Inprecor 1974–2004

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RFA

La gauche social-démocrate battue au Congrès du SPD

· Inprecor n° 126, 17 mai 1982 · p. 26-29 · 4 837 mots

Allemagne Paix et armements URSS et Russie

de la gauche social-démocrate

RFA

E Congrès du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui est le plus fort parti de l'Internationale socialiste (avec

"plus d'un million de membres), était attendu avec grand intérêt en République fédérale allemande (RFA), en Europe occidentale, ainsi qu'à Moscou comme à Washington.

Mais ce qui s'est passé entre les 19 et 23 avril derniers à

Munich n'a répondu ni à l'attente des uns ni à celle des autres.

Winfried WOLF

La veille du Congrès, trois questions centrales étaient posées :

- Le Congrès allait-il ébranler l'axe

Washington-Bonn en matière de surarmement de l'OTAN, c'est-à-dire allait-il remettre sérieusement en cause l'appui le plus important de la politique de réarmement US en Europe occidentale ?

- Le Congrès allait-il contribuer à saper la coalition gouvernementale pouvoir à Bonn entre le SPD et le Parti libéral FDP ? Le résultat du Congrès allait- il faciliter un renversement d'ailliance des libéraux (avec les chrétiens-démocrates), et ouvrir la voie au retour au pouvoir de l'Union chrétienne-démocrate-Union chrétienne-sociale (CDU-CSU) « à froid » ?

Quelle était la force réelle de la gauche social-démocrate regroupée au cours de ces derniers mois autour d'Erde Oskar Lafontaine?

hard Eppler et

Pourrait-elle être intégrée au SPD ou bien assisterait-on à un « effritement permanent » du SPD sur sa gauche ?

Sur ces trois problèmes, la direction du parti, autour de Willy Brandt et de

Helmut Schmidt, est parvenue à remporter une victoire provisoire. Les votes décisifs concernant la « double décision de l'OTAN » ont apporté une majorité en faveur de la position de Helmut Schmidt, selon laquelle le SPD s'en tient à cette décision de l'OTAN de négocier l'Union soviétique une missiles nucléaires à moyenne portée, tout en préparant simultanément l'instal.

lation de nouvelles fusées US en RFA à partir de 1983. Il est vrai que la décision du Congrès de Munich contient aussi une formule selon laquelle il n'y aurait pas de

Un automatique ».

« stationnement

SPD devra extraordinaire du

Congrès question en 1983 et la rediscuter la trancher ... Mais le SPD sera-t-il encore au gouvernement à cette date ?

Une motion de l'organisation régionale du Schleswig-Holstein (KIEL), qui se situe généralement à la gauche du parti, et qui tendait à rejeter la « double décision de l'OTAN », a été battue. Une pro-

Congrès du SPD:

défaite sans combat

conserver son s'agit d'un succès provisoire. position plus générale de la gauche socialdémocrate selon laquelle il fallait « moratoire » de tous les préparatifs de stationnement de nouvelles moyenne portée en RFA pendant toute la période des négociations sur le désarmement avec l'URSS n'a pas non plus obtenu la majorité. Le résultat du premier vote semble avoir été de 70% contre 30 %, le second de 60 % contre 40 %. Les résultats précis des votes n'ont pas été annoncés sur le moment et, selon plusieurs journalistes présents, la majorité dans le second vote aurait été en fait plus réduite que ne l'indiquent les chiffres publiés

Puisque la gauche du SPD a été battue également sur toutes les autres questions - notamment à une courte majorité sur la proposition d'un moratoire de deux ans pour la construction de nouvelles centrales nucléaires —, il n'y a en fait eu aucune décision du Congrès qui puisse alarmer le FDP. Les libéraux, ces derniers jours, examinent bien entendu à la loupe toutes les décisions du Congrès de Munich, mais tout le monde sait qu'il s'agit là d'une opération artificielle, et que le Congrès n'a en rien menacé la survie immédiate de l'actuelle coalition gouverne-

Finalement, la gauche du parti est restée largement représentée au sein de la du SPD. Son intégration s'est donc poursuivie. Malgré toutes les divergences, souvent exprimées de manière véhémente, aucun indice de différenciation organisationnelle ne se manifeste.

La nouvelle formation qui a pris pour dénomination « Socialistes démocratiques », constituée au cours des derniers mois autour de deux députés ex-SPD Coppik et Harsen, n'a pesé en aucune manière sur les débats du Congrès. Au contraire, lorsqu'au cours de son allocution d'ouverture, Willy Brandt, le président du SPD, fit une brève allusion à ce groupement, et affirma qu'un parti à la gauche du SPD n'avait aucune chance, et que ceux qui s'en occupaient n'avaient pas leur place dans le SPD, il fut salué par les applaudissements enthousiastes tout Congrés, y compris par ceux de la gauche. Willy Brandt, jusqu'en 1938 membre de

La majorité des délégués n'a pas apporté de réponses aux principaux problèmes posés — le chômage et le réarmement - et s'est efforcée d'élaborer des formules de compromis afin de statut de parti de gouvernement. Le chancelier Helmut Schmidt a remporté à cette occasion un succès, mais il la formation centriste SAP, souligna ce thème en rappelant une anecdote de sa vie personnelle : « En 1931, J'étais dans une minorité (du SPD), puis j'ai eu en poche la carte de membre d'un autre parti. Politiquement, je ne renie rien, mais la leçon que j'en ai tiré, c'est qu'une autre or-

LE CONGRES DU SPD ET LE

MOUVEMENT DE LA PAIX Le dernier Congrès du SPD en 1979, celui de Berlin-Ouest, avait approuvé à une très forte majorité une proposition de Helmut Schmidt visant à négocier, d'une part avee P'URSS une limitation du stationnement des missiles nucléaires moyenne portée en Europe, mais d'autre part à acquérir ces armes d'un type nouveau au cas où les négociations Est-Ouest ne mèneraient pas à un « équilibre des forces » entre les deux camps dans ce doaprès ce Congrès SPD, les ministres de l'OTAN avaient pris la fameuse « double décision » qui comportait une formulation fort différente de celle du SPD. L'installation des missiles américains à moyenne portée en Europe n'y était plus subordonnée aux résultats des négociations de désarmement. Il y était clairement dit : « Les ministres ont décidé de moderniser le potentiel de VOTAN dans le domaine des missiles à moyenne portée par l'établissement en Europe de systèmes américains de défense

Ces systèmes comportent 108 installations de lancement pour les fusées Pershing-II et 464 corps de vol en marche de défense au sol GLMC (missiles Cruise) ... »

Une nouvelle situation était aussi née du fait çue le Congrès du SPD de 1979 était parti de l'hypothèse que des concessions faites à la poussée militariste aux USA pourraient arracher la ratification des accords SALT-II. Mais c'est le contraire qui s'est produit : la nouvelle administration US de Ronald Reagan a refusé de ratifier ce traité, pourtant fort modeste en matière de freinage de la course aux armements. Cette même administration

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Le chancelier Schmidt, son ministre des Affaires étrangères Genscher et le général Haig lors de la tournée diplomatique de ce dernier en Europe en avril 1981. (DR) s'est lancée dans un programme de réarmement comportant des dépenses de centaines de milliards de dollars centrées autour de nouvelles générations d'armes de destruction nucléaires.

Mais le changement décisif qui s'est produit entre le Congrès de 1979 et celui de 1982, a été l'apparition d'un Mouvement de la paix mobilisant des centaines de milliers de personnes en RFA et à l'échelle internationale. Un parti comme le SPD ne pouvait pas ne pas être influencé

Lors du Congrès du SPD à Berlin-Ouest en 1979, il y eut une manifestation de 20 000 personnes pour dénoncer les positions du SPD en matière de construction de centrales nucléaires et pour récla mer qu'elles soient modifiées. Mais, au cours de l'année 1981, ce sont trois énormes manifestations pour la paix qui ont été organisées, la première à l'occasion de la Journée de l'Eglise protestante à Hambourg, qui a rassemblé 100 000 personnes, la seconde lors de la visite du secrétaire d'Etat américain à Berlin-Ouest qui a réuni 50 000 personnes et la troisième, le 10 octobre à Bonn, regroupant dans l'unité plus de mille groupements divers, à laquelle ont participé 300 000 personnes.

Une semaine avant le Congrès de Munich, des « marches de Pâques » contre le réarmement et pour la paix se sont déroulées dans toutes les grandes villes et dans de nombreuses localités de la RFA, avec au total quelque 400 000 participants. La manifestation directement liée au Congrès du SPD, qui a eu lieu à Munich le 17 avril, a été relativement modeste : elle a rassemblé 50 000 personnes pour protester contre la « double décision de l'OTAN » et réclamer un changement de la position du SPD en matière de réarmement. A la fin du rassemblement qui a clôturé cette manifestation, une énorme banderole portée par des ballons est montée vers le ciel avec le mot d'ordre « Au revoir, le 10 juin à Bonn! » (date de la visite de Ronald Reagan dans la capitale de la RFA). Elle avait été lancée par les « Taupes rouges », l'organisation de jeunesse proche du Gruppe Internationale Marxisten (GIM), la section allemande de la IVe Internationale. On peut être sûr qu'il y aura de nouveau des centaines de milliers de manifestants, ce jour-là, à Bonn.

La raison pour laquelle le Mouvement pour la paix jouit d'un tel soutien de masse en RFA, contrastant avec une conscience de classe nettement en retard sur celle de la plupart des autres pays d'Europe occidentale, est évidente. Les désastres et ruines de la Seconde Guerre mondiale restent encore profondément ancrés dans la conscience des masses populaires allemandes. Cette guerre déclenchée par l'Allemagne nazie a coûté 10 millions de morts à l'Allemagne, la destruction de toutes les grandes villes et la partition du pays. Par ailleurs, les deux Etats allemands, la RFA et la République démocratique allemande (RDA), comptent sur leurs territoires respectifs la plus grande concentration d'ogives nucléaires en Europe et constituent, de ce fait, l'objectif privilégié sur lequel sont pointés les missiles nucléaires américains, soviétiques, français et britanniques. S'il est possible de faire une seule prédiction sûre concernant l'éventualité d'une troisième guerre mondiale, c'est bien celle qu'il ne subsistera plus rien des deux Allemagnes, à l'exception d'une poignée de survivants qui regretteront de ne pas être morts.

nouveau programme de réarmement américain, et les discussions cyniques concernant un « conflit nucléaire limité » - ce qui veut dire en clair une guerre atomique limitée en gros à la RFA et à la RDA - ainsi que l'apparition des nouvelles fusées SS-20 stationnées en URSS et pointées avant tout sur la RFA, ont provoqué une nette prise de conscience de ce danger chez des millions d'Allemands et amené des centaines de milliers de personnes à manifester leur opposition dans la rue. Le 14 février 1982, 5 000 personnes ont manifesté dans le même but à Dresde en RDA, ce qui confirme que ce mouvement est en train de se ré. percuter dans ce pays. Il pourra même y trouver un développement surprenant et même explosif.

Au cours des préparatifs du Congrès de Munich, il était apparu que la majorité des membres du SPD ne soutenait pas l'orientation Schmidt-Brandt sur la question du réarmement, mais penchait plutôt vers les positions de la gauche du SPD. Cela s'est d'ailleurs exprimé dans les votes des organisations régionales du parti, qui ont en majorité opté en faveur d'un « moratoire sur les missiles », c'est-à-dire pour l'arrêt de tous les préparatifs tendant à l'installation en Europe des nouveaux missiles américains à moyenne portée pendant les négociations sur le désarmement. Ces votes ont également exigé de l'URSS qu'elle réduise l'implantation de ses fusées SS-20 au niveau de 1978 (1). Le fait que cette gauche n'ait obtenu « que » 40 % des mandats au Congrès de Munich est dû à plusieurs facteurs.

Il y a tout d'abord le manque de coordination de la gauche et le cadre formellement démocratique » Congrès du SPD. On peut tout y discuter, y compris en opposition avec la direction du parti, y compris participer a des manitestations publiques à l'extérieur du parti. comme les dirigeants de la gauche Erhard Eppler et Oskar Lafontaine l'ont fait en participant aux « marches de Pâques pour la paix » à la veille du Congrès. Les organismes locaux et régionaux du parti peupropositions Congrès, et ne manquent pas de le faire. Le résultat, c'est un livre de 700 pages grand format, contenant plus de 1 000 propositions de résolutions, et qui est communiqué aux délégués trois ou quatre semaines avant le Congrès. Comme ces résolutions ne sont pas coordonnées entre elles, et se recoupent souvent en tout ou en partie, il est dans ces conditions pratiquement impossible d'arriver au Congrès avec des idées claires sur la manière de

Il y a eu des réunions autorisées de la gauche. Mais il s'agissait de regroupe ments strictement informels. Ils n'ont pas donné de résultats concrets. Ils n'ont pas abouti à une plate-forme commune. Et ils ont encore moins élaboré une tactique commune d'intervention dans le Congrès. Ce manque de coordination est allé si loin que même la motion décisive, celle en faveur d'un « moratoire sur les missiles » (la seule qui pouvait obtenir une majorité contre l'aile Helmut Schmidt), ne fut pas rédigée avant le Congrès, mais seulement au cours de son déroulement, la veille du vote. Cette résolution était en conséquence si faible et pleine d'ambiguités, que la droite put l'effeuiller comme un artichaut avant le vote et laminer ce qui restait des bastions de la gauche.

La seconde raison de la défaite de la gauche, c'est l'attitude très « professionnelle » de la direction du parti. Elle a été la seule force bien préparée pour cette oc-

1. En 1978, Leonid Brejnev a déclaré que, dans cette zone. le nombre des missiles moyenne portée était « plus ou moins équilibré ». Le mouvement pacifiste et la gauche du SPD se sont emparés d'une certaine manière de cette déclaration et ont commencé à demander le retrait des SS-20 mis en place pour renforcer le potentiel du Pacte de Varsovie, tout en s'opposant au déploiement de nouveaux missiles à moyenne portée de la part de l'OTAN et des USA. La direction soviétique a donné de nouvelles indications selon lesquelles considérait possible une telle réduction de son propre armement nucléaire.

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casion. Elle a présenté des « résolutions principales » sur les trois questions majeures de l'armement, de la politique énergétique, du chômage, toutes enrobées de verbiage progressiste, et évitant en même temps de dire quoi que ce soit de concret qui puisse troubler la politique gouvernementale et la coalition avec les libéraux

La direction du parti a joué sur la fibre émotionnelle et démagogique pour influencer les délégués. En fait, il n'est pas vrai du tout que les 400 délégués avaient une position dure et étaient à l'abri des pressions. En vérité, la préparation du Congrès par la direction présupposait l'existence d'un nombre significatif de délégués ouverts à ce type de manœuvre.

LA FAILLITE

DE LA GAUCHE DU SPD D'autres facteurs ont joué un rôle aussi important que le manque de cohésion de l'aile gauche et le fractionnalisme professionnel de la direction.

Dans son éditorial sur l'ouverture du Congrès, Was Tun, l'organe du GIM, section allemande de la IVe Internationale, soulignait la politique dont avait besoin la gauche du SPD : « Nous avons dit et nous continuons à dire que nous défendons le SPD contre les attaques de la droite, en même temps que nous combattons la politique de Helmut Schmidt. En 1980, nous avons appelé à voter pour le SPD contre Franz Josef Strauss (2). Ce qui peut paraître aujourd'hui opportun à des centaines de milliers d'anciens électeurs du SPD, à savoir éviter de prendre une position claire, serait tout simplement opportuniste de la part d'une organisation révolutionnaire. Une politique alternative à celle du SPD, que devrait avancer la gauche, devrait s'articuler comme suit :

- Rejet par le Congrès de Munich de la course aux armements et refus de faire payer par les travailleurs le coût de la crise capitaliste ;

- Soutien à un programme de création d'emplois dans le secteur public, défense des conquêtes sociales, introduction de la semaine de travail de 35 heures sans réduction de salaires et mobilisation aux des syndicats pour obtenir tout - Réorientation stratégique dans la homogène en luttant pour gagner le sou-

"verts" (écologistes) et des courants "alternatifs" à une telle perspective.

« Avec ce type d'orientation, des victoires électorales dans le Land de Hesse (Wiesbaden) et à Hambourg seraient tout aussi probables que les défaites sont aujourd'hui certaines. De plus, en cas de retrait du FDP de la coalition, le gouvernement de Bonn pourrait appeler à de nouvelles élections et faire campagne contre un changement de gouvernement froid ». En tout cas, seule une telle orientation donnerait au SPD une chance de gagner les élections au Bundestag (Parlement en 1984. »

C'est précisément sur ce terrain que la gauche du SPD a failli. Elle n'a pas pris en charge la question du chômage et s'est concentrée sur la seule question de l'armement et de la paix. Le lien étroit entre la politique d'armement et les restrictions budgétaires n'a même pas été mis en évi-

La direction du parti a exploité cette dérobade de manière froide et précise. C'est la direction qui s'est présentée, elle-même et « son SPD », comme un « parti ouvrier » au Congrès de Munich. Elle a fait de l'emploi la question centrale du Congrès. Le caractère démagogique de cette démarche est mis en lumière par le terme même de « politique de l'emploi », alors que la politique du gouvernement a conduit à 2 millions de chômeurs. C'est parce que la gauche lui a littéralement abandonné ce terrain que la direction a pu rendre son orientation un tant soit peu crédible et attirer l'attention des médias

Le mardi 20 avril, le Congrès s'est divisé en deux groupes de travail, le premier traitant de la « politique de l'emploi » et le second de la « politique de paix ». L'ensemble de la gauche du SPD s'est regroupée dans la commission sur la paix alors que celle sur l'emploi se réunissait dans la salle principale. Elle comprenait tous les délégués de l'aile droite et du marais, ainsi que des dizaines de dirigeants syndicaux des plus droitiers et membres des conseils d'usine de cogestion invités pour la circonstance. Ils y étaient tout à fait chez eux et entre eux.

Le sérieux avec lequel la direction du parti, autour de Helmut Schmidt et de Willy Brandt, a abordé cette question du chômage a bien été illustrée par le fait qu'ils n'étaient pas personnellement pré. sents à cette réunion. A l'évidence, ils ont consacré tout leur temps à leurs manœuvres et marchandages pour préparer les votes décisifs du jour suivant.

Comme la gauche du SPD abandonnait la question du chômage à la droite, il n'y a eu ni réponse ni alternative sur la de la direction du parti. La gauche a accepté Helmut Schmidt comme chancelier et en même temps la coalition avec le FDP comme une alliance à long terme pour le SPD. Les dirigeants de la gauche ne se sont pas lassés de réaffirmer leur loyauté envers Helmut Schmidt. La coalition SPD-FDP a été présentée comconcevable pour le moment », ou bien la question a tout simplement été évitée

Dans la période précédant le Congrès, il y avait pourtant eu des déclarations de certains éléments de la gauche du SPD

2. Lors des élections parlementaires de 1980, le candidat CDU-CSU au poste de chancelier, Franz Josef Strauss, un homme de droite éclaboussé par la corruption et les scandales, a été capable de mobiliser un nombre considérable de suffrages pour le CDU-CSU, qui est resté le parti le plus fort pris isolément. D'autre part, sa candidature a rejeté les électeurs ouvriers vers le SPD et rendu possible la formation d'un nouveau gouvernement de coalition SPD-FDP.

3. Konkret, numéro 4, 1982. 4. Ces changements électoraux ne peuvent en aucun cas être interprétés comme une question de « personnalités ». Willy Brandt s'est pré-

Sal CRIEBEN SCHAFE AFFELN STATT WATTEN

OINE RUSTUNO KEINE NOT

aront !

enden tirkndie ten beneiter commençant à dénoncer l'alliance gouvernementale. Par exemple, Oskar Lafontaine, dirigeant du SPD de la Sarre (Sarrebruck), qui se situe à l'extrême-gauche du parti, a declare dans une interview : « st la course aux armements est le prix a payer pour la coalition, alors elle n'en vaut pas la peine. Nous ne pouvons pas faire de compromis sur ce point. (3) »

LE SPD A-T-IL ETE REMIS La question qui se pose est de savoir si le processus de différenciation au sein du SPD a été bloqué à Munich, et si le

Run Congrès pour Willy Brandt et Helmut Schmidt. Un tel bilan serait pour le moins hâtif. De telles conclusions ont pu être tirées aux échelons supérieurs du parti, les premiers jours après le Congrès.

Pourtant, même au sommet, les dirigeants doivent avoir quelques motifs d'inquiétude. Ainsi, Helmut Sehmidt ne doit pas être très heureux de n'avoir obtenu que 84 % des votes pour son élection à la direction, alors que Willy Brandt en a ob-

91%. Il y a deux ans, Helmut Schmidt arrivait devant Willy Brandt (4). En fait, ce Congrès n'a pas donné de résultats définitifs. Les développements qui se sont produits à la veille du Congrès vont connaître des prolongesenté lui-même à ce Congrès comme quelqu'un qui voulait s'identifier avec les éléments fondamentaux de la politique de réforme suivie par le SPD de 1969 à 1972. Il a souligné à plusieurs

« renouveau du nécessaire. Helmut Schmidt, au contraire, représentait un cours pragmatique : celui de la politique de son gouvernement. La différence par rapport aux années antérieures, c'est que la foi effets régulateurs du marché, et en Schmidt de contrôler ou de dépasser la crise, est

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Manifestation à Bonn. (DR) Il existe aujourd'hui une gauche du SPD avec une influence appréciable. Sur la question de l'OTAN et de la politique d'armement - très importante pour le gouvernement Helmut Schmidt - elle a derrière elle la majorité des membres du parti. Cette gauche est prête à se battre dans le parti et partiellement dans le cadre du mouvement de masse. Le fait qu'elle se soit concentrée ou limitée à la question de la paix et de la course aux armements, en évitant la question de l'emploi, montre sa faiblesse. C'est aussi ce qu'illustre son incapacité à présenter une alternative à la direction Helmut Schmidt-Willy Brandt. Mais ce type de faiblesse est caractéristique des courants de gauche dans les partis réformistes de masse de ce type. Concernant l'Allemagne fédérale, l'existence de cette gauche, quelles que soient ses limites, constitue un nouveau facteur.

" et ton a com

La dernière fois qu'une aile gauche a existé dans le parti, c'était en 1959 contre le programme de Bad-Godesberg, qui a marqué le ralliement du SPD à l'économie de marché. A l'époque, la gauche était sur une position défensive. Aujourd'hui, elle est à l'offensive. De plus, la différenciation interne sur les lois d'exception proposées par le SPD au Parlement fédéral en 1968, lors de la Grande Coalition CDU-CSU, était loin d'atteindre le niveau actuel. En particulier, aucun dirigeant significatif du parti n'était alors impliqué dans le développement de tendances d'opposition.

Aujourd'hui, c'est bien différent. Il existe toute une série de dirigeants dans la gauche. Il y a Erhard Eppler, dirigeant du parti du Land de Bade-Wurtenberg (Stuttgart); Oskar Lafontaine, dirigeant du Land de Sarre ; Mattiesen et Jansen, dirigeants de l'organisation du Schleswig-Holstein, et Ulrich Klose, dirigeant de l'organisation de Hambourg.

Deuxièmement, il y a un mouvement de masse contre la course aux armements paix. L'idéologie essentiellement pacifiste de ce mouvement fait qu'il est ouvert aux positions de la gauche et qu'il l'influence en retour. Cela représente une importante différence par rapport à la période 1969-1972, quand le SPD réussissait à étendre sa base de masse de façon significative et à capter la révolte de la jeunesse et des étudiants. L'idéologie

Get partiellement révolutionnaire de « l'opposition extra-parlementaire » et de son noyau (le SDS) époque opposée au regain de réformisme du SPD sous Willy Brandt. Le SPD fut capable de réussir son opération de recrutement seulement sur la base de la défaite du SDS et de sa décomposition en 1968.

Aujourd'hui, il y a une seule barrière qui puisse empêcher la gauche du SPD, y compris des secteurs de la direction du parti, de converger avec le mouvement pacifiste. Le SPD est au gouvernement, et il partage en conséquence la responsabilité de sa politique et de sa course aux armements. Même en laissant de côté la question du gouvernement, le mouvement pacifiste en Allemagne de l'Ouest va se dé. velopper. Il va vers de nouvelles mobilisations de masse qui donneront une impulsion nouvelle au processus de différenciation dans le SPD et renforceront son aile

Troisièmement, les jours du gouvernement à hégémonie social-démocrate semblent comptés. Le Congrès de Munich n'a pas changé grand chose à ce propos. Les facteurs objectifs sont en train de mi. ner de plus en plus la coalition SPD-FDP.

Les exigences d'une politique de restrictions budgétaires, c'est-à-dire d'une austérité renforcée, deviennent plus pressantes. En raison du chômage, le budget de 1983 atteindra un déficit de 10 à 15 milliards de marks (DM). Le FDP a annoncé avec insistance qu'il ne prendrait aucune responsabilité dans un nouvel accroissement du déficit budgétaire. Ainsi, puisque les dépenses militaires sont sacro-saintes, il faudra procéder à velles coupes sombres dans les dépenses sociales. C'est le meilleur chemin pour conduire le SPD à la défaite dans les élections au Parlement de Hambourg en juin 1982, et à celui de Hesse en septembre, tout comme il a perdu les précédentes au Schleswig-Holstein (Hanovre) en mars dernier, avec une perte de voix d'environ 6 %.

Si le SPD perd aussi ces deux prochaines élections, cela impliquerait, d'une façon ou d'une autre, la chute du gouver. nement de Bonn. Cela pourra prendre la forme d'une rupture de la coalition à l'initiative du FDP et de son ralliement à une coalition avec le CDU-CSU, ou encore de nouvelles élections, dans lesquelles le SPD serait acculé à la défaite.

Il est à coup sûr prématuré d'envisager comment le SPD pourrait se comporter dans l'opposition. Il est certain que l'idée selon laquelle cela provoquerait de sa part un virage est hors de proportion. D'autre part, il semble probable que l'opposition dans le SPD pencherait probablement vers la gauche et serait en mesure d'attirer davantage de courants de gauche et d'élargir sa base parmi les travailleurs. Mais ce serait à l'issue d'une phase régénérescence marquée par des affronte. ments de fractions et de personnes dans le

Enfin, la dynamique de la crise capitaliste est bien connue. En Allemagne fédérale aussi, ces facteurs ne sont pas du seul domaine de la théorie pure. Ils sont ressentis de la manière la plus directe. Les 2 millions de chômeurs officiellement recensés en sont la preuve. Un déclin sensible du salaire réel est intervenu en 19801981 et de nouveaux reculs sont prévisibles pour l'année en cours. Enfin, il y a eu des réductions radicales des budgets sociaux. Tous ces développements ont laissé une première trace dans la conscience de la classe ouvrière allemande.

En même temps, il y a un réel danger de voir la réaction des travailleurs partiellement canalisée dans un sens réactionnaire au cours de la période qui vient. C'est concerne l'apparition de sentiments anti-immigrés. Il y a 4,5 millions d'étrangers en Allemagne fédérale, dont 2 millions de salariés. Lors des élections du Schleswig-Holstein, dans la capitale régionale de Kiel, une liste ouvertement xénophobe a obtenu un résultat relativement élevé, atteignant jusqu'à 6% dans certains quartiers ouvriers. Une liste raciste du même type est constituée pour les prochaines élections de Hambourg

Des conflits plus aigus entre le capital et le travail sont inévitables et se développent déja, en particulier au niveau des entreprises, et ils prennent la forme de réponses plus vigoureuses des travailleurs aux licenciements et aux fermetures d'usines. Ce processus aura aussi des effets au sein du SPD, et il n'est en aucun cas joué d'avance, dans ce cas, que la gauche du SPD s'en tiendra aux limites actuelles de

En tout cas, les facteurs objectifs favorisent les conditions de futures diffé. renciations dans le SPD et le mouvement contre la course aux armements, dans le sens de la construction d'une alternative au réformisme et au stalinisme. Ils favorisent également les conditions d'une campagne de propagande centrale sur la nature de classe de la société bourgeoise, dans la mesure où il sera de plus en plus difficile pour la direction du SPD de dé. tourner l'attention de ce fait comme elle est parvenue à le faire au Congrès de Munich. Dans ses thèses pour le Congrès, Helmut Schmidt pouvait encore s'en tirer en affirmant : « Depuis que l'être humain existe, il a vécu de l'exploitation des plantes et des animaux. De quoi d'autre aurait-il pu viure ? (5) »

Winfried WOLF Francfort, ler mai 1982. 5. Vorwärts, 8 avril 1982. Vorwärts est le seul journal de parti encore publié par le SPD. II est hebdomadaire et a une diffusion de 60 000 exemplaires pour un parti d'un million de membres.

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