème de salaires (...).

Tout indique qu'une action a été organisee et que les grévistes sont utilisés pour obtenir autre chose qu'une simple augmentation de salaires. (1) »

Ces grèves vont constituer une sorte de point de repère pour les futurs noyaux qui animeront le syndicalisme indépendant. L'histoire de la Federation of South

African Trade Unions (FOSATU) en est un exemple. En 1973, se crée le Trade

Union Advisory and Coordinating Council

(TUACC), qui regroupe cinq syndicats non enregistrés par l'administration dans le Natal, et parmi eux deux syndicats de branche significatifs de l'industrie locale, le Metal and Allied Workers Union

(MAWU) de la métallurgie et le National

Union of Textile Workers (NUTW) du textile. Plus tard, grâce à un développement national, c'est de ce regroupement initial que naîtra la fédération FOSATU.

L'année 1973 marque donc un tournant que viendront confirmer le soulèvede la jeunesse à Soweto et dans ment d'autres Townships à partir du 16 juin

1976, puis la nouvelle offensive ouvrière de 1980. Selon de département sud-africain de la Main-d'œuvre (National Man-

Commission), power grèves en 1981 a été en augmentation de

65 % par rapport à l'année précédente, atteignant le niveau de 1973, avec 342 grèves et arrêts de travail. Ce sont 92 842 travailleurs qui auraient participé à ces mouvements, occasionnant la perte de

206 225 journées de travail (40 % de plus qu'en 1980). Jamais, même en 1973, les luttes ouvrières n'avaient coûté aussi cher aux capitalistes.

Mais le journal Cape Times du 5 fé vrier 1982, commentant ces chiffres, fait remarquer qu'il ne s'agit que des grèves

« officiellement » enregistrées. Elles ont porté aussi bien sur des questions de salaires que sur des problèmes de conditions de travail, de répression anti-syndicale

1. The Durban Strikes, 1973, IEE, Durban, 1974.

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Union (MACWUSA) est une scission de la Industrial Councils, sans droit de vote et que de réclamations pour la reconnaissance du syndicat par le patron.

LES REGROUPEMENTS

SYNDICAUX ACTUELS estime à quelque 200 000 le nombre de travailleurs qui sont membres des différents syndieats indépendants (2). Leurs affiliés sont donc ceux qui ont clairement refusé de cautionner le syndicalisme officiel organisé sur une base raciale et notamment le Trade Union Council of South Africa (TUCSA). Dans ce dernier, les travailleurs « africains » n'ont pas le droit d'être dans les mêmes syndicats que leurs camarades « métis » ou " asiatiques » et a fortiori que des Blancs. Le TUCSA collabore totalement avec le rél'on puisse dire - le syndicat de l'aristo-

Mais, au cours des mouvements de grève, ce sont bien plus que 200 000 travailleurs qui peuvent se reconnaître dans des syndicats indépenBeaucoup d'ouvriers travaillant dans de toutes petites entreprises ou craignant la répression ne sont affiliés à aucun syndicat. Ils n'en soutiennent moins leur combat.

On compte à l'heure actuelle, parmi les organisations les plus significatives, deux fédérations et plusieurs syndicats de

Les fédérations sont la FOSATU déjà citée et le Council of Unions of South Africa (CUSA). Si la première se dit non raciale, la seconde fait encore référence à l'idéologie de la « black conciousness », qui ne veut organiser que les travailleurs « africains », jugés plus à l'avant-garde que les autres (3). La FOSATU, de son côté, comprend onze syndicats de branche qui regroupaient 95.000 travailleurs à la fin de l'année 1981, ce qui représente environ 60 % de croissance en une seule 1500 délégués (shop stewards) et serait majoritaire dans 387 usines. Ses syndicats les plus implantés sont le MAWU dans la métallurgie avec 24 300 adhérents et le PWAWU dans l'industrie du papier et du bois avec 8 300 adhérents. La FOSATU elle-même revendique 53 grèves victorieuses sur les 90 menées en 1981.

Le CUSA a été créé en septembre 1980 à Johannesburg, mais les syndicats qui le composent proviennent pour certains de la première moitié des années 1970. Dès sa création, il revendiquait 30 000 membres dans sept syndicats de branche, dont celui de la blanchisserie et celui de l'alimentation et de la confiserie, tous deux impliqués dans de récentes

A part ces deux fédérations existent un grand nombre de syndicats, parmi lesquels émergent quelques grandes orga-

South African Allied Workers Union (SAAWU) par exemple, issu lui aussi du mouvement de la « conscience noire », a été créé en 1978 et déclare organiser aujourd'hui 80 000 adhérents, principalement dans les régions de

BANDE DE CAPRIVI NAMIBIE IBIE

Orange REP: Boemfontein

Bitertontein A FRIQUE ne C. de Bonne-Espérance l'Eastern Cape et de Durban. Il a été au d'une grève et d'un boycott de soutien aux travailleurs de l'entreprise de confiserie Wilson-Rowntree.

Plus petit mais également très actif le General Workers Union (GWU) a été créé en 1978 sous le nom de Western Province GWU, dans la mesure où son implantation originelle était dans la province du Cap. Ses effectifs actuels seraient de revendique le syndicat de l'alimentation et de la conserverie divisé en deux branches, l'une enregistrée auprès des autorités, l'autre pas (le Food and Caning Workers Union et l'African Food and Caning

Enfin, un autre syndicat, le Motor Assemblies and Components FOSATU, principalement implantée dans certaines branches de l'automobile.

LE POUVOIR BLANC

FACE AU DÉVELOPPEMENT

DES SYNDICATS Croire que le régime a laissé de bon gré se développer les syndicats indépendants serait évidemment une erreur grosdéveloppement récent est un processus qui s'est trouvé menacé à chaque étape et que seul un rapport de force complexe entre les masses, le régime raciste, les directions des entreprises multinationales et l'opposition libérale a réussi à préserver pour l'instant.

Déjà au début des années 1960, le gouvernement avait interdit la South African Congres of Trade Unions (SACTU) qui était lié à l'ANC et qui regroupait à l'époque jusqu'à 50000 membres. jourd'hui, le SACTU n'est plus qu'un sigle et un appareil en exil qui sert d'instru-

R/BA RHODESIE BOTSWANA

COCEAN INDIENS ment à la direction de l'ANC dans un certain nombre de conférences internationa-

La législation en vigueur lors des grèves de 1973 reposait principalement sur deux lois, celle sur les salaires (Wage Act) et celle sur la « conciliation dans l'industrie » (Industrial Conciliation Act). Ces réglementations s'articulaient avec un système de conseils d'industrie (Industrial Councils) dans lesquels les travailleurs africains se voyaient représentés par un fonctionnaire blanc. Ainsi pouvaient se « négocier » des conventions collectives hors du cadre de l'entreprise et en dehors de tout contrôle des travailleurs.

Après 1973, une nouvelle législation a été mise en chantier. Les innovations ont consisté principalement à autoriser les travailleurs africains à à la condition que les autres participants ne s'y opposent pas. Il a également été prévu la constitution de Liaison Commitees dont une moitié des membres serait élue par les travailleurs noirs et l'autre désignée par la direction de l'entreprise.

Ces nouvelles dispositions n'autorisaient toujours pas les travailleurs cains à faire la grève. Les quelques débrayages prétendument rendus possibles pouêtre déclarés hors-la-loi 2. Les chiffres sont généralement ceux de la presse syndicale. Les syndicats prennent eux-mêmes la précaution de distinguer sants » des militants actifs. Il faut en plus interpréter ces données, tant la croissance rapide des effectifs rend parfois anachroniques les chiffres avancés par les statistiques au moment de leur

3. La loi (et par conséquent la terminolo« Africains ». les « Métis » et les « Indiens ». Afin de contester cette politique raciale de division des masses op-

Oil est parfois fait usage du terme uni-

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EA NTI UE

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par le ministère du Travail sous prétexte de « sabotage », de « rassemblements subversifs », de « terrorisme » ou de « communisme».

A la suite des émeutes de 1976 (du 16 juin 1976 au 28 février 1977), le gouvernement a constitué deux commissions de réflexion pour amender la loi. Certes, les luttes ouvrières menées depuis quelques années ont imposé au régime une modification de sa législation du travail. Mais l'industrie sud-africaine - où dominent les multinationales et les joint ventures — ne pouvait plus longtemps accepter un système dépourvu de la moindre soupape de sûreté (4).

Le gouvernement, à la fois attentif aux exigences de l'aristocratie ouvrière blanche et aux pressions capitalistes, se devait de faire un pas en faveur des seconds, quitte à devoir manœuvrer plus tard face à son électorat ultra-raciste. Le développement industriel du pays, la concentration récente d'un prolétariat jeune et combatif, le risque d'explosion en l'absence de toute structure de récupération et de concertation devenaient un problème épineux pour le patronat. Les nouvelles dispositions qui devaient naître quelques mois plus tard seront l'expression de ce paradoxe, à la fois compromis face à la combativité ouvrière et pression des nécessités d'un capitalisme moderne.

LES COMMISSIONS

RIEKERT ET WIEHAHN La première de ces commissions, réduite d'ailleurs au seul Dr Riekert, a eu pour objet de mettre au point des propositions pour les zones d'habitation des « Africains », les excluant définitivement (si ce n'était déjà le cas le plus souvent) et confirmant l'articulation entre les Townships - sorte de réserves urbaines - et les bantoustans, c'est-à-dire des réserves tout court, supposés devenir à terme pour le régime des Etats « indépendants ». Ainsi considéré, le travail des " Africains » était strictement un travail sous contrat temporaire « en zone blanche », c'est-àdire en Afrique du Sud, pays étranger pour l'ouvrier « provenant de son Etat (bantoustan) "indépendant"».

La Commission Wiehahn, part, avait à réfléchir sur les droits des travailleurs noirs, et notamment sur les

Confrontée aux débuts du syndicalisme indépendant, elle a d'adû s'attaquer à cette curieuse contradiction qui aurait fait des syndicats reconnus et collaborationnistes des organisations moins efficaces que ces syndicats indépendants, nés du travail militant dans les entreprises et liés par aucune obligation au système antérieur.

La seconde contradiction pour les membres de la Commission Wiehahn était le développement de négociations dans les entreprises entre patrons et syndicats hors du système des Industrial Councils.

La Commission a accouché d'un système complexe qui prétendait résoudre ces problèmes. Elle a été obligée de reconnaître dans les faits la réalité du syndicalisme indépendant, mais à cherché à le récupérer dans le cadre d'une nouvelle législation. Ainsi, elle a proposé d'ouvrir largement le droit à l'enregistrement, mais a refusé que les nouveaux syndicats reconnus soient « non raciaux ». Cela impliquerait done que, d'une part les syndicats soient - au choix - pour des « Africains », ou des « Métis », ou des « Indiens », ou des Blancs, et qu'ils se soumettent au contrôle de l'Etat en ce qui concerne leurs finances, leurs revenus, le nombre d'adhérents, ete. Par ailleurs, les nouvelles règles excluaient les travailleurs agricoles, les gens de maison, les migrants et - jusqu'à une date toute récente — les mineurs. La loi interdit toute collecte de fonds en soutien à une grève et à plus forte raison toute aide venant de l'égranger. Bien sûr, toute relation avec une organisation politique ou assimilée comme des associations communautaires de quartier dont le développement et la combativité sont aussi un fait saillant du moment - est prohibée.

ETRE OU NE PAS ETRE ENREGISTRE ? Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que cette question de l'« enregistrement » soit devenue une des questions les plus débattues et les plus controversées au sein du mouvement syndical indépendant. La FOSATU, par exemple, est constituée par un certain nombre de syndicats enregistrés, et elle explique ce choix par des raisons tactiques, afin de ne pas avoir à cain, Barlow Rand, précise comme suit sa politique : « Le groupe doit agir dans le cadre de la loi et des accords professionnels ayant force de loi. Néanmoins, il s'attachera à faire changer les lois et les attitudes qui aboutissent à une discriédition, février 1981.

5. L'Apartheid n'a pas comme seul objet de séparer les Blancs des autres. Il a aussi pour fonction de séparer les différents groupes d'opprimés entre eux et d'empécher leur unité. C'est pourquoi la proclamation de syndicats « non

(FOSATU, GWU, SAAWU, etc.)

L'Apartheid présent jusque dans les stades. (DR) engager prématurément l'épreuve de force avec le régime, ce qui se ferait au détrid'une première étape d'implantation et de stabilisation dans les entrepri-

Il est un fait que le gouvernement, en s'attaquant à tout le mouvement syndical, trouve plus aisément la brèche parmi les syndicats non enregistrés, dont la situation vis-à-vis des réglementations est plus précaire. Ainsi, le SAAWU et le GWU déjà cités sont particulièrement visés ces derniers temps. La Fédération CUSA est, tout comme la FOSATU, constituée de syndicats enregistrés. Mais cette dernière se déclare aussi comme syndicat « non racial », ce qui est une autre forme de « non-conformité » (5).

Généralement, les observateurs qui se situent dans le camp anti-Apartheid jugent que la question de l'enregistrement est dé. cisive et discriminante pour séparer les syndicats radicaux des autres. Il ne semble pourtant pas que cela soit aussi simple. Certes, il ne fait de doute pour personne qu'il faille dénoncer cette exigence de l'enregistrement ainsi que toutes les réglementations qui visent à contrôler les syndicats indépendants. Mais la naissance du mouvement syndical indépendant est encore très récente ; l'histoire de chaque syndicat, parfois dans chaque usine, est très souvent spécifique.

L'aboutissement de ce processus a pu être, dans certains cas, la formation d'un syndicat enregistré, sans que cela signifie que sa direction soit compromise (6). Il prend un caractère de syndicalisme de classe. à l'encontre des tentatives de quelques couches de privilégiés indiens ou métis de s'approprier les luttes et les mouvements de « leur » groupe

« La position sur l'enregistrement est que la FOSATU ne l'a jamais conçu comme un principe. Nous ne croyons pas que les syndicats devraient étre enregistrés : ils devraient simplement avoir le droit de faire leur travail. Mais là nous voyons que nous pouvons l'utiliser (l'enregistrement) pour atteindre nos objectifs, nous devons l'utiliser. Par exemple, avant que notre syndicat ne soit unifié avec le syndicat national NUMARWOSA, nous étions enregisFOSATU, interview parue dans SASPU Natio-

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en est de même quant à l'attitude envers

Il suffit de voir ce qui se passe au cours des luttes et de constater que la répression entraîne régulièrement la solidarité de tous, « enregistrés » ou pas, pour se rendre compte que cette question demeure aujourd'hui du domaine de la tactique.

Il ne faudrait toutefois pas croire qu'il en sera toujours de même. Mais, lorsque l'épreuve de force éclatera, ce ne sera plus la seule question de l'enregistreparticipation aux Industrial Councils qui sera en jeu (7).

La question de l'unité reste sans aucun doute la question centrale. C'est dans l'unité que s'était organisée la riposte à la repression contre des syndicalistes dans des bantoustans, notamment au Ciskei où militants, entre autres du SAAWU, avaient été emprisonnés. Plus récemment, au mois de février 1982, l'unité s'est de nouveau forgée après l'assassinat en prison (sous couvert d'un « suicide ») Neil Aggett, secrétaire de l'African Foods and Canning Workers Union du Transvaal. Sa mort a soulevé une émotion considérable dans le pays. Il était le premier Blanc tué dans de pareilles conditions parmi les 43 détenus politiques morts en détention depuis 1963. Le 11 février 1982, un mot d'ordre d'arrêt de travail de une heure, lancé par tous les syndicats indépendants, a été suivi par environ 100 000 travailleurs. Bien qu'apparemment modeste, ce chiffre est trés significatif. Il est de l'ordre de celui des grèves de 1973 ou de 1981. D'autre part, il était le premier mouvement appelé unitairement et, au cours des funérailles célébrées le 13 février, le secrétaire général du GWU a pris la parole au nom de l'ensemble des syndicats indépendants. Enfin, il s'agit d'un symbole, puisque Neil Aggett lui-même était l'un des responsables de l'organisation de la lle Conférence unitaire des syndicats qui doit se tenir au cours du premier semestre de l'année 1982.

LA QUESTION DE L'UNITE

Rien n'est plus important que la question de l'unité, même si chacun s'accorde à dire qu'on ne fait pas l'unité pour elle-même, mais pour faire avancer la clas-

Le prolétariat sud-africain est généralement jeune et sans expérience. Il est le produit de l'industrialisation de ces vingt dernières années. La division syndicale est donc souvent l'expression de l'inégalité des expériences. Certains syndicats sont à découvrir l'importance de la structuration au niveau de l'entreprise. Sur les questions de démocratie interne aussi, il faut être capable de distinguer entre une véritable aptitude à organiser la vie syndicale sur une base de masse et des professions de foi très démocratiques qui peuvent couvrir une insuffisance de réflexion sur les questions organisationnelles. Les racistes sud-africains ne sont pas des enfants de chœur et les syndicalistes ont à se préparer organisationnellement à de très durs

C'est précisément parce que la division actuelle est le résultat d'une histoire éclatée que le combat pour l'unité est si important. Il n'y a pas à proprement parler de division politique du mouvement syndical. Les divergences sur l'enregistrement, sur les questions de revendication et d'organisation ne suffisent pas pour justifier une division prolongée. D'une certaine manière, ces divergences sont justement la conséquence d'expériences très différentes car non débattues et non centralisées dans un syndicat unique.

S'il faut qu'un jour le prolétariat sud-africain puisse avoir un syndicat unique, non racial et indépendant, il faut s'intéresser de très près, dès aujourd'hui, aux rapports unitaires les différentes composantes du mouvement.

Cela a notamment été le cas lors de la Ire Conférence unitaire des tenue à Langa, qui est un quartier du Cap, en août 1981. Cette initiative d'une portée considérable a rassemblé une centaine de délégués dans une unité certes précaire, mais qui a tout de même été capable de produire plusieurs résolutions pour une stratégie commune face à la législation gouvernementale, à l'enregistrement, aux Industrial Councils, a la re pression, ete. (voir encadré). L'unité réalisée lors des funérailles de Neil Aggett trouve en partie son origine dans cette Conférence de Langa.

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Si chacun doit travailler à l'unité, il ne faut tout de même pas ignorer la responsabilité toute particulière de l'avant-garde politique dans les efforts tendant à l'unification syndicale. Celle-ci est encore dramatiquement faible en Afrique du Sud et il n'est pas envisageable de voir apparaître à brève échéance un courant politique qui puisse, dans les divers syndicats et fédérations, avancer la même politique en vue de pousser vers l'unification.

Chaque direction a sa part de responsabilités dans l'avenir de l'unité. Mais il se pourrait que les fédérations puissent jouer un rôle décisif dans la mesure où sont déjà un cadre de rassemblement large. Le degré d'organisation sur le terrain des entreprises, la capacité à structurer réellement la classe ouvrière sur le lieu de

(comme le fait déjà la FOSATU par exemple), la possibilité de fédérer et de coordonner les activités dans tout le pays sont aussi des éléments importants pour une politique d'unification du mouaccroissent la responsabilité de certaines

7. Dans l'interview cité à la note 6, il a été posé à Joe Foster la question de savoir quelle serait l'attitude de son syndicat si le régime refusait le caractère « non racial » de sa centrale. Il a répondu : « S'il est nécessaire de désenregistrer, je ne pense pas qu'il y aurait une quelconque hésitation de la FOSATU pour se désenregistrer. J'estime que nous avons dit que nous n'acceptons pas l'enregistrement racial. »

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Il ne peut cependant échapper à per- l'ANC peut être aussi de se réclamer de de l'unité syndicale, c'est tout le problè- Charter (10) et des pratiques réformistes sonne que cette question est fondamentalement d'ordre politique. La construction d'une avant-garde politique se joue pour beaucoup sur cette affaire. Le fondement me des revendications de masse contre le dans sa totalité. En Afrique du

Sud, c'est la question nationale qui peut demain faire clivage et diviser les rangs ouvriers. Et l'indépendance de classe du mouvement des masses ne se joue pas seulement vis-à-vis du régime, mais aussi vis- à-vis du patronat, des libéraux et de toutes les officines impérialistes.

UN TOURNANT DE L'ANC ET DE LA SACTU ? Précisément, le programme de l'ANC n'est pas celui de l'indépendance de clasdu mouvement des masses sud-africaines pour leur émancipation. En perpétuel flirt avec les libéraux blancs, la direction de l'ANC - contrôlée conjointement par les nationalistes et les staliniens

African Communist Party (SACP) — s'était jusqu'à présent comportée de manière sectaire. L'ANC étant présentée comme l'unique et naturelle avant-garde du peuple sud-africain, il allait de soi que la SACTU, son satellite syndical, « devait » être la seule organisation représentative des ouvriers ...

Or, la lecture de la presse de la SACTU montre une évolution récente sur la question syndicale. Fait impensable voilà quelques années, le bulletin de la SACTU s'est mis à mentionner la conférence de Langa et à interviewer des syndicalistes du SAAWU et du GWU (8).

Une telle évolution peut s'expliquer par la pression des événements. La SACTU, appareil extérieur, ne peut passer par dessus l'existence de dizaines de milliers de travailleurs membres de syndicats indépendants. Mais cette explication est à elle seule sans doute insuffisante. Il faut aussi y voir une évolution de l'ANC et, en son sein, du Parti communiste sud-africain (SACP). Le tournant politique serait effectivement de s'adapter à un mouvement syndical qui est né en dehors d'eux et de tenter de le capitaliser à leur profit. Pour ce faire, l'ANC bénéficie d'un incontestable écho parmi les masses. Sans que ce soit sur la base de son programme et encore moins sur la base d'une organisation clandestine à caractère de masse, l'ANC - sorte de symbole - voit grandir son prestige dans la mesure où elle apparaît comme la seule organisation à caractère politique faisant largement parler d'elle dans la presse (9).

Il serait pourtant faux de ramener la politique de l'ANC et du SACP à la seule guérilla urbaine. Si, pour des raisons de propagande, ces directions s'évertuent à dire que telle est la seule stratégie centrale pour l'Afrique du Sud, elles ne font pas exactement ce qu'elles disent. La guérilla urbaine n'est qu'un aspect secondaire d'une politique qui se fonde d'abord sur les rapports particuliers avec l'opposition bourgeoise libérale. Dans ce contexte, il ne fait pas de doute que la politique de

Mais, si cette unité venait à se réaliser demain dans le cadre de la politique de collaboration de classe de la Freedom de ce courant, il serait à craindre que tout son potentiel en soit dilapidé.

Il s'agit done bien d'une course de vitesse, même si — dans un tel pays - il est encore plus dangereux qu'ailleurs de confondre vitesse et précipitation. Le mouvement des masses aurait tout à gagner d'une unification l'ornière de la collaboration de classe préconisée par l'ANC des funérailles de Neil Aggett, qui ont été suivies par plusieurs milliers de personnes, le drapeau de l'ANC a été posé sur le cercueil et l'hymne de l'organisation a été entonné par la foule.

Il ne fait pas de doute que ces symboles relèvent souvent d'un réflexe spontané des travailleurs qui y voient un moyen de lier le passé au présent, sans que cela signifie un accord réfléchi avec le programme et la pratique de la direction de l'ANC. Mais, par contre, ces mêmes symboles peuvent couvrir, au niveau des directions syndicales, de réelles divergences politiques sur l'avenir de la lutte, son programme et ses objectifs.

VERS DE NOUVEAUX

AFFRONTEMENTS Le régime s'est vu imposer, malgré toutes les précautions qu'il a prises, un mouvement syndical qui lutte, rassemble et organise. Personne n'ignore, en Afrique du Sud, que le mouvement syndical est dans le collimateur du régime qui cherche la faille pour l'attaquer et le réduire à néant. S'il ne l'a pas encore fait, c'est

June raison précise : l'intensité qu'aurait une telle épreuve de force, dépassant largement les affrontements des années 1960 et 1970, est actuellement hors de sa portée. Le gouvernement de Pieter Willem Botha est confronté à de vives fluctuations économiques des mouvements des cours de l'or, mais il s'est engagé dans des projets qui exigent toujours plus d'investissements.

En 1976 déjà, les émeutes de Soweto avaient ralenti pour un temps le flux des capitaux impérialistes. Un affrontement avec les syndicats porterait le fer directe. ment dans les entreprises, compromettrait les rapports avec le patronat et bloquerait une partie des investissements étrangers.

Mais personne ne peut s'imaginer que 8. Voir Workers Unity, journal de la SACTU, janvier 1982. Dans ce numéro, une grande importance est donnée à la Conférence unitaire de Langa, au syndicat SAAWU et on y parle copieusement d'unité syndicale .... toutes choses impensables dans la presse de la SACTU s'accompagne évidemment d'un rappel du rôle d'avant-garde de la SACTU, de l'ANC et de son bras armé, l'Umkhonto we Sizwe (Fer de lance de la nation), donnant à entendre que l'unité syndicale en question devrait se faire sous l'égide de ce bloc.

9. L'autorité dont peut bénéficier l'ANC provient largement auxquelles s'ajoute l'emprisonnement, depuis les syndicats vont continuer à croître au rythme actuel sans que la classe dirigeante

One se rebiffe. L'unité sera done une arme importante pour faire front

Un autre danger existe pour les syndicalistes et pour tout le mouvement de masse : il s'agit des libéraux et de certains groupes patronaux qui s'offrent avec compassion pour « aider » et « former » des syndicalistes (11). Certains patrons sont parfois tellement prévenants qu'on pourrait oublier qu'ils exploitent allègrement cette même main-d'œuvre noire depuis des années. Des fédérations mondiales - comme la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) - aimeraient bien aussi jouer les marieuses entre le syndicalisme indépendant et les intérêts à long terme de l'impérialisme, au côté de fondations comme la Fondation Friedrich-Ebert, liée à la social-démocratie allemande.

En définitive, tout cela ramène la question de la croissance syndicale à une interrogation : que faire après ? On trouve curieusement, dans le cas sud-africain, des questions déjà posées tant au Brésil qu'en Pologne. Comme dans ces deux cas, on assiste à un mouvement de masse dont l'une des formes principales de recomposition est l'apparition d'un syndicalisme indépendant de masse. Tout comme dans la situation polonaise et brésilienne, l'avenir dépend de la capacité d'une partie des directions syndicales à résoudre la question de la direction politique du mouvement de masse et à construire un parti ouvrier d'avant-garde.

Cette question est objectivement à l'ordre du jour. Mais il est encore difficile de savoir comment elle se concrétise dans l'esprit des militants, dans la mesure où ce type de débat ne peut avoir d'expression publique, car la répression serait sauvage et sans merci pour tous ceux qui oseraient défier pareillement le régime raciste. Il s'agira donc dans un premier temps d'un mouvement moléculaire et souterrain.

Obligé d'avancer pour ne pas reculer, telle est la situation dans laquelle se retrouve le mouvement syndical sud-africain. La question reste posée de savoir si de ce mouvement de masse naîtra une avant-garde révolutionnaire capable de diriger tous les opprimés contre la barbarie de l'Apartheid et contre l'exploitation 1963, de son ancien leader, Nelson Mandela, qui est par lui-méme un symbole.

10. Fredom Charter (Charte pour la liberté) : sorte de programme général démocratique dont PANC considère la réalisation comme une étape nécessaire dans la lutte du peuple africain.

11. Alors que la direction du syndicat raTUCSA feignait d'ignorer les funérailles de Neil Aggett, des groupes patronaux ont fait savoir leur désapprobation de la répression policière. La Chambre fédérale des industries a fait passer une note aux patrons leur conseillant une parfaite neutralité au moment de la grève de une heure le jour de l'enterrement. (Cape Times. 10 février 1982.)

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